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09 août 2021

En branle

Il fallait marcher un bon quart d'heure sous une chaleur de forge parmi des champs récemment plantés de grenadiers pour y arriver. 

En ces mois d’été, aux endroits les plus fréquentés la splendide rivière qui arrosait tout le coin devenait un pédiluve d'une piscine municipale d'un chef lieu de canton. On y voyait voguer des bouées licorne ou pizza reine, dans l'eau à hauteur de genoux des adultes embonpointés y transpiraient à des jeux de raquettes approximatifs, et des fesses flasques de flamands roses étaient posées à même le courant de l’eau claire sur des sièges pliants à tissus fleuris. Ça sentait la chipolata, les chips et le schwepps.

Les berges étaient aussi claffis de monde qu'une aire d'autoroute au temps des chassés croisés. Le cri des Martins-pêcheurs avait été mis en sourdine par les hurlements des enfants et le vol des martinets venant boire en rase-mottes remplacé par les jappements joyeux de labradors fous. Heureusement, là où j’allais tout était comme en Mai mais il fallait un peu marcher pour y arriver. 

Il n’y avait personne. Je me suis déshabillé, je me suis approché du clair de l’eau et j’y suis entré comme on  attaque une face Nord de piste noire. En se demandant dans quel état va-t-on arriver en bas si on y arrive. J’ai posé le premier pied sur la première grosse pierre, le deuxième sur le fond de sable, mes jambes ont, de suite, été poussées par le fort du courant, plutôt costaud à cet endroit, et la fraîcheur des gros bouillons… Le froid qui m’a mordu les deux mollets d’un coup, puis les cuisses au fur et à mesure que je descendais en  avançant. Je connaissais bien le coin, c’est un joli trou d’eau d'un vert pâle transparent, c’est là que je viens pour me tremper lorsque la chaleur dégringole du bleu et des toits et nous tombe sur les épaules comme des sacs de ciment jetés d'un camion. Ces derniers soirs, j’y venais tous les jours. Une vague de plomb fondu avait déferlé sur la région et elle ramollissait les corps les plus agiles, les esprits les plus vifs. Elle asséchait aussi les terres et surtout les forêts qui n’allaient pas tarder à s’enflammer comme des brindilles si ça continuait. On entendait tout le monde souffler à gros bouillons contre cette chaleur, mon dieu quelle chaleur… Ils n’en pouvaient plus, tous. Les grands pins en premiers.

Je me suis arrêté les pieds sur le sable, déjà les mâchoires accrochées à mes  jambes avaient relâché leurs étreintes, je ne sentais plus toutes les dents mais encore les incisives, j’étais debout sur le lit de la rivière, de l’eau jusqu’au bassin. J’allais devoir me baisser pour que le ventre aussi soit également dans le froid. Le passage serait délicat, j’avais beau le savoir, ça me le faisait à chaque fois, ça ne changeait pas grand chose. Pendant que je pensais à ça, je me suis baissé d’un coup comme pour me surprendre. C’était fait j’étais enfoncé dans le muscle  clair et transparent de la rivière jusqu’au cou. Le cœur a fait des bonds dans la poitrine comme s’il voulait remonter à la surface, j’ai suffoqué, manqué d’air et puis ça c’est très vite apaisé. J’étais accroupi,  de l’eau au niveau de la nuque comme un cache col de glace et c’était bon. Toute la fatigue accumulée pendant le début du jour était en train de quitter chacun des muscles de mes jambes, de mes cuisses. Les chevilles, les genoux et les hanches retrouvaient leur légèreté, je sentais chacun de mes os, chacun de mes tendons, chacun de mes ligaments, je devenais un autre homme. J’étais entré dans l’eau comme un vieillard essoufflé, désormais, j’étais  miraculeusement rien moins qu'un jeune homme refroidi. 

Du moins je le ressentais comme tel, c’était bien là le principal.

À quelques mètres de là, plus haut, une toute jeune cane apprenait à une ribambelle de petits, ils étaient au moins huit, comment traverser le courant sans se faire emporter en se servant des remous qui longent la pile du milieu du pont. Au-dessus, un couple de geais se relayait au nid qu'ils avaient aménagé dans un creux d’un vieux saule, partout, les rayons du soleil tentaient de percer le touffus du feuillage et faisaient sur le fil du courant des magies de lumière. Devant sur le vert des herbes, un couple de libellules d'un bleu électrique dansait une samba nuptiale effrénée, je ne perdais rien du spectacle et je n’avais plus froid, j’étais simplement bien. Comme un Buddha rafraîchi. Tous chakras ouverts. On entendait ici et là que tout le pays se mettait en branle à tue-tête contre une ou deux piqures qui pouvaient éviter bien des malheurs, voire même sauver des vies et que, comme souvent, les moins fins ou les plus calculateurs cyniques hurlaient plus forts que les autres (Regarde qui crie et choisis ton camp…). 

