28 septembre 2018

Comme une petite quarantaine.

Ainsi donc s’achèvent, là, sous mes yeux ébahis, ma bouche ouverte et ma mine vaguement contrite quarante années. 
Je suis obligé de me répéter ces deux mots: Quarante ans. Depuis le 14 Septembre mille neuf cent soixante dix huit où je suis monté à l’annexe du Clos de Bouges, sur le plateau qui était encore une friche, les derniers bidonvilles venaient à peine d’être démantelés. C’était un pailleron d’un seul étage dans le haut de la campagne banlieusarde de Champigny sur Marne. Val de marne. 9.4.
Quarante ans. Quarante 30 Juin où l’on souffle mais aussi quarante quinze Août à partir duquel on se met à moins bien dormir à cause de la venue prochaine de septembre…
Dans ces quarante ans, vingt cinq au même endroit et le reste en vadrouille.
Les treize dernières en balades régulières à cause d’un statut de remplaçant. De ci de là, ici ET là pour une semaine, pour six mois, pour un an mais presque toujours dans la même partie du zoo, la plus agitée, la moins paisible, donc celle que la plupart veut quitter.
Les chefs y sont inégaux, il y en a de bons et de très bons, il y en a de mauvais et de très mauvais. Ils sont eux aussi pressés au sens du citron. Leur vie ne doit pas être drôle tous les jours. Pour la plupart,  leur goût du pouvoir et leur fatigue d’en saigner les a poussés. Ils seront aussi logés et mieux payés. Les plus mauvais se terrent dans leurs bureaux inaccessibles, ils ont peur de tout et confondent souvent autorité et autoritarisme, rigueur et entêtement, franchise et brutalité entre autres. Les autres font avec ce qu’ils sont. J’en ai connu de magnifiques, prêts à tout.
Les compagnons croisés furent des gens comme on en trouve dans toutes les compagnies. Là, des bouses humaines et ici de belles personnes. Pas plus ni moins que chez les tireurs à l'arbalète. Mais assez souvent en bisbilles entre eux. Incapables de composer, de concessionner, voire même seulement de parler entre eux en adultes responsables et posés ce qu'ils étaient sensés transmettre. 
Pourtant, un des avantages avec ce genre de boulot à cet endroit c'est qu'on n'a que très peu de compte à rendre à part à soi-même, on ne voit que très rarement les patrons. Le dernier que j'ai vu c'était en l'an... deux mille. Il y a donc dix huit ans. On peut se sentir comme une vieille maîtresse, délaissée. 
Quarante ans et pas le moindre petit blâme pour une gifle ou un petit coup de pied aux fesses, rien, pas un geste déplacé, pas un acte de contrition ou une seule excuse publique demandée, pas un seul tribunal convoqué. Une prouesse?
Quarante, cela semble tellement irréel. Pffuuuiiittt, le temps d’un souffle, c’est fini, ces quarante années sont passées, elles sont derrière moi. Plus à vivre, à jamais, vécues…
Voilà quarante ans, nous vivions alors  dans un autre monde. Je n'avais pas encore d'enfant, Giscard était président, j’avais des cheveux à m’en faire une queue, je courrais les vingt bornes en une heure et demie, j’allais bosser en deux pattes, je descendais dans le sud en train couchettes. Dans les cinémas on voyait Les moissons du ciel de Terence Mallick, Jacques Brel n’avait plus que  quelques jours à vivre, on ne téléphonait que d’une cabine ou de chez soi, on longeait la Loire pour aller à Oléron, Nike venait de naître, Renaud chantait pour la première fois à Bourges, chemin des Âmes du purgatoire sur les hauteurs d’Antibes, il n’y avait pas d'immeubles, que de longues serres en châssis de bois pleines de fleurs,  j'avais mes quatre grands parents et des kilos en moins… Un autre monde.
À partir de lundi, j'emménage dans une nouvelle case. Après avoir été célibataire puis marié, puis divorcé, actif, je vais m'installer dans "inactif". Mais, petit gars, inactif n'empêche pas d'être remuant... Celle d'après, j'ai bien regardé c'est... décédé mais il n'y a pas encore de date prévue. Enfin je ne pense pas. C'est plutôt délicat. De l'administration qui administre pas un mot, rien. Ni au-revoir, ni merci. Comme je n'attendais rien, j'ai été comblé.
Alors, même s’il a pu m’arriver de souhaiter cette date ardemment, de parfois certains jours de mi-décembre,  l’envisager comme une lueur dans la nuit, un  abri dans la tempête, une gourde à Gobi, c’est au pied du Ventoux qu’on voit le cycliste,  aujourd’hui, avec ce couperet, il n’y quand même pas de quoi être trop enjoué parce qu’en la considérant lucidement, si tout va bien, l’étape suivante sera de signer mon admission dans un EHPAD quelconque et si tout devait malheureusement mal tourner, c’est arrivé à certains de mes amis, de ce côté là, on est jamais à l’abri de rien, ce sera, un sinistre jour d'hiver cérémonie au funérarium.

