08 mars 2015

Des mots.

Des mots légers comme des coussins de mousse, des mots fins comme la plus fine poussière de talc, des mots comme des langes neufs de nourrisson tout neuf, des mots comme de la farine allégée, comme de l’air aminci, comme des volutes d’écume éparpillés aux lèvres du souffle des vents, comme un long traversin de duvet de poussin, des mots comme des plumes d’oisillons, des floconnées de première neige de début Novembre, des mots légers comme des confettis de confettis de confettis...
Des mots doux comme le dessus velouté du dos des  jeunes feuilles de sauge, doux comme les réserves d’une fabrique de couettes, doux comme une coulée miel de potentille, comme des brouettes de nuages, comme la peau d’un ventre de faon, comme une pommade apaisante, un baume du chaton, comme des senteurs éparpillées de verveine sauvage, comme des édredons de pollens, doux comme des caresses timides…
Des mots tendres comme les dernières phalanges des doigts d’une main bambine, tendres comme le blanc si blanc des fleurs de seringat,  soyeuses comme un regard de bienveillance posé sur le monde par un Gandhi évanescent,  comme une lumière d'aube à peine venante, comme la pensée naïve d’un gentil hésitant, des mots tendres comme des premiers pas aux premiers matins des premiers jour de Mars…
Des mots bienveillants comme des capuches de soie maritime, des mots  arrondis comme des chapeaux de champignons des bois comestibles, comme des pares-battages flambant neufs de chaloupes  à voiles, comme des parapluies à plusieurs places, comme des avancées d’auvents éventuels, comme des marquises en double vitrage…
Tous ces mots là, je les déposerais doucettement sur les épaisseurs des veines bleues et tremblantes qui grimpent le long de tous vos jolis cous de futures  possible amoureuses… Je les livrerais en tendresse sur le délicat des paumes de vos  mains ouvertes de femmes peut-être aimantes… En attendant,  je les laisse là, sur vos paliers, aux pieds de vos portes, en silencieuse attente.


Ils sont pour vous. Si besoin.

Pour presque toutes.
Je connais, personnellement, d'autres Marine et Marion, qui sont, elles, très fréquentables.






05 mars 2015

Au scoot!

___ Vous pensez vraiment que si je l'avais vu arriver j'aurais tourné quand même? Dites, M'sieur, avoir eu très peur ne vous autorise pas à dire une grosse connerie! Rendez-vous compte! On est entre l'accident et l'assassinat, là!

J'avais eu peur aussi, très vachement peur. Et en plus, j'étais en colère après moi-même. Tout à mon affaire, pas attentif, j'avais commencé à tourner à gauche sans regarder derrière et bien entendu sans mettre mon clignotant. Aussi, le gamin qui me suivait m'était rentré dedans. Choc, cabriole et gamelle. J'avais pilé et en bondissant hors de la bagnole pour courir vers lui j'ai eu le temps de me faire le film. Moi, entre deux gendarmes aux assises pour une tentative de meurtre sur jeune conducteur... Il se relevait déjà, à part un bobo au coude et un peu mal au genou, Halleluyah, il en était quitte pour de la trouille. Son scooter, affalé par terre comme un dauphin échoué, lui ne craindra plus rien. Il était bon pour la casse ou le pilon. Des bouts de plastic jonchaient la rue, ses deux rétroviseurs pendouillaient comme des nouilles trop cuites, la visière de son casque avait fait sécession, bref ça n'allait pas fort dans le camp  des deux roues.
En fait non, il a crié, il redémarre! Il roule, même. 
Youpi, j'ai dit mais le coeur n'y était pas.
J'ai appelé la personne avec qui je devais aller manger, je lui ai dit que j'aurais un petit retard léger et tous les deux, le gamin et moi, comme deux vieux potes on a sagement attendu son père qu'il avait prévenu par téléphone. Je suis devenu le mec dans qui il était entré, qui n'a pas mis son clignotant avant de tourner et non je n'allais pas vite.  Ce qui m'a fait sourire en attendant, c'est que j'ai vu que le gamin avait des baskets vertes neuves. Il en essuyait avec méthode la poussière posée dessus suite à sa chute. J'ai fini par comprendre que c'est ce qui l'embêtait le plus. Le scoot son père ou moi allions payer les réparations mais ses pompes neuves... Qui va me les payer? Hein? Qui? Regarde moi ça, elles sont toutes salopées maintenant à cause de ce con qui ne met pas son clignotant avant de tourner...
___Dis donc fiston, tu aurais roulé moins vite moins près de moi tu m'aurais sans doute évité alors camembert...
Son père est arrivé un peu énervé, normal, il avait versé sa dose d'adrénaline lui aussi, on ne faisait rien qu'à le déranger pendant son boulot. M'enfin ce qui compte c'est qu'il n'ait rien gna gna nga nga...
Il a commencé un peu à gueuler, il n'avait pas tout à fait tort:
___ Mais vous ne l'avez pas vu arriver?
S'il avait su que j'avais regardé mais un poil tard, il aurait gueulé davantage.
Constat, pas constat... Les assurances ne servent  à rien pour les petits accrochages. Pas constat. Je vais vider mon livret A et lui payer les réparations de son engin.
___ Ah ben vous êtes correct, vous! Ici à Nice j'en connais plein qui se seraient tirés sans demander leur reste. Baie des anges mes genoux...
___ Je ne suis pas niçois Monsieur.


