05 juillet 2013

La surprise... partie.


Seul dans cette île, voilà trois jours qu’il se gavait de couchants à tomber, en voilà quatre qu’il se régalait d’aubes magnifiques. Et des cieux de nuages pavés, et des bleus d’outre envie et des landes balayées par le vent… Enfin il était sur elle comme à son habitude, un avant goût du paradis. Entre ces merveilles du matin et du soir,, il passait le temps à arpenter de long en large les miroirs des marais, à se repaître du spectacle des hérons dansant dans la lumière de cette fin d’été….
Les autres étaient rentrés au chagrin, pas lui. Il avait joué les prolongations, pour quelques jours. Il s’était offert l’illusion qu’il allait rester tout un hiver… On était en Septembre et l’idée de poursuivre la vie ici jusqu’à Noël le plongeait dans un bain de bulles douces. La solitude ne lui faisait pas peur. Il s’entendait plutôt bien avec elle. Il finissait après quelques jours par parler tout seul mais à voix basse. Il avait toujours un livre à portée de main qu’il lisait à voix haute mais surtout il y avait ces paysages comme des compagnons. Alors, quand il s’ennuyait un peu, il allait leur rendre visite comme on débarque à l’improviste chez des amis, pour partager un verre,  une conversation ou mieux : des silences.
Ici, dans certains endroits de l’île, on pouvait tourner la tête sur trois cent soixante degrés et découvrir encore des choses à voir. Il fallait ne pas craindre les torticolis… voilà tout. Ici, le ciel était une partie du paysage, Il changeait à la vitesse des vents. Tu regardais cinq minutes tes lacets défaits, tu levais la tête et, clic,  tu en avais un autre sous les yeux. Tu partais sous une pluie battante, tu arrivais au plein dessous d’un arc en ciel. Un ciel de surprises et d’émerveillements. Clic clac à cette allure là !
Le ciel était changeant comme un vol de papillon. Ce matin là, il était venu rôder au levant près des marais de la Houssière. Il était sorti de la bagnole malgré les lancers de couteaux d’un force cinq venant droit de l’embouchure du Saint Laurent. Il avait posé ses regards sur le ciel de traîne qui dessinait dans le bleu des balles de cotons gigantesques. Comme à l’accoutumée, il s’était émerveillé. Il avait l’émerveillement facile. Mais le froid a vite eu raison de son plaisir. Il est rentré dans son engin et a tourné le bouton de la radio. Un type s’est mis à chanter. C’est ça qui l’a décidé.
Le temps de la chanson, il était à la maison. Il a attrapé vite fait quelques affaires qu’il a enfouies dans son sac de voyage, il a fermé l’eau, le gaz,  les portes et les volets. Il a balancé le sac poubelle dans la poubelle et refermé le portail.
Il a calculé que s’il se démerdait bien, s’il n’avait pas trop de bazar ce soir en arrivant à la capitale, il serait  un poil en avance à la sortie de son boulot.
Il allait lui faire la surprise de venir la chercher. Il serait sur le trottoir avec un bouquet à la main comme dans les films un peu cons. Ils iraient ensuite manger dans un restaurant du quartier. Ensemble, ils seraient ensemble. Aucun paysage au monde ne console d’y être seul. Voilà ce qu’il s’est dit tout le temps du trajet. Il a passé une journée magnifique parce que pour une des rares fois dans sa vie, il était pile à l’endroit où il voulait être. Tous comptes faits il n’y en a pas tant que ça. Malgré les embouteillages de fin de journée en arrivant à la capitale, il est arrivé à la bonne heure, il a garé l’engin près de la sortie de sa boîte. Il est sorti s’en fumer une. 
Puis, il l’a vue. Puis il a vu son sourire le voyant:
___ Qu’est-ce-que tu fais là toi ? C’est ce qu’elle lui a dit.... Elle semblait heureuse de l’embrasser.
Ce qu’il ne savait pas encore, c’est que ce soir là, précisément, il l’a perdue.

Comme souvent leur histoire s’est terminée au moment même où elle a compris à quel point il lui était attaché…






02 juillet 2013

Les dix couleurs du lac.


