Brumes du matin sur la Sorgue.
01 janvier 2018
16 décembre 2017
Carnage nocturne.
Sept. On en a tué sept.
En quelques minutes. Dans la même nuit. Une folie meurtrière. Une boucherie à la nuit noire.
En quelques minutes. Dans la même nuit. Une folie meurtrière. Une boucherie à la nuit noire.
Et, pire, tout ça s’est passé sans qu’aucun voisin, dont moi, n’ait rien
entendu de ce carnage. Pas le moindre petit bruit, pas la moindre minuscule
plainte, pas le moindre hurlement de terreur, de douleur. L’horreur se
déroulait sous mes fenêtres et nous n’en avons rien perçu. Rien. Et je ne suis
pas le seul à être stupéfait de cette nouvelle qui nous brise le coeur et nous renvoie à des âges farouches.
Pourtant, cette épouvante qui laisse sept cadavres exsangues a eu lieu. À une
maison de la mienne, même pas, pendant mon sommeil. Je ne l’ai appris que dans
la matinée. Il semblerait que les gendarmes et les voisins aient , d’ores et déjà, en tête, deux
suspects mais il faut raisonnablement attendre la fin de l'enquête. Aucune piste n'est à priori écartée.
Nous sommes dans une petit village, étendu en surface mais assez peu
peuplé. Environ trois mille personnes y vivent c’est dire le retentissement que
va avoir cet événement sur la vie de cette commune. Déjà, le Maire et une bonne
partie de Conseil municipal seraient passés tout au long de la mâtinée, autant pour se montrer que pour faire savoir quelles
dispositions ils s’apprêtent à prendre face à ce tragique fait d’hiver. Des mauvaises langues se pressaient de dire: S’il
s’occupe de ça comme il s’occupe du village le, la ou les
coupables n’ont pas de souci à se faire. Ils ne sont pas prêts d’être arrêtés
ni jugés et encore moins condamnés. Et donc ils ne seront pas mis hors
d’état de nuire et pourront, à loisir, recommencer.
On attend pourtant, dans le quartier des mesures efficaces. Finies les
caméras de surveillance inutiles, les éclairages vains, les rondes de la police
qui est désormais beaucoup plus pale que munici.
Un tel carnage au nez et à la barbe de tous sans qu’on puisse
s’accrocher au moindre indice si ce n’est le mode opératoire qui révèle quand
même une furieuse pulsion meurtrière. Un, une, des déséquilibrés sanguinaires ?
Une terrible vengeance qui se serait
abattue sur la famille des voisins en une nuit, en un moment de massacre
tragique ? Il eût fallu qu’ils en fassent pour mériter ce genre de
vengeance, pour susciter un tel ressentiment à leur égard et faire de cette
sanglante nuit la pire de toute l’année, de toute l’histoire du village, même.
Un différend qui les aurait opposé à des ennemis potentiels et
tellement dangereux? Si c’était le cas, c’était un différend d’une sacrée
nature, la tension devait être extrême pour en arriver là.
Pour l’instant, les premiers constats, d’après ce que m’avait appris
le voisin lui-même laisseraient à penser à une intrusion volontaire qui aurait
mal tournée.
Mal tourné ? Sept cadavres mutilés aux têtes arrachées, éparpillées
sur la pelouse, les corps vidés de tout leur sang, tu parles d’un mauvais virage…
Sept poules et un jar, en une nuit, monstrueusement décapités retrouvés, éparpillés, dans l’enclos du jardin. Quand j'ai suggéré, ce qui n'était pas si malin, au voisin de préparer un grand bouillon de poule, il n'a pas souri en disant : Autre qu'un bouillon!
Deux fouines seraient sur la sellette, dans le collimateur et chacun ne pense, ce matin, qu'à mettre tout en œuvre pour se débarrasser de ces assassines bestioles.
Il faut dire, s'il est prouvé qu'elles sont dans le coup, qu'avec ce carnage, ce n'est pas l'esprit de Noël qui les a étouffées, ces deux là.
Il faut dire, s'il est prouvé qu'elles sont dans le coup, qu'avec ce carnage, ce n'est pas l'esprit de Noël qui les a étouffées, ces deux là.
11 décembre 2017
Dans son île...
Quand elle a appris la nouvelle, (tout fini par se savoir, toujours et
partout) là où elle était, elle s’est retournée. Deux fois. C’est que ça lui a fait un choc, elle
qui n’avait guère bougé depuis une dizaine d’années.