Aussi, je vais regarder les quelques jours qui arrivent un poil de travers, je vais me mettre un peu à l'écart comme pour une petite quarantaine.
Au moins le temps que je m'y fasse. 

Quarante ans ce n'est pas rien.


24 septembre 2018

Le monde s'effondre et nous prenons le temps de laver nos voitures.

Je savais comment lui couper l’envie d’une manière quasi définitive, je ne m’en suis pas privé. Je l’ai regardée dans le blanc de son magnifique regard bleu et après un long silence calculé, j’ai dit :
Tu sais, je vis seul depuis si longtemps que je suis prêt à me mettre, oui, j’ai bien dit me mettre, avec n’importe qui…
Et comme pour l’achever, pour lui porter l'estocade léthale, j’ai ajouté :
Le ou la première venue fera l’affaire, je ne serai pas très regardant, tu sais, fais moi confiance pour n’être pas très exigeant. Je l’ai été toutes ces années pour quel résultat ?
Evidemment, j’avais touché dans le rouge du milieu. Je l’ai sentie au-delà de vexée comme une armée de poux, mais elle  était d’une telle fierté qu’elle n’a absolument rien montré. Pire que vexée, je l’avais blessée. Restait à savoir jusqu’à quelle profondeur la lame s’était enfoncée. Allais-je devoir désormais être obligé de me priver d’elle complètement où me conserverait-elle un semblant d’amitié au moins le temps de fomenter à mon égard une vengeance que je jugeai déjà amplement méritée. Tout a un prix, surtout les méchancetés gratuites.
Les semaines suivantes nous le préciseraient. Dire que j’avais hâte de savoir serait exagéré.
Pour tenter de ne pas perdre complètement la face, pour essayer de rester un temps encore dans l’aire de jeu, pour ne rien laisser présager de ce qu’elle ferait, le moment venu, elle a juste éclaté de rire. Un rire dont nous savions parfaitement tous les deux qu’il sonnait faux comme une Rolleix de Vintimille. Mais c’était le jeu, nous avons fait comme si nous étions deux gentils plaisantins en train de  vider nos comptes en espiègleries, en niches, en taquineries infantiles et donc innocentes. 
Alors que, sans en avoir trop l’air, c’était nos vies pour plusieurs années qui se jouaient. 
Elle devait commencer à regretter salement tous les signes positifs qu’elle m’avait adressés ces derniers mois. Quant à moi, je m’en voulais de n’avoir pas mis le holà dès le départ, d’avoir laissé la porte entre ouverte, de n’avoir pas su sauter sur les freins avant que la machine prenne de la vitesse et s’emballe.
Tout ce qui n’est pas fait avant peut encore l’être après mais c’est alors plus délicat. Au lieu de piloter une petite berline, un engin à deux places, on se retrouve à la barre d’un pétrolier géant et pour viser le bon quai dans le bon port, l’affaire n’est plus la même.
Nous en étions là, sans nous en apercevoir, nous nous étions dangereusement approchés de la falaise. Nous n’allions pas tarder à avoir un pied dans le vide.

Alors, sans se concerter, ils ont fait comme le mistral qui avait soufflé tout le jour en balançant des gifles à tous les coins de rue. Ils ont calé, d’un coup. Ils se sont tus et tout s’est apaisé. Le silence a repris ses aises et tout s’est détendu. Même l’air s’est ramolli. Leurs gardes ont fichu le camp. Ils ont pu se  regarder avec toute la tendresse dont ils étaient capables. Ils ont juste voulu en rester là comme s’ils étaient arrivés à un point précis. Jusqu’à une fois prochaine, pas un des deux n’a eu envie de faire le moindre pas.
Toutefois, quand il s’est levé du canapé en ouvrant la bouche, il a bien vu l’inquiétude se pointer illico dans son regard. Alors pour la rassurer il a simplement proposé :
Avant de partir, veux que je te prépare un thé ? Pour la route ?



15 septembre 2018

Les boulettes à chri.

Boulettes de veau à la sauge.

Amis végétariens tendus, vegans à cran, végétariens tégristes, ne fracassez pas de suite cet écran, lâchez simplement votre souris, regardez ailleurs, allez faire un tour, laissez le temps à vos amis de lire cette recette simple et bonne comme une fleur de courgette... farcie.

Pour la faire, la recette, il vous faudra un grand bol ou un petit saladier, une poêle, une fourchette, de la viande hachée de veau, (pour les proportions soyez raisonnables, de quoi faire trois quatre cinq boulettes par personne, selon leur appétit),  des feuilles de sauge du jardin, donc, un jardin, un ou deux jaunes d’œuf, du persil, de la farine, des jeunes pousses d’épinards fraiches, du tabasco, de l’huile de tournesol, une noix de beurre, du sel, du poivre.

