18 décembre 2015

Du vrai, du faux.

DORMIR DEHORS.

L’ancien international français aime visiblement l’endroit où il habite mais se sent à l’étroit. Il a décidé de sacrifier sa maison estimée à 3,7 millions d’euros, pour se faire construire au même endroit une propriété plus fastueuse encore.
Il y a quelques jours, l’autorisation administrative de démolir est arrivée au domicile de Machin Chose. L’ancien joueur de football habite à Hampstead, un quartier chic de Londres, au nord-ouest de Trafalgar Square, révèle Le Figaro. Il va donc pouvoir se lancer dans une opération démolition-reconstruction version luxe. Pour ce faire, il a du renoncer à l’idée d’une terrasse sur le toit. Qu’importe, la future propriété atteindra son objectif d’un surcroît de luxe.
Elle s’étirera sur quatre niveaux. Car il faudra y installer tout ce qui se fait le prestige des dites demeures : salle de sport, salle de jeu, bar, piscine avec solarium, suites, parking, salle de cinéma, etc. Certes, pendant les travaux,  Machin Chose devra consentir quelques sacrifices, notamment celui de loger dans son autre propriété du sud de Manchester, évaluée « seulement » à 2,7 millions d’euros.

TRENTE.

Lui, peuchère, il a la maladie de trente.
De trente ?
Tu le sais, toi,  ce que c’est que la maladie de trente ?
Non, dis moi.
C’est facile, la maladie de trente, c’est… Trente ans de trop.

HESITANT.
Fromage ou dessert ? Hum… J’hésite…

Mais avant ça, je me demande si je ne vais pas reprendre du petit bonhomme blond de tout à l’heure ou bien alors de la petite brunette avec sa frange, se dit, dans un grognement, visiblement repus, attablé, avachi, dormant à demi, devant les restes encore fumant de son fameux festin de Noël, l’ogre qui, depuis des lustres, terrorise toute la région.



DANS SA FACE.

Douglas T., le co-fondateur américain de la marque de vêtements de sports The North Face, est mort mardi à l'âge de 72 ans dans un accident de kayak en Patagonie, dans le sud du Chili, ont indiqué des sources médicales.
Douglas T. est mort "d'hypothermie sévère" après que son kayak a chaviré dans les eaux glacées du lac Général Carrera, a précisé le service de santé du gouvernement chilien.

EN TERRASSE.
Un couple BCBG, très Lubéron Island, à une terrasse d’un café échange à propos des méfaits du tabac, du fait de fumer avec un couple visiblement voisin de classe. Une des deux dames très inspirée annonce : Un moment, j’ai failli me mettre à la pipe, puis marquant un temps après ce début de phrase, elle continue : mais j’ai arrêté avant.
Son bonhomme, qui était resté silencieux et sans lever les yeux de son journal, avec un sourire esquissé a, entre ses lèvres, laissé passer : Dommage…

RATTRAPÉ.
Un jeune homme s’est donné la mort frappé par une profonde dépression. Atteint d’une maladie neuro dégénarative grave, il avait été pourtant diagnostiqué en rémission après avoir bénéficié d’essais de thérapie génique. On explique sa dépression soudaine par le fait d'être redevenu un enfant normal.

PAS DE BOL.

Un touriste français de 75 ans est mort ce week-end à Gérone (Espagne) en voulant accomplir une tradition porte-bonheur.
A Gérone, un Français de 75 ans est mort ce week-end en voulant embrasser la statue de la Lionne. C'est une tradition porte-bonheur dans la ville catalane : il faut toucher ou embrasser les fesses de la statue, sur la place de l'église de San Feliu. Des dizaines de personnes se pressent chaque jour au pied de la statue pour accomplir ce geste.
L'homme a chuté  de l'escalier sans rambarde qui permet d'y accéder. Il aurait glissé et  serait tombé sur la tête. Le touriste faisait partie d'un groupe de touristes français venus visiter la ville. Il a été transporté à l'Hôpital Josep Trueta de Gérone, où il est décédé.
La municipalité de Gérone a décidé de retirer l'escalier de fer ce lundi matin. Il a été installé il y a une vingtaine d'années au pied de la sculpture, et devrait être remplacé par un accès plus sécurisé. La mairie dit vouloir "maintenir la tradition", mais en assurant la sécurité. Jamais un tel accident ne s'est produit autour de cette statue.