La veille du deuxième jour, ensemble, ils ont décidé de monter au lac des neuf couleurs. 
Ils l’avaient choisi comme destination d'abord pour son nom, ensuite parce qu’ils n’en étaient pas si loin et aussi parce qu’on leur avait parlé de l’endroit comme on décrit un Caravage à un aveugle. Ils se sont mis d'accord assez vite d'autant qu'ils étaient d'accord sur à peu près tout, ils n'étaient en équipe que depuis peu. En fin d’après midi, ils ont préparé leurs sacs, ils ont emmené une tente, on ne sait jamais, puis ils sont montés en voiture jusqu’à Saint Paul sur Ubaye où ils ont acheté de quoi se nourrir à la seul épicerie boulangerie boucherie charcuterie du village. Et puis, ils sont montés à pieds pour s’échauffer les jambes jusqu’au refuge de Fouillouse où ils avaient décidé de dormir avant d'en partir au petit matin s’éveillant. En quittant Saint Paul, ils avaient franchi le Pont du Chatelet, un doigt tendu au-dessus d’un torrent entre deux rochers, puis ils étaient montés au refuge de Fouillouse d’où il partiraient le lendemain à l’aube. Arrivés à la vieille bâtisse qui sentait le feu de bois, l'abbé Pierre et la soupe chaude, ils ont monté une tente dans le pré tout près et puis ils ont passé un long moment à regarder le soleil disparaître derrière la pointe de l’Aigle. Ils ne se disaient rien, ils regardaient autour d’eux et se regardaient et ça leur suffisait. Deux benêts. La nuit venant ils sont entrés descendre un ou deux bols de soupe au lard au chou à devenir végétalien. La nuit était noire quand ils ont tiré sur la fermeture à glissière de la tente. Le froid qui était tombé et l’humide qui montait du torrent grondant s’étaient posés sur leurs épaules. Elle avait frissonné, il lui avait passé sa veste, elle lui avait souri. Ils étaient comme deux imbéciles, définitivement, pour ce soir, heureux.
Ils n’avaient pas mis très longtemps à s’endormir. S’endort-on plus vite quand on ne se couche pas seul ? Une trace archaïque, un restant de l’âge des cavernes ? Rahan, le misérable et solitaire Rahan, lui, devait souffrir de cet isolement s’était-il dit bêtement avant de sombrer. Sa main dans les siennes. Son corps à lui autour du sien à elle.
Ils n’avaient pas eu besoin de réveil pour l’être. Une lueur, les oiseaux, quelque chose dans l’air les avait tiré gentiment de leurs deux sommeils pourtant si profonds. Se réveillerait-on mieux quand on ne dort pas seul ? Qu'en aurait pensé Rahan... s'était il dit en souriant.
Ils s’étaient habillés en riant à cause des contorsions dans l'étroit de la toile. Ainsi, la journée commençait comme l’autre avait fini. Ils avaient laissé la tente montée pour y dormir une fois encore, le soir, au retour. Il avait fait chauffer de l’eau dans une gamelle noircie, culottée, pour un thé et un café, elle avait tranché deux planches de pain dans la miche qu’ils avaient englouties assis sur une des tables du refuge dont le ventre commençait lui aussi à s’animer. Puis ils avaient bouclé leurs sacs à dos.
Le jour se levait.
Le rose bleuissait, le vent de la veille avait chassé tous un à un les nuages et c’est un bleu vibrant qui a accompagné leurs premiers pas. Le chemin montait gentiment comme pour une mise en train, un échauffement. Ils avanceraient au milieu des cris des marmottes, surveillés par les vols de choucas jusqu’au refuge du Chambeyron où ils feraient une courte halte. Ils étaient partis pour plusieurs  heures de marche, qui les feraient côtoyer ou longer trois lacs. Le Lac long, le Noir et celui de l’Etoile pour arriver à leur but, celui des Neuf couleurs. Là-haut, ils furent soufflés, il n'en manquait pas une. Un bijou, une perle, plutôt, de lac d’altitude. Ils posèrent leurs sacs et s'assirent sur une herbe mousseuse dans un des abris de pierre, construits là pour bivouaquer. Ils s’installèrent un peu en hauteur pour mieux LE voir, lui et tout le reste? Ils le  regardèrent en silence en grignotant des fruits secs et en buvant de l'eau de source. Il y a parfois des instants où les mots n’ajoutent pas à grand chose, et même ils  encombrent. Dans ces moments, il faut savoir ne pas s’en servir. Alors, ils se sont tus avec application. Ils se sont un petit peu embrassés mais pas trop, le paysage était si intimidant qu'ils se tenaient à carreaux.
Puis, ils se sont décidés à revenir. Ils s’arrachèrent de sa beauté.

