Tu vois Cat, pour moi, désormais,
l’amour n'a pas plus d'importance qu'une poussière dans l’œil…
Ça gène, ça dérange, mais ça n’empêche pas de voir…
La vache, tu ne vas vraiment pas bien toi ! Qu’est-ce que c’est
que cette connerie, Paul ? Tu en as d’autres comme celle-là en
magasin ? L’amour une poussière dans l’œil ? Qu’est-ce-qui t’arrive,
mon Paul ? Tu traverses une mauvaise passe, tu nous fais quoi, Paul ?
Toi, d’ordinaire si enjoué, si prompt à partir en goguette, si enclin à la
légèreté. Depuis combien de semaines es-tu dans cet état lamentable,
Paul ? Depuis combien de mois pleures-tu pour un oui, pour un non, ne nie
pas, je t’ai vu en verser une à un épisode de Plus belle la vie l’autre soir… Depuis
des semaines tu larmiches à la moindre mauvaise nouvelle et Dieu sait qu’on en
entend davantage de mauvaises que de bonnes en ce moment. Je les vois tes
hoquets, que tu veux cacher, je les vois ces larmes essuyées, vite fait, à la fin
des films, avant que la lumière revienne et ces pauses que tu prends entre deux
pages d’un livre... Tu as consulté, tu es allé voir quelqu’un, comme on dit
pour un psy ? Tu t’es demandé ce qui t’arrivait, au moins ? Hé bien, figure-toi
que moi, je sais ce qui t’arrive mon petit Paul, je vais te dire ce que je
crois qu’il t’arrive et je pense n’être pas très éloignée de la vérité vraie: Excuse moi d’être si crue, si directe : Tu es seul depuis bien trop
longtemps, voilà ce qui se passe. Tu tournes en rond entre toi et toi. Tu ne
t’occupes que de tes petites affaires, tes humeurs, tes petits rhumes, tes ridicules
douleurs articulaires, tes rituels, tes habitudes, tes manies. Tu es devenu une
manie à toi tout seul, Paul. Il te faut sortir, voir du monde, aller au devant des
autres et même des ennuis Paul. Il ne faut pas que tu restes là, éteint, muet,
comme un ours en décembre. C’est mauvais pour ta santé mentale, Paul. Bouge toi
les fesses mon Paul, sinon tu vas mourir, tu vas te dessécher, te rabougrir, te
racornir, te recroqueviller comme une pomme qui pourrit. Tu vas te fermer et n’être
plus accessible à personne Paul. Voilà ce qui t’attend. Et je ne parle même pas
d’huitres.
L’amour, mon pauvre Paul, ce n’est
pas juste une poussière, fût-elle dans le milieu de l’œil, l’amour, c’est un
fracas, un tremblement de terre, un tsunami, une éruption volcanique, l’amour
c’est un tanker rempli à ras bord qui ne freinerait pas au port, c’est un train de marchandises qui ne s’arrêterait pas au terminus, c’est un trente cinq tonnes bourré jusqu’à la gueule de sable blanc qui manquerait le virage devant ta maison, traverserait ton séjour, arracherait tes barrières, défoncerait tes murs, dévasterait ta pelouse, et finirait sa course folle en s'affaissant, fumant, suintant, couinant aux pieds d'un bouquet de pivoines.
Bienheureux celui qui sort dans son jardin pour assister au spectacle.
Il est, alors, si vivant.