27 juillet 2009

Un joli raccourci.

Nous avions décidé de nous y offrir une soirée et une nuit mémorables.

C'était une crique en U, comme elles l'étaient toutes par ici. Bien abritée, protégée des vents dominants, comme dessinée au crayon par un paysagiste de génie, bref, un rêve de crique...

Elle n'était accessible qu'en bateau ou bien par un sentier tortueux qui descendait de la route et qui traversait le maquis en contorsions alambiquées. Comme nous n'avions pas de bateau, il ne nous restait que peu de solutions, mais n'en avoir qu'une évite le choix. Et, ça peut aider dans une décision à prendre. Nous nous étions chargés de tout le nécessaire pour que ce soit le moins inconfortable possible.

Nous n'avions pas regardé la météo, nous nous en foutions un peu. Et si jamais, il venait à pleuvoir, ici, en cette saison, ce serait un miracle tant tout était sec dans le coin. Même les pierres avaient soif. A la vue du ciel, tout s'annonçait pour le mieux. L'ambiance était à la robinsonnade enfantine. Nous allions dormir dehors, sur une plage, comme seule cette île et quelques milliers d'autres peuvent en proposer. Une eau limpide, transparente... un cauchemar de narcisse. Un sable doux, fin... le rêve absolu des dos malmenés. Au menu du soir ce serait grillades et blanc frais et fruits, enfin de quoi voir la nuit venir un peu apaisé et étoiles filantes. Il nous a fallu une belle heure de marche, en descente douce, plongés dans les parfums des cistes, de la myrte, des lentisques et des arbousiers, griffés aux mollets par les ronces, mais des griffures qui valaient le coup, pour une fois. Arrivés en bas, nous avons installé le campement comme des princes définitifs.

La nuit était déjà là. Nous allions nous offrir des souvenirs inachetables.

Avant d'allumer le feu, nous nous sommes trempés dans le vert de l'eau, puis nous avons mangé et bu. La nuit, maintenant était noire comme une encre de poulpe. L'un de nous a proposé encore un bain. Il n'était que dix heures du soir, nous avions deux heures d'avance mais nous nous en foutions. Nous nous sommes déshabillés et nous avons plongé et éclaboussé la plage de nos rires.

Le ciel s'était illuminé d'étoiles. En revenant du bain, sur la plage silencieuse, nous avons levé les têtes vers la coupole de diamants. C'est Paul, les pieds souillés, qui nous a fait remarquer que, sur la toute merveilleuse langue de sable phosphorescent, des vaches, aussi, venaient se vautrer… Le rosé l'avait rendu grandiloquent. Il déclama comme un shakespearien déjanté:

___ Alors, nous voilà, nus, humbles, humides, dans l'obscure clarté, la tête dans les étoiles et... les pieds dans la merde...

Un assez joli raccourci de la vie, au fond.

___ La vache, j’en ai partout entre les phalanges! C'est dégueulasse!

Nous autres, en chœur:

___ Paul chéri, tu te fais du mal! Viens donc finir ton verre...

Porquerolles 057 (Medium)

