15 octobre 2010

Juste…

Le faire durer, encore, un peu…

Oct 005
Oct 006

Juste le prolonger un peu... Reprenons une tasse d'été…

11 octobre 2010

Les deux siens.

Pour les Impromptus Littéraires de la semaine. Thème: Avec ou sans dicton, en vers ou en prose et quel que soit votre prénom dites-nous tout le bien ou le mal que vous pensez de votre saint.

C’est pas joué d’avance qu’on touche le gros lot
Remplir un bull'tin c’est fêter la Saint Lolos.

C’est pas d'main la veille qu’on arrêt’ra le turbin,
On n'quitt'ra la taule qu’à la Saint Glinglin.

C’est pas pour de suite qu’on s’ra l'patron des patrons,
Qu'on aura des tas d'Rolex pour la Saint Baron!

C’est pas not' jour de conduire les belles voitures,
Tout c’qu'on peut faire c’est s’serrer les Saints Ture.

L’est pas v’nu vraiment le temps d’l’a richesse,
Ni qu’on va, dans l’beurre doux, poser nos fesses,

S’allonger sur un'moquett' en poignée d’clous,
Péter dans la soie, ce s’ra pour la Saint Maclou!

On aura jamais not’compte en banqu’assez obèse
Pour fair'de l'hélico entre Cannes et Saint Tropez!

C'est donc pas l'époque des cadeaux ni des tralalas
Mais qu'est-ce qu'il fout, il dort ou quoi Saint Nicolas?

Si qu’un jour j’ai d’la maille, du pèze, du gros bien rose,
C’est pas qu'la plage qu'je m'paye, c'est tout Sainte Rose!

Les premiers s’ront les derniers, qu’il a dit l’cantique
Sans y croire vraiment, ça m’a l'air Saint Pathique!

C’est pas hier la vieille qu’on verra c’qu’on voit
Pourquoi qu’on a pas crevé les œils à Saint Thomas ?

Mais moi, me fiche qu'ils m'énervent tous ces saints,
Ceux que j'vénère et de loin c’est… les deux tiens.

Mur Vigne Roussillon

10 octobre 2010

Une pincée du monde.

FLEUVE NOIR.
Le beau bleu est devenu rouge. Les poissons en sont morts. Les poissons hongrois sont réactionnaires, ils n’aiment pas la peinture moderne...
Et pourtant, le beau Danube rouge ça a de la gueule.

DROITS DU TATAMI.
L’article 19-3 du Code civil dispose que « Est français l'enfant né en France lorsque l'un de ses parents au moins y est lui-même né ». Il s’agit du double droit du sol, principe ancien de notre droit de la nationalité. Au cours de la discussion d'un amendement sur le droit du sol en Outre-Mer, David Douillet, ancien judoka collecteur de pièces jaunes, député UMP des Yvelines, a proposé sérieusement de transformer certaines maternités d’Outre-mer en zones extra territoriales. Ainsi plus de droit du sol dans certains coins (Guyane et Mayotte)…
Cet amendement dit Douillet a été rejeté mais il a quand même trouvé quatorze députés pour le voter.
Douillet ceinture noire, 7ème dan de judo, Champion du monde de                    (illisible).

SCIENCES ÉCHO.
Merci bien, Madame, désormais, on ne peut plus parler d’inflation sans sourire d'un air entendu et fumeux.

OUF. OUF.
Madame Woerth recasée au conseil de surveillance de Hermès (Les selles, les sacs à main et les valises). On s’était fait du souci pour son avenir financier. On avait tort. Madame Chirac, elle (la femme de...) va entrer au Conseil de L.V.M.H. (Le groupe des machins de luxe).
Ces deux "Madame" nous plongent dans un monde de ouf…