On s'est quitté pas trop mauvais amis. J'en ai profité pour lui dire qu'il saisisse l'occasion et inscrive son gamin à la conduite accompagnée, le scooter c'est une saleté trop dangereuse, il y a partout,  en ville, des tas d'imbéciles qui virent de bord sans mettre leur clignotant... Pensez-y sérieusement j'ai fait donneur de leçon. 
Le soir, il me rappelait en me disant que si la somme que je lui avait filé en liquide était de trop, il m'enverrait un chèque pour me rembourser.

En attendant, sans trop y croire, de savoir s'il y a, au moins, UN niçois correct, je sais qui va payer, aussi, mon feu arrière. Celui que le gosse a tout cassé.




27 février 2015

Deux fois deux.

Mon petit bonhomme, j'aime autant te le dire de suite, je ne vais donc pas y aller par quatre chemins, ni couper aucune mèche en quatre, pas plus que me mettre à  torturer les brachycères et évidemment pas passer par Limoges pour aller à Brest... Mon petit gars joli, disais-je, sache bien que je te kiffe grave sévère, sa mère, son père ET son grand-père.
Tu me donnes des envies de sourire, de rigolade même, quand ce ne sont pas des envies de câlins ou de bisouilles sur ton museau presque tout neuf.
Je dis presque parce que voilà maintenant mille quatre cent soixante et quelques dodos que nous avons le plaisir et l'bonheur de t'avoir dans notre vie.
Je revois encore le ciel froid bas gris au-dessus de l'hôpital de Leeuwarden, il y a quatre années de ça. Tu tenais dans la paume d'une grande main et tu t'apprêtais à faire notre connaissance et nous pareil.
Et, figure-toi, que tous autant que nous sommes ça nous a ravi. Nous en parlions avec ton oncle, mon fils, pas plus tard qu'hier soir et, tiens-toi bien il est du même avis que moi. On pense tout pareil à ton sujet.  C'est aussi ce que tu provoques, une sorte d'unanimité partagée. Tout le monde, enfin tous ceux qui ont la chance de te connaître s'accordent sur toi:
Tu nous régales. 
Alors mon petit père, mon petit ange blond, mon grand gars, mon petit prince, mon keum de quatre ans, ce petit mot, ici posé, pour t'en souhaiter un beau de quatrième avant tous ceux à venir.
Et des bises comme s'il en pleuvait...



PS: Avoir des enfants puis de petits enfants permet une chose formidable, celle d'apprendre,  contrairement à ce qu'on pense au départ que le coeur n'est pas un organe limité mais bien qu'il grandit au fur et à mesure des besoins et que, même si ce n'est pas gagné à l'avance, en effet, ce n'est pas parce qu'ils arrivent qu'on les aime mais c'est bien parce qu'ils sont qui ils sont, qu'on est capable d'en aimer plusieurs,  de la même façon que les tous premiers. Et ce ne sont pas les derniers arrivés les mieux servis...
Aussi, s'il ne te déplait pas trop embrasse ta très jolie petite soeur Lillie pour moi. 
Dis lui  bien qu'elle ne perd rien pour attendre... Merci.

19 février 2015

Des cuisses d'hippocampe.