25 juillet 2009

Nous deux…

Il s’est mis à crier, d’un coup:
___Han, ça y est, j’ai compris, c'est une fuite !
___ Dis, nous deux c’est comment ?
___Quoi? Mais qu’est ce que tu me dis ? Est-ce que j'ai entendu ce que j'ai entendu? Tu choisis juste ce moment pour me poser cette question? Mais qui es-tu? De quel monde viens-tu?
Lui, à genoux sur le carrelage, baignant dans une flaque d’eau, la tête sortie de dessous le lavabo de la salle de bains, une pince multiple, comme un sceptre égyptien, à la main. Elle, assise sur le rebord de la baignoire, se rougissant les ongles:
___ Je te demande : Nous deux c’est comment ? Tu vois ce que je veux dire?
___Mon namour, tu as le chic de poser les bonnes questions au meilleur moment… Pour l'instant, nous deux, c’est juste cette putain de fuite que j’essaie de réparer…
___ Mais on s’en fout de ça, c'est de l’eau qui coule, ça sèche ! Nous deux, c’est comment ? Y mettant du poids: C’est important que tu me dises, maintenant.
___ Heu... j’sais pas… Comme… Comme... le joint et la rondelle?
___ C'est malin! Tu pourrais te fendre un peu et chercher autre chose? Non?
___Excuse-moi mais pour l'instant c'est une fuite que je cherche! Et toi qui fais ta maline tu dirais quoi ?
___ Hé bien, en te creusant un peu tu aurais pu me dire :
La montre et le poignet, le un et le deux, l’aile et la cuisse, le poulet et le képi, la rose et le réséda, Claude et Edith, le canard et l'orange, Taman et Rasset, Amélie et mélo, la plume et le sergent major, la Seine et Paris, la poire et le fromage, la cellule et le noyau, le vide et le grenier, la paille et le grain…
___Han han! La vache! C’que ça coule… Le tuyau doit être percé, ma parole!
___... Le bateau et le Somport, Vendredi et les limbes, la rue et le caniveau, l’être et le néant, Titus et Bérénice, l’esbrouffe et Nicolas, l’esprit et l’escalier, l’acide et la base, la mousse et le chocolat, la tristesse et le dimanche soir, Isidore et Ducasse… Tu en veux d’autres ou je m’arrête là ?
___ Passe-moi la serpillière, tu veux? Continue, continue moi, je colmate... Dis tu tiens une forme éblouissante, toi! C'est ma mousse qui te fait cet effet là? Attention, tu vas en manger toutes les semaines...
___ Tu es trop bête… Tiens, c'est cadeau: Le marteau et l’enclume, l’eau et le gaz, John et Fitzgerald, le bruit et l’odeur, Aix et le calisson, Le mensonge et Pasqua, la bêtise et la certitude, le festin et Babette...
Lui, ahanant:
___ Ça commence à devenir pénible, tu sais?
___... Le pouvoir et la solitude, l'omble et le chevalier, la foi et l’espérance, la colère et l’aveuglement, l’ivresse et le flacon, la faune et la flore, les rayures et le zèbre, Tarass et Boulba, l’eau et la vie, l’avenir et le connu, le dalaï et lama, Rémi et molette…
___ Ah merde! J’ai de la flotte sale plein les oreilles…
___...L’amour et la durée, la flamme et le pompier, la mer et Charles Trenet, Tanguy et Laverdure, Emma et Charles, la voile et le vent, l’Amoco et Cadiz, la pomme et les pépins, la lune et la nuit, le veuf et la poule, la musique et l’émotion, la patate et l’épluchoir, l'aube et le départ, la discorde et l’argent, Aline et j’ai crié...
___Tu saoules un peu, là...
Elle, enchaînant:
___... La pierre et le loup, la tendresse et le câlin, l’humour et Desproges, Alchor et Mizar, l’Italie et les pâtes, la rose et Led Zeppelin, le calice et la lie, la politique et le mensonge, Lisa et Bricot, la puce et le chien, la suffisance et le crétin, la femme et la parole, l'homme et le mutisme... Joe et les plombiers… la sortie et l'auberge, la belle et le clochard…
___ Heu... qui serait le clochard ? Je vais être amusé de l'apprendre, je sens...
Puis, se relevant et se tournant vers elle, il lui dit avec un regard admiratif :
___Alors là, tu m’en a vraiment bouché un coin!
Elle, en souriant :
___ C’est pas mal pour ce que tu es en train de faire, non ?
___ Passe-moi la clé de douze, steuplait.
___Tu sais parler aux femmes, toi, ça, on ne peut pas dire le contraire…

Les lavabos

24 juillet 2009

Piscine de papier.

Il avait fait très chaud.

Dans l'après midi, j'étais allé à la piscine. Je n'y étais pas allé pour l'eau, j'avais horreur de celle des piscines, l'impression de me tremper dans un bocal d'antiseptique ou une boite de conserve, toujours peur de me couper les doigts quand je m'agrippe aux bords. J'irais plus volontiers le jour où on se décidera à remplacer l'eau par du dakin. J'y allais pour lire et pour le monde. J'aime aller lire seul dans un endroit surpeuplé. En général personne ne m'y parle et comme ça je ne suis pas obligé de répondre. Ça n'a l'air de presque rien mais peu d'univers résistent à ce bazar ambiant, et peu de livres, aussi. Ce qui est un bon critère. Si le silence dans lequel vous êtes plongé en impose au bruit qui entoure, les pages que vous avez sous les yeux risquent de vous rester longtemps dans un coin de l'âme. On peut préférer l'autobus ou le métro. Le bouquin qui vous fait manquer l'arrêt... Comme j'avais laissé les deux loin derrière moi, il ne me restait plus que la piscine. Pour ce qui était du bruit, merci, il y avait la dose. L'eau fait crier les enfants. Une chose à savoir avant de songer à en creuser une dans son jardin. Il y avait autant de corps sur l'eau que dessous. Et toutes ces chairs s'aspergeaient de hurlements joyeux, d'appels tonitruants, des vagues de décibels. Pour nager, j'attendrais Les Premières Glaces, je me suis dit finement. Pourtant, à un moment, un nuage s'est offert un point fixe pile au zénith du rectangle bleu. La température est tombée très vite de quelques crans. La plupart des corps sont sortis en tremblotant et en emmitouflant le bruit dans leurs serviettes humides.