FLUTE DES CLASSES.
Elle passe cette semaine par la vision d’un film magnifique. Très dur et splendide esthétiquement. Il s’agit d'un film coréen: The Housemaid de Im Sang Soo avec Jean Do-Yeon et Lee Jung Jae. (Oui, je me suis offert un petit plaisir à écrire correctement les noms des auteurs et acteurs). Un film qui montre qu’on peut  être puissant, aimer son enfant, les finesses des grands crus et être une parfaite crapule.
Vous ne serez pas prêt d’oublier, entre autres, l’avant dernière scène où le corps de la servante qui vient de se suicider en se pendant au lustre, se balance, en feu, dans le gigantesque salon glacial sous les regards horrifiés des maîtres buvant du champagne.
Une Jeanne coréenne sacrifiée par l’abjection…

PAS PIRE.
Dis donc Justine, tu n’étais pas là, mardi? On peut savoir pourquoi?
Oui... j’étais à l’enterrement de mon grand père…
Bon sang, j'avais oublié! Nous vivons dans un monde où les petites filles enterrent leurs grands pères…

TROU NOIR.
On peut penser que les trente et trois mineurs chiliens ne feront pas spéléo comme loisir…

SUCRETTE.
Il régnait une douceur incroyable ce mercredi en fin d’après-midi sur le chemin des Nesquières entre l’Isle sur la Sorgue et Velleron. Elle m’a gentiment fermé deux trois cicatrices juste en la traversant. Certains paysages ont ces vertus thérapeutiques.
Des  endroits paracétamol…

Ciel d'octobre Nesquières 1

09 octobre 2010

Ray World.

                            Elle était comme presque nous tous, elle n'avait sans doute pas choisi le sien, elle non plus. Elle s’appelait Raymonde. A part les pseudos, personne, jamais, ne choisit son prénom. Elle habitait pile en face de chez moi. J'entrais au 74, elle entrait au 75 . On ne peut pas faire plus face. Elle ouvrait les volets de sa chambre, le matin vers huit heures sept, parfois huit heures huit. Elle ne les poussait jamais en grand. Peur de trop de lumière? Il faisait toujours sombre chez elle, mais il y avait de quoi.
Son dernier homme était mort, son chien, (qui hurlait comme un loup dès qu’un passant passait) est enterré à côté de son chat, je le sais, c’est moi qui ai fait les trous, dans son jardin grand comme un tiroir de table de nuit, ses rosiers étaient secs de fleurs et ce qui reste de sa  pelouse jaune est envahi d'herbes mauvaises et de chardons piquants. Son pauvre cerisier, lui, ne donnait plus que des noyaux. Il n’y a guère que ses trois ou quatre pieds de framboisiers qui la faisaient sourire un peu. Jusqu'aux oiseaux qui à traverser le tout, s'en sentaient patraques.
Quelques années auparavant, son minuscule lopin était comme un vase généreux, ce n’est plus qu’un bout de banlieue aride, un avant goût de terrain vague, un désert banlieusard. Elle ne peut plus trop se baisser pour arracher toute cette chienlit, Raymonde. Plus trop, c’est à dire plus du tout. Il lui  est arrivé de m’appeler pour ramasser vingt euros qui avaient glissé de son porte-monnaie... J'en profitais pour lui tondre sa toundra.
Nous avions fini par sympathiser, elle et moi, enfin surtout moi. Avec ce qu’était sa fin de vie il n’y avait pas de quoi être hilare tous les jours. Elle ne l’était pas. Elle était même franchement  rogue, râleuse, aigrie, acariâtre, se plaignant pas mal, c’est à dire beaucoup. Mal au dos, mal au pied, de l’arthrose dans les mains, seule… plus très propre... il y a de quoi vous diminuer le sourire. Vous verrez quand ça nous arrivera, si nous trouvons encore la vie si belle c’est que nous avons une sacrée confiance en l’avenir.
Les trois quatre choses qui nous liaient étaient le voisinage, les framboises, ses rendez-vous à la banque et la nécessité de faire le plein au supermarché.
Quand venait la saison des framboises, je recevais un coup de fil : " Vous voulez des framboises ? "
Ah non, pas de "Bonjour...", pas de "C’est votre voisine" Juste ces quatre mots secs "Vous voulez des framboises ?" envoyés sur un ton qui ne pouvait pas laisser croire qu’on n’en voudrait pas.
___  Avec plaisir, Raymonde mais je passerais ce soir si vous voulez bien là je suis en train de peindre, j’en ai partout, je ne peux pas me déplacer ! 
___  Ah ben non, c’est maintenant, je viens à la grille.
Et elle raccrochait. Je regardais par la fenêtre et je la voyais sortir de chez elle avec un bol plein de rouge, trotter menu dans l’allée. Je devais tout quitter, là, à la seconde pour douze framboises qu’elle venait de ramasser. Alors je descendais, je traversais la rue, un récipient vide à la main, oui parce qu’elle voulait récupérer le sien, j’y faisais glisser les fruits, nous nous disions deux trois mots à propos de cette vie difficile, de son mal partout, de son triste jardin qui si son pauvre mari voyait ça... et je rentrais chez moi.
Au fond elle me sonnait à la saison des emmerdes, c'est à dire souvent. Un frigo en panne, une machine à laver qui fuit, une ampoule cassée, avant c'était son vieux mari qui réparait  tout ça mais depuis il est mort, je n'ai que vous... On ne va pas se marier de suite, Raymonde, il faut que vos parents soient d'accord, je lui disais en souriant...