Pour Les impromptus littéraires de la semaine. Deux contraintes: Il fallait partir de cette image et écrire sous forme de dialogue:






___ C’est bon, toi, Namour ? Le poisson, enfin le truc de la mer… Tu as pris quoi, déjà ?
___ Des filets d’hippocampe grillés à la sauge asiatique… C’est un poil trop cuit mais l’association de l’hippocampe, c’est une première, de la sauge nippone, du kiwi sauvage et du raifort râpé fort, si elle surprend un peu à la première bouchée, à la deuxième, tu te dis que finalement, ce n’est pas mauvais. Et ce serait sans doute bon à la troisième…
Et toi ? Ton magret de kangourou farci aux criquets frits?
___ Comment dire ? Heu… Exotique ? Dépaysant ? Pittoresque ? On se croirait  à un repas d'anniversaire chez Mugabe! Quand même, depuis toutes ces émissions de cuisine ils ont viré un peu malades, ils ne savent plus quoi cuisiner, il leur faut surprendre à tout prix. Parfois, c’est un peu exagéré, non ?
___ Un peu mais on a bien fait d’entrer… Malgré l’étalage des bouteilles en façade, tu vois, ça nous change de la cuisine habituelle.
___ Ah ça tu peux le dire, on est très loin de la blanquette… On est loin, aussi de : Hé bien ma Chère Catherineu, ce soireu, nous allons faireu une daubeu à la provençaleu… Ça ne ressemble plus à rien, avant, on cuisinait des carottes, maintenant on sublime un produit. Avant on poêlait, maintenant on planche, avant on assaisonnait maintenant on révèle. Avant on se demandait ce qu'on allait manger, maintenant on part sur un plat... Avant on composait une recette maintenant on raconte une histoire, avant on travaillait une épaule maintenant on la revisite... Les cuisiniers sont devenus des artistes en julienne, des créateurs en charlotte, des demi-dieux en tabliers, devant qui on se prosterne, devant qui on s’agenouille, oui, quand ils font leurs pâtes… Les assiettes sont des tableaux, mieux des sculptures et quand on entre dans un restaurant avec l’appétit, on en ressort, le portefeuille rincé en ayant vécu une expérience sensorielle… MAIS avec la faim… Ah, tu peux le dire, elle est loin la blanquette…
___ Quoique… Regarde à la carte il y en a une de blanquette. Bon d’accord, elle est au python…
___ Non ? Tu plaisantes.
___ Ben non c’est bien annoncé, regarde sous la fricassée de gésiers de cigogne…
___ Et pourquoi crois-tu qu’ils les ont mises là, les bouteilles ?
___ Parce qu’ils n’ont pas de cave, tiens pardi, ils ne savaient pas où les ranger, alors ils les ont posées là en se fichant pas mal du plein soleil… Je ne vois que ça. Ca en dit long, tout pour le solide... Aussi,  je te le dis tout net, je ne suis pas près de boire du vin ici, moi.
___ Ben Pourquoi ?
___ D’abord parce que le vin doit être tué, ensuite parce que tu sais ce qu’il faut boire avec l’hippocampe, toi ? Moi pas.

___ Je tenterais bien un château… Cheval blanc ?

11 février 2015

Si on m'avait dit.

Pour Les impromptus littéraires de la semaine. Le texte devait débuter par: Si on m'avait dit.


                                  Si l'on m’avait dit qu’il faudrait, dans le muscle de l’été, se sortir du sommeil vers les  trois heures du matin, s’habiller en silence pour ne pas réveiller ceux qui, dans la maison, ne venaient pas, avaler vite fait un café noir et engloutir une tartine pour ne pas y aller le ventre vide...
Si l'on m’avait dit qu’il nous faudrait une bonne heure de route dans cette nuit d’été chaude et toute noire, quitte à se rendormir un petit peu pendant le trajet, bercé par les virages de la route...
Si l'on m’avait dit que nous devrions descendre de la voiture au coeur d’une aube à peine naissante, dans le bruissement léger des branches des pins, dans leurs odeurs puissantes exhalées sous l’effet des souffles...
Si l'on m’avait dit que nous devrions marcher deux belles heures sous un fin croissant de lune, à la frontale, en croisant les perles brillantes de chevreuils ou de renards pas même apeurés...
Si l'on m’avait dit que nous ne serions accompagnés que par les hululements des chouettes et les aboiements des chiens de la plaine d’en bas qui monteraient le long des pentes raides des ravines, en cascades à l'envers...
Si l'on m’avait dit que nous arriverions en presque sueur au sommet du géant du coin alors qu’une très pâle lueur nous viendrait de l’Est et que nous ne devrions pas être étonnés puisque c’était pour assister à ça que nous nous étions levés de si bonne heure...
Si l'on m’avait dit qu’assis, posés à même le dur du sol nous nous régalerions d’un thé encore brûlant sorti du thermos, de quelques biscuits sablés au beurre et que nous échangerions entre nous des sourires de brigands complices en nous extasiant du miracle arrivant...
Si l'on m’avait dit qu’il faudrait se soumettre à ces contraintes pour ressentir l’immense bonheur d'être là, à cet instant précis dans les lumières de ce petit jour naissant, le souffle retrouvé mais le corps rompu, posé sur cette pierre et partager avec son fils qui était l'autre…


Si l'on m’avait parlé de tout cela, avant, je me serais débrouillé pour y monter... avant tout...



