13 janvier 2016

Célèbre.

Pour Les impromptus littéraires de la semaine. Il fallait composer un poème avec les rimes d'un autre: Fenêtres ouvertes de Victor Hugo. Paupière, Saint Pierre, ici, aussi etc C'est devenu:


Célèbre.

Ils finiront par t’arracher les paupières
Et tu pourras invoquer Saint Pierre.
Ils chasseront, en meute, sans pitié, jusqu’ici,
Ils traqueront ta sœur et ta mère aussi.
Ils manieront la vérité nue, à la truelle
Et laisseront tes restes dans les ruelles,
Alors, ta vie engraissera leur gazon,
Montera des étages à leurs maisons.
Ils poseront sur des pierres chauffées
La vérité, la tienne, qu’elle soit bouffée
Par les paparazzis, ces hyènes sans merci
Qui écrivent dans Gala ou pire dans Voici.
Tes amis, tes amants, tes rouges gorges,
Seront plumés dans les feux des forges,
Sur les places, au ventre des steamers,

Comme on jette ses valeurs à la mer..



10 janvier 2016

Tu parles.

Pour Les impromptus littéraires. Le thème: Vous ouvrez votre armoire et tout un fatras s'en déverse. laissez nous savourez ce contenu.


Après m'avoir brièvement parlé au téléphone, il a raccroché assez vite, il était en rendez vous m’a-t-il dit presque à voix basse. Il m’avait fixé un jour et une heure pour la semaine suivante. Ne soyez pas en retard avait-il ajouté d’une voix neutre. Pas menaçante, neutre. J’ai entendu qu’il ne fallait pas que je sois en retard. Point.
Ensuite, j’ai passé la semaine à attendre cette date si précise : Disons 15H15 mardi après midi.
J’ai même fait une fois ou deux le trajet en transport en commun puis en voiture pour savoir à quelle heure partir pour ne pas me pointer devant chez lui à 15h 30 par exemple. Il y avait un bar, juste à côté, je m’arrangerais pour avoir le temps de prendre un café et donc d’y entrer vers 15H. À 15h12, le mardi convenu, j’ai poussé la grille qui menait à son cabinet, j’ai traversé la cour, cherché son nom sur les boites aux lettres, j’y ai trouvé son numéro de porte  et je suis entré dans une minuscule salle d’attente où il n’y avait qu’un fauteuil club en cuir et une autre porte. La pièce était éclairée par une jolie lampe coiffée d’un abat-jour jaune posée sur un guéridon ancien, sur lequel on avait posé quelques revues d’art traitant toutes ou à peu près du surréalisme ainsi que de vieux numéros d’une revue littéraire assez pointue. Au mur, un portrait archi connu de Sigmund. On était pas chez un plombier.
J’avais à peine posé les fesses sur le rebord du fauteuil qu’il a ouvert l’autre porte et m’a proposé d’entrer avec un sourire de bienvenue. Son cabinet n’était meublé que d’un autre fauteuil club en cuir marron d’une bibliothèque ancienne à la tête d’une méridienne en cuir recouverte d’un plaid gris à franges. Il m’a invité à m’asseoir sur le canapé et pendant que je me baissais, il s’est laissé tomber dans le profond du cuir du fauteuil. Il s’est saisi d’un crayon gris, d’une sorte de calepin au format d’une feuille A4, il en a extrait une feuille vierge et après m’avoir regardé assez longuement, suffisamment pour qu’un trouble s’accroche à mes deux genoux, d’une voix posée, sereine, en détachant bien les mots, il m’a demandé :
Alors, qu’est-ce-qui vous amène ici, je veux dire: Qui vous a donné mon adresse parce que pour ce qui est de ce qui vous amène vous aurez peut-être l’occasion d’en… parler, plus tard... Était-il au maximum de son humour, je me suis demandé?
Je ne le savais pas encore, je m’en doutais confusément, c’est à cet endroit, dans cette pièce, sur ce canapé, que j’étais, ce jour là, à deux doigts d’entreprendre une longue et incroyable entreprise de débarrassage d’armoire,  de celles qui sont fermées à triple tours dans lesquelles j’avais enfoui, souvent  malgré moi, quelques fantômes, une ribambelle de souvenirs que j’allais devoir extirper d’arrache cerveau, d’arrache cœur, d’abord assis puis allongé, toutes les semaines, le même jour à la même heure, pendant une jolie brochette d’années…

À deux doigts ? Deux? Tu parles.



Tu bassines.

