30 avril 2021

Reçu de l’autre côté du monde

L’oiseau mille plumes

J'entends le grondement des villes, ce n'est pas le récif. Ça devrait. 
Des têtes sans visages se penchent. Une forme floue tournoie lentement. 
Lune noire, mon corps, léger, affleure la surface, la pénombre ne pèse rien.
Un filet d'air humide sur mes épaules, le grondement toujours. 
Quelles villes ? Non, c'est le récif. Un mélange de vent et de corail. Je sursaute, les yeux rougis d'un mauvais sommeil. Le dos de ma main touche sa cuisse, à peine de roulis, la chaine a grincé. Je reviens.
Aurais-je pleuré ? Qu'ai-je interrompu ? Il est si tard. Ce ne sont plus des larmes, déjà de la cendre. 
Nous sommes si loin du malheur monde, le sable étouffe sous nos pas. Je ne veux pas d'un autre souvenir. Si belle, un jour, leurs vies, et puis rien, le ciel en lambeaux tombe avec la pluie. 
Soleil tranché, la mer ruisselle, l'ombre lente des nuages descend.
De l'autre côté, le ciel passe à l'aube. 
J'attends le sommeil comme une voile son vent. Renouer le fil de la nuit, expirer bas dans le ventre, l'absurde fatigue à ne plus craindre tous ces rêves, au matin, qu'il faut recommencer. Vivre une bonne fois pour toute, plonger paupières closes et ne plus compter les papillons, nos désirs, comme étendus sur un fil, à sécher. 

Aujourd'hui je suis nu, demain juste un sourire. Et le sien, revenu. Y survivre, à nouveau se brûler, nos mains comme un souffle, peau à peau, à la fin de l'amour ne connaitre que cela, nos sommeils ensemble. Perdre le temps, page après page dire son dernier mot, savoir encore qu'on se réveillera, affaler, laisser faire le vent. 
La nuit nous bercera, houle douce, hanches tièdes, moiteurs, et l'océan. Être en mer, c'est entrer en soi, à l'extérieur du monde. C'est exister tout le temps. Ne plus marcher droit : le sillage, une fissure, le témoin, trace impérissable de l'à côté. Il n'est plus question d'aucune réponse. Une vague jaillit, puis l'autre, des langues tirées à l'écart des grands morts qui roulent leurs rires étincelants et la nuit, bruissent. 
Au matin, le vol de l'oiseaux aux mille plumes, le ciel est son ciel, son frôlement une eau pure; la rumeur de son chant, comme un oubli qui revient, porte sous ses ailes des ombres silencieuses, prêtes à la lumière. 
Aux cœurs figés par l'ordre et l'impossible, il donne la possibilité d'un cri, il est la parole rendue à la masse mouvante des rêves, il éveille l'enfant, il ne le mêlera pas au tumulte des blessés, l'homme fou ne sera pas son maître. 
Être en mer, c'est naître encore. 

Mille plumes, et pas un mot. 

De mon ami Martial Barriel qui, sur l'Alchimer croise en ce moment avec Catherine entre la Polynésie française et les Îles Marquises...

                        


04 avril 2021

Et puis, un jour, Charlotte a eu cinquante ans

Au fond, pour dire le vrai du vrai, puisqu’il faut aller jusque là, je vais l’écrire noir sur blanc, une fois pour toutes : Trente cinq ans après, je ne m’en suis pas encore tout à fait remis. Bien sûr entre temps, j’ai eu une vie à vivre que j’ai plus ou moins vécue, enfin j’ai fait comme tout le monde, ni plus ni moins. J’ai croisé des gens, j’en ai perdu, j’en ai rencontré de nouveaux, je me suis fâché avec certains, j’ai été enthousiaste, déçu, aimé, dépassé, énervé, trahi, quitté, inconsolable, touché, fatigué désappointé, étonné, surpris, attendri oui oui tout cela et plus encore. J’ai eu des enfants, je les ai aimés sans savoir si c’était comme il faut, je les aime tout court et cet adjectif est bien insuffisant pour un si grand amour, ils ont pris leur place dans le grand manège et ils ont grandi, ils sont partis vivre leur vie, ils ont eu, à leur tour, des enfants qui, bien que ce soit inscrit dans la logique des enchaînements  restera un triste jour, partiront vivre la leur, j’ai perdu des proches et des lointains, j’ai eu du mal à me consoler de quelques uns avec qui j’ai choisi de continuer à vivre en faisant comme s’ils étaient restés. J’ai écouté un bon millier de fois" Un homme heureux" de Sheller, "Tu ne me dois rien", d'Eicher, "Ne me quitte pas", "Orly le dimanche,  ("Ils sont plus de deux mille et je ne vois qu’eux deux... »), "La solitude", "Puisque tu t’en vas" de Jamait. En boucle, j’ai écouté Romain chanter "Je me souviens" avec le si beau dernier vers: "Les paroles disaient que les gens quand ils s'aiment bien après qu'ils soient morts leur amour continue...", j’ai vu des dizaines de fois des films comme "Lost in translation", "Marie-Jo et ses deux amours" de Guédiguian, "Comment peut-on se sentir si forte d'aimer un homme et si faible d'en aimer deux...", "Manhattan", "Her", "Coup de foudre à Notting Hill", "Un jour sans fin", j’ai lu et relu les bouquins qui m’arrachaient des larmes de sang et me laissaient abattu, exsangue, étendu nu sur le carrelage glacé du salon, je suis passé des centaines de milliers de fois devant chez toi, même en sachant que tu n’y vivais plus, j’ai soufflé une bougie à chacun de tes anniversaires, en parlant de ça,  j’ai déposé un cierge presque dans chaque église où je suis entré avec cette pensée secrète qui a souvent chanté en moi, j'ai été favorable à la paix dans le monde (Mon côté Miss France, fleur bleue, caramel mou, je suis revenu vivre à l’endroit même où nous avions vécu trop brièvement quelques jours heureux, je n’ai jamais eu peur du ridicule en évoquant notre bien trop brêve histoire, j’ai rêvé de toi très souvent, j’ai écrit sur cette histoire, histoire de me rendre la douleur plus douce, ou au moins supportable, j’ai arpenté en long en large et en travers certaines rues où je pensais pouvoir te croiser tout en sachant que si je t’y croisais je tournerais la tête en faisant mine de ne pas te voir, sans doute poussé par la peur de ressentir une trop grande et bouleversante émotion, je me suis baigné un grand nombre de fois dans la même rivière que celle où nous nous étions trempés jusqu’au cou avant de nous dire au-revoir tout en sachant que c’était un adieu, je suis allé plus souvent qu’à mon tour traîner dans les ruelles de cette ville où nous avions passé quelques heures voire quelques  jours à nous courir après, à nous perdre et donc à nous faire  peur, je suis même retourné une ou deux fois fois vers ce lac de montagne que nous avions atteint après une si belle journée de marche. Toutes ces années,  j’ai remis mes pas dans les pas, mon cœur dans le cœur, mes yeux dans les yeux des amoureux que nous étions alors, il n’y a que mes mains qui, depuis n’ont pas touché grand monde et que mes doigts qui ne se sont pas tricoté avec beaucoup d'autres, je n’ai jamais cherché ni à revoir tes proches, ni à te revoir toi, sans doute pour ne pas m’immiscer dans ta vie, ce que je voyais comme un coin dans une bûche et peut-être aussi pour n’avoir pas à endurer une fin de non recevoir, j’ai fait de belles rencontres et manqué quelques trains, j’ai pris des avions pour nulle part mais en étant heureux de monter la passerelle, et, si j'ai aimé partir, j'ai plus encore aimé revenir, j’ai appris à faire la cuisine, j'ai aussi appris à aimer la faire, je connais le fonctionnement d’un lave-linge, je n'aime pas repasser, je sais changer un bouton, recoudre un ourlet, j’ai renoncé aux lingettes, j'ai mis une brique dans la réserve d'eau des wc,  je ne prends que des douches, je me suis allongé sur un canapé dans un austère bureau pendant de longues années, je m’y suis réconcilié un peu avec moi-même en me disant finalement c'est ainsi que j’étais et que ce n’était pas si grave, j’ai grossi, beaucoup, j’ai maigri, beaucoup, j’ai blessé parfois, je me suis laissé pleurer quand j’étais triste, j’ai ri aux éclats quand c’était gai, j’ai  préféré que les ambiances soient chaleureuses, bienveillantes, harmonieuses, j’ai été désolé, j’ai eu peur pour des proches, j’ai oublié des dates d’anniversaires, j’ai tenté d’apprivoiser la solitude en décidant de m’en faire une alliée fidèle, quoique  parfois bien trop exclusive, j’ai perdu des cheveux, des illusions, du temps beaucoup, j’ai attendu, trop, j’y ai cru quelques fois, je n’ai pas encore renoncé, mais un jour, un funeste jour, la terrifiante nouvelle m'est tombée dessus comme une avalanche de pierres, sans s'annoncer, sans prendre de gants, sans ménager, sans prévenir, sans signe avant tombeur: Un jour, hier, Charlotte Gainsbourg a eu cinquante ans… 