Sur le retour, gagné par la fatigue, philosophe à deux roubles, il se dirait qu’au fond, ce peut être avec les mollets du coeur qu’on se fabrique des souvenirs pour plus tard, comme des douceurs pour les jours sans…
Malgré toutes leurs ampoules aux pieds, ils sont arrivés alors que le noir de la nuit étincelait. Ils s'en foutaient pas mal puisqu'ils avaient, aujourd'hui, ajouté une couleur au lac.
Désormais, quoiqu'il arrive, pour ces deux là, la lumière était, maintenant, en eux...




30 juin 2013

49ème fin de semaine.

Cette semaine, on a pu voir que si le front national a refait la vitrine, le fond, lui ne change pas...
Cette semaine, n'en déplaise à la Marine, le plus que français Ali Mimoun que j'entendais depuis ma naissance raconter son marathon vainqueur de Melbourne, a cessé de courir après son histoire, il a quitté la cendrée pour les cendres...

Cette semaine, une fois n'est pas coutume, j'ai été cueilli par une fleur:


Cette semaine, en attendant une projection à L'Utopia d'Avignon, j'ai attrapé une image:


Cette semaine, je suis allé m'asseoir devant trois films dont un que j'ai trouvé vain,  un formidable et le troisième moins enthousiasmant. Je me suis régalé avec un comédien magnifique: Patrick Chesnais et une histoire émouvante et canadienne.




Cette semaine, je suis allé voir, entendre, écouter Dino, Gilles Benizio... Il bouge bien, il a le sens de la scène (trente ans d'Achille Tonic ça aide!)... Mais pour un spectacle de crooner quel dommage qu'il chante... Ni très juste, ni très en mesure. Dean Martin et ses joyeux aminches du Rat pack ont dû s'en resservir quelques uns... Dire aussi que c'était une première. Comme il va jouer tout un mois à Avignon, certain que fin juillet ce sera une autre affaire...



Cette semaine, enfin, enfin, les belles agacées s'y sont mis...


Celle qui fait tout ce raffut, c'est elle, dans l'arbousier...


Bref, une semaine désormais comme les autres puisque terminée, vécue racontée et, donc, partagée...

27 juin 2013

Les vérités tues.

Pour les impromptus littéraires de la semaine. Le thème était:

On fait semblant d'être à la table. Et d'écouter.
Mais ....... » ( Guillevic )
Repas ennuyeux ? Préoccupations ? Vis-à-vis particulièrement séduisant(e) ou très désagréable ?... Et voilà que, sans crier gare, votre imagination vous transporte très loin de la table et de ses convives...


Il m'est venu ça:

Les vérités tues.

___ Hum, Monique chérie, ta blanquette est une fois encore, une absolue merveille !
___ Merci mon Paul, mais voilà vingt ans que tu fais l'éloge de ma blanquette, tu devrais être habitué depuis tout ce temps...
___ C’est parce que tu la fais bonne un point c’est tout…
___ Toi aussi tu es gentil, Do…