Moi, alors que je ne bougeais pas d’un pouce, au creux des draps limpides du lit de cette si resplendissante rivière, je souriais comme peut sourire un imbécile. Heureux. 

Mais je restais concentré, sur une réserve... Je n'en avais pas terminé.

Si je gardais un peu de forces  c’est que je savais que pour que la fête soit complète, j’allais devoir, maintenant, en même temps que le corps, y plonger la tête… 

Et je me disais que, pour certains, ça ne leur ferait pas du mal, ça rallumerait peut-être la lumière à l'intérieur de leurs crânes sans doute engourdis par les torpeurs lourdes de l’été.





19 juin 2021

De haut en bas


Il m'aura fallu attendre le grand âge que j’ai, bien malgré moi atteint, pour, enfin, m'occuper de mes pieds et vivre un moment d'une rareté douce. 

Depuis quelques temps je voyais de vilaines crevasses sur les talons, une corne épaisse comme une blague de plein de monde, à force de marcher les pieds nus ou en tongs, de vrais petons de Sadhou et me voilà chez Madame Desoiseaux podologue. J’avais bien essayé de régler le problème moi-même mais avec une rape à bois... Si cet engin barbare avait enlevé la plus grosse épaisseur, il n’avait pas fait dans la dentelle pour ce qui était de la finition et laissé mes pieds dans un état désastreux. Le passage de la rape m’avait creusé les talons comme des traces d’arrachements sur une vulgaire planche de pin. Des crevasses toujours, mais excavées cette fois. Si j’avais su j'aurais appelé bien plus tôt chez Madame Desetourneaux. Mais comme je ne trouvais pas très engageant les soins des pieds, j’avais surtout un sérieux problème avec cette partie du corps. Pour que j’en trouve une paire séduisante il fallait que je me lève de bonne heure. Si je pouvais être renversé par un corps de danseuse, il fallait surtout que je ne baisse pas les yeux vers ses petons qui en général étaient suffocants d’horreur. Tant de maltraitance, tenir confinés tant d'orteils dans des chaussons si petits, passer tant d'heures juché sur les pointes! Aussi, je ne voulais pas imposer à quiconque, ni  la vue ni les soins des miens ce qui était une belle connerie puisque ne fréquentant pas les podologues je ne les faisais pas vivre!  Heureusement pour madame Desperruches que tout le monde n’était pas aussi con que moi… Pendant cette demi-heure suspendue, je me suis régalé, j'ai eu droit à tout massages, rognage, coupage, limage, enlevage, débarrassage, nettoyage profond et puisque vous voulez tout savoir j’ai désormais des pieds plus que parfaits. Sans mycose ni champignon, (ça me rappelle quelque chose à fredonner), "Ils sont bien alignés aux orteils bien rangés, à la bonne place ne souriez pas si vous saviez comme  on voit de vilains pieds, si vous saviez comme ils courent les rues sans honte, comme ils se montrent pour la plupart tordus, ex croissants, attaqués, rognés, déformés mal entretenus, négligés, si vous saviez comme la grande majorité des gens devrait porter des chaussures fermées et surtout être interdits de sandales, de tongs, de gougounes : Cachez ces pieds moches nom d’une pipe en bois!" 

Et, ce qui n’était pas négligeable j’avais passé un moment sur un nuage, au-delà de l’agréable, à me faire tripoter les petons, masser la plante, limer les ongles, enlever les peaux tannées, poncer les mortes, bichonner les orteils, adoucir la plante...

Et Madame Despiafs était bien d’accord avec moi, elle, qui en voyait défiler toute la sainte journée que : "Croyez moi sur parole c’est pas toujours facile ! Des beaux comme les vôtres on n’en voit pas tous les jours" m’a-t-elle dit. "C’est fête quand ça arrive" a-t-elle ajouté. Bien que j'entende quand même une pointe de flagornerie dans ses propos j’avais malgré tout très envie de la croire cette Madame Desmartinets. Comme elle voit juste cette femme là me suis-je murmuré mielleusement à l’oreille. C’est une professionnelle, en plus, elle sait de quoi elle parle, me suis-je précisé au bord de l'évanouissement.

Un seul bémol était le fond de la conversation de Madame Deshirondelles. On avait vaguement évoqué l’orage devant s'abattre des urnes, le dimanche suivant, sur la région ce qui avait un poil  assombri ce moment de pur plaisir.

La semaine passée j’étais allé chez le coiffeur, pour le haut du crâne, j’avais cependant renoncé pour le visage, depuis quelques semaines je fréquentais assidument une diététicienne, pour l’enveloppe, hier une séance de podologie, pour le bas. Si ça continuait sur cette lancée j’allais pouvoir m’inscrire à un entretien d’embauche dans l’agence Elite pour le catalogue de la chaîne des EHPAD: Sous les Paisibles Charmilles ou bien mieux, créer un une chaîne youmachin et devenir cette  influenceuse beauté so cute que le monde entier attendait de... pied ferme. 