Alors, terrassé par l’événement, j’ai fini par admettre que, moi aussi, désormais j’étais vieux mais dans le fond du fond du vrai, certains jours, je suis prêt à jurer cracher, si par hasard on me le demandait, ce qui n'arrivera sans doute pas que je ne me suis pas encore remis ni de toi, ni de notre rencontre, ni de notre totale absence de lien autre que ces quelques jours partagés.







27 mars 2021

Leurs deux prénoms

Ils étaient nés au siècle d’avant, la même année. Leurs deux prénoms disaient leur âge.

Entre eux, ils ne s’appelaient que par eux. Tout au long de leur si longue vie commune, ils ne s'étaient jamais affublés de surnoms tendrement stupides. L'infinie tendresse qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre n'était jamais passée par ces artifices. Au début, ils avaient même un temps songé à continuer de se vouvoyer et puis, ils avaient renoncé. Ce n'était pas de leur classe. Pour les autres, ils se disaient compagnons... comme ils aimaient à le penser depuis bien longtemps. Eux deux, seuls.

Ils n'avaient pas, non plus souhaité avoir d'enfant. Le notre, si l'on veut vraiment en avoir un, sera notre amour s'étaient-ils dit au tout début de leur voyage commun. C'est que ça demande une attention particulière si on veut éviter qu'il se dilue dans le temps, qu’il s’effiloche, qu’il s’étiole... Et comme on a l'intention de rester ensemble jusqu'au bout du bout... Mais bien sûr, mais bien sûr... murmuraient les autres dans leur dos en pensant à mal. Et puis, les autres s'étaient séparés ou étaient morts alors qu'eux se mélangeaient encore les doigts. Ils se regardaient toujours émerveillés comme on regarde une pile de verres en cristal posée dans le souffle du vent.

Ils ne faisaient rien l'un sans l'autre. Ou alors parfois une séparation de quelques heures pour frissonner, pour éprouver le manque, la peur d'être sans, l'inquiétude... Ils avaient passé leurs vies à bâtir ce miracle comme on construit un mur de pierres sèches. Il faut d'abord les arracher à la terre, puis les façonner, puis les assembler, entre elles, qu’elles tiennent, sans colle. Leur amour c'était ça : un mur de restanque en pierres érigé comme une passerelle entre eux et le monde.

Des deux, c'était elle la femme forte, la poigne, la main. Enfin c'est ce qu'ils donnaient à voir. Lui se glissait bien dans le personnage du mené par le bout du nez. Lui, répétait à qui voulait l'entendre que pour tout ça il faut s'adresser à elle, c'est elle qui sait, c'est elle qui s'occupe de ça, c'est elle qui décide. « Voyez la patronne ». De cette façon, il avait la paix. On ne l'embêtait pas avec les contingences, les paperasses, les comptes, les obligations, le devoir. 

     À propos de tout ça, on ne lui demandait rien. On savait qu'il ne saurait pas.

En vrai, quand ils s'étaient réparti les tâches, elle lui avait laissé le futile, le surprenant, l'incongru, le sel, quoi. Ils s'en étaient accommodés. Ils en avaient même rajouté pour l'extérieur, pour la galerie.

Ainsi quand ils travaillaient, ils avaient ensemble tenu une boutique de vaisselle et droguerie en haut de la rue. Elle tenait les comptes et la vente et lui s'occupait des relations publiques et de la manutention. Pour les relations publiques, son boulot était d'aller descendre un canon avec les fournisseurs, les représentants ou même les clients. Le soir, il rangeait la vitrine et descendait les rideaux de fer. Quand il lui arrivait de casser une coupe de fruits en pâte de verre, elle caressait bienveillante : « Il n'y a que ceux qui ne font rien à qui il n'arrive rien ! » Pendant qu'il préparait la boutique pour le lendemain, elle, debout contre la caisse, elle s'allumait une celtique et en la gardant au coin des lèvres, elle faisait les comptes de la journée en l'encourageant quand ça devenait lourd.

Ils vivaient dans l'arrière boutique, deux pièces sombres comme un cœur de cendrillon qui tremblaient de tous leurs meubles à chaque passage du métro sous leurs oreillers.

Puis les années ont passé. Ils ont fini par vendre le commerce et l'arrière boutique quand il n'a plus pu manipuler le lourd à cause de son dos. Ils n'avaient cotisé à rien, alors ils ont parié de vivre sur l'argent de la vente bien entamé après l'achat d'un studio en ville. Ce qui leur importait c'était de rester ensemble.

Désormais, leur vie tenait en peu de chose.

On se débrouille sans rien demander à personne se disaient-ils. Le monde a assez à faire pour n'avoir pas à s'occuper de nous. On ne veut rien de personne puisqu'on a tout ce qu'il nous faut. Nous. On est encore ensemble après toutes ces années, notre vie on l'a réussie là.

Pour les voir, ce n'était pas très difficile. Ils allaient au grand marché du Boulevard le samedi matin et parfois le mercredi, mais il ne fallait pas y venir de bonne heure. Ces jours là, ils s'habillaient comme en dimanche, se faisaient beaux, présentables, précisaient-ils. Ils avaient la matinée pour ça. Ils se sentaient aussi plus dignes.