À cet instant un ange, les ailes alourdies de taisance, entre par la fenêtre ouverte, volète au-dessus de la table et des cinq convives, disparaît un moment dans l’odorant fumet s'échappant du faitout et, sur son passage, laisse planer un silence seulement troublé par le bruit des fourchettes dans les assiettes et ceux de Paul qui n’a jamais su manger sans eux. Vingt ans qu’il irrite Monique, vingt ans qu’elle a très envie de lui dire qu’on peut très bien déguster sans faire tout ce sale bazar avec sa bouche… À chaque repas elle repense à la chanson de Brel qui fait des grands slurp...
En vrai, ce qu’il peut l’agacer, celui là, avec ses compliments doucereux et tout ce miel dont il englue ses adresses… Ma mignonne, ma douce, ma jolie… Est ce que je lui parle comme ça, moi ? Est ce qu’un jour je l’ai jamais complimenté sur une chose qu’il aurait faite et qui soit remarquable ? Non, jamais et pourquoi donc ? Hé bien parce que Paul, mon Paul tu es un fieffé imbécile… Un triste crétin plein d’assurance et de morgue, un sinistre individu imbu de ta personne à l’ego démesuré… Tout cela parce qu’il passe ses journées dans les bouches des gens à réparer ce qui ne va pas. Mais oui, Paul tu es mon ami... 
À quel prix? 
Ouh que ça fait du bien  de penser vrai, de ne se cacher derrière rien, que c’est bon… Vois tu Paul, je n’aime pas ta façon hautaine d’être avec les gens puis avec les femmes en général et avec moi en particulier… Je ne peux pas m’empêcher de penser, mon pauvre  Paul que tu as épuisé mon amie, ma si chère amie qui aurait mieux fait de se casser les deux jambes plutôt que de devenir ta femme, que  tu l’as vidée de ses forces comme on nettoie un poisson mort, que tu lui as fait subir les pires humiliations, que tu n’as eu de cesse de lui gâcher la vie tout ça pour qu’elle reste à tes côtés comme un faire valoir, une potiche Ming, une plante d’ornement au service de ta misérable grandeur, je t’en veux de ça, Paul si tu savais… Elle qui était tellement plus brillante, tellement plus intelligente, que toi, pauvre misérable benêt… Je suis certaine qu'elle te la doit, la saleté qui l'a emportée l'an passé, à toi seul et, peut-être à ta si grande petitesse... Tu ne l'emporteras pas au paradis, Paul...

En ressortant la cuillère pleine de sauce blanche du faitout, Monique l’a lâchée des mains et le contenu, tout le contenu, est venu faire une jolie tâche claire  sur la chemise et la cravate en soie de notre cher Paul…
___ Pardonne moi, Paul, elle m’a glissé (merci Marie) des mains…
___ Ce n’est rien a-t-il dit, écumant de rage contenue… Ce n’est rien ma douce  Monique, dit-il en s’essuyant comme il pouvait avec sa serviette, il n’y a qu’à ceux qui ne font rien, qu’il n’arrive rien… Et Do, le gentil Do de penser dans sa barbe:
___ En voilà un qui ne l'a pas volée, la blanquette...



25 juin 2013

Toutes ces pierres.


Dans l’arrière boutique de ses yeux grands ouverts, on pouvait deviner des rêves d’autoroutes désertes baignées par la nuit.
À leurs passages, ses paupières se soudaient de toutes leurs forces.
Alors, il se voyait, lui, au plein milieu du monde, au volant d’un engin large, confortable et surtout silencieux. Il arrivait presque à éliminer tout le reste, c'est-à-dire les questions qu’il se posait quant à sa présence, ici, en cet instant, pour mieux sentir le frottement alterné des pneus sur la bande blanche discontinue de l’axe de la route, ce qui donnait à entendre une musique presque tendre :

Chuinte… silence… chuinte… silence… chuinte… silence… chuinte… silence… chuinte… silence... 