Il ne manquait plus que quelqu’un se préoccupe de mon petit cœur bien malmené par  de tout récents départs encore délicats à évoquer et je brillerais comme  un sou presque neuf de haut en bas. 

Il serait temps. De briller. Marre d'être là, si terne.





15 novembre 2020

Revenues de l'autre côté du temps

En 1988 Yves Simon faisait paraître chez Grasset un petit livre appelé Jours Ordinaires. Dans ce livre, des textes très courts qui laissaient pas mal de blanc sur les pages. Parfois il n’y avait qu’une ou deux phrases et donc beaucoup de blanc. Et quand dans un livre imprimé il y a plus de blanc que de noir on est à la limite de l’entourloupe.

J’y avais vu comme une  invitation à profiter du blanc offert et donc à le noircir et y écrire. Aidé du hasard, j’ai retrouvé ce livre : Sous le texte d’Yves  Simon et sur le blanc restant de la page 9,  j’avais écrit :

 

Et aux nombreux blancs de ce livre, je tracerais des phrases qui ne m’appartiennent déjà plus puisqu’elles ont été écrites hier.

(Je le ferai au crayon noir pour qu’elles restent effaçables. Il ne faut surtout jamais faire confiance à sa mémoire qui tire le principal de sa force dans sa capacité à oublier).

 

Page 10

J’avais trouvé dans une décharge clandestine des lettres manuscrites d’une belle écriture ronde et sereine. Des lettres d’amour parmi des poubelles. Etait-ce le lieu obligé de la fin de tout amour ?

Extraits :

Les choses s’enveloppent du poids des souvenirs comme d’un manteau déchiré… Alors, je marche à pied mais ça devient le sol sous tes pieds, alors je m’assois sans bouger et ça devient les gens dans la rue, alors je ferme les yeux et c’est le sang qui bat ou le froid de l’hiver dans mes mains…

Lettres de Jean Luc Godard à Anna Karina trouvée dans les bois de Meudon.

 

Page 11

À la vérité j’étais très fier d’avoir croisé la trajectoire de cette fille d’une suffocante extravagance. Songez-y, quand je me suis retrouvé amputé de presque tous les liens avec une bonne partie de moi-même c’est à dire elle et qu’il arrivait de nous rencontrer elle me jetait d’un ton léger :

Et toi ? Ça va, toi ?

 

Page 12

Avant hier, il nous tombait sur les épaules une pluie particulière. Lourde, dense, voilà très exactement c’était une pluie pesante. Comme si l’orage des souvenirs douloureux avait soudain choisi d’éclater. Avant hier il pleurait des souvenirs. Deux jours après j’en étais encore humide.

 

Page 13

J’avais passé quelques jours dans un pays du Sud de l’Europe. J’y étais allé pour fuir des forces qui me tiraient vers ailleurs. J’y étais allé, aussi pour écrire quelques lettres qu’elle ne lirait sans doute pas.

Je me souviens qu’avant de quitter définitivement le Portugal, j’avais acheté un billet de loterie dans une baraque de Totobolà et je l’avais jeté aussitôt pour ne jamais savoir ce que j’avais perdu.

 

Page 14

Rester à jamais insensible à tous ces bras qui s’ouvrent pour dire je t’aime.

Et être persuadé d’avoir complètement tort.

 

Page 15

Derrière les vitres géantes d’un aéroport, une mouche lutte pour sortir. Et si nous étions comme elle, libres mais seulement libres de nous briser les ailes ?

 

Page 16

Nous voguions depuis trois jours déjà. Enrègle générale c’est à ce moment que les ennuis commencent. Cette fois il ne se passa rien. Rien ni de notable ni inquiétant ni dangereux.

Nous sommes rentrés tristement soulagés.

 

Page 17

Quand j’ai vu le voile de velours léger soulevé par un vent dévoilé, il m’a pris l’envie de partir là-bas, tôt…

 

Page 18

Quand on n’a pas d’ami, la pire des choses c’est de s’en faire parce que quand on en a un, la pire des choses c’est de le perdre.

 

Page19

Au fond, vieillir ça devait ressembler à ça. Etre capable de transformer ses impatiences les plus virulentes en attentes immodérées. Comme je n’avais plus le sien, de temps, il me restait tout le mien.

 

Page 20

Oh Mon Dieu, j’étais exactement dans l’état d’esprit d’un type qui vient de passer trois ans de sa vie à creuser une tunnel sous sa baraque et qui débouche au beau milieu de l’Atlantique. Sans la clé du radeau de survie.

 

Page 21

Retrouver dans toutes ces vielles photographies l’immense place prise par l’absence.

 

Page 22

J’étais allé seul mais avec des centaines d’autres rire au spectacle de ce qui me faisait pleurer. C’était donc ça un grand humoriste. J’avais ri ce soir là comme rarement. C’était bon à pleurer.

