12 mai 2013

Quarante deux. Fin d'semaine.

Cette semaine, j'ai rattrapé un loupé. J'ai vu La part des anges de Ken Loach un réalisateur que j'aime vraiment aimer. Depuis Raining stones, Land and Freedom, Sweet sexteen, My name is Joe jusqu'à cette part chacun de ses films est un constat sur le monde anglais et donc le notre, comme il ne va pas...

En Grande-Bretagne, nous avons besoin de partis de gauche, il n'y en a pas. Les travaillistes défendent un capitalisme modéré et plus personne ne fait entendre les idées socialistes, alors que, quand on sonde l'opinion, elle s'exprime en faveur d'une protection sociale. Aujourd'hui dans certaines régions, comme le Devon, les programmes de santé pour les enfants sont gérés par Virgin ! La situation est terrible et rappelle la misère sociale que nous avons connue dans les années 30. J'espère que nous n'aurons pas besoin d'une guerre pour mobiliser les énergies, que le sentiment de cette catastrophe suffira à susciter un vrai désir de changement.
Ken Loach dans un documentaire qui sort en ce moment: L'esprit de 45.
Alors qu'on vient d'enterrer Margaret Thatcher, ici, nous n'en sommes pas si  loin de l'invoquer cet esprit là...


Cette semaine j'ai passé une journée dans les calanques au lieu dit des pierres tombées et ce fut une belle journée...


Cette semaine, je m'en suis offert à nouveau quelques tranches juste parce que ça m'amuse!




Cette semaine, aux pieds de la butte de Thouzon (qu'est pas dure, elle, aux miséreux...) le vent a fait danser les champs encoquelicotés...


Cette semaine, je suis allé aimer un film Mud de Jeff Nichols dont j'avais beaucoup apprécié le précédent: Take Shelter. Dans Mud, il y a mesdames et messieurs, deux des hommes les plus séduisants qu'on puisse voir. Ce n'est pas un argument suffisant, quoique... Sam Shepard et Matthew Mc Conaughey aussi beau que son nom est impossible à écrire. Le film raconte un homme en fuite aidé de deux enfants qui ont des idées de grand large, un delta et des histoires d'amour... Mud


Cette semaine, je suis remonté le voir. Il a sorti ses feuilles nouvelles. Il est encore plus en beauté. Il a comme compagnons dans le village ou alentours un autre que lui et quatre ou cinq noyers majestueux.


Cette semaine, les canes qui avaient disparu de la circulation sont réapparues... mais pas seules. Bientôt le festival...


Bref, une semaine désormais comme les autres puisque vécue, racontée et maintenant partagée...

10 mai 2013

Bang et Big.


Pour les Impromptus littéraires. Le thème de la semaine était le Big Bang. J'ai écrit ça:

BIG & BANG.

___Dans ma vie, j’en ai vécu deux, mon ptit gars !
___Deux quoi ?
___Ben des big bang ! C’est bien de ça dont on parle, non ?
___Paul ? Tu l’entends ? Tu devrais arrêter de le servir maintenant, je crois qu’il a son compte !
___Lucien chéri, en vérité, je te le dis, c’est toi qui devrais arrêter, moi, je suis au vichy depuis un bon moment…
___Tu verras si ça n’en est pas un ! Quand cela t’arrive ta vie est bouleversée ! Tout, tu m’entends bien TOUT est changé ! Ton monde ne sera plus jamais le même à commencer par tes nuits ou plutôt ce qu'il en reste. Elles, elles ne sont plus à toi, elles t'ont abandonné, elles ne t'appartiennent plus. Jamais. Et pour les jours, finie l’insouciance légère, enfuies les matinées grasses comme des californiens, terminés les départs improvisés, les coups de folie imprévus, les fins de semaine impromptus, les soirées surprises... Te voilà désormais prisonnier volontaire d’un monde où l’on prévoit, organise, planifie… Te voilà, maintenant soumis consentant à des horaires, te voilà devenu un forçat souriant enchaîné à des lois qui te dépassent, agréablement menotté à des exigences impérialement impérieuses. Et ça peut parfois être vingt grammes de lait!
Te voilà, mon gars, désormais, responsable !
En cadeaux, tu n’auras jamais de joie plus profonde que celles de les voir sourire, plus d’émotion aussi forte que leurs bonheurs exprimés, leurs tendresses reçues. Voilà leurs présences sont devenus des pans de ta vie, ta vie, même. Heureux veinard insomniaque, tu as maintenant un but, un rôle, un cap, une équipe à entraîner, un team à soutenir, une tribu à défendre.
Tu as basculé dans le camp des bienheureux qui en ont et qui savent de quoi on parle. 
Je sais ce que je dis, j’en ai vécu deux:
Mon premier c’était un sept Aout à minuit et demi, il pesait trois kilos huit et mesurait cinquante deux centimètres et mon deuxième c’était un vingt huit Mars vers quatre heures, elle en pesait moins de quatre et en mesurait quarante six…