Et puis une petite colère en elle, s’est allumée :
Et puis une petite colère en elle, s’est allumée :
Je m’appelle Marie-Héloïse Montabord. Allée trois, rang neuf. J’étais si tranquille. J'y suis depuis dix ans. Je suis partie, j'en avais quatre vingt trois et j'avais eu une belle vie. Je suis entourée de mes amies. Nous
étions tous tellement au calme, à deux pas du bleu étincelant, couchés dans le
sable blond, sous nos jolies tombes blanches, au coeur de l'Anse. Ceux de l’Île nous saluaient en passant, les autres venaient nous voir
quand ils pouvaient. Il faut dire qu’ils débarquaient surtout après le passage d’un
cyclone pour voir si rien n’avait bougé. Ils débarrassaient les allées des
débris accumulés, ils ratissaient le sable blanc, ils taillaient les bougainvillées, ils retapaient ce qui avait
besoin de l’être et tout redevenait comme avant calme, paisible, fleuri du rouge pétant de ces
grandes fleurs exotiques et pas avec ces chrysanthèmes minables. Le reste du
temps que voulez vous qu’il nous arrive, ici ? Alors, pourquoi ont-ils fait ce
choix là ? À cause du burger pas loin? J'ai du mal à y croire. Tous ce chemin pour ça? Je dois avouer que j’ai un peu peur en imaginant tous ces
métros qui vont débarquer avec leurs blousons noirs, leurs lunettes noires,
leurs fringues noires, leurs souvenirs noirs, leurs âmes noires parce qu’ici la
couleur du deuil c’est le blanc… Et puis, la nuit, s’il se met à crier oui
parce que pour moi, il crie même si vous, vous dites qu’il chante. Enfin qu’il
chantait. Je suis désolée mais ma musique à moi ce n’est pas la sienne. Sur la
mienne, on DANSE, à deux, enlacés avec
volupté alors que sur la sienne on se trémousse, on gigote, on s’agite seul. À
plein, mais seuls. Il va falloir que je me bouche les oreilles. Je viens de
voir qu’ils allaient le mettre tout près de chez moi, la tombe à côté. Ils ont
commencé à creuser ce matin, il arrive, en avion.
Je sens, je sais, je devine que je vais être piétinée par des
va-et-vient incessants des visiteurs futurs et je n’ai pas envie de ça, je veux
juste continuer à me reposer en paix. À mon âge on aspire plus qu’à ça, le
calme et là j’y étais dans ce petit cimetière de l'anse Lorient à Saint Barthélémy.
Quand il sera là il faudra que je lui fasse promettre de ne plus
chanter ou alors seulement des bossas douces ou des biguines lentes.
Il saura faire ça, lui ? S'il ne sait pas on aura le temps de lui apprendre... On va commencer par celle là s'est-elle mise à chanter:
Une vue du cimetière d'Anse Lorient de Saint Barthélémy prise sur internet.
09 décembre 2017
Bikram.
Le soleil venait à peine de
finir d’incendier le haut de la verrière du Grand Palais. Le ciel de la ville
était, ce soir particulier, une splendeur unique. Comme il sait l’être souvent
ici. Dans l’air étonnamment doux de ce début de Mai, flottait une brume de
bienveillance souriante. Les gens semblaient heureux d’être là où ils étaient.
Heureux de marcher sur les trottoirs, heureux de longer le fleuve, heureux de
le traverser, heureux de croiser d’autres gens tout aussi sensibles qu’eux au
merveilleux spectacle qui leur était offert aux regards. Leurs pas
ralentissaient, ils levaient les yeux aux nuages pour admirer le ciel puis ils
se regardaient semblant se dire : C’est beau, n’est-ce-pas ? Et ça
l’était. Vraiment.
C’est dans ce paysage qu’une
jeune femme dans la quarantaine joyeuse s’avançait sur le quai de la rive
droite. Il n’y avait pas besoin de la connaître pour savoir qu’elle s’était
habillée avec attention. Une silhouette longue, mince, due à la pratique régulière du bikram, d’une élégance légère comme savent si bien se vêtir les
parisiennes. Elle portait son manteau long comme s’il avait été cousu sur elle, en cachemire
chameau, beaucoup trop chaud pour la saison mais avec lui, elle se sentait protégée. Rien n’était de guingois, tout en harmonie discrète,
ample, fluide, animée au rythme saccadé de ses talons à semelles rouges sur le
noir du bitume. L'anse d'un petit sac en beau cuir, d’huppée facture ornait son coude
gauche. En avançant, elle entrait dans l’air et le fendait… Il se refermait
derrière elle et son passage. Elle avait un sourire maquillé au visage et une
jolie écharpe de soie imprimée autour du cou. Elle s'était faite belle.
Elle longeait les quais et
marchait vers la passerelle des arts.
Elle n’était pas pressée
mais elle ne trainait pas. Elle était un peu en avance à son rendez-vous et
savait qu’il ne valait mieux pas.