Pour ces rendez-vous à la banque, c’était en général le samedi. Il fallait l’emmener à son agence où elle retirait du liquide pour quinze jours… cent euros. CENT.  Je le sais parce que je rédigeais le chèque, elle signait d'une vague croix soulignée. Raymonde était ce qu’on appelle avec des pincettes dans certains milieux, une femme de peu. Peu de retraite, peu d’argent, peu de visites, peu d’amour... Beaucoup d’un peu tout.
Pas trop le genre Liliane vous voyez?
Elle vivait (appelle-t-on encore ça vivre ?) avec deux cent euros par mois. Autant dire que les Bahamas étaient loin de la tracasser, autant dire que la seule île qu'elle connaisse était flottante, si vous voyez à quoi je pense… Evidemment, plus personne ne venait plus la voir, même le facteur ne savait pas qu'elle habitait là, plus personne ne souhaitait d'elle, c'est simple, même la canicule, en son temps, n'en avait pas voulu. Quand elle avait besoin de liquide, un dé à coudre, elle me passait un coup de fil en début de semaine, et me disait:
___ Samedi vous pouvez ? Je pouvais. Treize heures cinquante, l’agence ouvrait à quatorze. Un autre coup de fil le vendredi soir pour être bien certaine que je n’ai  ni changé d’avis, ni oublié, un autre encore le samedi matin vers sept heures… SEPT heures,  Raymonde se levait bonne heure et le monde autour d’elle devait faire de même, pour vérifier que j’y serais bien…
___Mais Raymonde, je vous ai dit oui hier soir, je n’ai pas changé d’avis…
___Mais je préfère être sûre, avec les jeunes (Oula, besoin de lunettes, Raymonde...) on ne sait pas à quoi s’en tenir…
Je la déposais devant l’agence, elle voulait être la première. Je l'attendais dans la bagnole, et je la ramenais chez elle dare-dare, elle ne pouvait pas manquer le début des "Feux de l'amour"...
Avant de nous quitter, elle me racontait combien il est difficile de vieillir seule, enfin le refrain habituel et me glissait dans les mains une bouteille d'un blanc sec de sa cave, avec une photo d'huitres ouvertes dessus l'étiquette. Je refusais, et pour cause, j’avais essayé la première fois… L’évier avait été comme neuf quand je l’avais vidée dedans, la deuxième j’avais tenté d’en verser sur une dorade en papillote… le poisson avait fait des bonds dans l’aluminium… Je refusais fermement mais je partais avec.
Parfois, je l’emmenais dans un hypermarché. Je la soupçonnais bien d’acheter toutes ces boites à chat pour elle-même, je le savais, moi, que ses chats étaient morts, mais comment lui dire qu'un humain ne mange pas de nourriture pour chats?
J’ai aimé qu’elle  soit si peu amène, si peu sympathique, je n’ai pas eu envie, jamais, de l’inviter chez moi prendre un thé ou autre chose, passer un moment. Je lui étais utile, point. Et, ainsi, quand j’ai choisi de faire route au Sud, je ne me suis pas longtemps demandé :
Et Raymonde, hein? Qui va s’occuper d’elle, qui va l’emmener à la banque ou transbahuter ses packs de flotte ?
J’en ai juste parlé aux acheteurs de ma maison comme pour leur transmettre le flambeau. Tu parles d’un flambeau, une bougie en fin de mèche, oui. Pour avoir, ce n'est pas le plus difficile, la conscience tranquille?
Je ne pouvais pas m’empêcher de l’imaginer à vingt ans comme l’Insolente et infidèle de la chanson de Romain Didier:
« ...Et puis la nuit revient
Comme un ennemi fidèle
Glisser entre ses reins
Des rêves de Demoiselle.
Elle a tellement aimé
Qu’elle comprend pas toujours
Qu’il n’y ait guère que la télé
Pour lui parler d’amour… »
J’espérais, pour elle, qu’elle ait connu ça, avant.
Raymonde, le vrai monde... à cent euros près, à deux pas d'ici…