En concentrant toute son attention, il distinguerait nettement la sortie qui l’appellerait. Il aurait roulé plein sud longtemps pour y arriver et pourtant il ne serait pas fatigué. Seule une pointe sensible dans le bas de la nuque lui laisserait une trace du voyage, simple et légère cicatrice estompée par la fièvre d’y être, enfin. Il serait presque brûlant de cette fièvre.
Il pense que juste avant  d’arriver, sa voiture se rangerait au bord de la Nationale. Elle garderait ses feux allumés et deviendrait comme le phare perdu d’une île oubliée. Pour en ajouter, il pousserait sur le bouton warning… Il mettrait alors le nez dehors et il irait s’asseoir dans le noir, pas loin, sur un récif. Il sortirait une cigarette d’un paquet à moitié vide et l’allumerait, la cigarette. Il la laisserait se consumer longtemps sans tirer dessus, en prenant soin de la cendre comme on s’occupe d’une vie fatiguée, pour garder ce feu de mort, vivant entre ses doigts, rougissante présence dans le profond de la nuit.
Il y mettrait toute sa patience pour se calmer le corps et l’esprit, pour adoucir si possible l’aigu de son excitation. Une fois éteinte, avant que la braise n’attaque l’orange du filtre, il jetterait le mégot sur la route et se laisserait envahir par l’odeur de l’endroit. Il pensait depuis toujours que les odeurs de quelque part lui en apprennent davantage sur les choses que leurs aspects. Il pensait avoir du nez si vous voulez savoir. Et il croyait ça aussi pour les personnes. Il pensait sincèrement être capable d’en connaître beaucoup sur quelqu’un rien qu’en l’humant. Il disait qu’un bienheureux sent la violette jeune ou qu’un mauvais bougre exhale un parfum d’orange aigre.
Les eaux de toilettes sont des mensonges pensait-il.
Il se dirait qu’il est bien parce qu’il se sentirait en accord avec l’endroit et le moment. Il est assez rare à vivre ce sentiment là. Se sentir au bon endroit au bon moment. C’est sans doute pour cette raison qu’il se dirait qu’il avait eu raison de venir, malgré tout.
Malgré tout… Malgré toute cette peine engendrée et celles à venir.
Légèrement apaisé, il remonterait  dans sa voiture et elle se remettrait en route sans  regarder derrière. A cette heure, il  pourrait n’y avoir qu’eux deux de vivants dans cette infime parcelle de galaxie.
Le régime du moteur ferait grimper la colline en souplesse comme un chat monte à l’escalier.
Puis, il stopperait tout et l’engin et le moteur près d’une maison éclairée par une seule ampoule à la lumière vacillante comme un falot de petite nuit.
Alors, après le silence, la porte de la maison s’ouvrirait. Elle l’aurait entendu arriver. Il s’en échapperait des odeurs de feu de bois. ELLE, belle comme une promesse de renouveau, apparaîtrait dans la lumière et en lui prenant une main et l’attirant tout entier vers elle, elle lui dirait avec douceur : «  Si tu décides de rentrer, fais le vite, ça caille dehors… » Il penserait mais sans le dire ce n’est pas parce que je vais rentrer plus vite qu’il fera moins froid dehors... Puis, il rentrerait. Vite.

Il savait que le lendemain, dans les odeurs de printemps renaissant, ils iraient déposer leurs regards éblouis sur les pierres des vieux murs du village vieux en laissant leurs doigts se serrer, sans eux. Ils iraient  voler au dessus des tuiles rondes des toits en ne s’occupant pas de leurs mains qui s’embrasseraient. Ils iraient  poser leurs corps éreintés sur les pierres de l’aire de battage de Sainte Cécile. Ils y dévoreraient une miche de pain frais arrosée d’eau de source. Ils s’y regarderaient sans rien se dire en s’effleurant à peine. Juste ce qu’il faut pour que le désir s’empare d’eux.
 Toutes ces pierres entrevues, toutes ces pierres rêvées... Comme des mémoires éclatées de leur collision...

C’est à tout ça que je repensais hier encore, en montant au matin, dans le plus  fort du vent vers Oppède… Oppède, comme moi, maintenant... devenu vieux...


23 juin 2013

Fin de semaine. 48 ème.

Cette semaine j'ai lu, entre autres ces trois phrases, elles m'ont, chacune à leur manière dit quelque chose:

La main de l'ange a des ongles noirs à force de nous déterrer des gravats de nos projets.
J'attends d'un poème qu'il me tranche la gorge et me ressuscite.
Le temps d'une vie est le temps d'un sourire de nouveau-né: c'est bref et ça ne s'éteint plus.
Je ne vous dis pas encore qui les a écrites. 

