12 juillet 2013

Qui dit...

Qui dit vacances dit repos. Qui dit repos dit flemme. Qui dit flemme dit raccourcis. Qui dit raccourcis dit titres.

Qui dit titres en dit cinquante:


Le matin des thés.
Riche d’infortunes.
Deux pères doublent.
L’amer ferme.
Le verre à soi.
La mort sûre.
Dans la plaine vide.
Les forza de la route.
L’embellie pulmonaire.
Sale défaite.
Le sale air de labeur.
Quand les poulies auront des dents.
Une paire amère.
Le talent d’Achille.
Une perle à rebours.
Lent, si lent ce bruit.
L’homme à flammes.
Une nuit si blanche.
Autant en emporte le faon.
Les brumes de cerveau.
Libre comme l'art.
L’alcool du Lautaret.
Pas dans les pas de papa !
L’oreille casée.
Le chat sous la gorge.
Dans la grange, ta chambre !
Un peu de toux.
Des poux dans l’athlète.
La caravane de Cuba.
Fête en l’air.
Chambre avec rue.
L’avant du large.
Un couchant de blé.
L’aube épine.
Le lapin chausseur.
Triste cire.
Cèp, le beau laid.
Une arme de crocodile.
Rumeurs de vie.
Le feu et l’effroi.
La couleur des mouches.
Massacre du Printemps.
Et l’espoir, belle Hélène ?
Les verres et soi.
Légumes des jours.
La tentation du bois.
L’amour haché.
Demain, deux gants.
Dans la famille de l’ange sale.
Les seins de glace.
La piste aux cétoines.
La faim du fin.

Et hop, à l'eau... À l'eau, quoi!



07 juillet 2013

Cinquantième fin de semaine..

Cette semaine j'ai appris une de ces saletés de nouvelles qu'on aime pas recevoir.: Claude est  mort. Claude était (l'imparfait est une saloperie) un sourire, une voix, un visage ouverts. Curieux et ouverts. C'était aussi une élégance, une façon douce de parler, une bienveillance, une prévenance. Claude je le connaissais avant de naître, autant dire qu'il me connaissait depuis toujours. Claude était aussi un grand sabreur pour de vrai et un bel homme attentif. Claude et Arlette n'étaient, ne sont  pas des amis de la famille, ils sont de ma famille.


Cette semaine, garanti sans seringue, ici, sur le rebord de la cheminée a débuté le court de France...



Cette semaine, la ville s'est faite toute propre pour recevoir LE Festival...


Cette semaine, j'ai vu une très belle et surprenante exposition! Langues de terre. Nathalie la montre sur son blog, Brigetoun sur le sienMichel Benoit sur le sien, lui aussi la présente et pour cause... N'hésitez pas, c'est à voir!


Cette semaine, au cinéma, je suis tombé un p'tit peu amoureux de Frances Ha qui est gentiment folle et drôlement drôle...


Cette semaine, le petit noir du matin avait les yeux jaunes, un aplomb du diable et des poils... Noirs.


Cette semaine l'horreur et l'effroi à Lac Mégantic. Québec.

Bref, une semaine désormais comme toutes les autres puisque vécue, terminée racontée et donc partagée...

Pour Claude.


Entre autres, Claude aimait l'opéra et les belles choses. Logique, il avait une belle âme...
Claude était un esthète paisible, un hussard doux, un italien dandy... Claude était un homme de questions plutôt qu'un homme  de réponses. Claude était un homme d'accords plus que de conflits. Claude aimait échanger, partager, écouter, discuter. Ce n'est pas pour rien qu'il avait aimé une activité où l'on fait des phrases même si elles sont d'armes.  Claude était un homme tout en élégances discrètes. Claude Arabo était un bel humain... Comme Gino et Dina. Comme Luciano que Claude aimait

Dina et Gino.

