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12 janvier 2014

Une si mauvaise compagnie...

Pour être bien certain d’aller jusqu’au bout, il n’avait acheté qu’un billet. L’aller. Pour le retour, il verrait bien le moment venu.
Pour avoir réfléchi à son affaire, il avait réfléchi. Le plus long avait été de dresser l'inventaire de tous ses disques et de ses livres et de les entasser dans des cantines en métal qu'il avait déposées chez l'un chez l'autre en leur demandant d'y veiller.  Il avait pris un congé sans solde, ce dont l’état, son employeur était friand : Un de moins à payer, en ces temps d’économies générales, c’était plutôt bien vu. Il avait confié sa maison à une agence qui louait en colocations meublées à des étudiants étrangers. La région était courue surtout des riches américains et la plupart de leurs enfants trouvaient so cute de venir tartiner de la tapenade sur du pain bio en se gavant de rosés frais. Surtout en été… Pour ce qui est de l’hiver, ils se couvriraient comme des inuits en maudissant le vent qui leur gercerait les lèvres et le reste. Autrement dit, ils feraient comme tout le monde: Ils se pèleraient. Dans sa baraque, on pouvait aisément en mettre quatre et, là où il se préparait à aller, les revenus de quatre loyers lui permettraient de tenir le coup facilement.
Il avait vendu ce qu'il pouvait vendre: bagnole, moto, quelques meubles, il avait fourgué tous ses manteaux, blousons, impers, polaires, chez Emmaüs, il avait vidé sa cave...
Un vol pour Caracas, Simon Bolivar, un bus pour Maiquieta et, de là-bas, il louerait un bateau pour aller naviguer dans l’archipel des Roques au large du Veneze où il se trouverait un bel endroit pour y poser ses fesses le temps qu'il faudra. Il n’aurait pas loin à chercher, Là-bas ça regorge de belles plages comme du foin dans les bottes, comme des courtes vues chez un presbyte. Et là, à lui la belle vie. Simple mais vaguement sauvage et surtout, surtout peinarde. Plus de réveil au beau milieu d’un rêve puisqu’il vivrait DANS le rêve. Plus d’emmerdement, d’obligation, de contrainte autre que manger, boire, sentir, toucher, dormir, regarder, profiter de chaque instant. Vivre quoi.
Ah comme il l’avait bien ficelée, son affaire, comme il l'avait bien menée sa barque!
Quand je serai installé, je vous enverrai mon adresse et vous pourrez venir me voir quand bon vous semblera. Je suis parti pour quelques années, vous aurez le temps de vous décider, de vous organiser, d’économiser vous aussi. J’ai lu sur ces Roques tout ce qu’il y a à lire, vu tout ce qu’il y a à voir et je connais même le film de l’autre  chevelu là, celui aux lunettes magiques, par cœur. C'est  simple, c'est comme si j'y étais déjà allé dans une autre vie... 
Regardez sur la carte, sur Google map, quand vous volerez au-dessus de  l'archipel, je ne serais pas bien loin mes chéris.
Pêcher, siester, griller, buller, m’en fourrer jusque là… Voilà mon programme des prochaines années, mes amours. Pas belle la vie?
Ah comme il le faisait son fiérot, comme il l'endossait bien son costume de Vendredi
Et tous autant que nous étions nous pensions : Le salopard, il l’a bien emballé, son départ, sa désertion, oui... Il t'en avait touché un mot à toi? Pas plus qu'à moi. Il a bien le goût du secret ce salopiot...

Et alors ? Alors... Je rigole... Figure-toi que le jour du départ, il n’est même pas allé jusqu'à l’aéroport! Non? Mais pourquoi ? Qué pasa ? 
On ne sait pas vraiment. Tout ce qu’on a appris, c’est qu’il n’a pas pris le taxi pour Roissy, cet imbécile.
Et on a su pourquoi ? 
On a une petite idée, oui, sans doute... Un éclair de lucidité...
A la perspective de se retrouver seul avec lui même, pendant plusieurs semaines, voire des mois entiers peut-être, même, des années, on pense qu'il a pris peur.