Dans le suprabol, mettez la viande hachée, les feuilles de sauge coupées fin fin, le ou les jaunes d’œufs, du sel, du poivre, les pousses d’épinards vaguement coupées, le persil, haché menu, quelques gouttes de tabasco. Vous salez, poivrez, vous mélangez le tout avec application et une fourchette et vous en faites des boulettes grosses comme des œufs à l’aide d’une cuillère à soupe.
Vous les passez dans très peu de farine. Juste pour les blanchir un peu, qu'elles se tiennent mieux à la cuisson, qu'elles ne s'éclafouillent pas.
Pendant ce temps, vous avez mis une poêle sur le feu avec dedans un peu d’huile et une noix de beurre.

Quand l’huile est chaude, vous posez délicatement dans la poêle les boulettes et vous les retournez régulièrement jusqu’à leur cuisson complète. 

Faites cuire comme vous aimez mais cela ne peut pas être saignant.

Vous pouvez les servir avec des pâtes fraîches au basilic par exemple, il en reste encore de jolies têtes dans les pots de l'été finissant et vous l'accompagnez d'un verre de ce que vous voulez (excepté tout soda qui est   formellement interdit par la convention de Miramas). 

Un rouge du Domaine de Fondrèche de Mazan, Persia, rendra belle l’affaire.



Je sais parfaitement bien qu'on doit écrire les boulettes DE chri mais ici, j'écris ce que je veux.

05 septembre 2018

Le hamburger sans.*

Une recette simple, bonne, facile,  vite faite pour deux personnes :
Une deuxième personne,
Deux poêles, deux feux,
Deux tranches de thon rouge d’une épaisseur d’un cm de la taille d’un hamburger.
Quatre tranches de jambon cru, un peu épaisses (un mm) genre Bayonne, du diamètre du thon.
Quatre tranches de tomates d’un demi cm d’épaisseur,
Des graines de Sésame,
Deux feuilles de salade,
Du persil frisé,
Du sel, du poivre,
Deux quarts de citron vert.

Dans la poêle où tu vas mettre le thon et les graines de Sésame, tu mets de l’huile d’olive à chauffer, dans celle des tomates et du jambon tu mets une noix de beurre.
Quand l’huile est chaude et le beurre a fondu tu poses le thon et les graines de Sésame dans une poêle et les tomates dans l’autre. 
Ne mets pas de suite le jambon, il cuira si vite.
Retourne les tomates et saupoudre-z-y dessus du persil frisé haché fin, retourne les tranches de thon. Fais les cuire façon Tataki (Rien à voir avec ta tante).
Mets le jambon, retourne le assez rapidement,
Attrape une assiette, tu peux l’avoir chauffée un peu avant (Fais come tu le sens, avec ou sans paroles).
Quand tu juges que tout est cuit. (C’est toi seul le juge sinon c’est le bazar).
Mets dans l’assiette, et monte les uns sur les autres façon hamburger :
D'abord une tranche de jambon cru devenu cuit, puis, dessus, une tranche de tomate, le thon, une demi feuille de salade coupée en petits bouts, une tranche de tomate, une de jambon. Un filet de citron vert sur le tout et sert vite, ça refroidit à  grande vitesse.
Tu peux servir avec un bolounet de riz cuit au curry, (dans l'eau de cuisson, tu ajoutes une ou deux pincées de curry), une noisette de beurre dedans chaque avec le reste du persil dessus pour faire joli.

Un Croze-Hermitage là-dessus parce que tu aimes ça.
Régalez-vous.


*(Hamburger sans, parce que sans pain, sans viande hachée, sans ketchup, sans cornichon, sans, quoi).