 

Page 23

La solitude c’est encore ce que l’on a inventé de mieux pour être seul.

 

Page 26

Il y avait, dans ce restaurant de l’Algarve la voix chantantes des cent quatre vingt six centimètres de Philomènià et ses regards en coin vers l’étranger seul à sa table. Aimait-il les filles pour ne pas les regarder ainsi ? Devait-elle se dire.

Oui, oui, il les aime. Mais pas toutes. Pas fou.

 

Page 27

Oh la contagion des doutes ! Vivre avec des certitudes gâchait pas mal d’heures. Fallait-il que le ciel soit d’une pureté limpide pour croire à son insolence.

Et très vite, dans le fond, quelques malheureux nuages…

 

Page 28

Conquérir n’est rien. Un jeu peut-être. Reconquérir est une autre histoire. Simplement par ce que l’on connaît ce qu’on risque de perdre. Il ne faut pas se tromper.

 

Page 29

Quand on en veut aux autres c’est bien entendu pour éviter de s’en prendre à soi-même. Avoir compris ça permet d’éliminer pas mal de pensées négatives  pour les autres évidemment.

 

Page 30

L’imparfait est un temps parfaitement imbécile.

 

Page 34

Et si, pour toujours, j’étais passé à côté de la mienne ?

Alors ne jamais passer à côté des gens qu’on a le bonheur de croiser en les regardant encore un peu. Dans le fond.

 

Page 39

Et si la vérité était une condition essentielle de l’instant. Ce qui est vrai là ne l’était pas et surtout ne le sera plus. Avec ça, on n’est pas prêt d’être certain de quelque chose si ce n’est de la caresse du vent ou de l’intense clarté d’une nuit d’étoiles. Alors, ne croire qu’en sa peau et être parfaitement animal, en toute conscience.

 

Page 43

__ Allez les filles, ne restez pas dans ce courant d’air gelé, vous allez attraper la mort.

___ Ça t’embêterait beaucoup peut être ?

___ Non, ce qui m’embêterait c’est que ce soit contagieux.

 

Page 44

Extrait :

« Et joyeux non anniversaire ma bien aimée de loupi de loop de good woulfe. »

Jean Luc Godard à Anna Karina.

 

Page 45

Une petite fille très méchante à une autre très gentille :

___ Tu sais ce que tu seras toi plus tard ?

___ Non.

___ Rien.

 

Page 48

Aimer quelqu’un, c’est l’aimer pour lui même et pas pour la magie qu’il a de vous rendre heureux. L’aimer pour ce qu’il est, pas pour ce qu’il provoque en vous. Pour ça, il faut savoir s’asseoir sur un banc et le regarder vivre en dehors de soi. Surtout en dehors de soi.

L’abîme... Cela voudrait dire qu’on ne peut aimer vraiment que l'autre importe autant que soi.


Page 51

Quand on n’a plus rien à dire, il faut énormément de courage pour continuer à se taire.

 

Page 53

Rien que ça, une fois encore, une fois seulement avant la prochaine : Mes doigts autour des siens et sa tête sur mon épaule, abandonnée. Nos deux vies juste quelques secondes encore emmêlées.

 

Page 56

Arriver une fois, une seul à photographier… Une odeur. Celle d’une peau par exemple et pouvoir ainsi s’en repaître pour son seul plaisir. Une seule fois pour toujours.

L’ennui du plaisir c’est qu’il n’est intense que s’il est partagé. Rien de grave, allez, une odeur ça diffuse.

 

Page 57

Contempler son visage dans le miroir, chaque jour le même, chaque jour différent. Pour s’en convaincre regarder une vielle photographie. Puis la jeter.

 

Page 62 

Ecrire c’est dessiner des mots comme on prend des remèdes, sans penser que ça guérit en étant sur que ça aide...

 

Les voilà remontées à la surface ces phrases comme des lumignons d'avant. 

Peut-être que je n’aurais pas dû. Les écrire.




08 septembre 2020

Venues de l'autre côté du monde

 J'ai reçu un message qui m'est venu de l'autre côté de notre monde. Je l'ai trouvé si beau et émouvant que ma tête et mon coeur ont chaviré. 

