Ce jour là, ils se sont réveillés, ils se sont habillés puis ils sont montés dans des
voitures, ils ont sans doute traversé la ville ou bien le pays, ils sont venus à pas feutrés, en silence, en
cati-mini. Le soir venu, ils se sont rendus dans des
quartiers plein de vie, de jeunesses joyeuses, d’insouciance légère. Alors, ils sont sortis de leurs voitures et puis ils ont armé
leur engins de mort et le sang gelé, ils ont tiré des balles dans le dos de
nos enfants désarmés qui écoutaient de la musique, mangeaient en terrasse,
riaient, échangeaient, buvaient un verre avec leurs amis… Ils ont tiré sur nos
enfants. Ils les ont transpercés de balles, déchiquetés, coupés, troués,
achevés, les uns après les autres, en prenant leur temps, en y revenant, en
recommençant, en rechargeant leurs armes, en ne s’occupant nullement de savoir
sur qui ils tiraient. Ils ne blessaient et tuaient ni des juifs, ni des musulmans, ni des
catholiques, ni des gens de droite, ni des gens de gauche, ils blessaient et tuaient des
enfants, nos enfants, qui vivaient, un vendredi soir dans Paris…
Ils l’ont fait froidement,
implacablement, longtemps très longtemps.
Puis, leur folie furieuse
exprimée, leurs crimes, leurs carnages, leurs entreprises de destruction
terrifiantes accomplis, à bouts de munitions, à bouts de leurs arguments, à bouts de puissance, ils se
sont fait exploser.
Et vous savez quoi ? Ils
étaient eux aussi des enfants. Perdus, terrifiants, épouvantablement effroyables, assassins, meurtriers, tueurs, mais des enfants. Du même âge que ceux qu'ils ont tués.
Et nous voilà maintenant,
les autres, les épargnés, les encore vivants avec notre infinie tristesse, avec
nos larmes pour un oui, pour un nom, avec notre rage, avec nos questions, avec
nos peurs… C’est qu’il nous reste des enfants…
Quel autre assassin va
venir nous tirer dessus ? Où ? Quand ? Dans quel quartier ?
Dans quelle ville ?
Ce terrifiant sentiment
d’impuissance parce que nous
n’avons pas su les protéger nos enfants, ni d’eux même ceux là qui ont tué.
Et nous sentons bien que ce
n’est ni la force, ni la violence, ni une surenchère à la haine qui pourra
régler ça définitivement…
Parce que c’est bien ce que
nous désirons le plus au monde: La paix. Que de la folie dure on revienne à la raison douce.

