18 décembre 2014

Vu comme ça...

Encore une fois, je montre un texte que je n'ai pas écrit. Normalement, vous devriez le reconnaître mais je trouve que présenté ainsi, il prend une autre dimension.


Des villas, des mimosas au fond de la baie de Somme. La famille sur les transats, les pommiers les pommes, je regardais la mer qui brille dans l'été parfait, dans l'eau se baignaient des jeunes filles qui m'attiraient. Les promenades le long des dunes, en voiture, pendant qu'elles regardaient en haut la lune pure, je mettais dans mes mains leurs doigts et j'étais le roi comme dans les chansons d'amour d'autrefois. Tous ces petits moments magiques de notre existence, qu'on met dans des sacs plastiques et puis qu'on balance, tous ce gaspi de nos coeurs qui battent, tous ces morceaux de nous qui partent, il y en avait plein le réservoir, au départ. On avance, on avance, on avance, on n'a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens, on avance, tu vois pas tout ce qu'on dépense, il faut qu'on avance.
Le soir avec les petits frères, on parlait, on voulait le monde refaire, on chantait. Ces musiques et ces mots tendres comme ils datent.
Ces lettre d'amour attendent dans quelles boites?


16 décembre 2014

Le chemin vert.


Le chemin vert. 

Une oeuvre de Roger Dautais du magnifique blog:

 Le chemin des grands jardins qui m'est dédicacée. 

Oui, oui, je me la pète un peu, comme on dit.

Il y a de quoi, mes amis,



Et si vous ne ressentez rien de particulier  à L'adieu aux siens, 

c'est que vous avez, sans doute, un coeur de granit...

Les oeuvres de Roger Dautais sont 

une juste et bonne réponse à toutes les horreurs du monde.

14 décembre 2014

Sa main.

Lui, menaçant:
Ma main! Dis, ma main, petit morveux, tu la veux, ma main?
J’avais pas vraiment envie de répondre à cette question, je ne voulais pas lui faire plaisir, voilà tout. Et y répondre c’était lui offrir ce plaisir dégueulasse. Par dessus tout, j'étais perdant d'avance, comme d'habitude, comme toujours. Soit je disais non et il était conforté, alors, j’y avais droit. Soit j’envoyais oui et je me la prenais. En plein. Aller ET aller. J’ai choisi de me taire. Evidemment, il n’a pas aimé mon silence. Il y a entendu du mépris. Bien sur que j’en avais mis mais je l’avais caché putain bien! Il l’a débusqué ce teigneux et sblam, sblam deux beignes. Du même geste. Le tarif minimum. Aucune autre n’a suivi, pour cette fois. Parce qu’il avait frappé trop fort sur la deuxième? Qu'il s'en était rendu compte? Qu'il s'était fait un peu  peur? Non, non, c’était comme les autres, mais après le retour, d'un coup, il s’était reculé. Une preuve qu’il n’était pas encore tout à fait entré en colère. Il ne fallait pas qu’il y arrive. Ne pas pleurer, surtout, ça c’est ce qui le fâchait direct, ne pas pleurer. Je savais par habitude de quoi il était capable quand il atteignait cette marche là, celle de la rogne. Il s’emportait et c’était plus fort que lui qui était déjà costaud.
Et voilà, on risquait ça souvent. Ce qui s’était annoncé comme une gentille après-midi tranquille, entre nous, on ne peut guère faire plus peinard, allait se transformer, comme souvent en tornade tumultueuse. Les éléments, enfin ses deux bras, allaient se déchaîner. Eviter ça, le faire redescendre. Je me suis approché de lui et je lui ai pris une main, une des deux, celle qui pendait, celle qui n’avait pas encore frappé. Et je l’ai serrée. Il a bien essayé de l’enlever, mais il n’a pas pu. Je la tenais trop fermement. Alors, j’ai pu m’approcher de lui comme un des frères Bouglione, celui des lions. Il s’est tourné vite fait mais j’ai vu une larme couler d’un de ses yeux. Je l’ai vue.
On y retourne? J’ai dit, mine de rien.
Il a grogné un truc que j’ai pas très compris mais ça voulait dire: Brandon, on rentre, t'as des trucs à faire pour ces cons de l'école...
J’ai fait : Oui, on rentre, d’accord. J’ai un peu froid. Je savais qu'il avait soif à nouveau, mais j'ai pas voulu lui parler de ça. Pas maintenant.
Ce que je me demandais en roulant c’est s’il avait vu que je l’avais vue, sa larme. Je préférais que non. C’est pour ça que j’ai été si vite d’accord pour rentrer. Ne pas le fâcher. Faire que l’armistice dure un peu. Toute la soirée? Ne pas non plus exagérer. Sans qu’on sache vraiment d’où, ça revient vite la colère chez ces gens là et lui, je le connaissais depuis douze ans. Faut dire, à sa décharge que je ne suis pas facile, que j'en fais des conneries, mais onze ans de gifles sur douze, ça commence à faire un bail quand va fêter les treize.
Je suis remonté sur mon biclou et j’ai foncé devant lui, je lui ai ouvert la voie.
En pédalant comme un forcené, une rage dans chaque mollet, en serrant les dents, je me disais: Bien sûr, qu’il m’aime, mon père! Bien sûr ! À sa façon, mais il m’aime, je le sais, j’en mettrai...

