01 mars 2020

Ma partie de golf avec Guillaume C.


Il y a des paysages qui sont comme des amis. De vrais amis.
On n’a pas besoin de les voir en permanence pour se sentir bien en leur compagnie, on les reconnaît bien avant de les dévisager, on sait très vite qu’on y est, enfin. Ils s’adressent à nous, ils nous parlent, ils nous disent quelque chose qui résonne en nous. Ce ne sont pas forcément des mots. Pour moi, c’est le cas de l’auxois. J’aime ses horizons incertains, vallonnés, ses courbes toutes en douceurs, ses grands chênes isolés, ses champs bordés, ses bois touffus, ses villages posés, ses rivières serpentines, ses hauteurs dominantes, ses lacs qui réfléchissent les ciels, ses nuages rangées de passage. J’aime le calme qui y règne, le peu de monde qui y vit, l’absence d’artifice, la simplicité humble qui s’en dégage. Pas très loin de l’endroit où je vais souvent, il y a un golf qui ressemble à l’auxois parce qu’il en est une parcelle. Neuf trous, deux fois moins que la moyenne des parcours à la sortie d’un village dont le golf house d’accueil est une maison d’ici. Une bâtisse de pierres de la taille d’un corps de ferme. Tout ici est rustique, simple, franc, sans chichi. Les fair ways sont des champs d’herbe verte  à peine tondue, bordés de peupliers, les bunkers des tas de sable en creux, les greens sont rapiécés comme de vieilles redingotes, les balles s’y perdent dans des haies de ronces ou des flaques de boue. L’endroit n’est pas entretenu par une armée de jardiniers mais par un seul homme seul qui fait tout ce qu’il y a à faire lui même, le gros œuvre comme la petite tonte, du lever du jour à son coucher, du printemps à l’automne et de l’hiver à l’été. Faire un parcours c’est d’abord marcher en campagne, arpenter la région en somme.
Je ne m’étais pas vraiment « mis »au golf, oui on ne jouait pas au golf, on s’y mettait comme si c’était une entreprise, un chemin de vie, un sacerdoce, comme la méditation ou l’écriture tantrique, un truc réservé aux initiés, aux privilégiés, aux fidèles en quelque sorte. Je ne m’y étais pas mis tout à fait mais j’y jouais un peu, à l’occasion. Je prenais des cours parce que j’aimais apprendre avec quelqu’un qui sait et donc il m’arrivait d’y jouer. Si tout allait bien, j’étais capable de faire un parcours sans perdre trop de balle, sans faire trop de trous dans la moquette mais enfin ça dépendait des jours. Cela pouvait aussi bien être catastrophique. Pour tout dire, mon niveau à ce jeu était encore très inégal. Je pouvais frapper un joli coup et douze mauvais. Il m’arrivait, poussé par quelqu’un qui vivait dans le coin de fréquenter ce golf champêtre de l’auxois. Cette fois là, c’était en fin Octobre, nous étions en fin de journée et nous avions prévu neuf trous et plus si affinité. L’or commençait à descendre sur la plaine roussie, les feuilles volaient dans l’air bleu de cette fin d’après midi. Il y avait dans le soir une odeur de feu de feuilles mortes, la journée avait été lumineuse et ensoleillée. Nous sommes arrivés vers seize heures, il n’y avait pas un chat nulle part, il allait falloir accélérer pour finir le parcours avant la nuit. Avant notre départ, Paul le gérant, prof et accessoirement serveur du bar du club nous a dit : Je vous ai mis une personne qui va partir avec vous, il était seul et voulait faire neuf trous, j’ai pensé que ce serait bien de vous associer surtout à cette heure, vous lui donnerez des renseignements sur le parcours.
Mal pensé, j’ai pensé. Je n’avais pas du tout envie de partager ce moment avec quelqu’un d’autre que mon amie. Et puis je savais qu’elle ne me jugeait pas sur mon swing vaguement ridicule.
Comme je ne me sentais pas en confiance avec mes coups, je n’aimais pas partager mes escalopes. C’est contrarié que j’ai vu arriver le type. Un jeune gars, enfin jeune par rapport à nous. Je l’ai reconnu de suite. Que foutait-il dans le coin, je me suis demandé, je ne savais pas qu’il y avait une maison, je ne l’avais lu dans aucun journal qu'il pratiquait ce sport. Je le voyais plutôt monter à cheval sur les plages du Cap Ferret ce gars là. Il s’est présenté : Je m’appelle Guillaume. Oui on sait, on s'est dit en souriant. J’étais un peu embêté, je n’avais pas vraiment aimé ses trois derniers films, ils sont rares les films de bande où on n'a pas envie de faire partie de la bande et j’allais passer au moins deux heures en sa présence.
Les poignées de main serrées, les prénoms échangés, nous sommes partis pour le coeur vibrant de l'automne en tirant nos sacs à roulettes vers le départ du un…
Deux heures plus tard alors que la nuit tombait, que le frais reprenait possession de  l'endroit, que des fumées de feuilles montaient dans le bleu qui virait au sombre, nos verres de bière vides,  nous nous sommes dit au-revoir.
Nous nous en étions bien sortis, nous n'avions jamais parlé cinéma.

Et voilà, c'était vécu, nous avions fait une partie de golf avec Guillaume C.



2 commentaires:

Tilia a dit…

Admiration !
Perso je ne me vois pas swinguer avec des dorsales mal en point (à la ligne ;-)) et en plus avec un jeunot !

chri a dit…

@ TiliaPeut être que moi non plus, dans le fond!

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