Que Martial me pardonne, je le partage avant de recevoir son accord:

Amanu


Dix-huit jours que nous dansons, immobiles, sur les lèvres du volcan. Amanu, un petit atoll dont les trois quarts de la surface ne sont pas cartographiés. Sa ceinture intérieure, turquoise, tranche sur le bleu sombre des profondeurs du lagon. A l'extérieur, le platier. Un vaste plateau frangé d'écume, la verticale de l'abysse, rose, brun, gris lunaire, jonché de débris de corail, semblant le champ d'une bataille prête à recommencer, qui mêle ses silences aux grondements du Pacifique. 
La passe est étroite, le courant fort, 12 nœuds parfois. Une fois franchie, l'oeil seul devient guide, prévenant les massifs de coraux qui affleurent. Devenir matière, glissement fluide, savoir les couleurs de l'eau, effacer notre trace, laisser faire le vent, s'ouvrir la voie vers une infinie absence où l'on ne saura plus rien du monde. Ne l'ébruitez pas : c'est ici qu'il a commencé. 
Quelques humains font encore village, et leurs enfants. Il y a même une école, quatre cloisons légères entre lesquelles l'instituteur tente d'expliquer comment tourne la terre . Mais lui même ne sait plus. D'ailleurs à la récré, il va au bord de la passe, jette un bout de fil à l'eau et écoute le récif que l'océan bat au loin à coup de vagues venues du fond des âges. 
Nous sommes mouillés sous le vent d'un motu à l'Est du récif. Une végétation dense d'arbustes et de buissons sous la cocoteraie abrite les nids d'une colonie de fous de bassans. Nous serons protégés du prochain coup vent et fournis en cocos. Quelques têtes de corail, les "patates ", non loin, pour les plongées à venir. Car dans ce royaume de nulle part, nous vivons de pêche et d'eau fraîche. Et d'amour aussi. Comment ne pas repenser l'histoire de toute une vie, déposée là, sous sa forme la plus nue, chaque aube promettant son jour le plus abouti, notre peau noyée de lumière se frottant au bleu de nos tout premiers mots, ceux de la naissance, ceux dont on jouissait sans les épuiser, avant qu'il faille les réparer sans cesse, et les mener jusqu'ici, pour savoir. Le temps est venu de s'aimer sans retour. De danser, immobiles, sur les lèvres du volcan.
Les jours sont simples, on en perd le compte. Le soleil commande, il n'y a pas d'heures, seulement des nuances. Dans ce monde-ci, la lumière est libre. Aube en pastel, crépuscule flamboyant, et dès la nuit un ciel d'enfance quand, au plafond de mon lit, des constellations imaginaires me mettaient déjà la tête dans les étoiles.
Cet enfant, je le retrouve, sa vie, désormais, c'est du sérieux. Il a fini de jouer. Il se souvient, au large de l'île de Groix, mon père lui avait laissé la barre, la houle était longue, par l'ouest des nuages de plomb, une lumière grise, et dans ses mains toute la puissance de l'océan . Ce fut le moment décisif : il ne vivrait que pour partir, un jour comme celui-ci, sur mon bateau.
Quand nous quitterons Amanu, je ne serai plus tout à fait le même. Sur le récif, un homme à la tête chenue lèvera lentement la main et sourira, comme je lui sourirai et répondrai à son signe, ce frère, mon clandestin.

A l'embrasse, 
M.

Depuis l'envoi de ce message, Catherine et Martial ont embarqué sur Alchimer ils ont maintenant accosté sur l'atoll d'Hao et leur voyage continue...