Je l’ai retrouvé le lendemain en bas de chez lui qui tentait de négocier à l’interphone et en anglais de pouvoir au moins dormir sur son canapé pour quelques nuits...
Comme j'éclatais de rire en même temps que mon nez à cause du coup de poing lourd d'orgueil blessé qu'il m'a balancé, ses derniers mots ont été : Tu te vois passer six mois avec moi ? Non ? En se frottant la main rougie par la beigne: Ben moi c’est pareil!
Si tu veux savoir, oui, j’ai eu les jetons d'une si mauvaise compagnie...


20 octobre 2013

Légers...


Des mots légers comme des fleurets de mousse, des mots fins comme de la poussière de talc, des mots comme des langes neufs de nourrisson tout neuf, des mots comme de la farine allégée, comme de l’air aminci, comme de l'écume éparpillée aux lèvres du souffle des vents, comme un traversin de plumes, des mots comme des duvets d’oisillons, des floconnets de première neige, des mots légers comme des confettis de confettis...
Des mots doux comme le dessus velouté des toutes jeunes feuilles de sauge, doux comme les réserves d’une fabrique de couettes, doux comme du miel de potentille, comme des brouettes de nuages, comme une peau de faon, comme une pommade apaisante, comme des odeurs de verveine sauvage, comme des édredons de pollens, doux comme des caresses languides…
Des mots tendres comme les phalanges des doigts d’une main d’enfant, tendres comme le blanc si blanc des fleurs de seringat,  tendres comme un regard de bienveillance posé sur le monde,  comme une lumière d'aube naissante, comme une pensée naïve, des mots tendres comme un premier matin de premier jour de vacances…

Tous ces mots là, je les dépose délicatement sur les veines bleues et  tremblantes de vos jolis cous de belles amoureuses…

01 juillet 2011

Tout c'qui est magnifique...







Utopie, Nadège, râle et motrice
Energie vitale, Merteuil et matrice
Caillette, chou farci, endives au jambon
Tout c’qui est magnifique porte un vilain nom.

Exutoire, Charlène, Ockrent, Mykonos
Surinam, guimauve, retraite et Sifnos
Mixité, appât, labeur, cornichon
Tout c’qui est magnifique porte un vilain nom.

Cacahuète, pistache, solvable et franchise
Accouch’ment, terrasse, balcon puis devises
Callipyge, écluse, pétoncle et Boston
Tout c’qui est magnifique porte un vilain nom.

Concorde, conchier, piscine, Pécuchet,
Cuirassé, Duras, Dylan et hochet
Sautadet, Athènes, Cuba, rémission
Tout c’qui est magnifique porte un vilain nom.

Barbe à papa, cépage, le Pilat,
Lapis lazuli, camargue, fatras
Prague, Berlin, Vancouver, Meudon
Tout c’qui est magnifique porte un vilain nom.

Périgord, épithète, Sénèque et Saignon,
Corridor, caillette, bavette et grattons
Rigolade, Robert, Larousse et canon
Tout c’qui est magnifique porte un vilain nom.

Et toi, la belle c’est quoi ton p’tit nom ?



En sourire  à Allain LEPREST et son texte magnifique:
"Tout c'qui est dégueulasse porte un joli nom." Chanté par Jean Louis Foulquier, puis Olivia Ruiz, sur une musique composée par Romain DIDIER...


Tout c'qui est dégueulasse porte un joli nom.


Amoco Cadiz, amanite, Sahel
Chrysanthème, canine, morsure, varicelle
Mygale, tarentule, épine, porte-avions
Tout c'qu'est dégueulasse porte un joli nom

Fourmilière, aiguille, acide et calice
Le Chemin des Dames, cercueil, cicatrice
Cyclone, ouragan, camisole, typhon
Tout c'qu'est dégueulasse porte un joli nom

Guillotine, cirrhose, nuit blanche, les Baumettes
Mirador, Stasi, syphon, baïonnette
Fleury-Mérogis, la rue Lauriston
Tout c'qu'est dégueulasse porte un joli nom

Amygdale, pavot, vérole, aspirine
Ecchymose, ortie, sanglot, carabine
Carmélite, javel, cobra, Charenton
Tout c'qu'est dégueulasse porte un joli nom

Camora, péplum, cyanure, mafioso
Tien-An-Men, amen, rasoir et ciseau
Ostie, Vatican, Jean-Marie, mormon
Tout c'qu'est dégueulasse porte un joli nom

Picador, arène, dollar et cédille
Ouragan, menotte, acide, Tchernobyl
Atome et neutron, neurone et citron
Et toi, c'est quoi ton p'tit nom ? 