08 février 2015

Cinq, Valentin.

___ Le problème des couples c'est pas tant qu’ils finissent presque tous, un jour ou l'autre, par voler en éclats, mais c’est surtout qu’ils ne s'écrasent jamais au bon moment. Et le pire, est que quand, enfin, ils le font, il est souvent beaucoup trop tard… Il n'y a plus grand chose à sauver. On est dans le temps de la bagarre et du ressentiment. Et chacun pense et dit du mal de l'autre aimé. 
Crois en ma douloureuse expérience.
Le type qui ânonnait dans le vide, la diction pâteuse, hésitante, était affalé sur un tabouret de bar, en bout du zinc, emballé dans une parka sans âge, le regard vaguement embrumé par une troisième brune, épaisse comme une soupe de haricots noirs. Il avait de la mousse blanche autour des lèvres, un vieux mégot éteint entre et pas grand monde pour l’écouter.
Chacun autour de lui faisait ce qu’il avait à faire et ne lui accordait guère d’attention. Seul, le serveur de temps en temps levait les yeux au ciel en le regardant, ce qui pouvait passer pour : Allez encore deux pintes et je le mets dehors… L’autre reprenait son monologue où il l’avait laissé comme une rengaine de manège.
___ On devrait être assez malin pour se quitter bien avant qu’on le fasse. Faudrait même choisir avec soin le jour, le soir, la semaine, la nuit, l’après-midi, et si possible au moment où c’est le plus formidable, le plus émouvant. Celui où on sent, où on devine, où on pense que quoiqu’il arrive, quoiqu’on puisse accomplir, on ne pourra guère faire mieux. Cette nuit mon amour c’était magnifique, vraiment.
Je suis d’accord ma belle amoureuse, alors on va se quitter maintenant, dans l’heure qui vient, on arrête tout. On ne pourra jamais être à la hauteur de cette nuit, tout le reste ne peut être que moins bien : arrêtons là. Cessons là-dessus. Adieu, mon amour. Et voilà, cette fois c’est réglé au bel instant. Pile poil quand il fallait. Il n’y aura pas eu l’heure de trop.
Hé bien c’est très rarement ça qu’on se dit. Au lieu de ça, le regard énamouré, le coin de l'oeil humide, on s’envoie dans l’air tremblant des "encore" pleurnichards. Mais ces "encore" sont un poison qui tue tout, qui nous mène lentement à notre perte, qui nous pousse vers la sortie de route, le trop vécu. "Encore" est une goutte de fiel qui fait le vase déborder.
C’était si bien qu’on veut continuer, qu'on veut durer, encore... Alors, il ne faut pas se plaindre si on finit un mauvais jour par entendre des horreurs. C’est ainsi qu’après avoir été encensé pendant des années pour sa bonne cuisine, il se voit reprocher de l’avoir fait grossir…
C’est comme ça que pour avoir été loué pour son dynamisme et sa vitalité, il finit par la trouver épuisante et souhaiterait désormais un peu de calme dans sa vie.
C’est ainsi qu'en fin de compte, son humour si particulier pèse si lourd qu’un peu de sérieux ne serait pas mal venu, on ne peut pas tout le temps être en train de s’amuser, n’est-ce-pas ? On ne peut pas rire de tout tout le temps! Je n'ai pas raison ?
C’est grâce à ça que son côté désintéressée finit par peser, oui mais quand même il faut un minimum. L'argent ne l'intéresse pas. Il ne sait pas se vendre c'est dramatique. Toujours la même qui fait les comptes…
C’est comme ça que l’aspect si bohême, si bordélique qui charmait tant au départ est un beau jour vécu comme une irresponsabilité, comme une tare insupportable… Juste ranger ses chaussettes, rien qu'elles.
On peut en citer mille, dix mille. Au fond, on finit toujours par se reprocher ce qui à l’origine avait séduit. Vaut mieux le savoir.
Encore est résolument la plaie des couples.
___ Mais si on suit ton raisonnement petit gars, le mieux c'est de ne rien commencer comme ça on n'a pas à se quitter... Allez, t'en as bu cinq Valentin, sois raisonnable, ça suffira pour aujourd’hui…

___ Nan, nan encore une et je m’en vais… Qu’est-ce que je disais, déjà ?


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