13 mai 2018

La nouvelle magnifique.

Lorsqu’on apprend une nouvelle qui va changer les choses en profondeur, qui va faire qu’après ce ne sera plus comme avant, on se souvient très souvent pour ne pas écrire toujours de l’endroit où l’on était, de ce que l’on faisait, de ce que l’on ressentait à l’instant où on a appris cette nouvelle.
Par exemple, on se souvient tous où on était le onze septembre deux mille un c'était un mardi, je ne travaillais pas l'après midi, je l'ai passée devant le poste à regarder les tours tomber et à n'y comprendre rien.  Perso,  je me souviens parfaitement de 1975, de ce magnifique cadeau d'anniversaire que m'a fait, sans le savoir, alors que j'étais incorporé le général Franco en calenchant. On se rappelle tous avec un sourire narquois du jour où un président de la république en exercice et en conférence de presse mondiale a donné cette information capitale à la marche du pays : Carla et moi c’est du sérieux. Nous avons chacun des nouvelles liées à des instants particuliers de nos vies.
Hier, dans le plein milieu de l’après-midi, j’étais en train de m’escrimer sur une phrase de fin d’histoire, sur le choix et la position d’un adjectif, j’ai une tendance fâcheuse à mal les placer, ce qui peut vite les rendre bancales, mal équilibrées un peu comme un maçon monterait un mur de pierre sèche et ne choisirait pas la bonne pour le bon endroit, comme si un jardinier plantait un chêne au milieu d’un massif d’azalées. Je transpirais assis quand le téléphone a sonné. Le premier coup de sonnerie m’a profondément agacé puisqu’il m’a sorti du problème que j’allais sans lui résoudre à la seconde. J’ai décroché au troisième. J’ai été un peu étonné que ce soit toi qui appelle puisque nous nous étions parlé la veille et nous n’avions pas l’habitude de nous téléphoner tous les jours. Nous étions plutôt liés mais nous avions aussi nos vies à vivre et nous étions raisonnables dans les marques de ce lien. Nous nous appelions environ une fois par semaine, nous nous donnions des nouvelles de nos maisons respectives, nous nous embrassions bien fort, nous nous disions que nous nous aimons et les semaines puis les mois s’écoulaient.
Il arrivait parfois que j’envoie un mail avec un lien qui m’avait fait sourire ou ému ou bien un achat à faire qui semblait intéressant, ou bien une adresse ou bien un spectacle ou film à voir, un livre à lire enfin un lien.
Je me suis demandé ce qui faisait que tu m’appelais deux fois en deux jours et puis tu m’as parlé de baignade, de lac, enfin rien d’extraordinaire, que du banal, je me suis même dit tiens, il a oublié qu’il m’avait appelé hier et qu’il m’a dit ce qu’il venait de me dire. Et puis, juste avant de raccrocher, juste avant de nous dire au revoir,  tu m’as appris la nouvelle…
Je me souviendrai longtemps que dehors et depuis quelques jours, malgré le début de mai, il faisait gris, froid, que le vent, pour changer soufflait comme un salopard à m'en déraciner le grand érable. Il est désormais gravé au plus profond que l’adjectif  était : magnifique et qu’il se pointait tout de suite après le mot nouvelle…


2 commentaires:

Laurence Chellali a dit…

Que de poésie ! Merci 10 milliards de fois !!!

chri a dit…

@ Laurence :-)

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