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24 juillet 2013

C'est du sérieux...


Cette fois, c’est du sérieux. Pourtant aucune Carla n’y est en rien liée... 
Ça lui avait coûté un bras mais il avait du apprendre à vivre avec l’idée qu’il ne mesurerait jamais un quatre vingt… Il en avait profité pour travailler sur l'idée d'accepter de perdre les cheveux du dessus mais pas ceux des narines, ni ceux des oreilles puis de faire avec celle qu'il était devenu un vieux. Maintenant, il devrait se convaincre qu’il était ventru? Qu’il n’avait rien vu venir surtout pas ce truc là, devant, qui lui avait poussé. Bien sur, en contrepartie il avait arrêté de fumer. La belle affaire. D’accro à la nicotine, il était passé  à ce qui se mange. Plutôt salé que sucré bien qu’une tatin affriolante ne le laissait pas de glace. Oui, au chocolat. Mais bon, il avait pris et cet été là ça suffisait. Surtout qu’il faisait un boulot où le corps à son importance et là il était l’image parfaite du : Faites ce que je dis mais pas ce que je fais.
Il venait de s’offrir trois pantalons en soldes et il les avait pris la taille au-dessus. Stop. Il avait dit stop. A partir de maintenant, je perds.
Il le fallait. Pour lui-même et surtout pour lui-même. Se détester moins?
Il avait profité de l’été pour se faire un programme rigoureux, lui qui l’était si peu, qui pouvait se résumer à : Activités physiques et salades.
Un jour bicyclette, un jour course à pied et tous les jours salade. Les bannis lèvent le doigt : Vin de toutes les couleurs, pain de toutes les céréales, fromages de toutes les régions et même de l’étranger…
Du temps de sa flamboyante jeunesse chevelue, il courait comme un garenne. Il n’aimait pas trop ça mais il le faisait puisque ça ne lui coutait pas. Ce qu’il aimait, lui, c’est avoir couru… Sentir cet état de fatigue musculaire, sentir ses poumons ouverts comme des chakras aux quatre vents, sentir chacune de ses cellules bondées de rouges globules, se savoir transpirant sous l’effort… Mais après, pas pendant. Pendant il s’ennuyait, il lui fallait penser à autre chose. Terminer une nouvelle, attaquer la première phrase d’une note, entamer un poème, ciseler un paragraphe, là oui il courait sans lourdeur. Ah il en avait écrit des conneries en cavalant ! Ah il en avait aligné des phrases en gambadant… Et cet été là plus qu’aucun autre.
Il se levait, il avalait un café noir, un jus d’orange orange et zou en route… Roule, roule petit bolide, va, bouge, cours, ahane, souffle, grimpe, pousse, tire, sue, fatigue toi…
Ce matin là, c’était vélo. Il avait son tour qui partait de chez lui et y revenait en passant par des coins superbes, deux ou trois figuiers qui donnaient des fruits magnifiques (pour le sucre et le régal…), une fontaine qui elle donnait une eau si fraîche qu’on en buvait trois fois plus que nécessaire, soit disant non potable mais pas un cycliste ne passait à proximité sans y remplir un bidon, voire deux. Il avait quitté la plaine et venait d’attaquer la longue montée vers Le Beaucet cinq kilomètres de raide qui faisaient taire les bavards. Les deux derniers traversant dans une forêt de chênes lièges, plutôt isolée et peu fréquentée. Une droite interminable qui montait direct avec à gauche, quand on était en forme on regardait le panorama sur la plaine du Rhône, mais la plupart du temps on gardait les yeux fixés sur la roue de devant.
C’est après la petite bosse, puis le replat qui permet de respirer un peu mieux que ça lui est venu. Une douleur dans le bras gauche. Si forte qu’il en a lâché le guidon. Il est allé valser dans le touffu des chênes. Il a fait quelques pas en s'enfonçant dans le vert. Son engin est resté dans le fond du fossé. Lui s’est tourné et s’est appuyé contre un tronc puis s’est laissé glisser au sol. Il ne voyait plus la route. Putain ce qu’il avait mal. Si mal qu’il a fermé les yeux. Dormir, il voulait juste dormir un peu et il repartirait.
Quel imbécile de partir sans son portable… Pour une fois que cet engin aurait vraiment servi à quelque chose. Tu es où... Il aurait aimé répondre à ça.
Oh non pas maintenant, j’ai deux trois trucs encore à faire, j’en ai deux trois petits à voir grandir un peu, il y a deux trois endroits où j’aimerais aller et deux trois autres où je veux retourner, j’ai deux trois personnes à voir, pas maintenant… Ça pour mincir, je vais mincir… Ça pour être sec, je vais être sec... Oh non...

Cette fois-ci, c’est du sérieux s’est-il dit avant de tomber dans les pommes sous l’effet de la souffrance accrochée à sa poitrine comme une pince à sucre à un morceau…



24 juin 2009

Ce ne serait pas l’été…

J’aurais pris le temps de vous raconter l’histoire de:

Cette hirondelle qui, vers la fin de Septembre, se sentant vaincue par une irrésistible flemme, n’a pas rangé son transat, a commandé deux cocas grenadine au serveur et encouragée par son audace s’est dit après un temps de réflexion:« Et si je restais là pour une fois, qui s’en apercevrait ? »