UN INGRAT.
Un homme a été retrouvé mort dans un enclos, dévoré par un chien qu’il avait sauvé d’une mort certaine deux mois auparavant. L’homme avait trouvé cette bête abandonnée, attachée dans une usine désaffectée. Il l’avait ramenée chez lui, puis à la vie en la nourrissant, la soignant, lui prodiguant affections et caresses. Le chien, si peu reconnaissant, a été euthanasié.

CHASSER TUE .
Un chasseur de 59 ans a fait une chute mortelle dans un ravin des Allues, près de M., jeudi soir, sous les yeux de son fils. Il voulait jeter les entrailles de plusieurs proies en contrebas.
Un chasseur a fait une chute mortelle dans le village des Allues, près de M., sous les yeux de son fils et d'un ami, jeudi soir. Il venait de tuer un cerf. L'accident s'est produit en pleine nuit. 
Il est 20.30 quand ce chasseur de 59 ans, originaire de la commune, veut se débarrasser des entrailles de plusieurs bêtes avec son fils et un ami. Les trois hommes viennent de tuer un cerf. Ils l'éviscèrent et placent ses entrailles dans un sac.  Ils veulent jeter plusieurs sacs similaires dans le ravin.  C'est une pratique courante en montagne, où les viscères sont rapidement dévorées par les renards ou les sangliers. Mais dans l'obscurité, le chasseur est déséquilibré et entraîné dans le vide par le poids des sacs. Il fait une chute de 100 mètres. Il est tué sur le coup.
Son fils parvient à descendre en contrebas avec une corde. A la lueur de son téléphone portable, il finit par trouver le corps de son père. Il donne l'alerte, et une quinzaine de pompiers, puis le Samu tentent de ranimer la victime, sans succès. Les secouristes spécialisés parviennent finalement à remonter le corps, mais l'intervention est très délicate. Elle dure jusqu'à minuit et demi. La gendarmerie de B. a ouvert une enquête.

FAITS DIVERS
 Il disait avoir été agressé ce lundi matin 14 décembre au cutter et aux ciseaux dans sa classe à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) par un homme qui a invoqué le groupe Etat islamique. L'instituteur d'Aubervilliers a reconnu avoir inventé son agression, a annoncé le parquet de Paris en fin d'après-midi.
Âgé de 45 ans, l'enseignant assurait avoir été poignardé au flanc et à la gorge vers 07H10, alors qu'il préparait sa classe dans l'école Perrin d'A. Il avait été hospitalisé à la suite de blessures superficielles qu'il se serait donc infligées lui-même. Il était de nouveau entendu pour comprendre ce qui l'a mené à inventer ce récit, a ajouté le parquet.


TERMINUS.

En Serbie, un frère et une sœur son morts dans l’explosion d’une mine anti-personnelle vraisemblablement posée par leur père quinze ans auparavant aux abords du village où ils vivaient.





16 décembre 2015

Je me souviens. Deux.