Parce qu'eux le finissaient plutôt, le marché. À force, les commerçants avaient fini par les reconnaître et leur mettaient de côté ce qu'ils ne pouvaient pas vendre, ce qu'ils auraient jeté. S'ils préparaient une cagette pour eux deux, ils auraient pu le faire pour des tas d'autres.

Oui, parce que nous vivions désormais dans une saloperie de monde où deux, comme on dit, petits vieux qui avaient travaillé toute une entière vie avaient à peine de quoi survivre et étaient obligés de fouiller dans le reste de nos poubelles pour se nourrir...

Puis ils rentraient, épuisés, honteux, leurs cabas presque pleins à bout de bras avec de quoi faire en légumes pour quelques jours.

Célestine est morte en Juin. De chagrin. Quelques semaines après le départ de Gaston. Un matin, il ne s'est pas réveillé. C'était fini pour lui. Du jour où il est comme on dit: parti, elle a tenté de lui survivre puis elle s'est étiolée comme une plante sans tuteur. À quatre vingt seize ans. On les a retrouvés allongés côte à côte sur leur lit. Comme ils s'étaient vidés de leur amour, leurs corps étaient presque secs. Ils étaient restés ensemble toute une vie. Ils allaient le rester pour l'éternité. Si ça n'était pas un bel amour...

Désormais, seuls, leurs deux prénoms disaient leur âge... 

22 mars 2021

Pique et pique et

 Après un épisode longuement douloureux et, pour tout dire assez emmerdant, dû à une hernie discale dont, je ne m’étais, finalement pas si mal sorti, puisque j’avais évité l’opération chirurgicale et, donc, les anesthésies hasardeuses, les maladies nosocomiales, les réveils improbables, les erreurs toujours possibles d’un chirurgien sous burn out, j'étais, enfin, redevenu, presque, moi-même. Ainsi, semblant réparé, du moins dans les grandes fonctions, je me remettais à courir comme un lapin dératé. Ça tombait bien, dans certains endroits, on en fêtait, ces jours-ci, la toute nouvelle année ! 

J’étais alors, tout entier à la joie de ma jeunesse (rigole !) reconquise, de mes forces nouvelles retrouvées ! Nom de Dieu de Nom de Dieu, le printemps qui allait bientôt pointer son joli museau rose n’allait pas en croire ses oreilles… (oui, de lapin, si tu veux !). Il allait voir ce qu’il allait voir ! Tout à cet état d’esprit sanguin, mais d’un sang plus que neuf,  un bon cent dix, je grimpai, cinq à cinq, les marches de l’escalier ce qui, hier encore, m'était un épouvantable chemin de croix à vingt six stations, quand, d’un coup, la pointe acérée d’une sagaie Peul d’apparat s’est fichée, pile, profond entre L4 et L5. Oui, là, dans le cœur même du disque, au nœud de la protusion! Ô gazelle foudroyée en vol par les griffes  acérées d’un guépard sanguinaire... Ô vol planant d’une buse  perforée par une flèche empoisonnée au curare... Ô course affolée d'un lapereau rattrapée par la griffe acérée d'un chat affamé... 

En quatre. J’étais plié en quatre et, au beau milieu des marches, des larmes de rage et d’impuissance me sont montées aux deux yeux. Je n’ai plus bougé pendant un long moment. Je me suis joué un film où il était question de fauteuil, à roues, de handisport, de ces merveilleux sièges montant les étages, de véhicules aménagés, à moi les places bleues  du parking Ikéa, à moi les cartes GIC, à moi les premiers rangs dans les concerts... Mais finies les salles trois et quatre de l'Utopia d'Avignon et quelques autres endroits dont j'ai renoncé à dresser la liste... La douleur violente un tantinet apaisée, je me suis demandé si je devais, maintenant, monter ou descendre. Poursuivre ma route ou revenir en arrière, avancer ou reculer. Si je montais, j’aurais à redescendre pour ouvrir aux secours, si je descendais, n’allais-je pas, en plus dévaler les quelques marches qui me séparaient du canapé et risquer la fracture d’un membre ? Remarque, au point où j’en étais autant que le samu se déplace pour du solide. Si l'on peut dire... Disons du solide qui casse...

J’ai en finale, choisi de monter pour aller m’allonger sur le lit. Je ne l’ai pas atteint. Enfin si, j’y suis arrivé mais seulement à ses pieds. Je n’ai pas réussi à y grimper dessus. Je suis resté couché, en boule, sur le tapis. C'est ainsi que l'’année du lapin, qu’on célébrait hier encore, devint en vrai, l’année du chien de fusil. J’ai réussi à trouver une position qui ne me faisait pas souffrir. Je me suis dit que je n’allais plus en bouger. Jamais. De ma vie. On allait, dans un siècle ou deux me retrouver momifié sur le tapis de ma chambre, recroquevillé comme une vieille chose informe...

Après une heure ou deux, j’ai quand même envisagé d’appeler à l'aide J’avais, dans mes contacts une armée d’ostéopathes, d’acupuncteurs, de chiropracteurs, de phytothérapeutes, de kinésithérapeutes, de chamanes, de tripoteurs aux mains d'or, de guérisseurs, de gourous, d’imposeurs de mains, de masseurs chinois, thaïlandais, indiens,  bantous, des qui travaillaient selon des méthodes toujours ancestrales, évidemment, avec des pierres de lave du Stromboli, des fleurs de Brahms, des rameaux de la Brie, des badines  en bambous  du Bénin, des poussières de roches du Tibet, des poudres d’insectes séchés… J'avais même le zéro six perso de Corine Monbrun, c'est dire! Tout l'annuaire parfait, du magasin parfait: À la clinique des dos brisés.

J’ai opté, cette fois, pour un acupuncteur que je ne connaissais pas encore, hé oui, il me fallait attendre d’avoir le dos en deux pour aller consulter, dont on m’avait donné l’adresse lors d’un diner, en me disant que lui, soignait tellement bien qu'une fois soulagé, on regrettait même, de ne plus avoir mal… C’est dire!

J’ai fini par me saisir de mon calepin et j’ai appelé. J’ai eu un peu de mal à me mettre d’accord avec lui à cause de la langue… Il ne parlait pas très bien la mienne, et moi très mal la sienne. Quand on est en face on peut s’en sortir par les gestes mais au téléphone avec un dos en miettes cela m’a causé quelques litres de sueur. J’ai noté l’adresse et je lui ai dit : j’arrive ! Oui, en finale j’avais compris qu’il avait en quelque sorte un service d’urgence et visiblement mon état le réclamait. J’arrive, j’arrive… C’était dit un peu rapidement. Entre là où j’étais et la voiture, en bas dans la cour, il y avait un monde.

Ce fut un monde à franchir.

Je vais glisser, c’est le cas de le dire, sur la descente des escaliers en rampant, la fermeture de la maison, la montée en voiture et le trajet pour arriver jusqu’à son cabinet que j’ai eu un peu de mal à trouver. C’était au beau milieu du quartier asiatique. Il fallait, je vous le donne en mille, traverser l’odeur mêlée d’encens à la fleur de rose et de porc au caramel de la salle d’un minuscule restaurant chinois. Pour l’acupuncture c’était un bon point. En effet, je me méfiai toujours un peu des acupuncteurs occidentaux comme on se méfierait d’un boucher végétarien... Maître Shui m’attendait en préparant le service du soir. Un tablier blanc immaculé autour de la taille. Ne me dites pas que vous n’êtes jamais allé chez un thérapeute un peu spécial ou alors c’est qu’il ne vous est jamais rien arrivé! Quand on est plié en deux, on va n’importe où!