02 septembre 2018

Ils savaient

Ils n’étaient pas dupes, ils savaient que depuis quelques années, déjà, le monde en général et les médias en particuliers se foutaient pas mal des tentatives de ce genre. Tout avait été atteint plusieurs fois partout par tous dans chaque saison possible dans toutes les configurations possibles. Légers, lourds, avec ou sans air, seuls ou en groupes, en binômes, de nuit, de  jour, en famille... Alors, à force, les gens avaient fini par se lasser de ces aventures pour se tourner vers d’autres exploits et les sponsors si généreux aux débuts avaient quitté le navire pour s’en aller arroser d’autres doux dingues et espérer des retombées plus enrichissantes. 
Ils savaient que, financièrement, ils n’avaient pas le droit à l’erreur. Ils avaient été obligés de s’endetter plus que de raison pour mener à bien leur affaire. Les billets d’avion coûtaient une blinde, l’hébergement, les droits, les salaires de l’équipe, les portages, la nourriture, la location du matériel, une autre. Et les imprévus une troisième. Pour ces deux gars c’était lourd. Sans la certitude de réussir. C’est dire s’ils ressentaient une pression particulière. Ils avaient hypothéqué leurs baraques, les principales et les secondaires. S’ils échouaient, et s'en sortaient vivants, ils se retrouveraient sur la paille et leurs familles avec. Leurs nuits étaient blanches depuis plusieurs semaines.
Ils savaient que ce ne serait pas une simple partie de plaisir, ils le savaient parce qu’ils avaient déjà échoué à trois reprises. Ils y étaient déjà allés, là-haut. Ils en avaient même ouvert des voies Ils s’étaient coltinés à toutes les difficultés et elles étaient nombreuses. Il fallait être dans une forme optimale, tant mentalement que physiquement. Ralf y avait laissé trois orteils du pied gauche lors de la deuxième tentative. Tout bien considéré, il s’était dit qu’il ne s’en était pas si mal sorti. Deux orteils au lieu de la vie. Ça valait le coup de tenter une quatrième fois. Ses proches dont sa femme avaient bien essayé de l’en dissuader, mais elle avait échoué, elle aussi.
Ils savaient les traces que les précédentes tentatives avaient laissé dans leurs esprits et dans leurs organismes et quand certains soirs ils se regardaient avec honnêteté, ils savaient qu’ils n’étaient plus les mêmes qu’il y a dix ans lors de leur premier échec. Ce qu’ils avaient perdu en fougue, ils disaient l’avoir gagné en expérience et en maturité mais est-ce-que ça s’équilibrait VRAIMENT ? Ils savaient qu’ils n’étaient plus de la toute première jeunesse, ils avaient laissé en route des forces, des enthousiasmes, des déterminations.
Ils savaient que la fenêtre météo serait extrêmement réduite, qu’ils ne disposeraient que de deux, trois jours favorables tout au plus, qu’il faudrait viser juste ces jours là. Peut-être n’en auraient-ils pas tant. Peut être que cela se compterait seulement en heures. Peut-être même que la fenêtre ne serait qu’un minuscule soupirail qu’il ne faudrait surtout pas manquer.
Ils savaient parfaitement tout ça. C’était très clair dans leurs deux esprits.

Alors, bordel de merde, est-ce que quelqu'un peut m'expliquer pourquoi il a fallu qu'ils y montent quand même ?


28 août 2018

Vers l'automne.

On  s’avançait gentiment vers l’automne. 
Il fallait n’avoir jamais quitté de sa vie le centre ville pour ne pas s’en apercevoir. Même ceux qui habitaient en banlieue s’en étaient fait la remarque. Alors, là...
Les locations avaient fait le vide, les coffres des bagnoles le plein, les enfants étaient repartis, les fontaines et les fauteuils des terrasses redevenaient accessibles.
Si, au beau milieu du jour, la chaleur était encore écrasante, presque plus encore  qu’en Aout, désormais les petits matins pouvaient être noyés dans les bancs d’une brume légère, à peine posée sur les terres labourées de près, maintenant,  le cœur des nuits flirtait à la limite du frais, obligeant à se couvrir les jambes au premier réveil, certaines feuilles du figuier qui avait tant donné, étaient devenues jaunes en une nuit, dans les champs poussiéreux du manque d’eau, où les tournesols avaient été coupés la terre se fendait de longue  à cause du sec, sur les étagères de la cave les bocaux de confitures étaient à nouveau pleins, les écorchures des bras,  traces vives de la récolte de mûres en bord des routes, commençaient à cicatriser, le soir, au dessert, si tu voulais pouvoir encore trier dans ton assiette, il fallait se mettre à table un peu plus tôt, le noir s’en venait vite. La nuit, les étoiles filantes avaient fini de laisser leurs traces dans le noir, le jour, dans les rues, les rires en cartables passaient en bandes à heures fixes, on pouvait entendre la cloche de l’école sonner les heures des récréations, dans les maisons, on n’avait pas encore vraiment rangé les serviettes de bains dans le fond des placards, elles restaient là, lavées, pliées mais à portée de dos au cas où un dernier jour à la mer, avant qu’elle refroidisse, s’organiserait sans crier gare. Dans les vignes, si les rangées, comme les grappes, devenaient noires c’était aussi de monde, chacun un sécateur à la main remplissant les caisses de grappes obèses. Au marché des fins de semaine, malgré le desséchant manque de pluie, on commençait à voir les premiers champignons débarquer d’Italie ou de Roumanie enfin de ces pays où là-bas, il avait, enfin, plu…
On allait entrer dans l’automne, et, d’après ce que me disait mon petit doigt,  ce n’était pas encore cette saison que tu poserais tes valises sur le pas de la porte, avant d’appuyer un doigt sur la sonnette pour que je vienne t’ouvrir avec un large sourire étonné…
Il avait même ajouté, ne mâchant pas ses mots, ce salopard, qu'en vrai je pouvais toujours me brosser.
Ce que dans le fond...  j'allais faire.  
Comme on ne peut raisonnablement pas prévoir ce que l'avenir nous réserve, ce sera ou AVC ou coup de foudre? 
Dans les deux cas, Il faudra penser à rester... présentable.