Je me souviens de mon premier disque, on me l’avait rapporté des Etats Unis. Cétait Bridge over trouble water de Simon et Garfunkel.
Je me souviens du circuit de voitures de course dans le grenier de Guy Claude en Belgique.
Je me souviens qu’elle était toujours de notre côté. Plutôt une grande grande soeur qu’une grand-mère.
Je me souviens d’un petit tricycle en métal rouge.
Je me souviens du bac à sable en forme de bateau dans le petit square près de la Grande Mosquée à Paris.
Je me souviens que chaque semaine j’attendais avec impatience la livraison du journal Pilote auquel j’étais abonné et de la petite coccinelle des Dingodossiers.
Je me souviens de la première fois où j’ai mis les pieds sur l’île d’Oléron.
Je me souviens qu’à Noël ma marraine m’offrait le livre de l’année du reader’s Digest.
Je me souviens de la première fois et de la seule, où au Lycée, j’ai répondu à une question en disant qu’en Inde les gens vivaient castrés.
Je me souviens de la voix de crécelle des frères des Bee Gees dans I  started a joke et dans Massachusetts.
Je me souviens de sa mimique quand, en pleine rue, elle m'a dit: Ne me refais plus jamais ça.
Je me souviens que dans certains cinémas de Paris, il n’est pas rare de trembler sur son siège quand en dessous un métro passe.
Je me souviens du petit court de tennis en terre battue près du Pont du Petit Parc.
Je me souviens du nom du chalet que mes parents avaient loué avec des amis, un été à Val d’Isère. Les airelles.
Je me souviens des escaliers descendant à la plage d’Houlgate et de la grande maison de vacances des Mercier.
Je me souviens qu’il détestait perdre aux boules et qu’il avait la colère facile.
Je me souviens de l’odeur du quartier où mes grands parents avaient loué une maison à Saint Gilles Croix de Vie. Ça sentait le poisson séché.
Je me souviens qu’au cabanon je n’étais, tout l’été, vêtu que d’un short et d’une paire de sandales en lanières de cuir.
Je me souviens de la très haute échelle métallique pour monter tout en haut du bassin rond et de son eau noire là-haut.
Je me souviens de ce blouson blanc à peine rapporté du Japon que j'avais oublié sur un banc d'un square de la Place des Marronniers.
Je me souviens de la finesse de la lame du couteau à force d’avoir été aiguisé qui servait à mon grand-père pour égorger les poulets du dimanche.
Je me souviens du S.A.C. : Service d’Action Civique et de la tuerie d’Auriol qu’il avait été soupçonné d’avoir commis. Puis qu’il avait commise.
Je me souviens d’Akéla la cheftaine. C’était une vieille, elle devait avoir au moins quinze ans.
Je me souviens de ce jambon cru pendu dans la cave, entouré d'un linge blanc. Il m'arrivait fréquemment d'y descendre, en douce, et de m'en couper une tranche... Ou deux.
Je me souviens de la montée vers Clans et de la place du village et de sa fraicheur, le soir.
Je me souviens de nos balades avec six enfants et une chienne noire si heureuse dans la campagne auxoise.
Je me souviens des salades, des laitues, rangées en cagettes, chargées dans la deux chevaux commerciale et livrées avec un grand-père dans le vieil Antibes.
Je me souviens que le soir des résultats des élections présidentielles de 81 nous avons cru voir le haut crâne de Giscard apparaître.
Je me souviens de la maison d’Arzacq Arraziguet, de sa petite terrasse sur le devant, de ses quatre grandes chambres à l’étage du poêle à bois dans la cuisine et de son atelier interdit.
Je me souviens très précisément de la douceur dans la cour silencieuse de La Pitié Salpétrière la nuit du jeudi 28 Mars 1985.
Je me souviens qu’elle était tout pour moi. Pas la seule, mais tout.
Je me souviens d’avoir trouvé que l’arrière de la traction avant de mon grand père était incroyablement spacieux.