Cette semaine, je l'ai passée en partie en compagnie de mes quatre merveilles que j'ai! Les deux p'tites et les deux grandes. Ça comble!

Cette semaine comme j'ai eu du temps devant moi à ne pas faire grand chose à part d'avoir l'oeil, j'ai lu deux livres enthousiasmants: Quelques pas dans les pas d'un ange de David Mac Neil qui est le fils de Marc Chagall et chanteur à beaux textes et belle voix. Il a écrit, par exemple:

Jolies passantes de Passy
Je me demande souvent si
Dans le plaisir qu´on dit charnel
Vous gardez vos tailleurs Chanel
Jolies passantes de Passy
J´aperçois quand, dans vos taxis,
Vous partez pour quelque cocktail
Sur une épaule, une bretelle

J´envie vos dentelles
Le matin quand elles
Vous entourent de leurs
Lacis
Sans parler des pailles
De vos Martini Dry
De vos glaces aux papayes
Aussi

Il a écrit ça, également chanté par Clerc Julien:
Fais-moi une place
Au fond d´ ta bulle
Et si j´ t´agace
Si j´suis trop nul
Je deviendrai
Tout pâle, tout muet, tout p´tit
Pour que tu m´oublies

Fais-moi une place
Au fond d´ ton cœur
Pour que j´ t´embrasse
Lorsque tu pleures
Je deviendrai
Tout fou, tout clown, gentil
Pour qu´ tu souries

Ou bien ça qui est sans doute plus connu:

Mélissa métisse d'Ibiza
Vit toujours dévêtue
Dites jamais que je vous ai dit ça
Ou Mélissa me tue
Le matin derrière ses canisses
Lors qu'elle est moitié nue
Sur les murs devant chez Mélissa
Y'a tout plein d'inconnus


Son  livre qui est plein d'anecdotes concernant des artistes connus, (de vrais personnages, Picasso, Matisse, pas  de Nabis là...) commence par deux phrases qui en disent une péniche:
Ce livre est court, beaucoup trop court. Il raconte les rares moments que j'ai pu passer avec celui que tout le monde appelait Maître et que moi j'appelais simplement "papa"...




L'autre livre lu cette semaine est: Ebauche d'un portrait de Jean-Luc Lagarce. Un livre comme un feuilleton. Celui de la vie, la création, la maladie, la lutte, le courage, la cohabitation avec les mots, l'écriture. Magnifique livre que j'aimerais voir joué. (Il n'y a pas d'erreurs d'orthographe, Lagarce étant un auteur de théâtre).



Cette semaine, j'ai entendu une jolie chanson chantée par Coralie Clément: Ça valait la peine.


En plus d'être une talentueuse, et disons le, jolie jeune fille, Coralie est la soeur de Benjamin Biolay. Les chats ne font pas des casseroles. Et puis j'ai été tellement d'accord avec elle sur le fait que malgré tout, cela en valait la peine. Toute la peine...

Je n'osais pas te le dire
Encore moins te l'écrire
J'attendais le moment
opportun, important.
Je ne savais pas comment faire
Oh ! Mon dieu quel enfer
Et par où commencer
C'est la timidité.
Je ne savais rien de la vie
Ni de la dernière pluie
Près d'un petit ruisseau
De la vie en duo.
Oui mais j'ai du me résoudre
A faire parler la poudre
A passer le turbo
Un soir au bord de l'eau
Ça valait la peine,
C'est sûr
Ça en valait la peine,
Ça valait la peine,
C'est sûr... 

Cette semaine, la maison vide s'est emplie puis elle s'est vidée. Hé bien je préfère, et de loin, quand elle est pleine! Peu après qu'elle soit vide, dans le silence qui a envahi, j'ai eu le désir violent d'une "bonne" cigarette. Je ne serais donc pas guéri?
Cette semaine, j'ai reçu ma place pour Youn Sun Nah le 4 Aout à Gordes...
Cette semaine, nous nous sommes, pour la première fois de l'année, trempés là: Et c'était bon. Frais, mais bon. L'apéritif qui a suivi lui aussi l'était...


Bref, une semaine désormais comme les autres puisque vécue, terminée, racontée, et donc partagée.

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