Luciano est mort.
Je sais bien, vous devez vous dire que je fais mon malin, mon intéressant,  que je l’appelle Luciano comme si je le connaissais, comme si nous avions mangé des pâtes ensemble. Hé bien, ne vous en déplaise, Luciano et moi, nous avons mangé des pâtes ensemble.
J’étais ami avec Gino qui habitait dans la même rue, du temps où j'étais presque parisien. Il était peintre comme un italien: En bâtiment, fou d’opéra et de la Youvé... Ma si de la Youvé di Torino… Avant de devenir asthmatique, à force d’avoir respiré des poussières de couleurs et ces saletés de diluants. Quand il s'attaquait à un plafond, Gino se choisissait un opéra, au hasard, enfin presque au hasard, pour lui l’opéra était italien, point. Monteverdi, Rossini, Puccini, Donizetti, le plus grand d’entre les plus grands Verdi et basta… Mozart, Wagner ce n’était déjà plus de l’opéra, à peine de la musique, pour Gino. Il se choisissait, donc, un opéra et il se le chantait, debout sur son échelle, les bras levés, du début à la fin et toutes les voix. Il connaissait par cœur, tous les airs, tous les actes, tous les Everest de chaque. Bien entendu, il aurait aimé être chanteur Gino mais dans le Piémont, au début du siècle dernier, on avait plus de chances de devenir ténor du rouleau que prince de la Scala.
Gino, avait entendu La bohème deux cent dix huit fois, au moins, il n’avait pas grand mérite à la connaître par cœur, en fait. Tellement fou d’opéra que lorsqu'il n'avait plus pu peindre, il était devenu concierge à l'Opéra de Paris un peu comme un fan de rock serait devenu vigile au Zénith. Et quand Luciano chantait à la Scala, Gino appelait son compère à Milan qui posait le combiné devant le haut-parleur qui retransmettait dans la loge le concert du soir… Ainsi Gino entendait Luciano chanter à mille kilomètres de là. Il ne fallait pas avoir à téléphoner à Garnier quand Luciano y chantait…
Luciano, en dehors de la scène avait une vie très peu amusante. Les avions, les Grands Hôtels, un jour ici, un autre là, les ovations, les cohortes d'admirateurs, les interviews, le tourbillon. Quand il descendait à Paris pour quelques jours de représentations, Luciano adorait par-dessus tout venir passer la journée chez Gino. A se côtoyer, ils avaient fini par devenir proches. Ces jours de fête là, Dina préparait les pâtes qui se mangeaient sous la tonnelle et c’était un semblant d'une famille italienne qu’il retrouvait là, simplement.
Comme j’étais ami avec Gino, les soirs où la Youvé jouait, il m’appelait dans l’après-midi et me disait de sa belle voix chantante, elle aussi :
___ Chri cé souar, tou ba lé rrrégarrrdé la youvé ? Lé matchhé dé la coupé d’Eouropé contre ces gros cons dou bayérné, Tou ba lé rrrégarrrdé ? E si tou lé rrrégardé, yé peux vénirrr lé voir avec toua ? Ma, j'apporrrté lé carbouran!!!
Même si je n’avais aucune intention de m'assoir devant ce match, je répondais :
___ Bien sur Gino, venez, j’achète les bières !
Et on pleurait ensemble la qualification des allemands sur les italiens, toujours, souvent. Gino apportait la Grappa pour oublier ça. En vrai, il l'amenait pour fêter la victoire de la Youvé, mais on en filait quand même un sacré coup à la bouteille! Ce que j'aimais par-dessus tout voir avec Dino c'était les matches France-Italie... quand la France gagnait... Là, c'est au champagne que ça se finissait.
Et quand Luciano venait manger les pâtes chez Gino et Dina, évidemment Gino nous invitait. Dina s'y était mise la veille. Elles étaient fraîches, ses pâtes et le lambrusco aussi...
C’est ainsi que, sur le coup du café, certains dimanches après midi, repu d'Italie, j’ai eu le privilège absolu d’entendre Luciano Le Grand, l’Immense, le Merveilleux chanter divinement des airs napolitains sous une tonnelle, dans le jardin d’un pavillon de banlieue parisienne, à en péter les verres vides. Tous nos poils si gentiment couchés d'habitude se dressaient en un garde à vous impeccable, bien raides sur nos avant-bras. Et, ni les merles, ni les piafs du coin, ni les voisins ne venaient se plaindre. Sauf quand il était l'heure de s'en aller. C'était un moment d'une beauté et d'une grâce absolues.
Il fallait voir le bonheur qu'avait cet ogre en taliatelles débordant de sa chaise en osier, un panama sur la tête de nous offrir cet instant là, en s'épongeant le front avec le blanc de la nappe... Chanter, oui mais son bonheur de chanter... comme lui. J'en connais qui auraient donné cher pour être de la partie... Jusqu'au taxi qui venait le chercher, vers la fin de l’après-midi, quand Signore Luciano rentrait à son Grand Hôtel… Il se faisait payer la course en canzione.
Quand Gino est mort, emporté par son asthme, bien avant Luciano, j’ai su que Luciano avait pleuré. Depuis Dina l'a rejoint. 
C’est à Gino et Dina que je pense, aujourd’hui. Ciao belli...
Les gens qu'on aime ne devraient pas avoir le droit de mourir, jamais.


05 juillet 2013

La surprise... partie.