15 août 2018

Ma Marinette.

Ma belle, ma toute belle. Mon petit bout de femme malade:
Comme il paraît grand ce lit pour toi toute seule dans ce vieil hôpital sordide. Comme tu sembles perdue dans le jaune pâle des draps de la Publique Assistance. Comme ton pauvre corps s’est rapetissé, comme ton vague sourire en me voyant entrer dans la chambre s’est vite voilé, comme ta main s’accroche à la mienne, comme tu as peur, comme tu as mal, comme tu te tais. On a baissé les rideaux de plastique blanc pour que le soleil ne te brûle pas les yeux. Il règne ici une ambiance étrange, un mélange de terreur et de douceur. C’est sans doute dû à cette sale odeur. Assis sur le rebord du lit tous nos doigts mêlés, les tiens déformés par l’arthrose, une vie dans la terre et l’eau froide ça laisse des traces, les miens tremblants de frousse et de rage mêlées. Je fais comme toi, je ferme les yeux et je te revois dans ta campagne un foulard noué sur la tête, belle comme une Anna Magnani des asparagus, fleur parmi les fleurs, courbée en deux sur les boutures à couper, sur les fils à nouer, sur les œillets à cueillir. Les pieds dans l'humide d'une boue dense, la tête dans les étoiles. C’est courbée qu’à chaque fois je t’y revois. Et pourtant il n’y en a pas de plus droite que toi.
Sauf quand tu piquais des cigarettes dans le paquet de ton homme, mon grand-père, pour me les refiler en douce. C'était des Kent à bouts filtres dans un paquet blanc... Si un jour j’ai un cancer, je te le devrais, en partie… Du pancréas, le tien, celui qui te recroqueville, aujourd’hui. Une tumeur maligne pour une douceur maline. Qui te fait me dire dans un souffle devenu faible, si faible, toi qui était forte, si forte: « Je n’y arrive plus, je n’ai plus envie, je ne veux plus être couchée, je veux être debout... » Qui t'empêche de te nourrir toi, toi qui se mettais en cuisine comme on s'habille en dimanche. Vous ne l'avez jamais vue, vous, d'un coup de fourchette magique faire d'une boulette de pomme de terre un gnocchi parfait? Elle les faisait par mille et c'était mille magies.
Au plein milieu des serres de fleurs coupées, le Château de mon enfance, ta maison, enfin: le cabanon. Un cabanon n’est pas une cabane dit la chanson. Pas loin. C’était une seule pièce en dur, presque perdue entre les serres, un ancien mazet qui vous servait de chambre et le reste autour construit en châssis de verre. Il y avait encore l'anneau de métal auquel on accrochait la mule. Protégé du soleil par un cerisier qui donnait des fruits gros comme le poing, rouges comme le sang, des bigarreaux d'un autre monde. Collée à lui, une pièce fraîche tout l’été. Il y avait dedans les frigos, les bacs pour tremper les œillets, les roses et la table à monter les bottes. Cinquante fleurs par botte, cent bottes à chaque envoi... Entre les deux, un citronnier qui, lui, sans mentir, pondait des citrons gros comme des pastèques. Plus loin quelques pêchers qui nous faisaient les babines humides.
C’est là que j’ai passé mes étés d'enfance. C’est là que tu t’échinais jusqu’à pas d’heure. Il les fallait bien rangées, ces bottes pour les vendre à la Criée. Tu me l'as sans doute transmise ta main verte ...
On imagine mal, quand on a huit, neuf ans, qu'on court toute la sainte journée pieds presque nus sous un soleil écrasant, qu'on côtoie des vies d’esclaves. Tu en étais une, d'esclave. Au toujours si beau sourire. Une belle femme disait-on de toi. J'ai su plus tard que tu avais eu une jeunesse dansante... que la vie avait  un peu gâtée, une esclave de la terre, accrochée à elle parce que c’est comme ça, c’était ton chemin, ton destin. Une vie qu'on ne discute pas, qu'on ne remet pas en cause et cette campagne où tu trimais était mon terrain de jeux. Mon préféré de tous.  On l'imagine assez mal surtout quand l'esclave ne se plaint pas, quand il a l’élégance de sourire. À chaque fois que j’en repartais j’en avais les larmes aux yeux jusqu’à l’âge de seize, dix sept ans. Après, on s'endurcit. Un peu. Et puis, un jour on perd la première de ses grands-mères, Jeanne, vidée de toutes ses forces quand l'amour de sa vie s’en était allé. C’est quand ceux là nous abandonnent que notre enfance meurt.
En passant devant la salle de pause des infirmières, je les ai vues écouter Arno chanter "Dans les yeux de ma mère", sa voix de fin de nuit rocailleuse m’a poursuivi jusque dans l’escalier et dehors, j'ai murmuré avec lui : "Dans les yeux de Marie"… en sachant, bien, au fond, que je venais de te voir vivante pour la dernière fois.
De la colère et des larmes me sont venues.
Dehors, le jaune éclatant des mimosas explosait en silence. Saletés de boules jaunes. 
Il arrive que, parfois, putain, le mimosa pue.