J'en ai profité pour plonger.

C'était si bon que j'ai failli imploser de bonheur quand j'ai senti de chaque côté, les bulles d'air me caresser les joues. J'aurais aimé prolonger ça davantage mais ça n'a duré que trois litres et demi d'oxygène, le tabac m'empêchait d'en inspirer plus. Il faudra bien que j'arrête un jour, j'ai pensé. Quand j'ai émergé, il y avait au-dessus de ma tête le visage d'une petite fille que je n'avais jamais vue. Elle m'a regardé un long moment reprendre mon souffle puis elle m'a demandé comment je trouvais son maillot. Deux minuscules couettes humides trébuchaient de ses oreilles et son sourire avait le goût du halva. Elle m'a expliqué que c'était un UNE pièce son maillot, qu'il était tout neuf de ce matin et qu'elle habitait pas loin. Elle m'a dit qu'elle savait plonger en tête. Elle m'a montré comment et elle a voulu qu'on fasse la course. Je lui ai répondu que je ne savais nager que sous l'eau.

__ Dessus, je ne suis pas très fort, je coule.

__ Ça fait rien, on va jusqu’à l'autre bord et le premier arrivé attend l'autre. Encore une qui est du genre à qui on ne résiste pas...

__Ok, j'ai dit et j'ai sombré dans le bleu...

Arrivé sur l'autre rive, je me suis tourné vers elle pour la regarder. Elle riait en nageant, en riant elle buvait à pleines gorgées et s'étouffait, suffoquait, hoquetait comme une sole asthmatique. Enfin, d'une main elle a attrapé le bord et m'a saisi un bras en reprenant de l'air à pleins poumons. Alors, on a ri comme deux tordus, elle et moi. Ca faisait au moins vingt ans qu'on se connaissait. Elle a voulu savoir si j'étais chatouilleux.

__ Plaisante pas avec ça, j'ai dit, je suis cardiaque.

Elle s'est éloignée d'un bon mètre pour m'examiner et elle a du se dire qu'à mon âge ça devait être vrai. Elle ne m'a pas chatouillé.

__ Bon on renage?

__Non, non, regarde j'ai la chair de poule.

__ Moi pas, on renage?

__ Non, je t'assure, je suis gelé, on remettra ça tout à l'heure, si tu veux bien.

J'ai bien vu qu'elle était déçue. Elle a fait demi-tour pour aller rejoindre ses copines qui devaient lui sembler plus drôles que moi. Et moins vieilles. Je suis sorti de l'eau, je me suis séché et j'ai replongé mais dans mon livre cette fois. Il y a comme ça des instants bénis. Dehors, il faisait vingt sept degrés deux et c'était bientôt le soir. Après vingt pages, peut-être trente, j'ai levé la tête. La piscine s'était vidée de tout son monde sans que je m'en aperçoive, c'est dire. C'est dire s'il écrivait bien... La voilà, la force des mots, s'il fallait la prouver: faire oublier le froid, le bruit, le jeu, les vacarmes du monde, même et surtout si ces mots les décrivaient. Ils n'étaient pas nombreux à jouer dans cette catégorie, ils n'étaient pas légion à pouvoir se vanter de ça. Dans tout ce bleu, j'en avais croisé un de cette trempe cette après midi là.

Pas près de le lâcher, celui là...

La coupe de champagne

23 juillet 2009

Entorses de proverbes.