20 juin 2020

Sait-on jamais

Au fond, si un jour tu as choisi de venir vivre ici c'est sans doute pour la douceur des pentes et les couleurs de ses collines, peut-être pour celle, si pure de son ciel nettoyé à grands seaux d'un bleu étincelant par un mistral de forte rougne, c'est pour les senteurs bleues qui montent des champs de lavandes en fleurs, pour les villages perchés aux ruelles ruisselantes d’ombres épaisses, pour les clochers en ferrailles laissant les cloches visibles et leur chant se répandre, pour les places aux tilleuls géants dominant les jeux de boules animés par du verbe exagérant, pour les allées de platanes vaguement penchées dans le sens du vent dominant, c'est aussi pour la transparence et la fraîcheur des sorgues, pour les eaux limpides du Partage, pour les champs rouges de coquelicots, pour les vues embrassantes d’ici et de là et de là encore, pour le chant exténuant des cigales quand le chaud revient, pour le vol furtif des pipistrelles en chasse dès la tombée en pente douce de la nuit, pour l’heure bleue du soir qui s’allonge à n’en plus finir jusqu’au vingt et un à se demander si la nuit ne serait pas partie en voyage d’été, pour les bêtises dites avec un accent qui enjolive la parole et embellit la réalité, pour la joliesse des noms de Barbentane,  Eygalières ou Montmajour, pour les trois mots gravés au fronton de l'église de Villes sur Auzon: Liberté, égalité, fraternité, pour la cuisine qui nourrit mais régale surtout, pour le savoir faire des moments festifs, c'est encore pour les jeux du vent et des blés dans  les champs de Murs, comme des pactoles ondulés, pour les chênes patriarches de Murs et aussi ceux de la banlieue de Saignon, pour les maisons de pierre du hameau de Sivergues et du Castelas en bout de route, pour le chant fragile et mélodieux de l’Aiguebrun au pied des murailles de Buoux, pour les panoramas des églises d’Oppède et du Beaucet, pour les longues lignes de vignes de Lagnes, pour le plateau de Margoye et ses asperges sauvages, pour les halles d’Avignon et ses légumes merveilleux, pour les invectives accentuées qui cascadent dans les calades: "Oh Ferdinand prétentieux que tu es, tu me le rendras quand mon bonjour de ce matin? Jamais, jamais, tu m'entends bien, counifle que tu es", c'est pour les petits marchés de semaine gorgés de fruits gorgés de soleil et de sucre, pour les bouquets de thym sauvages, ceux de sarriette qui gondolent et emparfument les garrigues, pour les tunnels d'ombre des allées des villages, pour les hauts de Bonnieux, de Ménèrbes, de Venasque, pour les terrasses des cafés sous les platanes, pour le calme, la sérénité et la blancheur minérale de Senanque, pour l’eau vive des marmites accueillantes du Toulourenc et l’arrière pays du Mont Ventoux, pour les rougeurs des murs de Flassan et l’arrondi comme un dos au sommet de Blauvac, pour les ombres lentes des soirs de juillet sur la place du palais des papes, c'est pour les nuits de théâtre dans la Cour d’honneur, pour les montées vers Suzette  et l’ensemble dentelé des dentelles de Montmirail, pour le cimetière paisible et modeste de Lourmarin, pour toutes les fontaines de Pernes, c'est pour les hauts de Saumane où l’on peut se perdre en beauté, si ce n'est pas pour le gel de janvier, pour la rudesse des hivers et les oliviers sous la neige, alors c'est sans doute pour le rond vert et mystérieux de la résurgence, pour les jours tièdes et les soirées douces, pour la proximité de la mer ses plages et calanques, pour le delta du Rhône, et l'infini plat vivant de la Camargue, pour les Alpilles, ses villages et ses fantassins d'oliviers en arbres, c'est pour toutes les nuances des verts des eaux de L’Isle sur la sorgue, pour le mistral brutal qui bleuit le ciel, pour les chapelles et les mazets isolés dans les fins fonds des campagnes,  pour l’étonnante chaleur du cœur de ses étés moitouffants, pour

Non, non j’ai choisi de venir y vivre parce qu’autrefois, pendant quelques jours, j’y ai été profondément heureux et donc, on ne sait jamais...






04 juin 2018

Une dernière bière.

Le hall passé,  dans la vaste salle de réception décorée de l’immeuble de trois étages, elles sont une dizaine aux cheveux bleuis autour d’une grande table, occupées à dresser de leurs mains malhabiles, déformées par l’arthrose des bouquets de fleurs coupées. Ikebana de banlieue. Ça sent le mauvais parfum, le lys sucré, l’ennui profond et le vieux, ça sent cette saleté d'endroit à plein nez avec son putain de h qu'on ne sait jamais où placer. En avançant, on leur dit bonjour d’un signe de tête et d’un sourire un peu forcé. Aucune ne répond, aucune n’a vu ou entendu nos signes de politesse bienveillante. Je n’ai jamais à ce point détesté autant les bouquets de fleurs, j’ai fini par ne plus regarder que le dessus de mes chaussures jusque devant  la porte de l’ascenseur.
Depuis quelques mois c’était devenu un rituel. Toutes les fins de semaine, nous venions là, à deux, l’arracher à ce lieu, à ses habitants, à sa désormais nouvelle tribu, pour une heure ou plus et l’emmener boire une bière à l’extérieur. Dès la première fois, ce fut son seul plaisir de la semaine. Dès la deuxième, il n’avait plus été question de l’en priver. C’est qu’il n’avait pas  encaissé de gaité de coeur, c'est le moins qu'on puisse dire, son déménagement après la mort de son amour. Il n’avait pas aimé ni l’immeuble, ni les couloirs, ni les ascenseurs, ni la chambre, ni la salle à manger collective où les moins atteints devaient encore se rendre à heures fixes. Il n’avait pas aimé les gens qui y travaillaient, ceux qui y survivaient pour un temps. Il n’avait rien aimé de tout ce bazar. On n’avait pas pu lui donner tort. Il suffisait de se mettre un peu à sa place. Dans une autre vie, il avait été chef d’une entreprise, d’une dizaine de salariés. Il avait été un cador dans sa partie, celui qu’on venait consulter de tout le département et au-delà. Il avait été celui qui prend des décisions, fait des choix, les assume, dirige, organise, suggère, ordonne, engueule, paye. Il avait eu trois maisons : la sienne, enfin, la leur, celle de tous les jours, celle qu'il avait dû quitter, une de campagne à une heure de route de chez eux, pour les belles fins de semaine de printemps, une sur une île pour l’été avec un bateau à quai. Et là, aujourd’hui, il n’était presque plus que l’ombre de l’homme qu’il avait été. Un type orphelin de son amour, sourd, ne voyant plus très bien, avec du mal à se déplacer, incapable de se laver seul, qui restait assis toute le long des jours vautré dans un fauteuil près de la fenêtre,  à ne pas regarder dehors, une couverture sur les genoux, ce n’est pas le moment que vous nous attrapiez froid, hein? 
Il y avait quand même de quoi l’avoir mauvaise et enrager.
Alors pour adoucir un peu ses tourments, on avait pensé à ça : prendre deux heures et l’emmener en terrasse si le temps le permettait pour qu’il puisse tremper ses vieilles lèvres dans la mousse d’une blonde. Le sortir un peu de là où rien n’avait grâce, à juste titre, à ses pauvres yeux.
Et puis, on le raccompagnait.
En le laissant après l’avoir embrassé, on lui disait à samedi prochain. On fermait la porte de sa chambre en lui envoyant d’un ton faussement enjoué : Tu es sage, hein ? Tu ne fais pas de bêtises ? Et on allait pleurer dans l’ascenseur le temps qu’il nous redescende vers la vie.