Je me souviens d’un spectacle du chanteur Renaud au Grand Rex et de son arbre géant sur la scène.
Je me souviens d’une tristesse après un match de football France Allemagne.
Je me souviens qu’il faisait croire qu’une banane sortait de son aisselle et que cela le faisait beaucoup rire.
Je me souviens du chocolat au lait chaud. Sans passer par le casserole, chaud de la chaleur du pis.
Je me souviens des parties de pétanque en nocturne sur le terrain éclairé le long de la maison.
Je me souviens de l’odeur moite et tiède des immenses serres de roses en fleurs.
Je me souviens de la Celtique qu’elle allumait et se collait dans le coin de la bouche pour faire sa vaisselle et qu’à cet instant, il fallait dégager de sa cuisine.
Je me souviens du premier fast food de Paris à l’angle de Saint Michel et Saint Germain.
Je me souviens d’une visite au musée de la mode et d’une exposition Shisheido.
Je me souviens de sa Renault Gordini, de sa MG coupé verte et de son Opel manta.
Je me souviens d’une longue balade à pied sur les berges de la Seine vers Chessy lors d'un week-end excessivement pluvieux.Tellement qu'il a fini par pleuvoir à l'intérieur.
Je me souviens que la douche du cabanon était une lessiveuse peinte en noir mat et montée sur une structure en bois.
Je me souviens de l’attentat de la rue des Rosiers, de celui du métro Saint Michel, des morts et des blessés.
Je me souviens du long couloir enfumé du Bar Le temps perdu juste en face du Lycée et toutes les heures qu’on y a passées à refaire le monde. On a échoué, c'est un Mac Do aujourd'hui. Il y avait aussi celui de La Croix souris mais on ne le fréquentait pas, celui-là.
Je me souviens d’un figuier dans le fond de la campagne. On pouvait accéder à la première grosse branche, s’y allonger, cueillir les figues sans bouger et les manger sur place.
Je me souviens de son désir. Comme il faisait naître le mien.
Je me souviens de Ferreux sous Quincey de son bar et des ses blancs limés et de la petite largeur transparente de l’Ardusson.
Je me souviens de L’Auberge du Cygne de la Croix à Nogent sur Seine et des repas que nous y avons partagés, en bande.
Je me souviens du square Henri IV et des projecteurs des bateaux-mouches.
Je me souviens combien j’aimais la regarder. Juste la regarder. Je la trouvais si belle. Et marcher à côté d’elle.
Je me souviens d’avoir visité le journal l’Équipe et son imprimerie qui était au même endroit que la rédaction.
Je me souviens de la couleur de la peinture de ce couloir de la maternité Esquirol de Saint Maurice ce samedi 7 Aout 1982.
Je me souviens des pleurs d’une amie sur le parking d’un cinéma d’une ville poussante à la sortie du film Série Noire avec Patrick Dewaere. Bouleversés.
Je me souviens de la bouffée de chaleur ressentie sur le haut de la passerelle de l’avion dans la nuit de Fort de France.
Je me souviens d’un moulin en Normandie, d’un court de tennis et d’une rivière à truites pêchées par la fenêtre du séjour.
Je me souviens du jardinet de Chilly Mazarin et de sa toute petite maison branlante posée dessus. Au bout du jardin le bruit lancinant du passage sur l’autoroute A6.
Je me souviens de toute le chagrin que j’ai pu lui faire. Que nous nous sommes fait.
Je me souviens que j’avais la collection complète du journal Pilote et que j’attendais chaque semaine avec impatience sa livraison.
Je me souviens des bouses de vache à même la rue de la vieille ville après le passage du troupeau deux fois par jour. Et des mouches qui suivaient.
Je me souviens de l’instant où elle a attrapé ma main pour courir plus vite sur une aire de supermarché.
Je me souviens de l’intensité de son regard quand elle a croqué dans une tartine de confiture de groseille grande comme une assiette.