Image du net.


13 août 2018

Le soir des étoiles.

Il y en avait de tous les sexes, de tous les âges, de toutes les tailles, de toutes les couleurs, de toutes les corpulences, de tous les niveaux sociaux. Ils échangaient à peu près dans toutes les langues. Parfois même avec accents. Il y avait des grands, des petits, des gros, des minces, des musclés, des maigres. Il y avait des solitaires,  d’autres sans. Il y avait des avec animaux, des couples, des groupes de connaissances ou d’amis, des familles sans enfants, des familles avec poussettes et enfants autour, des familles avec poussettes pleines. Dans les familles avec poussettes pleines, c’était souvent les pères qui poussaient. Une manière pour eux de se rattraper de ce qu’ils ne faisaient pas le reste du temps? Il y avait ceux qui parlaient en marchant, ceux qui se taisaient ensemble, ceux qui léchaient une glace en évitant les coulures, le long de leurs bras, pour la plupart nus. Il y avait ceux qui, le plus souvent des jeunes, avançaient en regardant leur écran de portable, ceux qui étaient là sans y être.
Il y en avait qui pensaient s’être habillés pour l’occasion, ceux qui s’étaient mis sur leurs trente et un d’été : larges panamas, chemisettes à crocos, bermudas de couleur et mocassins en peaux sans chaussettes pour les hommes, robes pimpantes en lin, sandales à petits talons et à lanières fines pour les femmes. Cheveux faits ou défaits, calvities ou pas et le plus souvent barbes pour les hommes. La mode.
Il y avait ceux qui visiblement s’en étaient foutu comme de leur première chemise et qui avaient enfilé ce qui leur venait sous la main. Ça donnait des allures étrangement laides comme des débardeurs improbables sur des shorts en lycra boudinant, les pieds nus dans des claquettes hors d’âge… Les municipalités, si elles étaient un peu vigilantes, devraient créer des brigades anti-mauvais goût qui arpenteraient, la nuit venue, les rues des villes touristiques et demanderaient aux débraillés en tous genre, d’aller, au minimum, se rhabiller pour sortir afin d’éviter à leurs contemporains les tristes spectacles auquel on pouvait, parfois, assister. Elles devraient le faire sous menace d’amendes plutôt salées ou de travaux d’intérêts généraux comme balayer les trottoirs des mégots des plastiques ou autres petits pots de glace vides que ces salopards en goguettes ne manquaient pas de balancer au sol. C’est fou ce qu’ils pouvaient avaler comme glace du reste. D’ailleurs en ville, en cette saison, avec les pizzas et les kebabs on ne voyait plus fleurir qu’eux comme commerces. Il était devenu impossible d’y trouver une poissonnerie convenable.  Les gens étaient de la viande rougie par le soleil, en mouvement à peine couverte, des poils hirsutes sortant des marcels sales, des tatouages, ah les tatouages… Souvent loupés sur des triceps avachis, des épaules flasques,  ethniques de l’hémisphère sud  sur des peaux de roux, dédiés à des prénoms douteux, j’en passe et des plus laids. On marche avec eux sur la voie piétonnière du centre ville, le long du canal premier, en bordure des restaurants aux terrasses bondées, on avance au milieu d’eux dans les mauvaises odeurs de cuisine vaguement rance, dans le brouhaha des conversations, des pleurs, des rires des aboiements et à les voir faire, on se demande quelle est l’idée principale de cette déambulation estivale de début de nuit ? Un rite ? Un comportement collectif à caractère religieux ? Social ? Une façon de passer le temps ? D’attendre l’heure du coucher ? Une manière d’être ensemble ? On les regarde, on les dévisage et on se dit surtout qu’on n’aimerait pas les avoir comme compagnons de camp de réfugiés,  ni comme acolytes, ni même comme semblables. Et pourtant.
Où seront-ils tous, en Novembre quand le mistral voyou balaiera le quai, la rue, les tables et les chaises, la ville, la région, la province et qu'il fera nuit glaciale à l'heure du goûter?
Alors qu’au dessus de leurs têtes vides, la terre allait traverser le nuage des perséides et que le ciel s’apprêtait à offrir le spectacle majestueux d’une averse d’étoiles filantes, tout ce joli, si l’on peut dire, monde  trainait des pieds dans la rue, en grappes, en tas,  en nombre, en marche lente, en allers retours vains. 