Ah vous êtes là ! A-t-il dit quand il m’a vu. Un deuxième bon point, Maître  Shui était un être perspicace. Dans ses deux professions, ça aide.

Il m’a fait entrer dans une petite pièce où il faisait une chaleur torride. Il y avait pas mal de désordre, elle n'était pas très feng, mais comme il y faisait aussi clair qu'au fond d'un sac de champignons noirs, cela passait. Il y avait au centre, une table de massage. Je me suis déshabillé du haut et du bas et je me suis allongé sur le ventre. Enfin, c’est Maître Shui qui m’a demandé tout ça. De moi-même, je serai resté courbé en deux comme un roseau plié par le vent ! Après m’avoir demandé où j’avais mal, perspicace mais pas trop, il a sorti des tas de longues et fines aiguilles d’une boite en métal et a commencé à me piquer. Il m’en a collé un peu partout dans le dos, de la nuque aux tendons d’Achille, des dos de la main aux omoplates. Dans la pièce, flottait un air de musique asiatique. Douce, mais asiatique. En peu de temps, je me suis retrouvé piqué de deux centaines d'aiguilles, comme une poupée vaudou à qui on voudrait un mal de chien... Il m’avait balisé tous les méridiens possibles, il avait assuré le coup, j’ai pensé. Je me suis vu me dégonfler mais c’était pour me faire sourire un peu. Voilà deux bonnes heures que cela ne m’était pas arrivé. Et puis, Maître Shui est sorti. Il devait avoir un plat sur le feu. Cette odeur de cuisine dans son vieux cabinet...

Après un long moment, j’ai bien senti que je me décontractais, que je me relâchais, que je me liquéfiais, même. Je commence à m’endormir, ma parole… Je suis bien, il fait si chaud ici, je n’ai plus mal, je m’endors, je sombre, je m’en vais, je pars, je suis parti…

Comme je ne dors absolument jamais sur le ventre, j'ai été bébé en un temps où cela nous  était totalement interdit, comme j'ai oublié où j’étais et dans quel équipage, j’ai eu LA plus mauvaise idée qui soit de la soirée… J’ai entrepris de me retourner. Pour me mettre sur le dos…

 

C’est le hurlement que j'ai poussé après ma chute qui a fait surgir Maître Shui de sa cuisine, un wok en flammes dans sa main droite...

J'atterrissais en douleur pendant que Maitre Shui, délaissant un temps ses aiguilles, flambait ses légumes sautés au saké...





19 mars 2021

Comme un bel accident

C’est un peu après  la sortie d'un très long virage que je n’ai plus rien maîtrisé. Ma vie est partie en sucette pile à cet endroit là. 

Jusque là tout s’était plutôt bien passé. C’était une belle journée de Juillet installée dans une tiédeur raisonnable, sous un ciel bleu limpide d’un seul tenant, le vent d’hier l’avait nettoyé, sur  une autoroute pas trop fréquentée, lors d’un trajet que je connaissais par coeur.  L’engin que je pilotais neuf de bas de gamme, même s’il avait en commun avec les Facel Vega ou autre Aston Martin un volant, un moteur et quatre roues, il en était très éloigné du confort légendaire mais si on mettait à fond le volume sonore du lecteur de CD, la musique pouvait étouffer tous ses bruits parasites si agaçants pour l’oreille, bref il suffisait de n’être pas trop exigeant sur le confort et les kilomètres s’entassaient gentiment sous le plancher. Chaque mètre accumulé me rapprochait sans trop d'encombre de la fin du voyage. Je ne pensais pas si bien dire. On commençait à apercevoir les premiers signes d’une arrivée prochaine, les champs se rétrécissaient comme des peaux de chagrin, les pylônes électriques se dressaient comme une armée prête à en découdre, les bandes de bitumes s’élargissaient, les panneaux publicitaires étaient de plus en plus présents en menaçants, les avions de ligne au dessus passaient de plus en plus bas et le trafic s’intensifiait légèrement. Encore quelques hectomètres et ce serait la barrière du péage. Il s’agissait maintenant de ne pas manquer l’aiguillage vers la bonne autoroute finale.

J’allais attaquer un long virage à gauche qui me remettrait sur la route venant de l’Est quand je me suis aperçu que je roulais un peu trop vite. À force d’avancer à une certaine allure, on ne fait pas gaffe, on ne se donne plus la peine de ralentir, on garde la même pour doubler, on ne décélère pas quand les courbes se pointent, on s'endort un peu sur ses lauriers. C’est exactement ce qui m’est arrivé. J’ai laissé le pied droit sur la pédale. Au fond. En début de virage, tout s’est bien passé mais c’est à la fin que ça s’est gâté. En vrai, je ne sais toujours pas, des années après, ce qui m’est réellement arrivé. Je suis encore aujourd’hui absolument incapable de décrire avec précision ce qui s'est passé. Je me souviens juste d’une sorte de longue glissade et d’un désordre incroyable dans l’habitacle de la voiture. Tout ce qui n’était pas fixé s’est mis à voler autour de moi. Tout ce qui était posé sur le siège passager l’a quitté : Cartes, sac, portefeuille, portable, appareil photo, cigarettes du paquet, lunettes, boites de cd et ça tournait, ça tournait, ça n’en finissait pas de tourner. Et puis, le gris de la barrière de sécurité s’est jeté sur l’avant de ma bagnole. Il n’a pas aimé, l'avant. Il s'est comprimé comme un poumon malade. Après le choc que j’avais un peu amorti en serrant fort les bras, j’avais aussi la ceinture, quand le silence est revenu une jolie fumée blanche est montée droit dans l’azur. Le radiateur, explosé, venait de rendre l’âme ainsi sans doute qu’une grande partie du moteur. J’ai dégrafé ma ceinture, je suis sorti de la voiture, la porte a couiné, bien heureux de n’avoir pas de miroir, je devais avoir une de ces têtes d’abruti apeuré, hébété, perdu.

Je me suis assis sur le gris gondolé. Au passage, j’ai attrapé une clope qui trainait sur le tapis de sol et je me la suis allumée.