23 mai 2010

Un festival.

Hotel Garland avignonAnnoncées, des stars de classe mondiale dans des hôtels de classe tous risques,
Coq et larousse 1  
Des paillettes d'or fin dans les lumières, le rouge des coquelicots en guise de moquette…
Oeil de cheval 1
Des  belles robes de belles et des regards de velours glamour…
Oreille Vincent 2
Des presque fontaines de Trévie et des oreilles qui traînent…
Plagette du Rhône
Des plages de bords de Rhône et de sable gris  fin…
Canards l'isle
Bref, un festival de... cane…

La palme dort
Et, au final, chut, car une palme… dort…

20 mai 2010

Je serais vous…

Pour fêter le retour, passager(?) des températures douces, la fin provisoire de la colère du vent, les fugitives cerises nouvelles ou bien même, pour ne rien fêter du tout, mais le faire bien, j’appellerais illico mon amoureux, si vous en avez un ou mon amoureuse, si vous en avez une ou bien un ou une bonne amie, avec qui passer une belle soirée n’est pas si effrayant, ou alors votre fils et votre fille préférés, les deux, que vous n'avez pas embrassé depuis trop longtemps et je leur proposerais d’aller manger ensemble ce soir ou demain à L’auberge de Lagnes
Si le temps le permet, s'installer sur la terrasse couverte de voiles blancs,  après avoir fait un détour par le haut du village d’où, le couchant venu, comme en apéritif, on a une vue splendide sur la plaine du début du Lubéron…
Ne me remerciez pas maintenant, vous le ferez après…
Bonne soirée et comme chanterait l'autre qui m'Eicher: "Il n'y en a pas tant..."

verre ds le soleil_edited

30 avril 2010

Un brin facile…

Une petite recette pour, peut-être, réussir à vivre une jolie fin de semaine de début de mois:
Prenez une semaine délicate, pour ne pas dire difficile, ou plutôt, lâchez la, au lieu de la prendre. Laissez la s’écouler de vous, laissez la vous abandonner, refusez de la porter encore, un peu. Puis, chassez la, au besoin, faites lui comprendre qu’elle doit, maintenant vous oublier, vous foutre la paix, vous laisser tranquille, vous lâcher la grappe, arrêter de vous les briser menu, cesser de vous courir sur le haricot...
Si possible, il est souhaitable de mettre de côté, juste pour deux jours, l'épouvantable marée noire dans le golfe du Mexique, les terribles difficultés des chômeurs en fin de droit, l'effroyable état des finances grecques, les affligeantes saillies d'un Estrosi, ou d'une Morano, quelques autres trucs qui en disent long sur l'état de délabrement du monde, un peu empêcheurs de roupiller en rond. Oui, oui, entre autres, envoyez valser loin, loin la sale pensée qui vous a fait vous réveiller, en nage, vers les deux heures du matin...
Ensuite, n’ayez aucun projet pour les deux jours à venir, ainsi vous serez prêt à tout ce qui peut se présenter. (Aucun projet ne veut, bien entendu jamais dire aucune envie…) Ne regardez pas la météo à venir, elle pourrait orienter ces deux jours sur une mauvaise piste. Il fera le temps qu'il fera. Nous avons tendance à trop nous en préoccuper. S'il doit givrer, il givrera... et alors?
Gardez sur vous, près de vous, votre agenda avec les numéros de téléphone à appeler de ceux qui vous aiment. Si ça se trouve, ils n’ont rien prévu non plus et seront comme vous prêts à tout.
Ayez sous le coude, un ou deux livres à finir, un ou deux films à voir, un ou deux restaurants à tester, un ou deux paysages à embrasser, un ou deux mètres carrés à bêcher, une ou deux lettres à écrire, un ou eux concerts à écouter, une ou deux recettes à tenter, un ou deux cadeaux à acheter, une ou deux expositions à voir, un ou deux nouveaux-nés à saluer… Enfin quelque chose à faire de vos dix doigts, de vos deux yeux, de votre cœur, de vos deux jambes, de vos deux oreilles, de ce que vous voulez, en fait…
Et puis, attendez, attendez gentiment. Que savez vous de ce qui peut arriver? Rien vous n’en savez encore rien. Tout peut arriver, même une petite urgence rigolote ou un brin de... SAMU gai...
Vous avez deux jours entiers devant vous. Si ça se trouve, ce UN du mois, votre vie va en être bouleversée. Complètement.
Bon, d'accord, ce n'est qu'un premier... mais...