Il y a beaucoup de pétole entre deux ris.
Il faut battre le fier tant qu’il est chauve
Un indien vaut mieux que Dieu, Tulle l’aura.
Tant va la ruche ado qu’à la fin elle se lasse.
Pliera bien, qui pliera le dernier.
Il ne faut pas tendre l’appeau de Lourdes avant de l’avoir hué.
Le chien boit le quart de havane se tasse.
Qui sème le Vian récolte la trompette.
A bon choix, bon doigt.
A bon crachat, bon rachat.
Tant va la bûche haro qu’à la fin elle s’embrase.
On ne nage pas contre le courant, on s’en sert.
A trop retenir ses larmes, on se noie.
Qui mène me nuise.
Ce n’est pas aux vieux linges qu’on apprend à faire la limace.
On ne parle pas avec une brouette, on la pousse.
Le monde à part, tient à ceux qui s’élèvent haut.
Qui vole un neuf, viole un dix.
Tant va l’autruche à l’eau qu’à la fin elle s’entasse.
Ce qui ne te troue pas te rectifie.
Qui aime Le Havre aime aussi la Manche.
La critique est Thésée mais l’arrêt difficile.
Le corps a ses saisons que l’oraison ne connait pas.

Ce qu’il ne faut pas faire pour se désennuyer, un peu!

Porte peinte

20 juillet 2009

Le monde s'en fiche...

Et il a bien raison.

Le 9 Aout j'ai une place pour aller écouter Térez Montcalm à Gordes dans le cadre des soirées d'été... Gordes, vous en avez entendu parler déjà? Gordes... Oui, ce Gordes là.

Térez Montcalm, mais si, c'est celle que vous entendez chanter au début, quand vous venez ici... Une canadienne qui n'est pas ma tante (hum...) et qui n'est pas non plus une de ces jeunes femmes "hurleuses", sans doute à cause des espaces immenses du Grand Canada... qu'ils savent nous envoyer...

En vrai, le répétez pas, Térez c'est pour faire genre, elle s'appelle Thérèse...
Mais sa voix, sa voix... Ecoutez son Sweet dreams, une reprise d'un titre d'Annie Lennox...

www.myspace.com/montcalmterez

Enfin bref, vous vous en moquez complètement et je vous comprends, mais moi, j'ai une place pour le 9 Aout à Gordes et je suis assez content en perspective de cette belle soirée... Et il n'y en a pas tant comme chantait l'autre...

Et le 11 ce sera Michel Jonasz... Deux belles soirées de suite? Ça va se payer!



18 juillet 2009

Petite liste de courses...

Je suis parti au grand marché du dimanche matin avec une petite liste de courses ou une liste de petites courses sur laquelle j'avais noté:
Un petit stylo en acier pour écrire d’inoxydables mots d’amour avec.
Un bouquet de fleurs des champs pour une histoire sans vase.
Un bol de riz cuit pour éviter d'être trop cru.
Huit ou neuf enthousiasmes, que le cœur, dissous, s'emballe.
Une topette de vin blanc pour la soif.
Une trinquette, une balancine et un pataras parce qu'à les prononcer on est déjà loin de l'enrade.
Un fromage à pâte molle contre les coups durs.
Une verte salade pour la couleur.
Un bol de Saint Tol pour les douleurs.
Des sachets de dix doux mots d'amour en kit pour les jours de crachin.
Un trente huit juillet pour prolonger l'été d'une semaine.
Une ou cinq poignées d'éclats de rire pour meubler joliment le silence d'une maison vide.
Un cœur en guenilles pour lui tailler un costume et l'habiller pour l'hiver.
Un sourire tous temps pour les jours sans.
Une crique sous-le-vent, comme le creux d'une main, pour un mouillage paisible.
Une boite de mouchoirs sèche larmes pour les jours sang.
Une indignation ou une colère pour ne pas perdre la main.
Un collier de douceur pour entourer sa nuque avec.
Une solitude pour qu'elle le soit moins.
Une poignée de main, juste pour la serrer.
Une verre à côté d'un autre pour qu'ils trinquent.
Dix centimètres carrés de ta peau pour pouvoir y déposer quelques uns de mes baisers.
Un oui vigoureux et fleuri plié en trois dans un sachet de pétales de roses séchés. (En cas de demande en mariage inopinée).
Une peine légère pour qu’elle soit délicatement consolée.
Deux pincées de sel de Guérande pour se les jeter derrière les épaules.
Une paire de mains baladeuses pour égayer de possibles promenades à deux.
Un kilogramme de sable blanc pour avoir toujours sa plage sur soi. (Cinq cent grammes dans chaque poche...).
Un livre qui tombe des mains, qu’il n’empêche pas de regarder le monde et les gens.
Un chagrin latent pour que le bonheur ne soit pas trop envahissant.
Des restes de ton amour, même soldé, même bradé, même au rabais.
Un paysage ouvert, large, généreux et habité pour l'humide des cils et le repos des yeux.
Une source, une fontaine, une eau qui s'écoule pour nettoyer les oreilles des trop attristantes rumeurs du monde.
Tout ce qui n’est pas encore sur cette liste et qui pourrait apaiser les vingt prochaines minutes... ou mieux, les vingt prochaines années...


