Je ne savais pas d’où
c’était venu mais depuis quelques semaines, je sentais que je l’agaçais. Elle
essayait encore de me le cacher ou de s’en défendre mais quand elle je
l’appelais le plus gentiment du monde elle ne pouvait s’en empêcher. Ainsi
quand je lui susurrais mon petit chat… J’entendais répondre dans sa
barbe : mon pauvre vieux. Et aussitôt je lui en voulais.
De me mentir et de penser
que je ne me rendais compte de rien. C’est dire si nos rapports se tendaient.
Nous n’étions d’accord sur
à peu près rien. Sauf peut-être un endroit : Nous nous rejoignions sur nos
désaccords mais sans encore rien nous en dire. Nous étions dans l’agacement,
cette période étrange et injuste ou rien absolument rien de ce que fait, pense,
décide l’autre ne provoque en nous un sentiment bienveillant.
Ce que j’avais remarqué
bien nettement c’est, qu’auprès d’elle, tous mes points forts étaient petit à petit devenus
des faiblesses. De gentil, j’étais passé à trop gentil. De drôle, voire léger,
j’étais devenu superficiel, peu profond, de prévenant, j’étais passé à
volontiers collant, pégueux… J’avais beau trouver ça d’une injustice terrible,
c’était ainsi. Ça ne faisait pas mes affaires ni ne les arrangeait mais la
bascule avait eu lieu. Tout ou presque de ce qui l’avait séduite au début, tout
ce qui, en moi lui avait plu devenait peu à peu une tare lourde à porter, une
source de reproches infinie, une infamie dont j’avais de plus en plus de mal à
me défaire et tous mes efforts étaient pathétiques puisqu’ils ne contribuaient
qu’à m’enfoncer. Plus je tentais d’opposer la bienveillance à ses ressentiments
plus elle me trouvait insupportable et n’hésitait plus maintenant à montrer son
agacement d’une manière évidente. C’est comme ça qu’elle ne supportait plus
aucune de mes caresses et, à l’éloignement commençait à ajouter le regard noir
ou même le geste furtivement agressif.
Quand je lui donnais ses croquettes, elle ne se frottait plus à mes jambes mais semblait trouver mon geste juste normal. Il n’y avait plus, de sa part, ces remerciements effusifs autrefois frottement démontrés. Elle s’y penchait dessus, les boulottait et son affaire faite, s’en allait sans un regard, ni pour moi ni pour sa coupelle désormais vide.
Quand je lui donnais ses croquettes, elle ne se frottait plus à mes jambes mais semblait trouver mon geste juste normal. Il n’y avait plus, de sa part, ces remerciements effusifs autrefois frottement démontrés. Elle s’y penchait dessus, les boulottait et son affaire faite, s’en allait sans un regard, ni pour moi ni pour sa coupelle désormais vide.
Il me fallait m’y résoudre, notre lien, autrefois si puissant, si fusionnel battait bien de l'aile et n’était plus devenu que du simple commerce:
Finis les câlins, les ronrons. Entre nous c'était le minimum. Je la nourrissais, elle me
débarrassait des mulots du garage.
Et encore!
J'avais remarqué, là aussi, qu'elle y mettait un poil moins de coeur qu'il y a seulement quelques mois...