À quelques brasses de là,
sur l’autre pont, là-bas, plus loin, celui du Carrousel, lui était déjà sur zone. Il enchainait les cigarettes avec belle régularité. Une blonde, une pastille à la menthe, une blonde etc. Il savait qu’il ne fallait pas arriver trop en
avance mais il avait si peur de la manquer. C’était la bonne, quelque part,
quelque chose lui disait qu’elle c’était la bonne Il n’aurait pas su dire
pourquoi. Ce sont des constats qu’on fait après vingt ans, triomphant, en
général on ajoute: Pourtant ce n’était pas gagné, les débuts ont été difficiles et puis, ça s’est arrangé, nous nous sommes peu à peu apprivoisés et nous sommes là, ensemble, amoureux plus que jamais... Voilà ce
qu’il savait qu’il dirait d'eux, lui, dans vingt ans. La troisième cigarette l’avait
contrarié. Enfin pas elle directement mais un peu quand même. Quand il avait
voulu sortir son paquet de sa poche intérieure, il ne savait plus comment il
s’était débrouillé mais il avait fait tomber son portable sur le sol. Après un
rebond plutôt élégant, le smartphone avait
basculé dans le vide et plongé droit dans l’eau noire tout en dessous.
Après un Putain de merde
plutôt bienvenu, pour se calmer, il
s’était évertué à mettre en pratique les séances de yoga bikram qui lui
coûtaient un avant-bras... Il en allait ainsi sur cette terre, certains donnaient leur chemise pour manger un morceau, d'autres pour éviter de prendre un gramme. Enfin, ça lui avait permis d’avoir envie d'un rendez vous avec la jeune femme, maintenant
adossée à une des balustrades de la passerelle des Arts. Elle s'était arrêtée en plein milieu avec l'idée de le voir arriver de loin et de pouvoir encore s'en aller si quelque chose de mystérieux l'avait poussée à le faire. Elle était inscrite au
même cours de Bikram que lui et, après quelques mois de proximité chaleureuse, régulière et animée, ils avaient fini par échanger leurs numéros de téléphone.
En ayant une bonne vue, il pourrait presque l’apercevoir d’où il était. C’était
trop con, elle s’était trompée de pont. Le premier après le Pont Neuf n'était pas un pont, mais une passerelle... Une passerelle...
Elle a attendu un long
moment, lui aussi. Elle a bien essayé de l’appeler mais comme il ne répondait pas…
Puis, vaincus, ils sont rentrés chez
eux. Chacun de son côté. Lui, s’en est pris une bonne, elle est passée pleurer
chez sa meilleure amie. Elles en ont pris une bonne, ensemble.
Ils ne sont plus jamais
retournés à leur cours, ils ont pensé, chacun, que l’autre leur avait posé une de
ces lapins majestueux, un de ceux qui font date. Ils ont eu trop peur des
moqueries, pire ils ont craint d’avoir fait l’objet d’un pari. Quand la machine
à paranoïer est en route il en faut pas mal pour l’arrêter. Elle s'est inscrite à un
autre cours dans un autre quartier, lui a laissé tomber mais pour augmenter un peu ses chances, il a arrêté de fumer, ils ne se sont jamais plus recroisés.
Ils n’étaient plus liés,
dans la ville que par le fleuve qui leur
glissait dessous, par le ciel qui leur passait dessus et un bref souvenir émouvant, ce qui n'est pas donné à tous les couples…
Au moins ces deux là
n’auraient pas à se quitter.
01 décembre 2017
Ma neige.
Avant que le noir de la nuit descende sur la plaine désormais transie,
c'est l'or du couchant qui là, l'embrase pendant que le mistral, catcheur sociopathe, achève son misérable
ménage...
Quelques nuages à peine délissés persistent à parcourir l’encor bleu en
glissant sous nos regards étonnés. Le froid, lui, s’installe sur nos peaux
comme un chat sur un canapé. En prenant ses aises, et nos os. Sans nous voir,
sans nous prêter la moindre attention,
comme si nous n’existions pas. Il nous tremble.
Du reste nous existons si peu. Nous tenons à peine sur nos jambes, bousculés
par le malade qui déboule du Nord. Celui là est puissant, glacé, impétueux,
violent, sans scrupule, absent à sa folie furieuse. Il déplace, décoiffe, déchire, démolit, dérange, balaye d’en
haut, d’où il dégouffre, des souvenirs à s’inventer, des paroles à prononcer,
des images de bretelle de robe sur une épaule nue, de caresses effleurées, de doigts entrecroisés, de douces soirées d'été et de vin partagé. Une
nostalgie d’empreintes le suit de près nous laissant externués, hacrassés, sans
force, en pleurs discrets, l’âme à Juillet.
Quand les deux s'étaient trouvés trop tôt ou trop tard, quand les deux avaient une histoire d’amour mais ne se croisaient pas au
bon moment. Quand ils passaient à côté l’un de l’autre même en se rencontrant. Quand Roméo et Maria s'accidentaient... La chance, comme l'eau claire des rivières, ne passe que rarement deux fois au même bonheur.
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