C’est là que ma vie a basculé. Elle est arrivée d’en face, elle avait tout vu de l’accident, elle s’était garée en quatrième sur la bande d’arrêt d’urgence et elle avait, cette folle, traversé les deux fois quatre voies en cavalant. Elle avait franchi ça comme qui rigole, sa jolie silhouette dansante si légère au-dessus des obstacles... Je l’ai juste vue se pointer lumière dans la lumière, j’en avais rarement vu d’aussi jolie. Une débutante en quarantaine, brune presque noire, aux cheveux très très courts, un sourire éclatant, une robe de soie collée à elle à cause de la chaleur, aussi courte que ses cheveux, bronzée comme une baguette sortant du four, des yeux d’un vert à le peindre, profond, dense, une sorte de miracle sur jambes fines…  Une Marie Madeleine tenant une bouteille d’eau minérale à la main et me l'offrant :

___ Ça va ? Vous n’avez rien ? J'ai tout vu, dites, vous avez eu chaud, c'est votre jour de chance, aujourd'hui... Votre voiture par contre, comme une Bourvil d’autoroute : Elle va rouler beaucoup moins bien maintenant…

___ Je me doute, j’ai dit bêtement.

Elle s’est assise sur le gris pendant que j’appelais l’assurance. Je voyais bien qu’elle me regardait, qu’elle me jaugeait. Je me sentais scruté. Quand j’ai raccroché, après qu’ils m’aient promis une dépanneuse dans le quart d'heure qui vient, elle m’a fixé et, le plus sérieusement du monde, elle a posé entre nous :

___ Ça tombe bien votre accident, finalement, je vais passer huit jours à Ré dans une maison que des amis me prêtent, j’y vais seule mais je déteste ça. Vous ne viendriez pas la passer avec moi, cette semaine ? Pour vous remettre ? Je vous emmène et je vous ramène… Pendant qu'ils réparent votre voiture? La maison est grande, en bord de plage, il y a plusieurs chambres et même une piscine...

J’ai laissé un temps de silence, je ne voulais pas qu’elle pense que je suis un garçon facile et puis, vaincu, j’ai menti sans vergogne :

___ Heu... Je n’ai rien à faire les jours qui viennent et en plus, je ne suis jamais allé  à Ré… 

Mon jour de chance, elle avait dit… 

Rien d'autre.




18 février 2021

Comanchonothérapy

 Elle a laissé ses doigts trainailler dans les miens comme un bouquet de gnocchis mous. J’ai détesté.

Moi qui aime que les poignées de mains soient toniques, de celles qui serrent un peu les doigts, qui prennent la mesure de la paume mais qui ne s’attardent pas. Celles qui sont franches, droites, directes sans effusion mais avec tenue, musclées…

Là, je ne pouvais qu’être déçu. Une bande de phalanges indistinctes, sans réelle volonté, sans température, posée dans ma paume au milieu sans fermeté, ni variation de fermeté. Un truc qu’on vous mettrait entre les doigts et à toi de jouer, débrouille-toi mon garçon ce n’est plus mon affaire, je te les laisse, fais en ce que tu veux, ils ne sont plus à moi, je m'en désintéresse, ils ne m'importent plus… Brrr… Un vrai dégoût.

J’avais eu son adresse par je ne sais plus qui. On m’avait dit d’y aller en désespoir de cause. Dans le coin c’est elle qu’on appelait quand on avait tout essayé et quand tout avait échoué. Là où j’en étais…

Ça commençait mal entre elle et moi. Et pourtant attifée autrement elle aurait pu être si jolie. Bien sûr, il aurait fallu qu’elle sourit un peu, juste un petit sourire de rien mais ça elle avait dû s’absenter lors de la distribution. La petite plume de pie noire et blanche plantée dans sa natte et ses mocassins en peau sur des socquettes de tennis  blanches c'était juste impossible...

Elle tirait une tête fermée comme une porte de centrale. J’ai mis ça avec bienveillance sur sa concentration… Elle portait des boucles d’oreilles grandes et colorées comme des lustres de Murano qui tintaient à tout instant quand elle tournait la tête.

Elle m’a fait asseoir devant un bureau, enfin une planche posée sur deux tréteaux branlants.

Elle a allumé une boule d’herbes sèches et dès que la fumée est montée une horde de moufettes malades est entrée dans la pièce et s’est mise à nous tourner autour. Je m’en suis bouché les narines mentalement un peu comme quand on change un bébé qui n’est pas le sien. Un haut le cœur m’est venu comme un tsunami thaï. Heureusement j’ai réussi à contenir tout ça sinon les dégâts pour son cabinet auraient été considérables.

C'est un sorcier chamane d'une tribu Comanche qui mes les envoie, elle a dit. 

La vache ça déménage, j'ai fait. 

C'est du costaud, en toussant.

C'est pour purifier l'atmosphère... Ça, pour être purifiée elle allait être purifiée l'atmosphère... Une autre boulette et il n'y aurait plus rien de vivant par ici... Entre gazer et purifier la frontière était restée très mince... 

Elle a sorti un bic rongé au bout d’un sac grand comme une yourte, étalé là, à ses pieds, d'un livre de poche sur les pensées du Grand Sorcier Oeil de nuage, elle a déchiré  un bout de page à peu près vide et j’ai eu droit à un interrogatoire en règle qui m’a fait remonter dans le temps. Pour aller loin, on est allé loin elle et moi puisque je suis allé jusqu’avant ma naissance. Le protocole était simple, et infaillible. Elle posait des questions d’une voix monocorde et ne manifestait absolument aucune émotion lors des réponses. J’avais tout juste droit à de fermes recadrages quand la mémoire me faisait défaut :

___ Faites un effort souvenez-vous. C’est vous qui avez mal au dos, pas moi.

Alors, je lui ai raconté à trois ans cette aiguille rouillée ramassée sur un parquet cassée en deux dans le genou droit, à treize ans cet accident de solex sur un chemin entre les serres, à quinze ans cette chute contre un mur après un saut sur un trampoline à seize ans cette fracture du tibia au ski, à dix sept ans ce type reçu sur la nuque dans une piscine, et quelques autres. Elle a seulement dit : je vois.

Pendant ce temps là, elle passait ses mains au dessus de mes lombaires mais SANS me toucher. Et ma parole, mais elle marmonne, elle psalmodie? Elle chantonnait dans sa barbe, façon de parler, à voix basse et grave un truc que j'ai vaguement reconnu, une vieille mélopée cheyenne, comanche ou apache, une de celles que je murmurais à l'oreille de mes enfants quand ils étaient bébés et qu'ils avaient du mal à s'endormir. Un truc que j'inventais sur le tas mais qui marchait du feu de Dieu... Je ne me faisais pas d'illusion non plus, ils devaient préférer sombrer dans le sommeil  plutôt que d'entendre ça plus longtemps!

Là, une vague chaleur m’a ceinturé les reins et je me suis endormi. Je ne sais pas combien de temps je suis parti ailleurs. Ce que je sais c'est que maintenant, les lumières de la ville étaient allumées dehors. L'indienne en muranii m’a réveillé et après un bon moment m’a dit :

___ Voilà, j’ai fini. À vous de jouer, maintenant. Rhabillez vous. Normalement nous ne devrions pas nous revoir, sauf accident et si bien sûr vous avez mal ailleurs.

Je me suis rhabillé, je n’ai pas demandé combien je lui devais, nous en avions parlé au téléphone avant ma venue.

Quand elle a attrapé les deux billets de cinquante que je venais de sortir du distribanque, oui,  pas de carte, pas de chèque avait-elle ordonné, ses doigts se sont animés comme des piranhas en colère, elle les a roulés, les deux, dans ses mains, les a fait craquer sans les regarder et comme elle les a jugés authentiques, elles les a enfouis dans une des vastes poches d’un sarouel douteux qui aurait pu héberger un lama en cas de besoin. Et je suis sorti envahi par une douce chaleur, j’ai fermé la porte, je me suis étiré sur le palier et ma parole, je le jure sur la calvitie du pape, je me suis, sur le trottoir, là, d’un coup redressé. Les douleurs m’avaient abandonné. Je n’avais plus mal nulle part. Je n'avais plus l'échine courbée par la souffrance. Je vivais une sorte de miracle. Un miracle à cent euros quand même... 