Me bassine pas avec tes états d’âme, veux-tu ? Sois mignon. 
Le monde, ce si merveilleux monde dont tu chantes les louanges à longueur de jours est à feux et à sangs, à tripes à l’air et à souffrances et toi, la seule chose qui te vienne à l’esprit, le seul acte que tu poses, la seul parole qui t’arrive est de venir me pleurnichailler dans les ourlets à propos de ta récente rupture…
S’il te plait, reprends-toi, ressaisis-toi, essaye de récupérer une once de décence, un soupçon de vergogne, fais-t-en une jolie écharpe, couvre-t-en les deux épaules comme s'il s'agissait d'un châle de dignité retrouvée. Ouvre les yeux, regarde-la, entends-la, la douleur du monde si tu n’es pas capable de la percevoir. Il y en a plein les journaux, chaque jour que Dieu fait, les radios en sont farcies et je ne parle même pas des télévisions qui font leur graisse dessus. Ah, elles ne sont décidément pas faciles à esquiver les douleurs de la planète et celui qui ne les voit pas c’est qu’il ne veut, simplement, pas les voir. Avoue qu’il faudrait être un sacré foutu ermite éloigné pour ne pas en avoir connaissance. Et ce constat fait, la seule chose dont tu veuilles m’entretenir, le seul sujet de conversation qui te déboule du cœur, ton unique préoccupation est ta misérable petite rupture…
___ Huit ans quand même…
___ Huit ans, huit ans et alors ? 
___ Salaud! Huit années c’est un bail, une vraie durée, quelque chose de bien installé, qu’on pouvait s’imaginer être un peu solide…
___ Et alors ? Ce que tu pleures c’est que ça ait duré si longtemps ou bien que ne continue pas davantage ?
___ Ce que je pleure, ce qui m’attriste, c’est que je ne vais plus ni la voir, ni l’embrasser, ni penser à elle en souriant quand nous ne serons pas ensemble, ni l’attendre une pointe d’impatience au ventre quand elle ne sera pas là, ni faire en fonction d’elle, ni partager avec elle… Je sais bien ce qui va m’arriver dans les mois qui viennent et ça me fait peur. Je vais m’éteindre comme une vieille ampoule, je vais avoir froid aux osses et moi, je n’aime pas le froid…
___ Et alors ? Passé ce moment délicat, tu vas rencontrer quelqu’une d’autre pour qui tu éprouveras les mêmes sentiments, les mêmes attentes, les mêmes craintes et tu le sais bien, ce n’est pas ta première rupture quand même.
À t’entendre on dirait que tu sors de l’œuf, que tu as dégringolé avec les gouttes de la dernière averse, que tu es un perdreau de l’année qui a, pauvre petit chéri, manqué l’ouverture de la chasse… Alors que tu as, quand même, des milliers de kilomètres au compteur, quelques trimestres de carlingue, mon joli capitaine, je suis désolé de te le rappeler aussi brutalement mais tu n’es plus si jeune, tu serais même plus âgé que jeune si tu veux mon avis… Une rupture? Estime-toi heureux! À ton âge, les seules ruptures inquiétantes que tu risques, elles sont plutôt d'anévrisme! Alors, une de perdue.. une de perdue. Point.

L’autre, en faisant demi-tour pour quitter la pièce, après avoir jeté un dernier coup d'oeil dans le miroir de l'entrée et essuyé une larme en train de naître au coin d’un œil, a laissé traîner dans son sillage :

 ___ Toi, vraiment, je te retiens, c'est la dernière fois que je me confie à toi. Comme  psy, y a pas à dire, t'es sans doute un cador, mais comme ami, tu n'es qu’une bassine à merde... 
Et je le sais,  en disant cela, je ne suis pas très gentil avec la merde.


04 janvier 2016

Comment je me suis grillé avec l'Électricité. De France.

C’était une après-midi d’hiver et, bien que la température extérieure n’ait rien à voir avec l’hiver, mais ça faisait, environ deux mois que la température était méconnaissable, la Cop 21 n’avait encore rien changé, on était bien au cœur de l’hiver. 
Le ciel était gris mais ça faisait environ deux semaines que le ciel était gris….
Un ciel parisien, je ne peux pas mieux le décrire. Sans perspective, sans profondeur, sans volume: un ciel plat comme un dessous de couvercle. Cela faisait deux semaines que nous étions comme enfermés dans une cocotte. 
Ici, pourtant, nous étions habitués aux ciels bleu électriques, aux lumières d’acier qui dézinguent les pupilles, brûlent les iris et qui obligent aux ray ban au plein milieu de Janvier.
On était au beau milieu de l’hiver et les vacances, elles, à l’agonie. Dernier jour avant la reprise. Dernières heures à ne pas s’occuper de celle qu’il est. J’étais assis dans le bureau en train de chipoter sur la place d’une virgule, la pertinence d'un accord du participe avec le verbe avoir pendant que la musique sur la vieille chaine hifi que je venais de ressortir des cartons du garage habitait joliment la pièce, alors qu'un café, lui, l’embaumait.
Si dehors il faisait moche et gris, dedans, c’était plutôt bleu ciel.