Seul dans cette île, voilà trois jours qu’il se gavait de couchants à tomber, en voilà quatre qu’il se régalait d’aubes magnifiques. Et des cieux de nuages pavés, et des bleus d’outre envie et des landes balayées par le vent… Enfin il était sur elle comme à son habitude, un avant goût du paradis. Entre ces merveilles du matin et du soir,, il passait le temps à arpenter de long en large les miroirs des marais, à se repaître du spectacle des hérons dansant dans la lumière de cette fin d’été….
Les autres étaient rentrés au chagrin, pas lui. Il avait joué les prolongations, pour quelques jours. Il s’était offert l’illusion qu’il allait rester tout un hiver… On était en Septembre et l’idée de poursuivre la vie ici jusqu’à Noël le plongeait dans un bain de bulles douces. La solitude ne lui faisait pas peur. Il s’entendait plutôt bien avec elle. Il finissait après quelques jours par parler tout seul mais à voix basse. Il avait toujours un livre à portée de main qu’il lisait à voix haute mais surtout il y avait ces paysages comme des compagnons. Alors, quand il s’ennuyait un peu, il allait leur rendre visite comme on débarque à l’improviste chez des amis, pour partager un verre,  une conversation ou mieux : des silences.
Ici, dans certains endroits de l’île, on pouvait tourner la tête sur trois cent soixante degrés et découvrir encore des choses à voir. Il fallait ne pas craindre les torticolis… voilà tout. Ici, le ciel était une partie du paysage, Il changeait à la vitesse des vents. Tu regardais cinq minutes tes lacets défaits, tu levais la tête et, clic,  tu en avais un autre sous les yeux. Tu partais sous une pluie battante, tu arrivais au plein dessous d’un arc en ciel. Un ciel de surprises et d’émerveillements. Clic clac à cette allure là !
Le ciel était changeant comme un vol de papillon. Ce matin là, il était venu rôder au levant près des marais de la Houssière. Il était sorti de la bagnole malgré les lancers de couteaux d’un force cinq venant droit de l’embouchure du Saint Laurent. Il avait posé ses regards sur le ciel de traîne qui dessinait dans le bleu des balles de cotons gigantesques. Comme à l’accoutumée, il s’était émerveillé. Il avait l’émerveillement facile. Mais le froid a vite eu raison de son plaisir. Il est rentré dans son engin et a tourné le bouton de la radio. Un type s’est mis à chanter. C’est ça qui l’a décidé.
Le temps de la chanson, il était à la maison. Il a attrapé vite fait quelques affaires qu’il a enfouies dans son sac de voyage, il a fermé l’eau, le gaz,  les portes et les volets. Il a balancé le sac poubelle dans la poubelle et refermé le portail.
Il a calculé que s’il se démerdait bien, s’il n’avait pas trop de bazar ce soir en arrivant à la capitale, il serait  un poil en avance à la sortie de son boulot.
Il allait lui faire la surprise de venir la chercher. Il serait sur le trottoir avec un bouquet à la main comme dans les films un peu cons. Ils iraient ensuite manger dans un restaurant du quartier. Ensemble, ils seraient ensemble. Aucun paysage au monde ne console d’y être seul. Voilà ce qu’il s’est dit tout le temps du trajet. Il a passé une journée magnifique parce que pour une des rares fois dans sa vie, il était pile à l’endroit où il voulait être. Tous comptes faits il n’y en a pas tant que ça. Malgré les embouteillages de fin de journée en arrivant à la capitale, il est arrivé à la bonne heure, il a garé l’engin près de la sortie de sa boîte. Il est sorti s’en fumer une. 
Puis, il l’a vue. Puis il a vu son sourire le voyant:
___ Qu’est-ce-que tu fais là toi ? C’est ce qu’elle lui a dit.... Elle semblait heureuse de l’embrasser.
Ce qu’il ne savait pas encore, c’est que ce soir là, précisément, il l’a perdue.

Comme souvent leur histoire s’est terminée au moment même où elle a compris à quel point il lui était attaché…






02 juillet 2013

Les dix couleurs du lac.


