18 février 2022

Pour un type

 Elle aussi... Elle l’a bien cherché… Mais pourquoi m’a-t-elle dit ça ?

C’était dimanche. Je m’étais réveillé un peu plus tard que d’habitude, c’est à dire que je m’étais réveillé à la même heure mais comme depuis plusieurs mois je n’avais plus aucune obligation, cette fois je m’étais rendormi. Et pas parce que nous étions dimanche, non là où j’en étais, les jours de la semaine n’avaient plus guère d’importance. Lundi se confondait avec mardi, qui pouvait être mercredi. Bref, je pouvais boutonner ma vie n’importe comment. Pour les semaines c’était pareil. On finit par perdre contact avec les calendriers, il n’y a plus que la douceur du soir ou la brume du matin pour nous donner quelques repères. Se lever à pas d’heure, se recoucher, se faire un film au beau milieu de la nuit parce qu’on sait qu’on pourra dormir le lendemain, aller pisser douze fois si l’envie nous prend, attaquer un livre à l’aube, plus rien n’importait. Les jours ressemblaient aux jours et les semaines à elles mêmes. Il se trouve que ce jour précis c’était dimanche.

Je me suis fait un café, je me suis douché et j’ai regardé le temps qu’il faisait dehors pour m’habiller. Depuis quelques jours une douceur exquise avait enfin débarquée, on commençait à ne plus s’entourer le cou d’écharpe, on laissait les gants dans la boite, on mettait une épaisseur de moins et quand on ne le faisait pas on finissait par crever de chaud. Ce dimanche là, j’ai juste enfilé une veste légère sur un polo manches courtes et je suis sorti.

Je suis allé jusqu’à la ville proche et je me suis garé là où je me range d’habitude puisque cette fois encore ma place habituelle était libre. J’ai marché un peu le long de la rivière où les couples de canards se formaient. Ça se voyait à l’insistance bornée des mâles à suivre la nage des femelles au centimètre près. Et puis j’ai longé les premiers étalages. J’ai salué les connaissances d’un sourire ou d’un geste de la main.

Quand je suis arrivé à la hauteur de son stand de fromages, je me suis dit tiens une nouvelle, je ne la connais pas, elle… Elle m’a proposé de goûter à un morceau de roquefort qu’elle me tendait sur un morceau de pain. Je lui ai juste dit non merci de la main, je venais de me brosser les dents et je ne voulais pas l’avoir fait pour rien. 

« Oh il boude le monsieur ! » m’a-t-elle envoyé. C’était à côté de la plaque, je ne boudais pas du tout, j’étais même plutôt content d’être là dans ces ruelles connues par cœur, j’étais un peu comme le ravi de sentir à nouveau le chaud sur les épaules, le vent qui avait tant soufflé ces derniers jours avait calé, on sentait dans l’air comme une odeur de sève montante, j’avais même vu en sortant la voiture, les premiers bourgeons apparaître sur les branches de l’amandier, non non je ne boude pas… Pas du tout, j’ai pensé mais je n’ai rien dit. J’ai fait pire…

Je me suis arrêté, je me suis tourné lentement vers elle comme dans un western de Leone et je l’ai fixée deux trois secondes et puis comme un torero enfonce son estocade dans la nuque ensanglantée de la bête fauve, en détachant bien les syllabes qu'elle puisse entendre clairement malgré le masque, j’ai balancé : 

« Pour un type qui vient d’apprendre qu’il n’en avait plus que pour trois mois, je trouve que je ne m’en sors pas trop mal… »

Et je me suis barré en lui faisant une pécresse, la laissant en plan avec ma sortie dans les oreilles et j'espèrais en plein coeur. 

Intérieurement, je me disais : Quel dommage que tu ne puisses pas voir sa tête, elle doit être… 

Je voulais juste que le malaise ait changé de camp.





2 commentaires:

Tilia a dit…

Pas mal imaginé. Mais moi je serais trop superstitieuse pour balancer un truc pareil. À part ça, c'est idem chez nous : les jours tous pareils et les horaires fantaisistes.
Mais pour chambouler tout ça, depuis six semaines je me bats contre une fuite d'eau sur un des deux tuyaux du chauffage collectif qui alimentent les radiateurs de tous les étages de l'immeuble (suis au 6e).

Devinez pourquoi depuis le 6 janvier ce n'est pas encore réparé... :

1. les tuyaux sont situés dans l’angle de la fenêtre et de ce fait chez nous ils traversent le coffre du volet roulant. Coffre et volet tout abimé par la flotte qui l'inonde et qui retombe (par un tas d'itinéraires changeants) jusqu'au parquet !
Il a donc fallu attendre 15 jours pour qu'une paire de techniciens fenêtriers soit disponible pour venir chez nous ouvrir le coffre du volet afin que le technicien chauffagiste puisse venir constater ce dont je me doutais depuis le début : ça fuit entre les deux étages.

2. À l'étage du dessus (qui est aussi le dernier) figurez-vous que les tuyaux ne sont pas apparents, vu qu'un précédent propriétaire (qui a fait changer le radiateur d'origine pour un grand vertical) en a aussi profité pour faire emmurer les tuyaux !!!

Résultats : c'est seulement mercredi prochain qu'un maçon et un chauffagiste seront dispos pour venir casser un coin du mur afin que le chauffagiste puisse faire un devis avant toute réparation !!!!!!

La vie n'est pas un long fleuve tranquille, et chez moi il déborde largement :-(
Et maintenant vous savez pourquoi je n'ai rien publié depuis le 1er janvier dans mon grenier :-/

chri a dit…

@ Tilia
Je comprends!!! Bon courage à vous dans cette épreuve qu'elle ne vous plombe pas trop le moral...

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