Et puis, même le Grand, l'immense, le Si Puissant Mohamed Ali
est mort.
Mes douze ans, une partie
de mon enfance toute en noir et blanc avec lui. J'aurais bien aimé qu'il débarque et colle une bonne raclée aux grands qui nous tapaient dessus dans la cour de l'école Carnot. Je ne dis pas que je l'ai appelé secrètement, mais pas loin...
Ainsi donc, la boxe c’était aussi ça : Danser sa colère autour de ses adversaires et de temps en temps leur balancer dans le nez une
ou deux briques de plomb avec parcimonie, élégance et précision. Alors, l’autre saoulé de parpaings, tombait, vide. Généralement, il ne s’en remettait
pas. Et Ali dansait encore autour du type sonné.
Il lui arrivait de parler, aussi. Zlatan est un petit garçon sage à côté. Je préférais quand il boxait et fichait une trempe à ses adversaires.
Il lui arrivait de parler, aussi. Zlatan est un petit garçon sage à côté. Je préférais quand il boxait et fichait une trempe à ses adversaires.
Cette fois, c’est lui qui y
est resté. Et mes douze ans avec.
La mort plus forte que
Cassius Clay... La vache. Le temps prend son temps mais il bosse, il avance, lui, il traîne
vaguement en route, il flemmasse, musarde, buissonnise mais avance, et fauche, fauche, encore et
toujours.
Il allonge même les plus
solides, les plus forts, les plus puissants. Il met KO les mammouths, les
bisons, les boxeurs de génie qui dansent et les enfances des petits garçons qui
écoutaient à la radio la nuit les commentaires excités de combats se déroulant à
l’autre bout du monde.
S’il ne s’occupait que
d’eux ! Tout le monde y a droit, les musiciens fragiles et sensibles ont
leur compte aussi. Les peintres torturés dont certains n’ont pas la patience d’attendre, pareil,
les salauds patentés, avec. Les
misérables et les puissants dans le même panier. Tous y passent, tous plient les genoux, tous sont cueillis au menton.
Indifféremment. Chacun son tour.
Voilà trente ans que Parkinson
faisait trembler ces mains qui avaient fait trembler le monde. Ça me rappelle
cette main gauche maniant fleuret, à qui je dois mon prénom, qui s’était mise à trembler après avoir été si fulgurante. Si
on a des ennemis, on n’a qu’a attendre. Leur tour viendra. Malheureusement, il se charge aussi de nos amis. Hey Parkinson, vous auriez dû rester une chanson, la vie n'aurait pas eu le même goût. Quand j'y pense, le Graduate, le bachelier, le Lauréat, celui qui l'incarnait va avoir 79 ans cet été. Soixante dix neuf! Si ça n'est pas un bel uppercut...
En patientant, en cochant au fur et à mesure qu'ils tombent... des noms sur des listes, des visages connus, des histoires vécues, des personnes rencontrées il nous faut
vraiment profiter de ce qui nous est donné : Entre autres, une odeur de chèvrefeuille,
une marche dans la campagne, le décollage d'un geai surpris dans le touffus d'une haie, un sourire croisé, deux mots échangés, un verre de bon vin blanc frais, un bouquet de piboines blanches, une pensée
amie, un réveil ensoleillé, le chant enjoué d'une merlette amoureuse au jour naissant, une phrase lue qui fait mouche, un nuage entêtant de parfum du seringat, le rouge d'un champ de lin sous un
ciel de traîne…
Bref, tout ce qui, ici bas, nous laisse ko debout d'émerveillement...
Bref, tout ce qui, ici bas, nous laisse ko debout d'émerveillement...