Bouquet église Lucenay
Ne pas oublier:
Un soupir de rechange pour... après le dernier...

17 juillet 2009

Message très personnel…

S'il vous plait Carole B. arrêtez!

Votre insistance comme à être pesante, elle vire au harcèlement, mais que ce soit bien clair:

Je ne viendrai pas cet été, comme les années passées, à Pantelleria...
Hé oui, Carole, l'amour est comme une porcelaine de moutons de Limoges qui s'entassent sous le tapis gris du canapé de la vie...
Il ne rime ni avec chaise, ni avec médicament et encore moins avec bidon d'huile...
Il est inconstant, incertain, volatile, fragile... Bref, tout ce qu'on déteste.
Alors cet été, pour moi, ce sera la Bretagne Sud: Port Manech, ses tartinades de carpaccio de varech, ses poulpes, ses soleils, ses crachins, ses cirés jaunes, ses pulls en coton à rayures, ses robes armorlux, ses hobbie cat 16, ses tongs en shetland et ses bonnets marins en poils de Tabarly, puis le Vaucluse, ses chaleurs torrides, ses festivals, ses baignades gelées au Partage et ses cigales agaçantes, et, pour finir, le Québec d'avant les grands rouges, ses lacs d’avant les grandes neiges, ses maringouins, ses bières d’avant les grands matches de hockey et ses mariages pieds nus...


Pantelleria, c'est fini...

Bouquet  droses

04 juillet 2009

A toi.

Quoique je fasse où que je sois,

Qui que je croise, quoi que je vois,

Une cheville aperçue

Une ombre dans la rue,

Le sourire d’un enfant,

Le lent d'un pas lent,

Une robe de fille,

Une pierre qui brille,

Une perle sur un cou,

Je me souviens de tout.

Un baiser entre eux deux

Les flammes des feux

Ces mains là qui se croisent

Leurs sourires qui pavoisent

L’arrondi d’une épaule

Des doigts qui se frôlent

L'odeur d’herbe coupée

Je n’arrive à rien oublier.

Un bain dans l’eau verte

Une parole experte

Un soupir expiré

Une date périmée

Une marche en campagne

Le tombé de son pagne

Le souriant d’une réplique

Du savoir qui s’explique

La longueur d’une jambe

Une phrase qui flambe

La force d’un je veux

Ta coupe de cheveux

Un prénom sur le marbre

L’écorce d’un arbre

La chaleur d’un été

Ton parfum entêté

Le bronze d’une peau

Une colline par là-haut

Une bride de chaussure

Le dessin d’une écriture

Un début de soirée

Une gorgée avalée

La naissance d’un sein

L’étiquette d’un vin

Le titre d'un livre

Se sentir un peu ivre

L’espérance d’un quand

Le regret d’un pourtant

La promesse d’un mais

Le tranchant d’un jamais

Ce que je vois, ce que j’entends

Ce que je sais, ce que je sens,

Ce que je lis, ce que j’apprends

Ce que j’espère et j'entreprends

Sans que je sache, pourtant

Le pourquoi du comment

Tout me ramène là-bas,

Où que j’aille, où que tu sois

Tout, tout me ramène… à toi…


Rte de la Collégiale

03 juillet 2009

J’ai souri.

Hier, la journée a été joliment généreuse, puisque j'ai souri...

Quand je suis allé acheter mon journal favori, mais énervant, le vendeur en lisant le titre (Lula, mon plan pour la planète) a lancé: Ferait mieux de s'occuper des bidonvilles de son pays au lieu de s'occuper de la planète... Derrière moi, une toute petite très vieille voix a juste répondu, dans sa barbe, avec un accent inimitable: Encore un qui ne lit pas Deleuze... Je me suis retourné vers elle, elle m'a alors dit: On ne peut pas vendre les journaux et les lire, il faut choisir, tout est une question de choix... Je rencontrai une panseuse, là, ce matin, là, à cet endroit là, à cette heure là. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça débarbouille !

Quand j'ai croisé sur ma route un gigantesque car bondé de touristes du troisième âge, anglais. Le car, noir laqué, flambant neuf, était barré en lettres rouges du nom du voyagiste: Fuckers Travel...