___ Ça va faire bientôt trente ans et crois moi sur parole maintenant, c’est pour toujours. Et puis, un jour vient la suite. Je te raconterai... Allez ! Bang et Big, finissez vos grenadines, on rentre, vos parents nous attendent !


Leurs deux prénoms.


Seuls, à prononcer, leurs deux prénoms disaient leurs âges.
Ils étaient nés la même année. Ils ne se servaient que d'eux. Tout au long de leur si longue vie commune, ils ne s'étaient jamais affublés de surnoms tendrement stupides. L'infinie tendresse qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre n'était jamais passée par ces artifices. Ils avaient même un temps songé à se vouvoyer et puis, ils avaient renoncé. Ce n'était pas de leur classe. Ils se disaient compagnons... Mais pas seulement de misère, compagnons des bons moments comme ils aimaient à le penser depuis bien bien longtemps. Eux deux, eux seuls deux.
Ils n'avaient pas, non plus souhaité avoir d'enfant. Le notre, si l'on veut vraiment en avoir un, ce sera notre amour s'étaient-ils dit au tout début de leur voyage amoureux. C'est que ça demande une attention particulière si on veut éviter qu'il se dilue dans le temps... Et comme on a l'intention de rester ensemble jusqu'au bout du bout... Mais bien sûr, mais bien sûr... Murmurait le monde dans leur dos. Et puis, les autres s'étaient séparés ou étaient morts alors qu'eux se tenaient encore les mains, serrées. Eux se regardaient toujours émerveillés comme on regarde une pile de verres en cristal posée dans le lit du vent.
Ils ne faisaient rien l'un sans l'autre. Ou alors parfois une séparation de quelques heures pour frissonner, pour éprouver le manque, la peur d'être sans, l'inquiétude... Ils avaient passé leurs vies à bâtir ce miracle comme on construit un mur de pierres sèches. Il faut d'abord les arracher à la terre, puis les façonner, puis les assembler, entre elles. Leur amour c'était ça : un mur de pierres sèches qu'ils avaient érigé comme une passerelle entre eux et le monde.
Des deux, c'était elle la femme forte, la poigne, la main. Enfin c'est ce qu'ils donnaient à voir. Lui se glissait bien dans le personnage du dirigé, du mené par le nez. Lui, répétait à qui voulait l'entendre que pour tout ça il faut s'adresser à elle, c'est elle qui sait, c'est elle qui s'occupe de ça, c'est elle qui décide. De cette façon, il avait la paix. On ne l'embêtait pas avec les contingences, les paperasses, les comptes, les obligations, le devoir. A propos de tout ça, on ne lui demandait rien. On savait qu'il n'aurait pas su.
En vrai, quand ils s'étaient réparti les tâches, elle lui avait laissé le futile, le surprenant, l'incongru, le sel, quoi. Ils s'en étaient accommodés. Ils en avaient même rajouté pour l'extérieur, pour la galerie.
Ainsi quand ils travaillaient, ils avaient ensemble tenu une boutique de vaisselle et droguerie en haut de la rue Caulaincourt. Elle tenait les comptes et la vente et lui s'occupait des relations publiques et de la manutention. Pour les relations publiques, son boulot était d'aller descendre un canon avec les fournisseurs, les représentants ou même les clients. Le soir, il rangeait la vitrine et descendait les rideaux de fer. Quand il lui arrivait de casser une coupe de fruits en pâte de verre, elle caressait bienveillante : « Il n'y a que ceux qui ne font rien à qui il n'arrive rien ! » Pendant qu'il préparait la boutique pour le lendemain, elle, debout contre la caisse, elle s'allumait une celtique et en la gardant au coin des lèvres, elle faisait les comptes de la journée en l'encourageant quand cela devenait lourd.
Ils vivaient dans l'arrière boutique, deux pièces sombres comme un cœur de cendrillon qui tremblaient de tous leurs meubles à chaque passage du métro sous leurs oreillers.
Puis les années ont passé. Ils ont fini par vendre le commerce et l'arrière boutique quand il n'a plus pu manipuler le lourd à cause de son dos. Ils n'avaient cotisé à rien, alors ils ont parié de vivre sur l'argent de la vente bien entamé après l'achat d'un studio en ville. Ce qui leur importait c'était de rester ensemble.
Désormais, leur vie tenait en peu de chose.
On se débrouille sans rien demander à personne se disaient-ils. Le monde a assez à faire pour n'avoir pas à s'occuper de nous. On ne veut rien de personne puisqu'on a tout ce qu'il nous faut. Nous. On est encore ensemble après toutes ces années, notre vie on l'a réussie là.
Pour les voir, ce n'était pas très difficile. Ils allaient au grand marché du Boulevard le samedi matin et parfois le mercredi, mais il ne fallait pas y venir de bonne heure. Ces jours là, ils s'habillaient comme en dimanche, se faisaient beaux, présentables, précisaient-ils. Ils avaient la matinée pour ça. Ils se sentaient aussi plus dignes.
Parce qu'eux le finissaient plutôt, le marché. A force, les commerçants avaient fini par les reconnaître et leur mettaient de côté ce qu'ils ne pouvaient pas vendre, ce qu'ils auraient jeté. S'ils préparaient une cagette pour eux deux, ils auraient pu le faire pour des tas d'autres.
Oui, parce que nous vivions désormais dans une saloperie de monde où des vieux qui avaient travaillé toute l'entier de leurs vies avaient à peine de quoi manger et étaient obligés de fouiller dans nos poubelles pour se nourrir...
Puis ils rentraient, épuisés, honteux, leurs cabas presque pleins à bouts de bras avec de quoi faire en légumes pour quelques jours.
Ernestine est morte en Juin. De chagrin. Trois mois après le départ d'Alphonse. Du jour où il est parti, elle s'est étiolée comme un pied de tomate sans tuteur, comme une plante sans eau mais à l'idée de peut-être le rejoindre, c'est en pensant à lui qu'elle a rendu son dernier sourire.
On les a allongés pour un peu d'éternité, côte à côte, dans le trou qu’ils s'étaient choisis.  