Je me souviens d’avoir vu deux fois Samy Frey au théâtre, pédalant sur une bicyclette jouer Je me souviens de Georges Perec…



07 décembre 2015

Je me souviens.

Je me souviens du jeu de jambes et du revers de Miroslav Mécir. Il ne donnait jamais l'impression de courir. Il ne donnait jamais l'impression de frapper.
Je me souviens du train à vapeur qui passait près de chez un ami. Quand nous entendions la locomotive arriver nous courrions sur la passerelle pour être enveloppés par la fumée blanche.
Je me souviens de Monsieur et Madame Haudricourt. Lui directeur de l’école, elle institutrice. Deux vraies peaux de vache. Les deux. Je me souviens que sa spécialité, à lui, c’était de tirer vers le haut, sur les cheveux fins des tempes jusqu’à ce qu’on soit sur la pointe des pieds et là, tombait la double gifle simultanée, cinglante. Des deux mains.
Je me souviens qu’on avait tiré sur le Président Kennedy et qu’il en était mort. Et nous attristés.
Je me souviens du chat siamois Jojo et de la jolie Elsie qui étaient des usines à câlins.
Je me souviens que je me demandais qui pouvait bien être à la radio cet Emile dans le jeu d'Emile Franc.
Je me souviens des encriers remplis chaque matin en haut à gauche des bureaux pentus.
Je me souviens de mon pull de louveteau bleu marine en laine avec ses trois galons de sizenier. Et de tous les badges le long de la manche gauche.
Je me souviens des bocaux de verre pleins de sucres candy chez le marchand de bonbons du boulevard de Créteil.
Je me souviens du caniche noir qui venait à ma rencontre quand je revenais de l'école et de la fête qu'il me faisait.
Je me souviens qu’on jouait aux osselets assis par terre dans le préau et que les places étaient chères pour avoir le carrelage qui glisse et pas le goudron rugueux.
Je me souviens de la moiteur odorante dans les longues serres d’œillets Tangerine.
Je me souviens de l’odeur de lessive de l’aronde commerciale du droguiste qui passait une fois par semaine en klaxonnant. Quand j’étais la grand-mère lui achetait un paquet par semaine de Bonux. Elle dépliait un journal et vidait la poudre pour trouver le cadeau.
Je me souviens de la piscine des Zalewski qui servait aussi de bassin d’arrosage.
Je me souviens que la DS du Général de Gaulle avait été prise pour cible dans un attentat et je me demandais qui pouvait bien être ce petit Clamart.
Je me souviens de mon ami Saka Becher. Nous rentrions ensemble de l’école et durant tout le trajet nous jouions aux billes dans la poussière du caniveau.
Je me souviens d'un chien qui s'appelait Tabac. Parce qu'il était marron?
Je me souviens de la blouse grise de Monsieur Gosset instituteur à l’école Carnot, quartier d’Adamville à Saint-Maur des Fossés.
Je me souviens du boxer de mon grand-père, Mickey, qui mordait au bras celui qui faisait mine de lever la main sur moi.
Je me souviens de Monsieur Christian Dorothé un professeur de français sur la chaise duquel nous mettions des punaises. Nous l'avions punaisé,  il nous avait puni.
Je me souviens des soirées athlétisme du Stade Chéron à Saint Maur des fossés et de la rivalité entre Michel Bernard et Michel Jazy.
Je me souviens des martinets pendus en grappes vendus par ma grand-mère dans son magasin rue Monge.
Je me souviens que je croyais que l'insulte suprême était laborieuse et qu'une borieuse était vraiment une personne épouvantable.