Jeux enfants cour cloitre avignon 2

06 avril 2010

Les dix ptits rambes.

Mes chers amis,

Si nous sommes réunis ici, ce soir c’est pour fêter, féliciter, célébrer, en un mot rendre hommage ce qui n’est pas si désagréable en ces temps tumultueux de persiflage généralisé…

A vous, que l’on voir courir partout du matin au soir et du soir au matin, être comme on dit à la foire et au moulin, à la douche et aux bains, à la poêlée et aux gratins…

Vous que la taille, sans doute inaboutie, n’empêche pas d’être, déjà, si grand…

Vous dont l’énergie pourrait donner des leçons de maintien à certaines centrales nucléaires…

Vous dont la justesse des décisions est comme la lame aiguisé d’un couteau acéré, qui coupe aussi bien à l’aller qu’au retour, qu'à la prise ou à l'abandon…

Vous, dont la parole est si généreuse, qu’elle étourdit toujours, déroute parfois, étonne de temps en temps mais éblouit, souvent… Plein les yeux, plein les yeux...

Vous, dont la pensée fulgurante est pour nous, désormais, comme un phare planté dans la noire nuit de nos doutes embrumés (approbations mesurées)…

Vous, dont les promesses sont comme les nuages un soir d’orage (applaudissements) en nombre et gonflés (grattements de gorge) de projets ébouriffants (applaudissements)…

Vous, si aimé de tous qu’aucun d’entre nous, ici présent ne se risquerait à critiquer l’action, l’engagement, les décisions…

Vous, si proche, à la fois des petits de l'entreprise... oui, j’ose le dire, vous garez, encore, avec cette immense humilité qui est un peu votre marque de fabrique familiale, votre véhicule personnel, cette merveilleuse, rugissante, machine rouge, sur le parking du personnel et à la fois de la Direction Générale, donc de moi-même qui vous porte une attention toute bienveillante...

Vous qui venez d’être, après à peine trois mois de stage, si justement, nommé Vice Directeur des humaines ressources à l’âge extrêmement précoce d’à peine dix huit ans, votre baccalauréat tout juste en poche… c’est dire votre brillance, votre talent et vos dons en un mot votre nature… (applaudissements).

Vous, enfin, mon frère cadet que j’aime et embrasse… (applaudissements) soyez certain que notre père, de là où il regarde, c'est-à-dire de son bureau de Président Directeur Général, malgré ses obligations, son temps précieux, son agenda si rempli, ses si lourdes responsabilités, suit votre carrière de très près et avec une immense et toute bienveillante surveillance…

Soyez, soit le bienvenu dans vos, dans tes fonctions nouvelles !

(Applaudissements NOURRIS).

Voitures jouets

28 mars 2010

Dos au mur.