Seuls, à lire, gravés sur la pierre, leurs deux prénoms disaient leurs âges...


05 mai 2013

Fin de semaine, la quarante et unième.

Cette semaine, le fait marquant ce fut ça:


Il a tellement plu que je ne l'ai pas retrouvé dans le jardin. Il y en a, je le sais mais où?
Cette semaine, il a fait tellement vilain que j'ai photographié des piles dont les titres forment des phrases:




Cette semaine, je ne suis ni allé au cinéma, ni au marché, ni aux halles, ni au théâtre, ni aux Antilles, pire encore, j'ai voulu monter à Murs revoir et photographier le chêne avec ses feuilles nouvelles et là, le col était fermé à cause d'une course de voitures...

Cette semaine j'ai continué dans le livre d'Anne Cheng et sur le chemin des pages, j'ai trouvé:
La nature de l'homme est mauvaise: ce qu'il y a de bon en elle est fabriqué. Dans ce que la nature de l'homme a d'inné, il y a l'amour du profit; si l'homme suit cette pente, alors apparaissent convoitise et rivalité, disparaissent déférence et modestie... Xunzi...

Et pourtant cette semaine, les iris et les pivoines ont fleuri et les  bas côtés des routes se sont maquillés joliment...




Bref, une semaine désormais comme les autres puisque vécue,  terminée, rangée et maintenant partagée...

01 mai 2013

Depuis le temps...


Pour les Impromptus littéraires de la semaine. Il fallait utiliser l'expression "implacable douceur"... J'ai:

Nous nous connaissions depuis un siècle ou deux. Et nous étions encore étonnés d’être toujours ensemble. Nous avions raison. C’était si improbable. Pas tant notre relation que sa durée. Nous n’aurions pas parié un centime sur elle, au début et puis, le temps nous avait rattrapé. En vrai, nous nous sommes laissé faire. Nous avons très vite cessé de nous poser  des questions, nous n’avions besoin d’aucune réponse. Nous étions sereins, sans doute parce que nous étions persuadé que ça n’allait pas durer. Elle avait sa vie, j’avais la mienne et nous nous arrangions pour faire avec. Avec la notre, je veux dire. Tant que nous ne nous faisions pas de mal. Tant que nous ne faisions de mal à personne.
Nous étions bien ensemble. On peut être bien avec quelqu’un sans rien lui promettre, on n’est pas obligé de parier sur l’avenir pour vivre bien le présent que nous abordions comme un cadeau, comme un don du Ciel, comme une brise légère. Même si, au fond, nous n’y croyions pas. Notre ensemble était léger. Sans doute parce que nous savions notre avenir joué d’avance. Ecrit. Condamné. A court terme. Et puis, ça durait.
Nous n’habitions pas sous le même toit. Et pour cause.
Nous ne laissions chez l’un ou l’autre que très peu de traces de nos passages, voire aucune. Je n’allais jamais chez elle, je sentais que je n’y avais pas ma place, les deux ou trois rares fois où j’y étais allé, au tout début du commencement, j’avais été si mal à l’aise que je n’avais pas recommencé. C’est elle qui venait chez moi, mais elle n’y laissait rien d’autre que son odeur pendant quelques heures et parfois un ou deux objets oubliés sur la table de nuit. Et ce n’était jamais plus d’un soir par semaine. Pour qui regardait bien, il y avait bien ici ou là, si discrets un ours en copeaux de bois, une jolie phrase en métal tourné, un livre ou deux. Des petits cadeaux que n’importe qui d’autre aurait pu m’offrir ou bien que j’aurais pu m’offrir à moi même, mais rien d’autre marquant son existence dans ma vie. Nous ne sortions qu’ensemble, tous les deux, jamais avec d’autres. Nous n’avions pas d’amis communs même si certains des miens savaient son existence. Pour les siens j’étais un inconnu. Même pas inscrit au registre. Cloisonné. Tout l’était. Je n’appelais jamais, elle rarement. Et nous nous demandions avant de nous voir si nous étions disponibles. Ou pas.
Tout n’allait pas si mal. Quand on s’amusait à considérer un peu les histoires des autres. Quand on regardait autour de nous comment les autres s’en sortaient, nous n’étions pas les plus à plaindre puisque nous étions en accord pour que cela fonctionne ainsi entre nous et qu’aucun des deux, apparemment n’en souffrait.
Et puis il y eu ce jour où après un mois sans nous voir, je l’ai trouvée si différente, si triste qu’après une heure ou deux,  je lui ai demandé : Que t’arrive-t-il ? C’est grave ? Submergée par une émotion venue d’on ne sait où, elle a fondu en larmes. En pleurs, elle m’a répondu :
Je n’y arrive plus… Je ne peux plus. Je m’abandonne de toi…
Voilà exactement  ce qu’elle m’a dit ce jour là.
Quatre mots terribles mais envoyés dans l’air avec une implacable douceur…

Depuis le temps que je les redoutais...



29 avril 2013

Fin de semaine quarante.

Cette semaine, je suis allé voir ce film et c'était une bonne intuition. Gus Van Sant sait comment s'y prendre pour nous faire entrer dans une histoire par les troubles et les voies buissonnières. Matt Damon y est torturé à souhait, Frances Mc Dormand comme à son habitude et le sourire de RoseMarie Dewitt une tartine de miel... Pour ne rien négliger, le film rappelle les risques et dangers de l'exploitation des gaz de schistes...


Cette semaine, je me suis souvenu de cette expression latine: Nemo auditur propriam turpitudinem allegans... Comme je n'ai jamais fait ni de droit ni de latin, je me suis demandé d'où elle m'était venue mais je sais que je la connais depuis très très très longtemps... Catéchisme première langue?
Un des effets des leçons de morale laïque? Mansuétude?

Cette semaine j'ai été surpris par cette histoire de mur des cons au Syndicat de la magistrature... Pas les juges, pas eux, pas çà: Il n'existe nulle part de mur assez vaste. Même en Chine.

Cette semaine, j'ai avancé dans ma lecture de l'Histoire de la pensée chinoise d'Anne Cheng Points Essais n°488. Un collier de pépites où chacun pourra y trouver son content puisque selon le Laozi par exemple:

Ce qui est à fermer,
Il faut d'abord l'ouvrir.
D'abord consolider
Ce qui est à fléchir.
D'abord favoriser
Ce qui est à détruire.
Et d'abord donner
Ce qui est à saisir.
Cela s'appelle l'illumination subtile.
Le souple vainc le dur, le faible vainc le fort...

Et yop la boum!



Cette semaine il a fait un temps pourri... Mais alors pourri. Un temps à ne pas mettre un Printemps dehors. Qu'on ne nous fasse pas le coup des nappes phréatiques à sec cet été...


Bref, une semaine désormais comme toutes les autres puisque terminée, vécue, rangée et partagée.

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