La veille du deuxième jour, ensemble, ils ont décidé de monter au lac des neuf couleurs. 
Ils l’avaient choisi comme destination d'abord pour son nom, ensuite parce qu’ils n’en étaient pas si loin et aussi parce qu’on leur avait parlé de l’endroit comme on décrit un Caravage à un aveugle. Ils se sont mis d'accord assez vite d'autant qu'ils étaient d'accord sur à peu près tout, ils n'étaient en équipe que depuis peu. En fin d’après midi, ils ont préparé leurs sacs, ils ont emmené une tente, on ne sait jamais, puis ils sont montés en voiture jusqu’à Saint Paul sur Ubaye où ils ont acheté de quoi se nourrir à la seul épicerie boulangerie boucherie charcuterie du village. Et puis, ils sont montés à pieds pour s’échauffer les jambes jusqu’au refuge de Fouillouse où ils avaient décidé de dormir avant d'en partir au petit matin s’éveillant. En quittant Saint Paul, ils avaient franchi le Pont du Chatelet, un doigt tendu au-dessus d’un torrent entre deux rochers, puis ils étaient montés au refuge de Fouillouse d’où il partiraient le lendemain à l’aube. Arrivés à la vieille bâtisse qui sentait le feu de bois, l'abbé Pierre et la soupe chaude, ils ont monté une tente dans le pré tout près et puis ils ont passé un long moment à regarder le soleil disparaître derrière la pointe de l’Aigle. Ils ne se disaient rien, ils regardaient autour d’eux et se regardaient et ça leur suffisait. Deux benêts. La nuit venant ils sont entrés descendre un ou deux bols de soupe au lard au chou à devenir végétalien. La nuit était noire quand ils ont tiré sur la fermeture à glissière de la tente. Le froid qui était tombé et l’humide qui montait du torrent grondant s’étaient posés sur leurs épaules. Elle avait frissonné, il lui avait passé sa veste, elle lui avait souri. Ils étaient comme deux imbéciles, définitivement, pour ce soir, heureux.
Ils n’avaient pas mis très longtemps à s’endormir. S’endort-on plus vite quand on ne se couche pas seul ? Une trace archaïque, un restant de l’âge des cavernes ? Rahan, le misérable et solitaire Rahan, lui, devait souffrir de cet isolement s’était-il dit bêtement avant de sombrer. Sa main dans les siennes. Son corps à lui autour du sien à elle.
Ils n’avaient pas eu besoin de réveil pour l’être. Une lueur, les oiseaux, quelque chose dans l’air les avait tiré gentiment de leurs deux sommeils pourtant si profonds. Se réveillerait-on mieux quand on ne dort pas seul ? Qu'en aurait pensé Rahan... s'était il dit en souriant.
Ils s’étaient habillés en riant à cause des contorsions dans l'étroit de la toile. Ainsi, la journée commençait comme l’autre avait fini. Ils avaient laissé la tente montée pour y dormir une fois encore, le soir, au retour. Il avait fait chauffer de l’eau dans une gamelle noircie, culottée, pour un thé et un café, elle avait tranché deux planches de pain dans la miche qu’ils avaient englouties assis sur une des tables du refuge dont le ventre commençait lui aussi à s’animer. Puis ils avaient bouclé leurs sacs à dos.
Le jour se levait.
Le rose bleuissait, le vent de la veille avait chassé tous un à un les nuages et c’est un bleu vibrant qui a accompagné leurs premiers pas. Le chemin montait gentiment comme pour une mise en train, un échauffement. Ils avanceraient au milieu des cris des marmottes, surveillés par les vols de choucas jusqu’au refuge du Chambeyron où ils feraient une courte halte. Ils étaient partis pour plusieurs  heures de marche, qui les feraient côtoyer ou longer trois lacs. Le Lac long, le Noir et celui de l’Etoile pour arriver à leur but, celui des Neuf couleurs. Là-haut, ils furent soufflés, il n'en manquait pas une. Un bijou, une perle, plutôt, de lac d’altitude. Ils posèrent leurs sacs et s'assirent sur une herbe mousseuse dans un des abris de pierre, construits là pour bivouaquer. Ils s’installèrent un peu en hauteur pour mieux LE voir, lui et tout le reste? Ils le  regardèrent en silence en grignotant des fruits secs et en buvant de l'eau de source. Il y a parfois des instants où les mots n’ajoutent pas à grand chose, et même ils  encombrent. Dans ces moments, il faut savoir ne pas s’en servir. Alors, ils se sont tus avec application. Ils se sont un petit peu embrassés mais pas trop, le paysage était si intimidant qu'ils se tenaient à carreaux.
Puis, ils se sont décidés à revenir. Ils s’arrachèrent de sa beauté.

Sur le retour, gagné par la fatigue, philosophe à deux roubles, il se dirait qu’au fond, ce peut être avec les mollets du coeur qu’on se fabrique des souvenirs pour plus tard, comme des douceurs pour les jours sans…
Malgré toutes leurs ampoules aux pieds, ils sont arrivés alors que le noir de la nuit étincelait. Ils s'en foutaient pas mal puisqu'ils avaient, aujourd'hui, ajouté une couleur au lac.
Désormais, quoiqu'il arrive, pour ces deux là, la lumière était, maintenant, en eux...




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