Mais quelle sorte de sorcière était-elle ?

 

Quel que soit ce qu’elle m'avait fait ou pas, la vérité était que j’étais entré chez elle tordu et que j'en sortais en marchant droit. 

J’ai failli la rappeler pour lui demander combien ça me couterait pour redresser mon âme mais j’ai repensé à sa poignée de main du début avec ses doigts en gnocchis mous...







10 février 2021

En bla bla avec Eric

 Après une bonne vingtaine d’années, elle avait fini par m’abandonner, elle aussi. J’avais essayé de l’amener le plus loin possible pas seulement parce que je l’aimais. C’était surtout que je n’avais pas les moyens de m’en offrir une autre. Je n’étais qu’un misérable agent de l’état de base et j’avais déjà le crédit de la baraque sur le dos. Ce n’était ni un château, ni un de ces mas géants retapés avec soin qu’on voyait couramment par ici, ce n'était pas une maison d'architecte simple et authentique dominant la vallée avec ses six cent mètres carrés de pièce à vivre sept chambres et huit salles de bain, idéale pour recevoir ses amis le temps d'un ouiquende cocooning, mais je n'étais pas à plaindre, j'avais un toit.

C’était une maison normale de trois chambres sur un petit terrain en limite de village, mais malgré tout quelque peu au-dessus de mes moyens. Je voulais pouvoir accueillir mes deux enfants ensemble pendant les vacances et qu’on puisse y cohabiter sans avoir le sentiment désagréable de vivre les uns sur les autres, que les éventuels séjours restent confortables pour tout le monde. Qu’ils aient chacun leur chambre, qu’on n’ait pas besoin, le soir de déplier un canapé dans le plein milieu du salon et que la file d’attente pour la salle de bains ou les toilettes ne déborde pas du couloir. On peut dire que j’avais vu juste: ils n’y mettaient les pieds que trois ou quatre jours par an, très souvent pas ensemble et parfois sans leurs conjoints qui, visiblement, n’avaient rien à faire de cet endroit. Aussi, les portes de leurs chambres restaient fermées le plus souvent et derrière, au lieu de conversations feutrées, de rires partagés, la poussière seule s’y accumulait. L’hiver je ne les chauffais pas et l’été, à part quelques guêpes maçonnes qui trafiquaient dans les plis des rideaux elles restaient désertes. À tel point que j’avais fini par me  résigner : Un jour il faudra bien que je vise plus petit. J’avais bien conscience que ces épisodiques séjours n’allaient pas s'accentuer, au contraire, je savais qu’ils viendraient de moins en moins si tant est que ce soit possible pour finir par ne plus jamais descendre. C’était dans le sens du courant de la vie. Désormais, ils avaient la leur. Un cabanon d’une pièce parmi les rangs de vignes finira par me suffire. Du moment que mon chat y a son coussin. Jusqu'au jour où le coussin et moi nous franchirons le Pont Levis d'un Ephad perdu dans la banlieue perdue d'une ville perdue. 

En attendant, il n’était pas question que je me mette un autre crédit sur les épaules pour une bagnole. La mienne avait rendu l'âme et moi sa carte grise. Et puis, un jour sans autre préavis qu’un contrôle technique mal négocié, je me suis retrouvé devant ce que je redoutais. Je devais la faire réparer une fois de plus pour obtenir ce OUI magique au contrôle qui m’avait été refusé dans les grandes largeurs. Pour que je puisse m’en servir à nouveau il me faudrait aligner deux à trois milles euros. Une paille. J’avais vite fait les comptes et cette fois elle et moi nous étions arrivés au bout de notre relation. Nous allions devoir faire route l’un sans l’autre. Je l’ai vendue comme épave c'est à dire que j'ai payé pour qu'on me l'enlève et, donc je me suis retrouvé sans bagnole. Pour l’été ça irait, j’avais encore une petite moto mais pour l’hiver ? Je verrais j’ai dit. Bien aidé par le fait qu’on était en Mai.

Et je me suis inscrit à Bla bla car. Depuis le temps que j’en entendais parler. Ce truc avait les cheveux dans le vent et n’allait pas tarder à être un must have do. Pourtant ce n’était ni dans mes habitudes, ni dans mes envies. Un signe entre autres que j’avais vieilli. J’aimais bien être autonome, ne dépendre de personne, partir quand je le décidais, d’où je décidais, passer par où je voulais, m’arrêter quand j’en avais envie, sortir de l’autoroute s’il l’idée m’en venait, ne pas être emmerdé par un ou une qui me dirait des conneries pendant que je conduisais et ne pas devoir écouter des musiques qui me hérissaient les poils si l’occasion s’en présentait. Bref, je roulais à l’ancienne. Mais ici-bas, tout le monde se mettait à bla blater. Et comment tu n’y vas pas en bla bla ? Mais c’est nul ! Le bla bla il n’y a que ça de vrai et la planète tu t’en fous de la planète, alors ? Mais quel monstre d’égoïsme tu fais. C’est bien à cause de gens comme toi si on en est arrivé là… Heureusement que certains gardaient leurs engins parce que si tout le monde s’était séparé de sa voiture comment bla bla eût été possible ? Il leur arrivait d’y penser à ça ? J’avais fait comme les autres, je m’étais inscrit en ligne sur le site. J’étais allé passer quelques jours à deux cent bornes de chez moi, j’y étais allé en train et je devais donc en revenir. J’avais lancé une alerte. Pour un trajet d’A. à ma maison si grande pour moi.

Les amis venant rarement eux aussi, j’avais fini par me demander quel genre de con j’étais pour avoir si peu de visite. Mais je n’avais pas encore trouvé une réponse satisfaisante.

Pour la date souhaitée, je n’avais reçu qu’une réponse mais le gars n’allait pas jusque chez moi. Cependant, il s’arrêtait avant dans une ville où il y avait une gare TGV. Au pire je finirais en train je m’étais dit. Il avait un de ces gros 4X4 allemand énorme avec quatre cercles devant, les mêmes que ma défunte. Nous avions convenu qu’il me prendrait  au péage de l’autoroute et me laisserait au péage d’Aix. Son nom m’avait dit quelque chose et j’avais pensé à un pseudo et il n’avait pas mis sa photo. Eric Diké-Morel disait-il s’appeler. Comme il était seul à s’être proposé ce jour là, comme je n’étais jamais monté dans ce type de bagnole, comme j’étais tenté de voir ce que ça faisait et comme les horaires me convenaient j’avais accepté.

 

En dehors du fait qu’il soit arrivé en trombe avec une bonne demi-heure de retard, qu’il fume comme une caserne de pompiers, qu’il conduise beaucoup trop vite j’ai passé un voyage très éloigné de l’ordinaire. C’était avant qu'on ne lui file les sceaux à garder. Je l’avais reconnu quand je m’étais approché de son véhicule. C’était lui. Il en était sorti pour attraper mon sac et le balancer dans le coffre. Et sa voix... 