___ Tu sais bien que dans la vie on ne fait les choses que parce qu’on y est obligé, ce n’est pas à toi que je vais l’apprendre… Et même je dirai que tant qu’on n’est pas acculé on ne fait rien. Tss tss... épargne nous une blague douteuse tu veux?
___ Tu parles pour toi, là ? Dix ans que tu souhaites quitter ton boulot et pas foutu de le faire… Tu attends quoi ? Que la Mer Rouge s’écarte ? Qu'un ange blond dans une toge immaculée dégringole du Ciel et te prenne par la main pour te montrer LA lumière? Que le Lefèvre se mette à penser? Que la Morano se taise un peu? Que le Bayrou ne soit plus seul au monde? Que les socialistes ne se jettent plus des pierres? Un miracle?
___ Hey c’est de toi qu’on parlait, ne mélange pas tout, tu veux ?
___ Tu me saoules avec tes phrases à deux euros, si tu savais combien tu me fatigues avec tes cours de morale. On dirait un politique en campagne ! Ah ça pour en débiter de la connerie prometteuse au kilomètre, ça se bouscule à l’embarcadère mais pour la remise du prix de vertu, tout le monde se réveille en retard…
C’est après lui avoir envoyé ça dans les dents qu’il l’a vue.
Elle était à trois tables devant en face d’un vague type dont il ne voyait que le dos. Elle, il l’apercevait par intermittence quand elle dépassait du dos du gars. De suite il a pensé à elle comme un phare. Il la voyait, elle disparaissait et hop la revoilà. Très vite, ça lui a fait à chaque fois comme une onde tiède qui le parcourait des racines des cheveux au trou de la chaussette du pied gauche et ça devait suivre des méridiens hyper sensibles, c’en était presque douloureux et puis, un malheur infini s’abattait sur lui, un malheur archaïque, une plaie béante quand elle disparaissait et qu’il ne la voyait plus derrière le sale dos.
___ Non mais tu as vu cette fille ?
___ Laquelle ?
___ Ne me dis pas que tu ne l’as pas vue, il n’y en a qu’une dans ce restaurant, elle a effacé , évincé, terrassé, laminé toutes les autres.
Cette fille était une absolue nucléaire bombe à une seule magnifique tête. Mais quelle tête ! Une beauté à couper le souffle de tous les Jacques Mayol, à faire peur à Audrey Hepburn, à concurrencer Lauren Bacall, à approcher celle de Géraldine Chaplin, à renommer Angelina Jolie... Un visage parfait dessiné autour d’une bouche aux deux lèvres sensuelles. Quand elle ouvrait la bouche, des tempêtes de bonheur pouvaient s’engouffrer entre ses deux incisives légèrement écartées. Elle regardait le monde avec deux yeux d'un vert sorgue profonde, elle y posait dessus un doux sourire comme un plaid léger en poil de duvet de cashmere, du reste on devrait l’interdire un sourire pareil, ce n’était pas une affaire réellement humaine qu’un tel déluge de beauté tranquille...
Bien qu’assise, il pouvait deviner d'elle, un corps musculeux, fin, délicatement recouvert d’une chose nommée robe ici bas, qui, exploit ultime, dissimulait en montrant. Il ne fallait pas trop, sous peine de mourir sur place, s’attarder sur l’arrondi de ses deux épaules, une de chaque côté d’un cou nerveux, droit, si merveilleusement posé, sur un buste harmonieux à petits seins, qui semblaient avoir été modelés ensemble, à la main. Tout en bas, après des jambes comme des poèmes d’Eluard, à ses deux pieds, qui semblaient renversants, une paire de chaussures à talons d’une finesse exquise. Bref, une tuerie. Définitive. A jamais hors concours de toutes les catégories possibles et imaginables. Hors répertoire, hors tout. Ou plutôt, bien au-delà de tout. Cette fille n’avait pas de charme, elle était LE charme. Du genre à faire atterrir les mouches dans un congrès de pècheurs, du genre à faire se lever les paralytiques, du genre à faire d’un tonneau de Vittel un chais de Haut Brion. Oui, c’est exactement ça : le sosie parfait de LA Vaness Heaven dans son dernier film « L’escrocœur. » Presque aussi jolie, mais avec dix ans de plus, que celle dont on venait juste de finir de balayer les confettis de la fête d'anniversaire… Celle, dont ceux qui avaient l'avantage de la connaitre étaient tous si drôlement heureux de partager la vie… Celle qu'on avait tous en tête, en ce moment... Celle qui était belle de partout, du dedans comme du dehors et d'autour, aussi.
___ Il faut que je lui parle. Il le faut. Elle a l’air de s’emmerder tellement….
___ Est-ce que tu es en train de me dire que toi, toi, tu vas te lever et aller parler à cette fille si sublime qui mange à trois tables de nous ? Je parie ma maison que tu ne feras jamais ça !
___ Toi tu vas bientôt aller t'acheter une tente.
Et, d’un bond, je me suis levé. Il arrive parfois qu’acculé, on fasse certaines choses dont on ne se serait jamais cru capable. Surtout si on ne les a pas pensées. Très vite j’ai approché de leur table. Il me tournait le dos, il ne m’a pas vu arriver. Elle non plus, du reste. Je transpirais à grosses bassines. A leur hauteur :
___ Bonjour… Excusez-moi, heu, hum (raclements de gorge, expulsion d'une meute de chats noirs griffus grondants et ma voix hésitante… en la prenant...) je peux, heu,grum, grum, vous prendre, heu, votre salière s’il vous plait ?
Après un demi-tour impeccable, rougeoyant, suintant, je suis revenu à notre table.
___ Alors qu’est-ce qu’elle t’a dit ? Le type n’a pas bougé d’un poil ! Tu l’as flingué !
Qu’est-ce qu’elle t’a dit, bon sang ?
Moi, drapé dans une suffisance feinte et fragile:
___ OUI, elle a juste dit… OUI, qu'est-ce que tu crois !