Mais dis, toi, qui fais le malin tu étais où ce soir là ?
Il faisait nuit, il faisait doux, les premières étoiles commençaient à illuminer le noir, en pluie.






11 août 2018

L’heure de la sortie.

La chaleur qui, pendant plus de trois longues semaines, avait accablé tout ce qui vit venait de  foutre le camp avec les dernières violentes pluies d’orage délugeant le pays. 
Là, où pourtant rien ne semblait avoir changé, deux jours de pluie et tout était différent. Tous autant qu'on était, on avait basculé dans un autre régime, on était passé à autre chose, on avait atteint une autre rive. Hier, juste avant que le ciel ne s’assombrisse, que les vents se lèvent en bourrasques folles, que le ciel ne gronde, que des grelons gros comme des poings d’enfant ne s’abattent sur nos tuiles incrédules nous étions au plein cœur de l'insouciance du bel été. Aujourd’hui, après le passage de l’orage comme une colère explosive, comme un coup de sang, comme un sursaut, rapé, l'été, nous sommes en automne.
Les nuits si pesantes, si écrasantes se sont faites plus douces. Désormais, le frais nous réveille dans le milieu de nuit et nous pousse à chercher du bout du pied une serviette, un drap, une couette même, pour nous couvrir le corps légèrement frissonnant. Le matin, quand la fraicheur s’engouffre par la porte fenêtre et nous souffle au visage, nous enfilons un tee-shirt en ouvrant les volets . Il se peut même qu’au fond, là-bas, vers la haie de tuyas, une brume diffuse dissimule le fond du jardin juste avant que le soleil apparaisse. L’épaisseur même de l’air a changé. On y avance plus aisément, il nous freine moins qu’avant hier, qu’avant le Grand déluge.
Partout, le vert est revenu grâce aux trombes d’eau qui ont douché le coin, certaines plantes se sont redressées, d’autres sourient à nouveau. Elles qui étaient exténuées, assoiffées, sans force ont récupéré leur vigueur, leur élan, elles se remettent à fleurir. Nous sommes comme elles. Une énergie nouvelle nous envahit, nos pas s’accélèrent, nous sommes allégés. La pluie a laissé de nouvelles odeurs advenir, la terre exhale l’humus humide et le champignon à venir, les escargots sortent de leurs cachettes et se baladent sous nos pieds attentifs. Le soir, la nuit s'invite plus tôt,  les soirées ont eu vent de finitude. Dans les bennes des déchetteries municipales finissent de se vider les premières licornes dorées, encore chevauchées par des rires d’enfants. Au fil des crevaisons, les flamants roses, les tranches d'ananas et autres crocodiles verts géants suivront. Le long des chemins, dans les ronciers belliqueux, les mûres noircissent, dans les figuiers les fruits mûrissent dans les placards des cuisines, les réserves de sucre grossissent, l’heure des confitures de fin d’été approche, le temps de la fin des vacances n’est plus si lointain. Elle s’installe gentiment dans les têtes. L'été vit ses derniers souffles. 
Il va bientôt falloir refaire ses bagages. 
L’automne ne devrait plus trop tarder, maintenant. La rentrée en sera un des premiers signes.  Celle-là aura un goût particulier puisque ce sera la dernière. 

Une ultime rentrée comme un pied de nez à une sortie, quelques jours plus tard... définitive.



28 juillet 2018

L'idéale.