Quand j'ai vu la toute belle Avignon se maquiller pour se préparer à la fête avec toutes ces affiches l'annonçant. La vie, le talent, l'émotion, le partage, l'intelligence allaient entrer en ville.

Quand j'ai vu cet homme, en short, sur les bords du Rhône avec une jambe artificielle qu'il ne cachait pas. Il était tiré par un très vieux chien qui n'avait que trois pattes. Ils faisaient une belle paire, ces deux là.

Quand j'ai appelé Ninon pour avoir de ses nouvelles qui de sa petite voix m'a répondu: "Je vais bien, la greffe de mœlle s'est bien passée, il me tarde de rentrer chez moi, je me languis de ma maison. Je vais passer un bel été". Passe un bel été, ma belle... On peut voir un sourire au téléphone.

Quand j'ai vu sur la plage cette petite fille se débattre avec une serviette plus grande qu'elle. Elle imitait sa mère et souhaitait se débarrasser du sable, mais le vent ne voulait pas qu'elle soit pliée cette serviette: "Arrête, le vent, arrête..." elle lui disait. Une petite fille, c'est bien connu, ça ordonne au vent.

Quand j'ai vu cet oiseau prédateur marquer l'arrêt au-dessus de sa cible puis plonger au tout bord de la plage. Le temps qu'il a mis à sortir de l'eau, puis le vol étrange qui a suivi. Visiblement, il avait mal calculé la quantité d'eau...

Quand j'ai vu ces trois mamies, architectes, maçonnes bâtisseuses, venir sur le sable humide du bord de l'eau, des couteaux, des truelles, des langues de chat en mains. Deux heures plus tard, une Babylone à trois pyramides était bâtie, là, au bord de l'eau. Une Babylone avec des escaliers, des statues, des jardins d'algues, des terrasses de coquillages. Une Babylone éphémère. Puis, leur oeuvre accomplie, elles sont reparties sans se retourner, sans même se baigner.

Quand j'ai vu ce petit garçon manquer d'être emporté par son cerf-volant poussé par un mistral à décoiffer les pajots. Son sourire à lui quand il a tout lâché.

Quand j'ai lu cet article de Marcel Rufo et cette phrase: "Guérir ce n'est pas toujours facile. Etre malade est parfois bien plus confortable", j'ai repensé à Manon, une jeune fille qui nous avait donné plein d'inquiétudes sombres, que j'avais vu la veille et qui m'avait annoncé sa grossesse... La vie l'avait enfin choisie.

Quand j'ai lu ces phrases, allongé comme une méduse molle:"On a l'impression qu'au fond les hommes ne savent pas très exactement ce qu'ils font. Ils bâtissent avec des pierres et ils ne voient pas que chacun de leurs gestes pour poser la pierre dans le mortier est accompagné d'une ombre de geste qui pose une ombre de pierre dans une ombre de mortier. Et c'est la bâtisse d'ombre qui compte". J'ai souri, encore en repensant au titre du livre: Que ma joie demeure.

Quand j'ai vu les manœuvres de cette petite fille pour obtenir de son père qu'il lui achète une glace. Un refus, net, absolu, catégorique, définitif... Ses arguments, ceux dont on se sert toujours: ce n'est pas l'heure, tu ne vas plus rien manger après, elles ne sont pas bonnes ici, ce n'est même pas un marchand de glace... Leurs deux sourires avec leurs cornets à trois boules en mains dix minutes plus tard.

Quand j'ai vu dans la glace de ce magasin de Camargue, l'allure absolument ridicule que me faisaient ces santiags à bouts pointus que j'avais essayé pour voir. J'ai vu.

Quand j'ai aperçu en vitrine cette serviette sur laquelle était imprimée la gueule grimaçante d'un pitbull. On vendait ça? On pouvait avoir envie de s'allonger sur ça? Sans avoir peur de se faire mordre les fesses?

Quand le tout jeune serveur du restaurant, hésitant m'a proposé, au moment du plateau de fromage: "Là, un petit crottin de cheval"...

Quand, alors que le soleil baissait, j’ai posé mes lèvres sur le rebord de ce verre ballon rempli d’un liquide frais, clair et quand il est passé dans ma bouche que je l’ai arrêté, là pour y goûter. J’en ai souri des yeux…

Quand je me suis couché et que j'ai revu tous ces sourires accumulés qu'une seule journée m'avait offert...


Plage Hossegor

Publications les plus consultées