Et d’un coup, tchlaf, plus rien ! Plus de musique, plus d’écran, plus de lumière.
C’est une affaire de courant, les plombs ont sauté je me suis dit.
Aussi, je suis descendu au garage vérifier sur le tableau électrique. Je savais où il était celui-là. Arrivé devant lui, je ne voyais rien j’ai appuyé sur l’interrupteur qui commande l’ampoule du garage mais rien ne s’est allumé. Ben non, t’es con je me suis dit. Si tu viens là c'est parce que tu n’as plus de courant là-haut, ici ça ne donnera rien non plus, crétin que tu es.
Je suis allé chercher mon portable, j’ai une appli lampe torche. Pratique mais ça vous vide la batterie à la vitesse de... la lumière. Tu vois mais pas longtemps. Il te faut faire vite sinon tu ne peux plus appeler personne.
Sur le tableau le disjoncteur était en place normalement. J’ai vérifié tous les fusibles, pas un n’avait sauté.
Alors, j’ai appelé EDF en demandant s’il y avait un problème dans la rue ou dans la commune, si une ligne avait pété, si les chinois nous envahisssaient, si la Corée du Nord nous avait déclaré la guerre, s’il fallait dare-dare acheter une usine de fabrication de bougies neuves, oui, neuves parce qu’acheter des bougies qui ont servi, pardon… Une voix plutôt bienveillante m’a indiqué que tout était normal, qu’à sa connaissance dans mon village tout allait bien et que donc elle enclenchait la procédure d’urgence et m’envoyait un véhicule de dépannage. Que je ne bouge pas de chez moi, que je me tienne prêt quelqu’un allait venir. Je lui ai obéi.
Je suis allé m’allonger pour une petite sieste d’avant reprise. Demain ce sera râpé et là comme tu ne peux rien entreprendre d’autre profite je me suis dit.
Personne ne me volera ce que j'ai dormi...

Une heure après, bravo EDF on a frappé à la porte. Je suis descendu frippé. J’ai ouvert, un types était derrière et je l’ai senti, il bouillait.
Il m’a à peine dit bonjour, il m’a dit qu’il était EDF mais ça je l’avais vu à sa salopette bleu marine avec un énorme macaron sur la poitrine sur lequel brillaient trois lettres d’or : E  D  F .
Il est où votre disjoncteur principal ?
Ben le tableau est dans le garage, donc il doit être dans le garage.
Là, il a commencé à m’engueuler: Il doit être ? Vous ne savez pas où il est ? Vous habitez depuis combien de temps dans cette maison? Dix ans. Et depuis tout ce temps là vous n'êtes pas certain de l'endroit où il est le disjoncteur principal? Je rêve...
Ben non, je ne vois que la garage. Mais quand on relève le compteur comment on fait ? Ben je ne sais pas. À cet instant, je dois quand même vous rappeler qu’il m’a sorti de la sieste l’urgentiste et qu'il m’a harcelé de questions en maugréant. Non ça c’est le tableau interne, je cherche MON compteur. Il a fouillé dans toute la baraque et il ne le trouvait pas son foutu compteur. J’espère que je ne suis pas venu pour rien je n’ai pas que ça à faire. Et là, j’ai commencé à revenir à moi. Dites ? Vous êtes en train de me dire que j’ai coupé le courant et que je vous ai fait venir pour jouer à cache cache avec vous ? Ne poussez pas quand même. Et puis, d’un coup ça m’est revenu. Son fichu compteur était juste derrière la porte grande ouverte du tableau électrique. Il l'avait caché en ouvrant cette maudite porte. Je l’ai fermée et j’ai remonté le bouton du disjoncteur qui avait sauté. Alors tout, d’un coup dans la maison, s’est rallumé.
Je suis désolé, j’ai dit. Il fumait des oreilles et commençait à gratter le carrelage avec sa chaussure de sécurité. J’ai pas que ça à faire, je suis venu pour rien, la prochaine fois réfléchissez avant de me déranger pour queue dalle… J'ai gardé pour moi: Vaut mieux venir pour rien que pas venir pour un truc grave...
Hé ho je vous ai appelé  parce que je n’avais plus de courant, pas pour vous faire venir pour rien j’ai commencé à monter le ton.
Il s’est barré furax, j’ai d’autres dépannages à faire et bien plus sérieux que le votre m’a-t-il lancé. J'ai même pas eu le temps d'essayer de l'humilier avec un billet de dix euros.

Qu’est-ce-qu’il croyait Mister Alternatif? 
En plus, il n'avait pas à râler, il n’était pas venu pour rien puisque maintenant j’avais de la lumière...
Seulement, j'allais devoir faire gaffe: j’étais grillé avec EDF pour un paquet d’années…


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