Plante & ombre

08 octobre 2010

Une apparition.

Hier soir, je me promenais sur Gougueule Eurce. Je faisais un petit survol du coin où j’habite,  à la recherche d’une bâtisse qu’on devine de la route. Je voulais voir à quoi elle ressemblait d’un peu plus près.
Or, à ma grande surprise, j’ai vu ceci:

Oct 009

Si jamais quelqu’un a une explication rationnelle… Qu’il en soit remercié… J’avais aussi, dans l’après-midi attrapé ce grimpeur malhabile, mais là, je sais ce que c’est!
Oct 001

03 octobre 2010

Un vent de sud.

C’est un vent de sud, ami, qui, au réveil, te souffle aux narines son haleine de sahel. Il porte en lui des senteurs d'épices, des odeurs de désert et des particules de sable.
Tu l’as senti avec le parfum de café neuf qui est venu te chercher dans ton demi sommeil.
Au loin, une pie sans doute étonnée de la douceur, qui faisait grand contraste avec la fraicheur des derniers réveils, jacasse avec une, encore, copine aussi agacée qu’elle.
Tu reviens au monde, tu as toujours en tête des images et des sons de la soirée d’hier où tu es allé entendre un albatros chanter. Un géant vacillant légèrement sur deux pattes mal assurées, mais un immense et généreux oiseau, avec deux ailes, qui poussent à l'envol. Tu as, en tête, entre mille autres, ces mots qui raisonnent encore:

“Qu'est c'que t'as ma jumelle, qu'on croit inguérissable
Qui use les regards dans des boîtes de kleenex
Qu'enlise chaque pas sous des tonnes de sable
Qui sert du bouillon fade dans des verres en pyrex
Qui rend les photos floues ?
Bilou
Bilou fais un effort, je te jure que tu ris
Rire, c'est ça, tu t'rappelles, tu vois c'est pas si dur
Regarde la pluie s'barrer au cul du car-ferry
Le vent lèche tes joues peintes de confiture
Pour un peu j's'rais jaloux
Bilou Bilou...” *