Branche prunier fleurs

19 mars 2010

Une bonne soirée.

Quand le téléphone a sonné, ils étaient une vingtaine qui depuis dix bonnes minutes arpentaient le noir du haut du jardin, en tirant des kilomètres de tuyaux gros comme des cuisses de catcheurs tchétchènes dans un presque silence, seulement troublé par le grésillement d’une radio qui émettait depuis les camions rouges à gyrophares, éclairant, à grandes gifles de bleus, ce quartier, d’ordinaire si paisible… Ils ne se parlaient pas, ils ne se souriaient pas, ils ne se précipitaient pas, ils faisaient ce qu’ils avaient à faire dans une précipitation lente. Et, en fin de compte, dans un calme absolu. Et ça, croyez moi, à ces instants précis, ça calme.
Je suis allé décrocher. C’était toi.
___ Tout va bien?
___ Oui, impec !
___ Ils ont été sages ?
Je voyais les autres en uniformes, par la fenêtre, s’affairer comme des fourmis concentrées, leurs casques brillants dans le noir de la nuit.
___ Très, j’ai répondu. Ils ont bien mangé et ils se sont couchés sans problème. Et ils ne se sont même pas réveillés quand… tu as appelé ! Tu penses rentrer tard ?
___ Comme d’habitude ! Et toi tu as passé une bonne soirée ?

Heu... Excellente, je suis extrêmement... comment dire... détendu. Un paradis zen. Je t’expliquerai....
___ A tout à l’heure, alors. Bise.

Ouf…
L’un deux, son casque à la main, est entré sans frapper. Voilà qu'ils faisaient comme chez eux, maintenant...
Bon, pour nous, c’est éteint, vous ne craignez plus rien, mais vous avez bien fait de nous appeler, on ne sait jamais. Imaginez un peu le bordel si la citerne de mazout avait pris feu, elle aussi... On a juste inondé le local de la chaudière à cause d'elle… Vallait mieux pas qu’elle s’enflamme, celle-là ! 
Une bonne soirée, Monsieur, qu'il m'a dit en m'écrabouillant toutes  les phalanges
Après leur départ, avant ton arrivée, j’ai descendu deux trois verres de raide, j'avais la gorge en... feu. Pendant ce temps là, ils avaient remballé leurs kilomètres de gros tuyaux et remis le noir dans la rue. 
J'ai fermé les portes de la baraque, dehors la flotte finissait de s'écouler, en cascades légères de l'appentis, encore fumant...

Je me suis fait la réflexion... quand il a dit bonne soirée, le casqué, c'est paisible qu'il voulait dire?

Blanc sur rouge

03 mars 2010

Aujourd’hui…

J’aurais entendu le ministre de l'Industrie Christian Estrosi (celui qui a dépensé 130 000 € d'argent public pour aller deux trois jours aux states "je ne savais pas que c'était si cher, je m'en excuse" celui qui avait juré ne jamais quitter Nice s'il était élu, maire celui qui... enfin vous voyez, pas du tout le genre à mentir...) dire, sans rire, qu’il a eu, je cite: "une pensée profonde…" Même si c’était pour les sinistrés des Charentes, bêtement, méchamment, vainement, j’ai pensé: Estrosi, une pensée profonde?

Impossible!