Sa putain de grosse main au feu.



12 décembre 2014

Deux minutes pour vous.

Une fois n'est pas coutume, je vous propose de lire un texte que je n'ai pas écrit mais que j'ai aimé. L'image et la sculpture qui l'illustrent sont également signés La fille du Fleuve.

Deux minutes pour vous.

Le nez sur le parquet.

Après la barre, Elle nous laisse toujours "deux minutes pour vous". C'est l'espace qui sépare le temps des échauffements à la barre, les fondamentaux, et celui des variations et des adages. 
Deux minutes pour nous.
Certaines font des écarts, d'autres ouvrent leurs jambes contre le mur, le poids des membres inférieurs ainsi relevés fait le job : les écarts se creusent, c'est ce que l'on cherche. ça fait un peu mal, mais pas trop. ça travaille tout seul, on peut discuter pendant ce temps-là : ça gêne pas.
Ce soir, j'avais plus rien. Je savais en y allant que je serais mauvaise. Ce que j'avais découvert vendredi dernier,  la colonne d'air pour y chercher l'équilibre, celle-là même que j'avais placée partout ensuite, dans les tours arabesques, les relevés, les fondus avec ouverture à la seconde sur demi-pointes, tout ce qui m'avait tenue il y a trois jours ferait défaut ce soir.
Ce soir j'avais plus rien : mauvaise.
Je pensais à eux en y allant, j'ai essayé de pas, mais rien à faire.
Une fois là, j'ai laissé dégouliner les «  pencher en avant » : presque mieux que d'habitude, parce pas retenus, le dos qui déroule jusqu'en bas, le sol, le plongeon, la bride lâchée enfin.
Les équilibres, même pas en rêve. Quand j'ai laissé la barre, je l'ai reprise aussitôt, puis lâchée à nouveau, puis reprise aussi vite. Rien de rien, ça se confirmait : mauvaise.
Bien sûr que j'ai perdu mes axes, que j'ai accroché du regard le placement de la fille de l'autre côté de la barre, que j'ai triché dans le miroir pour copier.
Mauvaise : en effet.
"Deux minutes pour vous".
Étalée dans le sol, je plonge entre mes jambes, ça va plus loin parce rien ne résiste ce soir, même la petite douleur ne fait pas obstacle : je l'habite comme une amie, elle me console, les jambes en dehors-en dedans, en dehors-en dedans, je descends, je m'affale le dos voûté comme une condamnée au milieu de mes jambes jamais assez ouvertes. Je pose les coudes, j'en ai tellement assez de tout le reste, en dehors en dedans, je descends encore et j'allonge mes bras.
Mon nez s'approche du parquet.
Et là, je vois son nom. Bastien G.
Je vois son nom sur le parquet. J'entends la sonorité, je vois sa tête blonde avec ses cheveux brouillés, ses yeux perdus, comme s'il y avait de l'eau dedans en permanence. Ses dessins tellement, tellement rebelles, tellement violents, lui qui ne dit jamais un mot, sage comme une image, ses dessins me hurlent dessus. Bastien.
Je suis allée le chercher ce matin.
Au bout de la cour, assis tout seul dans le recoin le plus éloigné, sur la margelle encore pleine d'eau de la dernière pluie.
"Qu'est ce que tu fais là?"
_...
_ T'es tout seul, ça n'a pas l'air d'aller.
_...
_ Tu as un chagrin? Tu as envie d'en parler?
Là, ses yeux sont restés tout droits devant, il regardait à travers la cour, les autres enfants, le vide. Ça s'est mis à briller, et puis à couler.
_ Samedi, ma mère m'a dit que mon lapin était mort d'une crise cardiaque.
_ Ah, mince alors. Je comprends, y'a vraiment de quoi être malheureux. 
J'ai laissé un long silence nous rapprocher. Pendant ce temps-là, je me demandais bien comment sa mère avait pu poser un diagnostic pareil : une crise cardiaque. Peut-être que ça meurt de ça, un lapin, mais peut-être aussi qu'il avait un cancer, un chagrin d'amour, une fracture du crâne, je sais pas...
_ T'as bien raison d'être triste comme ça. Je serais pareille à ta place, c'est un vrai chagrin.
Silence, tranquille, paisible. On regarde les autres, assis côte à côte comme de vieux potes. Ouais, ben... Soupir.
Là je lui ai parlé de ma chienne, quand j'étais petite, de plusieurs chats et même d'un canard. C'est vraiment une tuile, ce qui lui arrive.
_ Il s'appelait comment, ton lapin?
Il m'a dit le nom, mais je ne m'en souviens plus.
_ Il était comment, quelle couleur, tout ça?
Il me l'a décrit, mais je ne m'en souviens plus non plus.
Je le regardais, je me sentais comme lui sans trop savoir pourquoi.
_ Tu as d'autres animaux?
_ Oui : deux chats.
_ Alors ça, tu vois, c'est vraiment cool. Parce qu'il te reste quelqu'un à qui parler, quand tu as de la peine comme aujourd'hui. Deux chats, c'est bien : quand l'un n'est pas d'humeur à t'écouter, y'en a un autre qui roupille pas très loin. Tu vois, tu as du bol, quand on y pense. Deux chats, c'est quand même pas donné à tout le monde.
...Bon, qu'est-ce que tu vas faire de tout ça?
Les yeux couleur de pluie me regardent : "ch'ai pas."
Silence, je cherche……
Ah, y'a ptet quelque chose...
_ Voilà ce que je te propose. T'es pas obligé, hein, mais des fois, ça marche. Tu veux que je te dise ce que c'est ?
_ Ouais.
_ Eh ben ton lapin, tu peux lui écrire.
Le petit me regarde, il a déjà saisi.
Feu vert : je continue.
« Tu peux lui dire tout ce que tu as pensé de lui, la chance que tu as eue de le rencontrer, la joie que tu avais le soir à le retrouver, en rentrant de l'école, comme il était beau, et doux, tout ça. Merci pour le bout de chemin qu'on a fait ensemble. Tu vois, quoi. »
Il voyait très bien, parce que ses yeux s'allumaient.
Je sentais que je tenais le bon bout.
Il a dit : "Et alors, après?"
Ben oui, parce qu'on en fait quoi, d'une lettre d'amour à un lapin?
_ Tu l'enterres. Moi je fais ça parfois. Ça marche assez bien. Tu l'enterres au fond du jardin, ta lettre. La pluie va tomber, et il faut un peu de temps. Ta lettre, elle va se diluer tranquillement. Quand la terre aura fait son travail, ta lettre elle sera décomposée dans la terre, qui va s'en servir à sa façon. Alors  ton lapin, il aura ton message, et toi, tu n'auras plus de peine. Tu vois?
_,Ouais. C'est bien.
_ C'est qui tes copains?
_Louis, Paul et Nathan.
_ Regarde, ils sont là-bas. Vas les rejoindre maintenant, reste pas tout seul.
Il s'est levé, il les a rejoints. Je l'ai regardé un moment, j'avais le cul tout mouillé à cause de la margelle.
Il a fait une très bonne copie en math, après. Et en dictée, je lui ai demandé de me faire plaisir : pas de pâtés s'il te plait, ce serait mieux pour la correction, ça me ferait plaisir.
Pas de pâté, donc. Mon petit cadeau du jour.
Alors après, les bilans, la fin de période, les copies entassées comme une pile de linge à repasser... J'ai levé le nez juste avant de filer au cours, c'est déjà l'heure, la barre, les filles.
"Deux minutes pour vous."
J'ai vu son nom inscrit sur le parquet. J'ai été mauvaise, rien à dire là-dessus.
Mais j'avais mes raisons.
  



