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12 juin 2017

À la fin du bal...

Nous connaissons tous les expressions : C’est à la fin du bal qu’on paie les musiciens ou c’est après la foire qu’on compte les bouses… Comme j’avais du temps devant moi, je me suis amusé à en trouver d’autres qui pourraient dire la même chose, c’est à dire, au fond, ne nous empressons pas de juger attendons un peu...

C’est à la fin du concert qu’on plie les partitions,
C’est au retour de cueillette qu’on poêle les champignons,
C’est après la grêle qu’on balaie le verre cassé,
C’est à la fin des vendanges qu’on sait le bel l’été,
C’est après l’élection qu’on l'appelle Mr le Président,
C’est après l’incendie qu’on recompte les résidents,
C’est après l’arrivée qu’on offre le bouquet,
C’est après l’avoir percé qu’on plume le poulet,
C’est au retour de l’étang qu’on pèse les carpes,
C’est quand on a posé les pommes qu’on enfourne la tarte,
C’est après la messe qu’on recommande des hosties,
C’est après être entré qu’on s’inquiète de la sortie,
C’est quand le beau temps est revenu qu’on damme les pistes,
C’est aux fûts vides qu’on sait combien sont les trappistes,
C’est à la fin du livre qu’on connaît l’assassin,
C’est quand on a le rendez vous qu’on pose le lapin,
C’est après la bataille qu’on ramasse les morts,

C’est en fonction du vent qu’on tire les bords…

À vous, maintenant...


24 juillet 2016

Martichong.

Les bizarres hasards de l'existence qui sont toujours surprenants, veulent qu'au moment même où j'entendais dans une chanson enfin, une scie, cette phrase époustouflante de Christophe Maé, le chanteur qui convertirait à la langue des signes, je vous préviens, ça pique les yeux et le cerveau:

C'est con le bonheur, ouais, car c'est souvent après qu'on sait qu'il était là.

Après ? Après quoi, on peut se le demander, mais bon, admettons... Alors, oui, la première fois qu'on l'entend, celle-là, on en reste scotché, baba, sidéré, sans voix, ébaubi et... cependant vaguement moqueur... Mais on se renseigne et on apprend qu'il en aurait vendu plus de deux cent mille... Alors parce qu'on est une teigne, on se dit qu'ici-bas, le mauvais goût est amplement partagé... 
Quand je pense qu'Allain Leprest a filé méconnu...
Au même instant, donc où j'entendais cette fulgurante fulgurance, j'étais mis en présence du texte de son prochain, n'ayons pas peur des mots: Eclair de génie? Création? Oeuvre?
Et inutile de vous dire à quel point de non retour, j'ai été ébloui... Aveuglé serait plus juste. 
Comme je suis partageur, je vous en fais profiter. 
Le titre ne serait pas encore définitif mais pour l'instant le choix est entre: À quoi que ou bien Pourquoi que. Ils hésitent, on les comprend.
Ne me remerciez pas, c'est cadeau.

À quoi que ça te serve de partire un jour
Puisqu'il faut, toujours déjà reviendre
A quoi que ça te sert d’aimer souffrir
Puisque l’amour, c'est hard à atteindre

J’ai au fond du coeur une colère de rage
Que j’ai pas ressentie depuis les pires orages
J’ai envie de crier de tout démollire
Je colère mes nuits blanches à te maudire.

Refrain:
Pourquoi que tu m’as fait devenir seul
Pourquoi ma vie c’est maint'nant sans toi
Pourquoi que je reste là tout seul ?
Pourquoi que toi tu dis: pourquoi pas ?

Ouais, je suis triste quand je pleure
Comme un nuage noir  oh oh qui coule
Waouh avant l’heure c’est pas l’heure
Tu me laisses comme un chien, pas cool.


Vivement qu'un jour, on ne reconnaisse plus le Martichon au bruit qu'il fait en chantant, mais à celui qu'il fera en se taisant...

06 juin 2014

Omaha Bed.