C’est un matin pas tout à fait comme les précédents.
Un matin à sourire aux imbéciles, à oublier son mal de dos, un qui amène aux indulgences.
C’est un matin à souhaiter partager et les beautés du monde et ses  horreurs,  ce qui importe est partager, à souhaiter ardemment ne pas se réveiller seul... Et puis, tant pis…
C’est un matin à se faire une raison.
Un matin à vouloir consoler l’enfant qui pleure, au loin,  à, vivement désirer embrasser les deux siens, puis à remettre le bazar à plus tard… Puisque tu as convenu que c’était un matin à s’en faire une…
C’est un matin à se dire que, plus tard, tu reprendras volontiers un café en terrasse.
Un matin à être saisi par l’envie de s’allonger dans un pré ensoleillé, une herbe  sèche entre les dents, une main amie serrant la sienne, la gauche…
C’est un matin à lever les yeux au ciel, à se penser un passé souriant, à regarder s'évaporer les fragiles nuages, à suivre la ligne diagonale d’un avion pressé à admirer l’or fin qui commence, à peine, à enrichir les hautes feuilles des arbres, à laisser, devant toi, traverser les piétons, un sourire stupide aux lèvres.
C’est un matin à vouloir, quand même, étrangler un peu, le chien des voisins qui vocifère depuis l’aube…
C’est un matin de marché de dimanche. Il t’attend. Tu te lèves, tu t’habilles et tu y vas...

Malgré toi, tu es prêt à entendre des bruissements du monde...

Ciel doctobre 2
* ALLAIN LEPREST: Bilou.

28 septembre 2010

Les deux font la perte.

Pour les impromptus littéraires de la semaine. A partir de cette image:



image

Regarde la petite paire de tennis blanche
Là, en bas, au pied du roc des falaises
Avec ses si longs lacets bleu fadaise,
La petite paire de tennis de dimanche…

Chut...

Avance-toi, pour les voir, il y en a deux,
Vois comme elles dansent avec l’écume,
Elles sont bien deux, comme nous... feu,
Comme la belle équipe que nous fûmes.

Dis, où sont les pieds qui étaient dedans ?
Ont-ils, à pic, coulé, dilués dans l’océan ?
Sont-ils dissous dans l'épais vert des algues,
Ou perdus dans les flous noirs des vagues?

Mais: chut!

Sont elles, blessées, au cœur ressemelé ?
Ou sont elles, seulement embarrassées,
De ce qui empêche, en rond, de tourner ?
Sont-elles au bord, de bientôt se noyer ?

Dire que nous nous sommes si tant aimés!
Dire qu’on ne cessait jamais de se céder!
Dire qu’il nous arrivera que l'on s'évite!
Où donc, tous ces élans, sont-ils en fuite ?

Comme elles ressemblent à celles offertes!
Nous avions alors dit: Les deux font la perte…
Nos cadeaux  sont-ils désormais en décharge,
Comme nos baisers d’amour: jetés au large…

Regarde, la petite paire de tennis blanche,
Là, perdue, esseulée, mon triste amour,
Elle est, comme pour nous, ce qui clanche:
Un malaise pesant sur des cœurs déjà lourds…

"Chuuut..."

24 septembre 2010

Une pincée de monde. 3.

SANS BLAGUE.
Un homme qui ne craint ni l'eau glacée ni le néoprène et qui parait tenace, amputé des bras et des jambes a traversé la Manche à la nage (rien que le titre, déjà…)
La belle affaire! Il ne souffre d'aucun genou, lui.

LU DANS LIBE.
Les problèmes des relations hommes femmes ne datent pas d’hier, ni même d’avant hier. D’après des sources sûres, quand Ève demandait à Adam: Est-ce que tu m’aimes? Adam répondait: Est-ce que j’ai le choix?

SOUS LE TAPIS.
J'ai appris avec surprise, la destination certaine d'une partie de mes impôts sur le revenu et de ceux de quelques uns de mes congénères. Que ce soit la poche d'un bateleur, chanteur, ex-ministre de la ville,  comédien, acteur, escroc, repreneur d'entreprises en faillite, skipper de luxe, truqueur de matches de football, bref un véritable homme d'affaires, comme on dit au tribunal, n'est pas fait pour transformer la surprise première en joie profonde.