La fille du Fleuve.

08 décembre 2014

La Maryse sur Alfredo.

Cette fois, il faut s’y résoudre :
Finis la Maryse sur l’Alfredo,
Plus de cytise dans la miso,
De balises sur les ballots,
De valises sur les autos,
Plus de bêtise à Bornéo,
De dialyse après le Pernod,
D'insoumise sous le maso,
Exits la bibise aux p'tits crapauds,
Les Denise sur les maréchaux,
Les remises sur le magot,
La marquise sur le drapeau,
Les reprises chez Alonso,
La banquise dans un verre d’eau.
Oubliés, l’éprise sur le transfo,
La couardise des vieux corbeaux,
L’électrolyse sur le Rambo,
Une multiprise sur Roméo,
Râpés, Les traîtrises d'Omar Bongo,
Des surprises dans le rétro,
Les assises dans les bateaux,
Les sottises dans les cargos,
La méprise sur le rondeau,
La prêtrise de Saint Malo, 
Evanouis, Venise sous San Marco,
L’indécise qui a bon dos,
Les chemises du Greco,
La hantise dans les châteaux,
Le Moïse dans son landau,
La soumise folle de tango,
Qui se déguise sur les tréteaux…
Evincés, la sottise vers Oslo,
Héloïse sur Abelardo,
Les exquises sous leurs Guignolos,
Les admises à Sciences Peau*,
Marie-Louise et son nabot,
Ma promise sous son caraco,
Et, qu’on se le dise à Frisco,
Des steppes kirghizes jusqu'à Cuzco,

Sous les cerises, y a plus de... gâteau.


* Merci Véronique...

Publications les plus consultées