Je me souviens des pans bagnats de dix heures partagés avec l’ouvrier agricole Jeannot qui était mon colosse ami.
Je me souviens du ciné-club de Maisons Alfort où j’allais voir des films polonais en noir et blanc sous titrés, pour être, un peu plus, avec elle.
Je me souviens de la fanfare de la piste aux étoiles, du costume blanc  et des cernes sous les yeux de Roger Lanzac.
Je me souviens de l’escalier en colimaçon pour monter à l’infirmerie de l’école.
Je me souviens de la librairie marchand de bonbons juste en face de l’école. On y achetait aussi des billes.
Je me souviens de la ligne de métro Châtelet, Pont Marie, Sully Morland, Jussieu qui allait de Louvre à Monge et qui passait sous la Seine.
Je me souviens du cinéma et des bains douches municipaux de la rue Monge où je suis allé avec mon grand-père.
Je me souviens de l’anneau de métal à décrocher qui donnait un tour gratuit au manège du jardin des Tuileries.
Je me souviens du spectacle que nous avions répété avec Pierre Jolivet dans le garage des parents de Pierre Barayre.
Je me souviens du billard français  du bar du Pont de pierre où nous allions jouer en faisant bien gaffe d'éviter l'accroc.
Je me souviens qu’au Printemps sur les trottoirs en terre on attrapait des hannetons qu’on mettait dans des boites d’allumettes.
Je me souviens d’un match de hand-ball à Falaise. Nous y étions allés dans la DS d’un de nos pères.
Je me souviens des départs en 4 chevaux le soir et des réveils au petit matin dans les rougeurs de l’Estérel.
Je me souviens qu’il m’arrivait en rentrant de l’école primaire de passer par la charcuterie et d’acheter des tranches de saucisson à l’ail comme j’aurais acheté des roudoudous.
Je me souviens du torrent de sang qui s’écoulait en mer quand à l’abattoir de La Fontonne on tuait les bêtes. L'endroit devenait alors très poissonneux.
Je me souviens du gris Coubertin avec ses briques rouges à l’extérieur.
Je me souviens du terrain de tennis de la rue Eblé, des casiers en bois avec des trous d’aération en haut et de l’odeur des vestiaires de la salle d’Armes.
Je me souviens des carcasses de viande dans toutes les boucheries du bout de la rue Saint Honoré.
Je me souviens du cinéma Eldorado près de la gare de Saint Maur Le Parc où l’on pouvait fumer. Dans la gare ET le cinéma.
Je me souviens que j’aimais rester à l’étude de l’école pour la grande récréation entre seize heures trente et dix sept heures.
Je me souviens du goût un peu âcre des feuilles d’oseille dans le jardin potager de Rosny sous Bois.
Je me souviens du repas de communion solennelle dans un restaurant des bords de marne et de la montre que j’y avais reçue. Je l’ai toujours mais elle a perdu ses aiguilles et je ne porte plus de montre.
Je me souviens de tous ces après-midis dans sa chambre, elle n'habitait qu'à deux pas du lycée.
Je me souviens des lanières des patins à roulettes qui tenaient mal sur les pavés de la Cour carré du Louvre, d'avant la pyramide.
Je me souviens de l’odeur du crottin de cheval venue de la caserne des gardes républicains de la Place Monge.
Je me souviens de Mademoiselle Lerner notre professeur de français qui, pendant ses cours a suivi, inquiète, à l’aide d’un petit transistor le développement de la guerre du Kippour.
Je me souviens que j’aimais les jours d’élection. Le lendemain il n’y avait pas d’école à cause de la désinfection. Désinfectent-ils encore les locaux, aujourd'hui?