C’est en rangeant sa pauvre chambre que sur sa table on a trouvé le mot griffonné d’une écriture tremblante qu’il nous avait laissé. Il disait : 

Vous allez être triste et puis trouver que c’est un soulagement. C’en est un. J’ai tellement aimé cette vie que je ne veux plus qu’elle soit réduite à celle que je vis ici. Je vais rejoindre mon amour. Ne soyez pas triste. Je vous embrasse. Vivez. Et commandez moi une dernière bière. 
À ma taille.


25 janvier 2017

Assez sonné.

Normalement, il ne devait rien se passer entre eux. On ne devrait même pas écrire ENTRE EUX. On ne devrait pas penser à écrire sur cette histoire puisqu’elle ne devait pas avoir lieu. Il n’était pas prévu pour en faire partie, de ce séjour.
À l’origine, c’est un autre que lui qui était inscrit. Il ne devait même pas en avoir entendu parler et puis le type pressenti, cet imbécile, leur a fait faux bond, au dernier moment. S’il n’y allait pas il en privait une bonne vingtaine dont certains n’avaient jamais vu la neige... C’était simple. En plus, des arrhes avaient déjà été versées et un bus retenu. Un désistement leur aurait coûté presque aussi cher que le séjour lui-même.
Trente ans après, il en parle encore.
Aussi quand elles ont demandé à la cantonade qui voudrait, qui pourrait venir, au débotté, avec nous, il fut le seul à dire : Ben moi, je veux bien si ça peut vous dépanner. Si vous ne trouvez personne, je viens. Inutile de dire qu’elles n’avaient pas trop cherché après un autre. Quand tu tiens le pigeon tu ne cherches pas la grive. Mais pourquoi il avait proposé ça, lui ? Ah ! Il faisait moins son malin maintenant.  Il avait huit jours pour faire son sac. Le lendemain il était assis dessus.
Sa vie allait basculer et il ne se doutait de rien.
Normalement, si le destin avait été réglo, il ne devait rien arriver. Il  leur filait un coup de main, ils  passaient huit jours à la montagne avec toute une bande, ils s’amusaient bien,  ils descendaient quelques noires et des bouteilles de rouge, ils s’offraient des souvenirs chaleureux et puis ils rentraient et tout redevenait comme avant. Chacun reprenait le cours de sa vie habituelle. Mais le destin l’a entendu autrement, il n’a rien voulu savoir, il n’en a fait qu’à sa tête, le destin. Il a choisi de tout chambouler, il a volontairement semé son énorme bazar, laissé un champ de ruines et de désolation et puis comme à son habitude, il les a regardés se débattre.
Trente ans après il en tremble encore.
Elles étaient deux chargées de toute l'affaire. Une des deux était plus jeune que lui, plus jolie, aussi. Elle était en couple, lui aussi était en couple et heureux, pas une seconde, il n’avait envisagé de participer à ce séjour, il n’aimait pas trop la montagne et surtout le froid, il lui préférait de loin la chaleur des tropiques et les bleus des eaux caraïbes.
La première nuit chacun l'a passée dans sa chambre.
Ils ont passé la deuxième dans le couloir, à parler de l’heure du coucher jusqu’à l’heure du lever sans interruption.
Au petit matin de la troisième nuit, c’était joué. Il était cuit. Deux ou trois fois dans la pénombre,  il a regardé son dos pendant qu’elle se tournait pour sortir de son lit, il s’est dit c’est mort mon garçon, cette fois tu es grillé, te voilà raide dingue de cette fille magnifique. 
Ah! Il se moquait pas mal d'eux deux, le destin!
Pendant qu’elle revenait une bouteille  d’eau minérale à la main, vite fait, sur le cours de ma vie, j’ai ajouté un peu de sel, a-t-il dit, pour se justifier.