«Désolé de mon retard, dépêchons nous, je suis pressé » m’avait-il envoyé en plongeant s’asseoir. « J’ai un procès qui démarre dans une heure à Aix. Après un moment et des kilos de gomme en moins sur les pneus: "Ça vous étonne que quelqu'un comme moi prenne en bla bla? C'est simple, je suis tellement crevé que j'ai peur de m'endormir, avec quelqu'un à côté je suis à peu près certain que ça ne m'arrivera pas!». Alors, à cent soixante, il s’était mis à parler. Il n'allait pas arrêter jusqu'à l'arrivée. Il allait affronter la SNCF qui s’était portée partie civile aux assises. Il y défendait un type accusé d’homicide dans une sordide histoire de jalousie  et d’empoisonnement au sandwich avarié dans un train à grande vitesse. 

Au fond, toute la durée du trajet il avait répété sa plaidoirie. J’étais un de ses jurés.


Un bla bla car avec un avocat au taquet... Quand je vais raconter ça je me disais…






05 février 2021

Celle d'attente

Malgré le Grand Confinement, le troisième, auquel nous étions à nouveau tous soumis (et quand je dis tous ce n’est pas une manière de parler. On y était jusqu’au cou de l’Oural à la Galicie en passant par le Péloponnèse et le grand Rif marocain) à cause d’une saloperie de virus qui nous était tombée dessus depuis plus d'une année. Quand je dis nous c’est du monde dont je veux parler. La saleté comme on l'appelait aussi était apparue en premier en Chine soit disant et elle avait parcouru le monde à la vitesse d’un avion en vol. Tous les pays avaient été plus ou moins touchés. Des contaminés, certains bien atteints et des morts pour les plus fragiles. Il n’y avait rien eu à faire que d’entendre énumérer le nombre des cas qui se rapprochaient de nous en bondissant d’aéroports en aéroports comme des troupeaux de puces dressées. En deux coups les gros c’est l’ensemble de la planète qui avait été infecté. Et ses habitants, nous, faute de vaccin nous avions été confinés. On avait vite appris à nous servir de ce verbe qu’on réservait d’ordinaire aux canards ou aux oignons. On nous priait instamment de rester chez nous à cause de leur politique de l'hôpital qui avait consisté à supprimer des lits et des soignants, pour que tout ça soit plus rentable. On en était à cent milliards pour réparer leur gestion désastreuse et ils continuaient à faire les beaux et vouloir nous donner des leçons en direct à la télé.  

Avant de  soigner nos maux, nous devions veiller à élever entre congénères les barrières les plus hermétiques possibles afin d’avoir une petite chance de nous en sortir vivants sans trop de séquelles. Les bises, baisers, bisous étaient bannis, les calins, embrassades avec. Plus de hug ni de serrage, pas même de poignée ni même de proximité, imaginez qu’on en était à mesurer une distance à respecter entre deux humains. Ce  qui ne nous garantissait même pas de nous en sortir sains et saufs. Cela nous donnait juste une chance supplémentaire de ne pas le chopper. Savonnage et nettoyage étaient devenus nos  deux mamelles. L’autre, l'étranger nous filait la pétoche IL ou ELLE était un danger potentiel. Et donc pour finir,  l'ambiance était devenue irrespirable, tous se méfiaient de tous.

Comme à l’accoutumée, à chaque fois que, dans ma vie,  j'ai eu un gros emmerdement, j’ai somatisé de tout ce bazar et de toutes ces craintes liées à cette pandémie qui terrassait les plus vieux, les plus gros, les plus fragiles d’entre nous et ça s'est porté comme d'hab sur les dents. D'où l'expression sans doute.

Le lendemain de la venue de mon fils j'étais aux urgences dentaires qui m'ont tellement chargé en antalgiques que mes gencives se nécrosaient et pour l'arrivée de ma fille j'en ai pris pour six moi d'opérations. Et dire qu'un de mes films phare était Marathon Man. "It'safe,it'safe! Tu parles... Alors maintenant que nous vivions dans un monde où les hécatombes en EPHAD étaient garanties, où tu risquais la mort en serrant la main du voisin de palier, que ma joue enfle ne m'avait pas surpris. Et, chez moi, comme d’habitude, ça s’était porté sur les dents. Un bel abcès, bien gonflé, bien douloureux qu’aucun bain  de bouche n’avait réussi à calmer. J’avais appelé ma dentiste en lui demandant un rendez vous d’urgence. Evidemment nous étions un vendredi et elle ne m’a pas rappelé de suite, elle m’avait laissé tout le week-end avec ma joue en boule de lyonnaise, mes souffrances et mes boites vides de doliprane. Je lui en ai voulu beaucoup surtout le dimanche matin. J’ai passé ma matinée à la maudire en lui jetant tous les sorts possibles, qu’elle tremble des deux mains, qu’elle perde la vue d’un oeil, que ses cheveux tombent en bouloches, en oubliant qu’elle allait peut-être me recevoir le lundi et que mon intérêt premier eût été qu’elle soit en grande forme. Elle ne m’a rappelé que le mardi. J’avais cru décéder tout au long du lundi et puis non. Il arrive que la douleur aide grandement à noircir les tableaux. Quoiqu’il en soit, j’étais content de l’entendre. Pas longtemps. Elle ne pouvait me recevoir que le vendredi. Vous allez tenir m’a-t-elle envoyé. Bien obligé, saleté, j’ai pensé mais lâchement et dans un souffle j’ai dit : Oui, évidemment, il faudra bien.

Ce qui était un gros mensonge. J’ai tenu jusqu’au vendredi à grands coups de bains de bouches d'eau tiède au miel, de Paracétamol mille et de rhum agricole. Puis il fut temps d’y aller. Je me suis garé devant l’entrée du cabinet, j’ai posé mon carton bleu à l’intérieur sur le devant de la voiture. Ils étaient assez pointilleux sur les horaires dans le quartier malgré le peu de bagnoles garées. Je suis sorti, j’ai sonné à la porte du cabinet et je suis entré. J’ai grimpé les marches pour arriver à l’étage. Et je suis entré dans la salle d’attente.

C’est là que je l’ai vue. Je ne l’ai pas reconnue de suite. J’ai même mis un moment à passer de : "Oh non ce ne peut pas être ELLE" à : "ça pourrait être ELLE" puis à : "C’est ELLE j’en suis certain". Oh la vache!