DES VIS.
Si l'amour vibrant, sincère, sans doute, de ces jeunes gens joueurs de tennis qui ont qualifié leur pays pour la finale, pouvait les amener jusqu'à financer les hôpitaux, les crèches, les  courts du pays qu'ils aiment tant, dont ils chantent l'hymne, une larme au coin de l'œil coulant, en payant leurs impôts chez eux plutôt que de ne pas les payer ailleurs, l'enthousiasme à leur brillante victoire n'en serait que plus chaleureux et partagé.

CAPITALE.
On vient, en Virginie, États Unis d’Amérique, d’exécuter, une jeune femme accusée d’avoir conçu et commis un double meurtre. Elle est, elle était, aussi, reconnue déficiente mentale… Un exemple de la radicale percée, dans ce grand pays, de l’inégalité des malchances?

BOUM.
On aura tout entendu… Ils auront tout essayé, jusqu’à l’évocation, fort probable, quasi certaine, voire imminente, d’un attentat kamikaze sous la forme d’une femme voilée martyre, lors de rassemblements, par les autorités, avec insistance, la semaine précédent le jour de manifestation générale…

LOFTBALL.
Un footballeur de 33 ans en préretraite aux États Unis aurait acheté un appartement à New York de six cent mètres carrés, d’une valeur de plus de dix millions de dollars… DIX MILLIONS de dollars.
Et alors?  Et alors, rien, dit-il en serrant un peu les poings.

FOURCHE.
Une ex-ministre de la justice fait lors d'une interview un lapsuce détonnant, mais il n'y a pas porc d'homme! Qu'on lui foutre un peu la paix! Qu'on la lèche tranquille.

LA PLUS BELLE.
On ne bénit pas assez les jours de grève. Lors du programme musical d'un station en arrêt de travail, je suis tombé sur une version que je ne connaissais pas d'un titre de Sylvie Vartan. Si on m'avait dit qu'un jour j'aurais des larmes aux yeux en écoutant  du  Sylvie, j'aurais joué. J'aurais perdu. "La plus belle pour aller danser" par Chris Garneau...(Paroles et musique Aznavour Charles...).
Si vous ne pleurez pas, je vous offre une boite de mouchoirs jetables.

MORT.
Un gamin de seize ans, seize, a été tué d'un coup de couteau par cinq autres gamins. Mourir à seize ans, soit disant, en temps de paix, devant la grille de son Lycée…

Il y a des matins ou la pluie qui s’en mêle peut se confondre avec des larmes.


aout2010 052

20 septembre 2010

Bémol rouge…

Pour les Impromptus littéraires de la semaine... Le thème, insérer dans le texte: Il n'y a pas de bémol avec une jupe rouge."