Je me souviens d’avoir vu deux fois Samy Frey au théâtre, pédalant sur une bicyclette jouer Je me souviens de Georges Perec…


06 décembre 2015

Un Monsieur.

Pour Les impromptus littéraires de la semaine. Il fallait écrire sur Nos profs.

Nous étions assis en face d’une formidable machine intellectuelle et nous  le percevions à peine. En vrai nous nous en rendrons compte bien plus tard. Nous étions là, tenus d’écouter cet homme parler et très vite il éclablouissait de ses connaissances, de son savoir, par l’organisation rigoureuse de son cerveau, la richesse de son vocabulaire, l'immense précision de sa langue, l'incroyable sens du récit et son humour ravageur.
Le premier cours de l’année de notre classe préparatoire, quand il avait entré son immense carcasse dans la salle, quand il l’avait assise derrière le bureau et quand, le silence revenu, il avait dit dans un demi-sourire: Je m’appelle Mr Blanche : Riez.
Tu penses bien que pas un seul d’entre nous n’avait osé  bouger ses lèvres et encore moins sourire et pourtant. Il avait insisté Allez riez, c’est drôle non ?
Il était noir, il devait bien mesurer deux mètres, un obélix chauve, son pantalon remonté assez haut sur le ventre et une chemise… blanche à manches courtes. Des mains immenses vives, vivantes expressives. Il n’avait aucun cartable, aucun cahier, aucun livre devant lui. Il était là, seul, avec tout en lui, en charge de nous transmettre l’état des connaissances en psychologie mais aussi son histoire et ses prospectives.
Alors, seulement, nous avons souri.
Une fois assis, une fois le silence réinstallé, il n’avait eu besoin de rien pour ça, peut-être avait-il levé une main, c’était même pas sur, une fois nos stylos ou crayons prêts à écrire, il s’était mis en parole. Il ne dictait pas mais il parlait en un flux continu et son discours était incroyablement structuré, étayé d’anecdotes, de citations replacées dans leurs contextes, de dates précises, d’évènements, de récits d’expériences, des titres des publications des chercheurs, de pistes de recherches, d’avancées des connaissances. Les chapitres s’enchainaient, s’articulaient dans un fluide étonnant. Il parlait environ une heure cinquante, la durée du cours. Alors seulement nous reposions nos stylos détendions nos doigts crispés et son cours était là sous nos yeux transcrit sur les pages de nos cahiers noircies. Là, il nous demandait si nous avions bien tout compris, si nous avions un  problème quelques part dans le corps du cours puis il nous libérait avec un sourire entendu. Il en fut ainsi toute l’année à raison de deux heures par semaine. J’ai eu le privilège d’assister à ce miracle deux années de suite. Les cours de mon année doublée furent, bien entendu, entièrement différents de la première. Durant l’été, il avait tout recomposé.
Au milieu de la deuxième année pour fêter les vacances de Noël, nous avons décidé de faire passer nos enseignants en colles orales et nous avions donné à chacun un sujet qu’il devait traiter en quelques minutes de manière improvisée. Nous  avions donné au colosse : « Phénoménologie de la perception financière ». Alors, nous avons eu droit à un exposé brillant d’une demi-heure sur l’origine et l’histoire en France des impôts directes et indirects. Etourdissant d’intelligence, de savoir et d’humour.
Cet homme, cette puissance physique, il pratiquait le cyclotourisme (!) et intellectuelle, cette montagne de connaissances se prénommait Lénis. Nous ne l’avons bien entendu jamais appelé autrement que Monsieur. Originaire du Lamentin en Guadeloupe il fut  le premier enfant de cette île à avoir intégré la rue d’Ulm, L’Ecole Normale Supérieure en 1924 avec Sartre et Raymond Aron,  il était ami de Claude Lévi-Strauss avec qui il a travaillé. Il a enseigné toute sa vie. Il s’appelait Monsieur Blanche. Lénis Blanche.




À tous les dépravés de la suprématie et de l'exclusion, à tous les tristes zinzins béciles de la France exclusivement... blanche: Souriez.

02 décembre 2015

Quelques petits jours... Entre nous.

Nous y sommes... Presque. C'est au pied du mur qu'on voit l'Armançon comme disait l'autre.

Nous n'avons plus que quelques jours pour éviter que le pays tout entier soit submergé de la cave au grenier, de haut en bas, du Nord au Sud par une vague d'un vilain bleu marine. 

Ces gens là qui la portent sont dangereux, parce que le repli sur soi est dangereux, l'idéal sécuritaire est dangereux, la distinction entre français de souche et les autres est dangereuse ET stupide, l'opposition entre France chrétienne et musulmane est dangereuse... La France est républicaine et laïque.

Ces dangers sont là, à portée de bulletin ou d'abstention. 
Comment ne pas entendre ce que par calcul et stratégie ils ne disent plus mais qu'ils transpirent de toutes leurs personnes, leurs paroles, leurs attitudes, leur humour même?  C'est un bon indicateur ça l'humour. Voyez de quoi ils rient, entendez ce qui les fait sourire. C'est édifiant. Leur peur ou suspicion voire haine de l'autre, leurs craintes de ce qui est étranger, leur rejet de la culture, de l'ouverture, de la nouveauté, de la curiosité, de l'échange, de la générosité, des points de vue différents, des idées contraires...
Que faut-il attendre de quelqu'un qui, par principe, préfère tendre la main à une cousine méconnue plutôt qu'à une famille syrienne ou bulgare ou roumaine ou afghane, ou kazakhe ou grecque ou autre? 

Cinq jours pour nous éviter ça.

Le Front National, ses dirigeants, ses représentants, ses militants, c'est moins de liberté, moins d'égalité, moins de fraternité mais plus de suspicion, plus d'accusation, plus d'exclusion. 

Cinq jours. Reprenons nous. 

Pour ce qui est de mon coin: Allez, les gens: Pas tout... mais Paça... 

Et puis, dites, entre nous, elles ne vous suffisent pas les mauvaises nouvelles du monde pour que vous en ajoutiez une ce dimanche d'élection?







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