J’aurais revu la grâce absolue de Vanessa Paradis. Il y a, sur cette terre, des êtres comme ça, dotés d’on ne sait quels pouvoirs, d'on ne sait quelle magie, de quelque chose qu’ils sont seuls à posséder, qui les rend uniques, indispensables. Elle pourrait curer une souille, vider des poissons morts, suturer une plaie à vif, on la regarderait faire, terrassé par son charme infini. J’ai la chance inouïe de ne pas la connaître, je crois que si, par malheur, nous avions dû rompre, je ne m’en serais jamais remis. Déjà que…

J’aurais, en passant dans l’après midi, le long du mur exposé au sud, ressenti le tiède et vu dans la cour le nouveau vert tout tendre des premiers bourgeons au tout bout des branches, d’allure encore morte, du figuier. Il m’est alors venu du fin fond de l’hiver ce mot: enfin…

S'annoncent des pluies diluviennes pour demain...

J’aurais pesté en silence contre les gens avec qui je perds une grande partie de mes journées… Vont-ils, un jour, me le dire? Bonjour, juste, bonjour… Même sans un sourire, je prends...

Après, leur conversation m'ennuiera, je le crains.

"... dans la nuit épaisse, la croix du sud a déplié son doigt scintillant..."

p Cendrars.

platane avaleur de grille

01 mars 2010

Badaboum!

A Mesdames et Messieurs les Chefs d'établissement
du second degré Mesdames et Messieurs les Inspecteurs de l'éducation nationale chargés de circonscription.

Bonjour, je me permets de vous informer de la projection d'un film sur FR3 "Nucléaire en alerte" mercredi 3 mars 2010 à 22H45 sur la gestion d'un accident nucléaire par les differents Etats.
Son réalisateur Thomas Johnson a eu de nombreux prix pour son film "La bataille de Tchernobyl".
Je me tiens à votre disposition pour tout complément d'information.

Laurence Bancal

Correspondante départementale risques majeurs...


Certains ont Lauren Bacall... nous...

10 février 2010

Légende n…

Galerie Carpentras 2

On connait la mesure des gensses du Sud, du moins dans l'emploi de la langue, des images... 
Entendus dans la rue, devant la poste de Velleron, Vaucluse:

___Pétard, il fait moins douze mille, le thermomètre il manque de zéros, il fait tellement froid que je serais pas étonné qu'on retrouve des mammouths congelés à la sortie du village…

___Vaï, c’est pas près d’arriver! Pardi, pour creuser les trous, faudra attendre Juillet… La terre elle doit être gelée jusqu'à Brise bane...

___ Mon Dieu, le vent souffle tellement fort qu'à peine tu lèves la pioche et vlaam, y te l’emporte…
Peuchère! On va en retrouver des pioches à Belsunce…

Légende m…

Boutik bleue

On y prête à peine attention tout engoncé qu’on est dans notre détestation, maintenant chronique du froid, de ce vent mal élevé, de ses bourrasques comme des caprices d’enfant pourri, de l’absence de couleurs aux arbres, aux rues, de ce gris de ciel entêtant de ces pluies qui n’en finissent plus et puis, un soir, légèrement différent des autres, un monde nouveau s’annonce: on se rend compte presque par hasard, en souriant qu’il fait ENCORE jour APRES dix huit heures…

Légende l…

Cuve orange carpentras
Ma douce, comme il se murmure qu’on ne va pas tarder à parler de ton anniversaire, je suis allé rue Vernet revoir ce sac bleu qui t’avait tant plu…
Ma jolie, ton goût est sûr. C’est un très beau sac à main d’une finition et d’un bleu magnifiques. Tu vas sourire, ma toute belle, figure toi, que ce sac est un... Balenciago… Et tu sais quoi?
Comme je ne suis pas foncièrement mauvais, je vais t’éviter le malaise vertigineux d’avoir à marcher dans les rues avec l’équivalent de deux smics négligemment pendus à ton avant bras…

09 février 2010

Légende k…

Gwad 08 128

Vois-tu, mon Robertounet d’amour, pour éplucher des patates douces, il vaut mieux avoir en mains ou en cuisine un économe qu’un… tire bouchon…

Ma très douce Maryse, tu es d’une mauvaise foi inégalable. Ne me dis pas que tu ne sais pas te servir d'un couteau…

Alors, pour le repas de ce soir, nous nous contenterons des queues grillées de ces trois petites langoustes ridicules…

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