"Ce type est complètement dingue!"
Ce sont les premiers mots qu’elle a balancé en même temps que ses clés dans le bol tibétain de chez Natures et Découvertes posé sur les étagères de l’entrée. Juste avant, elle avait ouvert la porte d’entrée, sans doute, avec un de ces béliers dont on se sert pour défoncer les vitrines des agences bancaires ou des bijouteries des quartiers chics. Je la connaissais un petit peu, je savais, à son arrivée tonitruante que j’en avais, pour ce soir, fini avec ma tranquillité.
J’ai gentiment attendu qu’elle balance ses chaussures sur le parquet, son sac grand comme un vache entière acheté à Milan le mois dernier n'a pas tardé à  prendre le même vol. Ensuite, délestée,  elle a filé droit au frigo de la cuisine, elle s'est servie  un vase d’eau gazeuse, qu’elle a vidé d'un trait. Là, je lui ai demandé, le plus calmement du monde :
"Bonsoir toi, de quel type parles-tu si posément, mon namour?"
Ma sérénité apparente lui a fait l’effet d’un coup de mistral sur un feu de pinède. Elle est remonté dans le rouge avec une légère variante :
"Il est complètement cintré ce gus!"
Heureusement, je savais qu’elle ne parlait pas de moi…
Bien sur, elle s’est foutu plein d’eau sur le chemisier. Boire et éructer, il faut choisir. Vous pensez bien que je n’ai rien dit. Je me suis tu. Dans les grandes longueurs.
"Ah Le con, mais l'infâme con!"
Ça ne s’adressait encore pas à moi, elle en avait toujours après ce type, là. Mais qu’avait-il pu bien lui faire ?
J’ai tenté de me servir de mes talents de dresseur de panthère, j'ai essayé de me rappeler du fameux  théorème de  Bouglione, j'ai risqué en tapotant de la main sur le dossier du canapé :  "Viens me voir, là, allez, viens me raconter ce qui t’a mis dans cette si haute colère."
Elle m’a fait son regard tazer de police municipale et après un très long silence m’a envoyé dans les gencives :
"C’que tu m’énerves à être calme quand je suis hors de moi. On dirait que tu le fais exprès... pour m’agacer davantage!"
Veinard que j’étais, je devenais témoin de l’invention de la mauvaise foi !
"Tu sais bien que non, allez viens me raconter. Ça ne peut te faire que du bien. Qu’on passe à autre chose, pour ce soir..."
"Pas la peine de faire ta voix de Robert, suis pas un  fichu canasson! Vous me hérissez le poil, les garçons ! D’abord cet immonde crétin, là, puis toi, vous vous êtes donnés le mot , ce soir ou quoi?"
"Ne me mêle pas à ça, j’ai dit, je n’y suis pour rien dans tes affaires avec l’autre et puis c’est quoi cette histoire ? Qui t’a dit quoi? Est-ce que je pourrais, au moins, savoir de quoi il retourne, pourquoi on se querelle ?"
En tremblant de rage, elle m’a dit : "Tu sais bien, le tordu du quatrième, ce rat des cages d'escaliers, ce bessoniste rampant à cheveux gras? Hé bien, je l’ai croisé sur le palier du premier à ma hauteur, en me regardant en coin, il a persiflé comme un serpent à sonnettes : il n’y a pas de bémol avec une jupe rouge… Il se mêle de quoi ce taré ? Tu veux me dire ? Est-ce que je m’occupe de ce qu’il porte, lui ? Un de ces quatre, je vais me le gifler celui là… Et puis ma jupe, elle n’est pas rouge, d'abord, elle est orangé, juste orangé… Et toi, ne t'avise surtout pas de le défendre ce tordu!"
Tout en continuant à rouspéter, elle a disparu dans la salle de bains et s’est fait couler un bain… Je l’entendais qui continuait à pester… Puis d’un coup, plus fortement elle s’est adressée à moi : Tu as préparé quoi à manger pour ce soir ? J’espère que tu as fait du poisson parce que je n’ai pas envie d’autre chose ! Ah! Évidemment, tu n'es pas allé à la blanchisserie, je t’en avais pourtant parlé ce matin et les places pour le théâtre tu ne les as prises, tu n'as pas eu le temps et la….
Je me suis gentiment laissé bercer par la petite musique tonique de sa voix saccadée qui n’en finissait plus de râler…
J’ai reposé ma tasse sur le verre de la table basse, je me suis enfoncé dans le moelleux du canapé et pendant que la baignoire se remplissait, j'ai appuyé sur la télécommande, le brillant violon de Gilles Apap s'est mis à jouer un brin plus fort... alors, j'ai pensé:

Dire que certains soirs, en rentrant, je trouve la maison si vide qu'il m'arrive de caresser le désir de... ne plus vivre seul…

Arbre  ciel menaçant 1

18 septembre 2010

Ah! Te voilà déjà, toi...