J’avais éteint le poste, lassé terrifié des images si violentes de toute une jeunesse tassée au fond de barges, qu'on allait débarquer pour être massacrée sur une plage de France, de sable, sous le feu, la mitraille et l'acier.
Je m’étais couché vers minuit. 
Dans leur chambre c’était redevenu calme après la tempête à laquelle ils ne nous avaient pas conviés. Au moment d'éteindre les lumières, ils  avaient dû engueuler comme d’habitude à propos de rien et cette altercation n'avait pas permis à leurs parents d’être ni juste, ni cohérents, ni persuasifs. Alors, à court d’argument, ils avaient fait mine de sévir avec la grosse voix qui va bien:
___ Si ça continue, vous prenez chacun une fessée carabinée. 
C'est ce que j'avais nettement entendu. Et puis, ça c’était apaisé. J'avais salué le Miracle comme il se méritait. 
Je m’étais endormi assez vite en me disant que le lendemain matin, au moins, je serai un peu tranquille, il récupéreraient. Tu parles.  J’avais eu droit à un réveil en sueur à cause d’un vilain cauchemar. Une saleté de mélange des images de tous ces pays en guerre et de notre vie à nous si en paix... 
Dans la nuit, je m’étais levé vers trois heures pour aller pisser. Oui, j’avais enfin et malgré moi atteint cet âge où les nuits ne se font plus d’une traite à moins d’employer les gros moyens : Ne plus boire après midi ou mettre des couches. J’avais pu voir que dehors, le temps était épouvantable. Pluie et vent. Encore un juin de merde qui s’annonçait. C’était malheureusement le lot depuis quelques années et ça continuait parfois jusqu'en Aout. Où étaient-ils les juins à hannetons ? Je me suis souvenu encore de ce juillet entier passé à bricoler une barrière de bois à la lueur d’un néon malade, tout enfermé dans un garage… Les saisons foutaient le camp et ça n'inquiétait encore pas grand monde. 
La pluie battait les vitres que, bien entendu, profitant d’une accalmie, j’avais nettoyées la veille.
Je somnolais gentiment, une oreille inondée par les pitoyables nouvelles du jour à venir, ainsi que celles  du jour passé. Le monde n’était pas dans une  forme éblouissante. Le climat se dégradait, tout le monde s’en foutait, on mourrait par grappes entières à nos frontières, le monde s’en contrefoutait, en plusieurs endroits, on s’y assassinait à bombes que veux-tu et personne ne s’en préoccupait vraiment… Du moment que la bourse restait ouverte...
C’est à cette instant que ça a basculé. Il ne faisait pas encore tout à fait jour quand, en ce matin du six, les deux, ensemble, ont sans doute poussé la porte de la chambre et se sont apparemment jetés sur leur lit en hurlant.

Leur D Day à eux venaient de leur tomber dessus, et ça faisait à peu près trois ans, maintenant, que chaque matin il se recommençait... Leur chambre était pile poil au-dessus de la mienne et à chaque fois, je maudissais ces salopards d'architectes, ceux qui n'habitaient pas dans ce qu'ils construisaient. 
Aujourd'hui, j'aurais encore ma sinistre tête de dommage collatéral...


12 mai 2014

Là...