De cet homme de quatre vingt ans passés, aux moustaches longues comme un jour de pluie, assis à une terrasse d’un café de Provence, regardant passer les belles en robes d’été se disant à lui-même avec un accent de garrigue gourmande et regretteuse : « Le Bon Dieu c’est un fieffé coquin, le jour où il nous a enlevé le Pouvoir, il aurait pu nous enlever l’envie... »
De cet enfant à qui ses parents ont offert un vélo le jour de ses quinze ans et que, depuis, personne n’a jamais rattrapé...
De ce chien abandonné qui a parcouru mille deux cent kilomètres pour rejoindre ses maîtres alors qu’il lui suffisait de franchir la grille du jardin pour s’en faire d’autres aussi négligents que les premiers...
De ce bellâtre italien, en chasse, à la sortie du Camping des Flots bleus, assis sur le capot d’une voiture basse, sportive et rouge carmin. Les muscles saillants, dorés comme un bronze antique, la tête coiffée d’un chapeau de paille à larges bords, autant pour se protéger du soleil que pour souligner le ténébreux de son regard, vêtu d’un minuscule slip de bain blanc banquise avec sur le renflement du sexe une minuscule tâche d’urine... Foudroyé de ridicule le séducteur, illico presto...
De cet homme qui jouait au loto toutes les semaines et qui jetait systématiquement tous ses bulletins après les avoir validé, dans l’espoir, absolument ridicule, de devenir l’homme qui n’est pas venu retirer ses gains...
De ce bûcheron du Jura qui depuis des années abattait avec une application obstinée des pins de trente cinq mètres de haut tout en sachant qu’ils allaient devenir des allumettes...
De cet homme qui parlait avec un peu de grandiloquence de la femme qu’il aimait. Il disait sincèrement : « Ce qui vient d’elle me grandit »
De cette feuille, unique rescapée d’un automne tardif, encore agrippée au sommet du cerisier du jardin, d’un flamboiement carmin, qui a lutté quatre jours et quatre nuits contre le vent coulis de Novembre. Elle n’a renoncé qu’au matin du cinquième jour. Sa chute a duré un bon demi-siècle et n’a pas fait plus de bruit dans l’univers que la chute d’une feuille morte sur une pelouse gelée...
De cette toute jeune fille profondément triste qui pleurait doucement appuyée contre un mur et ma voix imbécile qui lui dit : « Oh la la ça n’a pas l’air d’aller... Tu as perdu quelque chose ? » Sa réponse comme un poignard afghan, sans lever les yeux de sa peine : « Mon père est mort hier »...
De cet homme qui préférait vivre heureux que malheureux...Il disait non sans logique: "Heureux j’ai peur que ça cesse, malheureux j’ai l’espoir que ça change"...
De cette femme trop morte d’être très passée par-dessus le balcon de son dixième étage. Quelques années auparavant elle avait été championne de tremplin de haut vol... Y aura –t-elle pensé le temps de sa chute ?
De ce condamné à mort parti s’asseoir sur l’électrique chaise un livre à la main. Juste avant que le courant ne l’inonde, sans mot dire, il a simplement corné la page qu’il venait de lire...
De cet homme qui taxait de pur délire le constat de son besoin de puissance. D’avoir, devant lui, proféré ce qui lui semblait une belle insanité, il vous aura sur le champ réduit en bouillie, écrabouillé comme un cafard rampant, aplati comme une crêpe bigouden, éparpillé, molesté, brûlé vif, pendu par les pieds... Adepte du détestable: "Je ne suis pas ...MAIS"...
De cette rivière de lumière aperçue du sommet rond d’une colline d’Aubrac. Elle s’insinuait tortueusement dans le vert du vallon. En s’approchant, on a pu voir une vilaine mousse blanche qui frisait le dessous des rives. Elle prouvait qu’il vaut mieux parfois rester éloigné des choses qu’on a l’imprudence d’admirer...
De ces bonheurs fulgurants et de cette tristesse durable, ce couple infernal, qui fait que l’un ne va pas sans l’autre et vice versa... On peut en effet, aussi connaître un bonheur durable et une douleur fulgurante...
De l’ombre dense de ce tilleul du Sud, de la fraîcheur douce qu’elle apportait, sans jamais en faire état, sans en attendre aucune reconnaissance, sans même espérer qu’on la remarque fût-ce au cœur brûlant d’un jour de canicule.
De ces mots qui font rêver comme choliambe, épigénie, nuncupatif, lécanore, notonecte, obombrer, agiotage, oogone, enclouure, boutargue, opopanax, sessile, tombolo, dauphinelle, organsin, forlane, nécrobie et la joie qu’ils procurent quand on les frappe sous les doigts.
De ces trois primevères, dans un coin du jardin qui, sous la tiédeur suspecte de ces jours de février n’on pas écouté les anciens qui leurs conseillaient de ne pas se montrer, le gel de la lune suivante les a brûlé tout crus.L’expérience des autres ne sert... qu’aux autres.
De tout ce mépris craché en l’air qui éclabousse tout le monde et qui fait comme une tâche de sang frais sur la mousse. Il ne faudra pas trop s’étonner quand ceux qui l’auront envoyé se le recevront dans la figure. On aura beau jeu de pleurer sur quelques vitrines brisées...
De ces musiques d’un autre monde écrites par des hommes d’un autre temps, qui nous tirent encore quelques larmes, ici et maintenant... La même émotion présente devant l’aurochs peint d’une caverne noire.
De cet homme en accord parfait avec tout ce qu’il vivait et même avec ce qu’il subissait. C’était peut-être là le signe d’une sagesse infinie à moins que ce ne soit celui d’une ... sacrée foutue connerie...
De cet ange qui, lors d’un looping hasardeux avait perdu une aile. Il s’était posé en catastrophe dans un champ labouré... Et maintenant, tu fais moins le beau, l’ange!

M a i s c’ e s t l’ é t é e t l a f l e m m e q u i v a a v e c

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