Ainsi donc, te voilà, déjà, revenant.
Tu sais nous nous étions assez bien habitués à ton absence, ce serait mentir que te clamer notre impatience à te revoir, à vivre à nouveau sous ton régime de despote, à supporter tes colères, tes diktats et tes emportements, à devoir faire avec tes journées grises et tes  pleurs de nuages. Pour tout dire, et le dire le plus franchement du monde, sans  prendre de détours, sans volutes inutiles, sans non plus vouloir t'offenser, nous t'avions bel et bien oublié.
Cela dit, il faut noter que tu ne nous reviens pas en fanfare, tu ne fais pas ton mariole, tu donnes plutôt  dans la discrétion, dans le retour feutré, tu ne balances pas de grands coups de pieds dans les portes, tu y insinues juste une main… La mémoire encore vive de tes anciennes casseroles? Pour voir? Pour te réhabituer? Pour te la refaire? Tu ne nous prends pas non plus à rebrousse peau, ainsi, tu nous gardes encore le plus clair du jour au chaud, ce n’est que le soir que tu ressors tes fraîcheurs, ce n’est que le soir, en attendant plus, que tu nous recouvres les épaules d’un châle ou d’une, comme nous disons, petite laine, tu nous réhabitues gentiment aux courants d’air, aux humidités, tu nous laisses encore prendre des verres en terrasse mais moins longtemps, il nous faut rentrer plus vite, puisque tu as sacrément raccourci les jours… Il est vrai qu'à cette affaire,  tu t'y est mis depuis quelques mois... En compensation, sans doute, tes lumières du soir ou du matin sont plus tranchantes, plus électriques, plus photogéniques... Nous devrions t'en remercier, je suppose?
Ce qui est assez remarquable c’est que tu te montres de partout… jusqu'au Ventoux, là-bas, dans le fond! Le voilà qu'il recommence à laisser paître des troupeaux de nuages gris sur les pierres du sommet… Voilà que certains matins, il cache le haut de son crâne dans le coton  sali. Autour, certains arbres de certains bois jaunissent quelques feuilles, de ci de là, comme un peintre commencerait à chercher ses couleurs, en loucedé, un qui n’y toucherait pas encore vraiment, mais qui s’y intéresserait comme ça, pour voir ce que ça pourrait donner… On s’en aperçoit, à condition de regarder d’un peu plus près ou bien d’avoir, au contraire une vue d’ensemble sur un paysage. Il a changé, en quelques nuits, guère, mais il a changé. Après avoir été coupés, les champs ont tous ou presque été labourés, préparés à de nouvelles semailles. La terre a repris le dessus, l'horizon s'est à nouveau dégagé. Pour les arbres, ça a commencé par les cerisiers, puis les platanes, puis les vignes, bientôt, dans plusieurs semaines tout ici aura été bousculé, on ne reconnaîtra plus rien. Les rouges étincelants auront débarqué, en attendant ce ne sont que de petits jaunes timides qui s’y collent comme les toutes premières couleurs d'une roséole…
Ah! Tu fais bien aussi tomber quelques feuilles de quelques arbres en profitant d’un coup de vent que tu as toi-même provoqué, mais pas une bourrasque, non, un souffle un peu plus fort que les autres pour te rendre compte, te donner une idée... Te le refaire, le souffle?

Tu sais, tu as beau t’amener avec ton chargement de fruits, maintenant, mûrs et colorés de  frais pommes, poires,  figues, olives,  amandes, noisettes,  noix, comme un explorateur colonial  se pointe avec la bimbeloterie pour amadouer les indigènes, tu as beau tenter de nous persuader que les vendanges sont des fêtes, nous ne sommes pas dupes…
Tu arrives, espèce d'automne... On te voit venir. On te sent poindre avec tes mines gercées, tes nez qui coulent et tes chairs de poules... Déjà, nous rentrons  la tête dans les épaules, nous marchons vaguement courbés, bien loin de  l'allure altière du plein été... Déjà, tu nous enlèves de notre superbe, déjà, il nous arrive de tenir notre col à une main, nous ajoutons des manches à nos chemises, nous nous protégeons les nuques, nous nous couvrons les jambes...
Déjà, nous sommes un peu moins fiers...

Peupliers Mazan

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