Ce qui m'a mis sur la voie c'est qu'elle avait une façon très particulière de tenir sa tête si haute si droite comme  la danseuse qu'elle était aussi. Et sa silhouette d'une finesse musclée, dense. En revanche, je n'ai pas pu voir son visage, elle avait un foulard, sans doute un carré Chanel sur la tête, les yeux derrière une paire d’aviators réfléchissantes et comme tout le monde, un masque bleu pâle sur le visage dont les élastiques allaient tourner derrière ses deux merveilleuses oreilles. Elle était assise le dos aligné, tenu dans un des trois fauteuils en rotin. N'importe qui d'autre qu'elle dans ce fauteuil s'avachissait comme un oeuf mollet sur une poêlée de légumes. Pas ELLE. Elle, elle parcourait d'un doigt habile et noueux un magazine de déco. Je me suis amusé à penser qu’elle feuilletait peut-être un reportage fait chez elle. Elle a levé la tête quand je suis entré. J’ai dit bonjour. Elle m’a souri et m’a dit en détachant bien le premier mot: Bon jour ? Pas vraiment. Sa voix, cette fois j’en étais plus que convaincu c’était bien ELLE. Puis un silence. Elle avait la joue gauche enflée comme une pastèque mûre mais elle restait malgré ça magnifiquement belle, élégante. Et dans son cas,  il fallait le faire. Qu’est ce qu’elle fout là je me suis dit. Et puis je me suis souvenu qu’il y a quelques années elle avait acheté un vieux mas dans le coin, c'est fou ce que les gens riches sont friands de vieux. On en avait pas mal caqueté dans les gazettes et les salles d'attente, surtout quand elle s'était permis de clôturer des terrains qui ne lui appartenaient pas. On l'avait eu mauvaise dans le secteur et il avait fallu qu'elle en allonge pour qu'on lui sourie à nouveau. On l’avait même vue sous toutes les coutures avec des reportages du genre des  Martine: Martine et son refuge en Provence, Martine et le retour à l'authentique, Martine fait ses emplettes au marché de L’Isle, Martine taille ses oliviers, Martine fait son huile, Martine et ses coins secrets, Martine et son vignoble, Martine et sa cuvée... C’est là qu’elle venait se ressourcer comme ils disaient. Reprendre des forces, se défatiguer de sa vie trépidante, se désennuyer de son quotidien qui n'avait rien à voir avec le notre si emmerdant des boulots à heures fixes mal payés, mal considérés et mal aimés mais si essentiels à la bonne tadatsoin marche du pays… 

Mais elle était restée somme toute discrète et, par ici du moins, on avait fini par se foutre de sa présence qui, il ne faut pas non plus pousser ne dépassait pas les dix jours par an.

Il arrivait donc à ces gens des magazines en papier glacé d’avoir des problèmes de dents. Un sourire vaguement vengeur s'était pointé malgré moi doucettement. J’ai sorti un bouquin de mon sac et je me suis plongé dedans. Oh bien sûr, de temps à autres je lui jetais un œil que je voulais le plus bref possible, le moins repérable, ce n’est pas tous les jours qu’on est à deux mètres d’une telle beauté. Mais je me disais aussi : Comme elle était là avant moi, j’allais devoir attendre qu’elle y passe. Elle y aura droit, elle aussi.

Et moi, désormais, je pourrais dire qu’ELLE et moi avons passé un peu de temps, dedans, ensemble, à attendre que quelqu’un, ici bas, veuille bien s'occuper un peu de notre rage accumulée...





 

 

31 décembre 2020

Papa

Maman et nous, pour tenter de nous consoler un peu, nous nous disons que, finalement, tu as eu une belle vie. 

Une longue et belle vie faite de grandes rencontres, de moments exaltants, de travail,  de succès, de conquêtes, de reconnaissances, d'amitiés fécondes, de respect, d'entreprises, de voyages lointains, de défis, de prises de risques, de liens affectueux et durables... Une vie à plusieurs étages tous aussi riches les uns que les autres et que tu as vécu soixante douze ans d'amour avec la même personne... Ce qui, dans un bilan ne compte pas pour des prunes...

Nous nous disons également que, d'une certaine manière s'est enfin terminé le moment de cette vie que tu as détesté le plus: Le temps de la vieillesse. Vieillir beaucoup donc  être vieux longtemps. Et souffrir,  vers la fin, mais surtout avoir le corps empêché, contraint, diminué toi qui en avais fait ton meilleur ami tout au long de ta vie. Ces dernières années, si tu n'arrivais plus à voir ce que tu pouvais encore faire, et c’était beaucoup,  tu regrettais ce que tu ne pouvais, désormais plus accomplir. Mais, tu as acheté une voiture neuve à quatre vingt treize ans… Mais tu as eu la chance de skier jusqu'à quatre vingt dix ans et avant hier encore quand on te demandait ton âge tu étais heureux d'entendre dire: Mais vous en faites dix de moins. Ce qui était vrai.

La grande affaire de ta vie ce fut le sport. Tout les sports et en premier lieu l'escrime qui t'a accaparé une grande partie.

C'est elle qui a fait qu'un petit garçon né à Paris dans le 10ème arrondissement, fils d'Henri un couvreur normand et de Jeanne une jeune fille du Béarn se retrouve, un jour, dans la salle d'Armes de l'INSEP à serrer la main d’un Général de Gaulle. Maître d'Armes tu l'as été jusqu'au bout du bout, jusqu'à ce que tes mains ne puissent plus tenir un fleuret. Après l'excellence et le haut niveau, tu es devenu bénévole d'une salle d'Antibes et tu as donné aux jeunes, aux débutants et au handisport.

Mais il n'y pas eu que l'escrime, au début,  il y a eu le... basket avec une licence à l'Olympique d'Antibes Juan les Pins, puis le tennis, la pêche au coup, le golf, le cyclisme, l'athlétisme, le football, la boxe, le rugby que tu suivais de très près et, en vrai, le chant que tu as préféré entendre est la marseillaise...

"Vieillir ce n'est pas une affaire de mauviette" a dit Rita Hayworth. Tu t'en es douloureusement rendu compte. Vieillir longtemps est encore plus délicat puisque c'est aussi fatalement perdre un à un ses amis. Toutes ces dernières années tu as fréquenté régulièrement les églises et les cimetières. 

« À force d'aller aux enterrements qui viendra au mien? » disais-tu.

Nous, aujourd'hui, le coeur haché, nous aimons à penser que tu es parti pour une compète un peu lointaine, que tu vas y retrouver tous ceux que tu as aimé, tes amis fidèles, tes autres enfants, nos demi-frères et demi sœurs à Hélène et à moi, les escrimeurs et les escrimeuses, enfin tous ceux qui vont t'accompagner dans ton long voyage, que tous ensemble vous allez  batailler ferme pour gagner d'autres médailles d'or... D’or...

Dors bien, Papa...

Même si ça n'a pas été ton occupation préférée......




 

05 décembre 2020

De là-bas


 


D'Alchimer.

Après Papeete, Rangiroa dans l'archipel des Tuamotu... 

Les premières 24 heures au près, mais dans 8/10 noeuds route directe, mer belle, coucher de soleil flamboyant, bière fraîche, une vie quasi parfaite. Et puis ça c'est gâté. 
Le ciel se charge, des grains épais, noirs, lents, lourds, sans échappatoire, qui coupent ton vent, puis t'en soufflent un à eux, progressif, rafaleux, mais surtout qui t'envoient 40 degrés hors de ta route. Et la pluie. Plus de vent. Une eau qui s'écrase, des gouttes comme des cloques. Ca dure, on ne sait pas combien. Longtemps. 
Puis du jour revient, une clarté, un vent meilleur aussi. Jusqu'à la prochaine série que tu sais en préparation là-bas, juste derrière l'horizon. 

Une vingtaine d'heures plus tard, on finira au moteur pour être à la bonne heure de marée à l'entrée de la passe Nord de l'atoll. 

On reste une dizaine de jours avant de reprendre la route des Marquises. Fêter Noël aux Marquises...

En attendant, demain y'a dauphins. Ils sont dans la passe nord est. On va plonger. Paraît qu'ils adorent jouer avec les bulles...   

A l'embrasse, M &  C

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