Là, si j’écrivais, il y aurait surement, des phrases comme:
"Oui,  je boirais volontiers ou un Père Labat, ou un verre d'absinthe Rose..."
"Désolé de te décevoir, tu as beau faire ta petite Sissi Rose, mais non, je ne reste pas sur le devant de la maison à regarder passer la vie, comme un alcoolique unanime, un verre de rhum à la main, assis, Rose. Oui, parfaitement, ne t'en déplaise, il se trouve que je vis aussi, Rose..."
 Comme:
"N'insistez pas, les filles, la mayonnaise n'est pas prête... Sortez de cette cuisine, allez, ce n'est pas la peine de tirer la langue, ouste..."
 Comme:
"Ce qui cloche avec toi, c'est ce besoin féroce d'entourlouper tout ton petit monde, mon  Robert, ça finit pas être agaçant, à force. Oui Bobby, c'est ta jolie bobine qui nous embobine..."
 Comme:
"T'inquiète, aujourd'hui c'est une journée facile, pour toi, il te suffit de dire OUI à tout... Pour une fois tu n'as aucun choix à faire, comme un dos de cabillaud, laisse-toi rouler dans la farine..."
 Comme:
"Je te déteste! Tu sais que je te tiens pour responsable de tout ce merdier, a-t-elle lancé à Bob, hors d'elle..."
 Comme:
"Il faudrait quelqu'un pour beurrer la raie... Pas nous! Ont répondu, en souriant, d'une même voix et sans se retourner, les trois filles, papotant, dont les jambes disparaissaient à partir des genoux, dans le bleu électrique de la piscine, pleine à ras bord d’une eau cristalline et pure... Pas comme nous ont-elles lancé dans l’air du soir…
 Comme:
"Dans cette affaire, les seuls qui avaient quelque chose à y gagner étaient les célibataires... Mais ils n'étaient pas assez nombreux pour se sentir en force..." Plus ultra que le nec, Rose.
 Comme:
"Le dix, Gamin, c'est fini pour toi, le mois des mais... T'as bien fait de prendre de l'avance avec celui d'aimer... Bob dont une des sales manies est d'écouter aux portes a cru bon d'ajouter: "Et si on passait à table ce sera, au moins celui des mets! En vrai, nous détestions quand il s'essayait à des jeux de mots souvent pour rire, mais nous étions, surtout aujourd'hui, pour une fois prêts à beaucoup pardonner à toutes ces saillies."
Comme:
"Ces trois voyelles de rien, celles qu'en ce moment tous s'envoyaient à la figure tous les quatre matins, il aimerait bien avoir quelqu'un à qui les déposer en douceur dans un joli pavillon… d’oreille, un de ces mois..."
 Comme:
"Toute cette bonté dégoulinante, sirupeuse et soudaine qui me vient à ta vue, n'est ce pas que ça te la coupe, Rose ?"
 Ou comme:
"Le problème avec ce genre de pays c'est que la douceur et le rhum aidant, tu tombes amoureux tous les quart d'heure, sans que ce soit obligatoirement sexuel. Tu pouvais être foudroyé par l'ambre d'une peau, le vert d'un lagon, l'éclat d'un sourire, la couleur d'un toit de case, la finesse d'une silhouette, un regard appuyé et souriant, le grain d'un sable blond, une goutte de sueur, l'ombre d'un palmier, l'odeur d'un frangipanier, la fraicheur d'une bière... Tous les quart d'heure, je te dis!"
 Ou encore:
"C'était l'heure préférée, celle où les glaçons commencent à fondre dans les verres, où les chevilles sont attaquées par des escadrilles de moustiques, où la peau se détend des folles chaleurs de la pleine journée,  où les grenouilles et crapauds se mettent à faire un foin du diable dans les mares du même nom, où les humains s’en disent à mesure qu'ils en vident... L'heure des confidences et des aveux, celle des moments qui comptent, pour du vrai Ah ces heures à l'ivresse bienveillante, tu sais comme quand on est dans une sorte de potage, juste un peu saoul, Pierre!"
 Et enfin:
"Mais, Rose chérie, ce n'est pas parce qu'on a pas une tête à attirer le bonheur qu'on doit forcément être toujours malheureux... On peut aussi, parfois, être survolé par la grâce, nous, les moches..."
 Enfin, vous voyez le genre, bibliothèque alizée et tout le toutim...
Finalement, ça commence à en faire des phrases, vous avez l'essentiel, je crois bien...Vous devriez arriver à tout bien remettre en un ordre qui vous convienne... Il me vient une flemme... La latitude? La tension du hamac? La douceur de l'alizé? Arrangez la bien, cette note et je publierai, peut-être, celle qui me plait le mieux...
Si je m'en vais de ce pas, faire un tout léger dernier brin de sieste à l'ombre du grand coco, c'est que ce soir, à l'heure des mabouyas, je m'envole dans l'autre sens... Fermée, la parenthèse... Je remonte dans mon carrosse.


Et oui, le temps me mord Rose....



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