Seulement voilà, trente ans après, les jours de pluie, les cicatrices zébrant son vieux cœur, pourtant rapiécé, lui sont encore sensibles et douloureuses...
L'amour ce serait donc cette infection bizarre qui laisse encore des traces quand il n'y a plus de traces, je lui ai dit bêtement, pour tenter de le consoler.
T'es gentil mais te fatigue pas, il a fait. Désabusé... Et puis, il a ajouté:
Dis c'est pas affection que tu voulais dire?
Non, non j'ai répondu. 
Sur de moi.





01 avril 2016

Les égarées.

Un des gros avantages, avec aussi quelques menus inconvénients, je ne suis plus ce crétin idéaliste et décérébré, de vivre seul, est que, lorsque tu ne retrouves pas tes clés de bagnole au moment de partir, tu ne peux t'en prendre à personne d’autre que toi.
Bien qu’ils soient plutôt de nature espiègles, les chats les planquent rarement et si, par hasard ils s’amusaient à le faire, ce ne serait que par pur sadisme. La jouissance de te regarder te démener comme un beau diable en les traquant dans toute la maison, alors qu’ils sont très exactement couchés dessus. Lui, là, celui auquel j’appartiens, il est tranquille et continue de bouler en ronflant sur son coussin au beau milieu du canapé blanc. Pourtant, je lui ai déjà expliqué que les poils noirs sur le tissu blanc se voyaient trop, il serait gentil de bien vouloir dormir ailleurs mais il n’en fait qu’à ses moustaches ce petit salopard.
Je voulais aller voir le chef d’oeuvre d’Hitchcock que je n’avais pas vu depuis longtemps « Le crime était presque parfait ». Il était projeté à la séance de midi, j’aimais cette heure de projection là, il y avait moins de monde, elle était moins chère et si on était déçu ça n’empiétait pas sur l’après-midi. De plus entre midi et quatorze heures, les parcmètres autour de la salle étaient gratuits. Que des avantages.
Il me fallait bien la demi-heure pour approcher de la ville et me retrouver devant le ciné. Un vieux cinoche de quartier installé dans une ancienne manufacture d’où son nom : L’usine. Le seul endroit où l’on pouvait tomber sur un film polonais en noir et blanc de trois heures vingt deux montrant la journée d’une novice dans un couvent perdu en plein moyen-âge…
Il était onze heures vingt et j’aurais déjà dû être en route. Et pas une clé de bagnole à l’horizon. J’ai refait le  dernier trajet supposé, j’ai soulevé les coussins du canapé, le cul du chat noir, les journaux sur la table basse, j’ai fait le tour de la salle de bain où je m’étais rasé de près, je suis monté dans la chambre, le bureau, j’ai reparcouru le chemin de la bagnole à la maison, je suis allé voir du côté des poubelles puis DEDANS, je l’ai renversée, la grande, j’ai éventré le sac du matin, je l’ai vidé sur les graviers de l’allée, j’ai enfourné le tout dans un sac neuf, je suis revenu vers la salle d’eau, je me suis lavé les mains, j’ai sorti le placard aux serviettes, j’ai regardé l’heure, il était moins vingt dans deux minutes je n’aurais plus besoin d’elles, j’allais louper la séance, j’ai retenté la chambre, j’ai secoué la couette, j’ai ouvert la fenêtre, je l’ai balancée à cheval au dehors, la couette, pour lui faire prendre l’air, rien n’en est tombé. Pas la moindre petite clé de rien. En courant comme un dératé, il va de soi que je m’insultais intérieurement : Quel con, mais où je les ai mises ? Quel con, non mais quel fichu con tu fais à les poser sans faire gaffe à l’endroit où tu les poses, ça ne va pas s’arranger pépére, si Alzheimer t’agrippe, tu peux leur dire adieu à tes clés, mais pourquoi Dieu es-tu aussi con, pauvre garçon ? D’où elle te vient ta bêtise, à ce niveau olympique ? Champion, tu ne pourrais pas, une fois, les poser au même endroit à chaque fois que tu rentres et tu les retrouverais  sans problème, ce serait sans doute trop simple, oh merde tu as vu l’heure, c’est foutu maintenant tu peux courir moins vite tu as tout le temps de les récupérer. Tu as manqué ta séance. L'Hitchcock ne sera pas pour toi, tu te contenteras du film sud coréen de cinq heures douze sur un village de pêcheurs de crevettes après l'explosion d'une centrale nucléaire …
Je me suis redressé, j’ai ralenti, j’ai soufflé plus profondément, j’ai coupé le gaz sous la casserole, j’ai fait en sorte que le calme revienne, que les bouillons s’apaisent et je me suis mis droit, d’aplomb, à réfléchir plus intensément, en enfonçant mes deux poings dans les poches…

Quel est le crétin qui a mis ces foutues clés dans la poche gauche de mon pantalon ?


Mais toi Régis chou, toi, seul...


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