Voilà quelques jours en arrivant à la fontaine de Saint Didier en venant de Venasque (je venais bien de là, je ne l’ai pas écrit pour faire sourire) en sueur, il y avait un type qui s’aspergeait d'eau fraîche. En posant ma bicyclette contre les pierres taillées de la fontaine, j’ai vu  qu’il avait, à quelques années près le même âge que moi, et très vite, nous sommes allés au cœur des choses. 
Surtout lui! Ce qu’on appelle une amitié de mollets? En deux temps, trois ablutions il m’avait presque tout raconté de sa vie. Et ceci cela, si je fais une sortie par jour de cent bornes, c’est pour ne plus rester à la maison tu comprends, ma femme, elle m’emmerde! Elle est chiante, alors comme ça pendant quatre heures, je ne la vois pas et quand je rentre, la sieste est légitimée, je vais dormir deux heures et ça m'assure six heures de paix dans une journée! Six heures sur vingt quatre, ajoute à ça le sommeil tu comprendras les bienfaits. Tu vois,  ça fait vingt cinq ans qu’elle me pourrit la vie, elle a commencé au tout début,  dès notre rencontre, j'aurais dû me méfier, mais tu sais ce que c'est, on s'imagine bien plus  fort qu'on est, on pense qu'on va les changer, on se figure emporter le morceau… etc etc
Tout ça semblait lui faire un bien fou et je me voyais déjà lui demander une petite centaine  d'euros pour la consultation. Chic! Voilà une balade qui pourrait me rapporter gros que je me disais, pendant qu'il se soulageait le cœur.
C’est là qu’il m’a demandé tout à trac: Et toi? Du côté de l’amour? T'en es où? 
Ah! Parce que toi, là, tu viens de me parler d’amour? J’ai pensé, mais je ne lui ai rien dit, son quotidien avait l’air assez douloureux comme ça. Je n’ai pas une vocation d’huile. Sa question m’a laissé sans voix. Comme il m’avait tout déballé de sa vie, je me sentais  un tantinet redevable. Alors, après un temps, mes mots me sont venus:
Oh! Moi, du côté de l’amour, c’est un peu compliqué... Ça c’était pour gagner du temps. J’ai continué: mon ambition elle se rétrécit de jour en jour! Mais je ne renonce pas! Je me verrais bien me mettre à la colle (administrative) avec une gentille hôtesse de l’air qui aurait encore quelques pays à découvrir. Mais pas vivre avec elle, je n’en ai plus la force. Ça fait tellement longtemps que ça ne m’est pas arrivé de vivre avec un humain que je ne crois plus en être capable! Je tolère à peine les pies du jardin! Je verrais bien une camaraderie amoureuse, voyez? Enfin, tu vois? Comme je me connais, je finirai par tomber amoureux et je serai triste le jour où nous nous quitterons, mais bon. J’espère le moins possible. Enfin je veux dire que j’espère être le moins triste possible, le jour où il me faudra dégager du paysage. J’aimerais, si ce n’est pas trop demander qu’elle soit encore jolie, je préfère côtoyer les jolies femmes ne me demande pas pourquoi. Je m’y suis habitué, sans doute. J’aimerais quand même qu’elle soit basée à Marignane, pour partir loin, c’est plus proche de la maison et puis en tant qu’hôtesse, elle a accès au park du personnel. 
J’aimerais, si ce n’est pas exagérer, qu’elle ait un peu d’oseille, à mon âge le camping et les hôtels de second plan, merci, autant rester chez soi, les fesses dans son canapé confortable, devant la chaîne Planète… J’ai pas raison? Mais aussi qu’elle soit un peu cultivée. Qu’elle ne fréquente pas que les magasins de vêtements ou les restaurants mais  les salles de spectacle ou de concerts. Je n'aimerais pas trop qu'elle soit sectaire, une dingue de free jazz, une cintrée de Chopin, une folle de Cure, merci bien... Et qu'elle ne pratique pas que la lecture des étiquettes ou des menus mais aussi celle de quelques  livres, tu vois?  Je veux bien, quand elle revient de ses longues rotations, oui, parce que j’aimerais qu’elle travaille encore, qu’elle ne soit pas tout le temps chez elle, que je profite du silence de son jardin… Je lui ferai volontiers un peu de cuisine et lui nettoierai sa piscine pendant ses absences. Je peux même aller jusqu’à l’entretien de ses vignes, l'hiver. Il faudrait juste que je puisse me mettre à mi-temps pour l’avoir... Le temps!  J’accepterais une compensation financière... 
Sur ma lancée, j'ai continué...
Je ne la souhaiterais pas fanatique du trekking ou folle de randonnée. Je ne suis pas contre l’idée de marcher un peu de temps en temps, mais pas tous les dimanches, à heures fixes, dans ces clubs comme il y a à tous les coins de rue. Ils se retrouvent à cinquante, équipés pour traverser dix Atacama et vas-y que je cause et que je cause et que je n'en finis pas de causer pendant les deux trois heures de balade... Tout ce bazar pour montrer sa toute dernière gourde et se plaindre de la vie qui est difficile... Merci bien! Très peu pour moi! J'aime bien les marches à quelques uns, dans le silence et le partage... Je n’aimerais pas, non plus, qu’elle ait trop d’enfants, pour éviter les repas de famille qui n’en finissent pas. Ni trop de petits enfants parce que là, finis les noëls à l'autre bout du monde… Enfin, tu vois, quoi.
Alors c’est pour ça que tous les dimanches, ou presque, après le marché de L’Isle, je file à Marignane. L'aéroport du coin. Je m’en vais traîner par-là-bas. Pour forcer un peu le destin? J’y arrive en fin de matinée, je tourne et je vire, je regarde un peu les avions décoller au-dessus de l’étang de Berre ou atterrir en venant de la mer, pas loin. Je bois un coup ou deux, je fais les boutiques, surtout celles de parfum. Là, je souris à une ou deux que je trouve jolie et qui achète un flacon pour sa maman, son amant, son frère, enfin qui achète un flacon. Quand vient l’heure de manger je m’attable près des vitres qui donnent une vue sur la piste et je mange en rêvant à des pays  où il fait toujours beau, où tous les jours sont chauds, où l'on passe sa vie à jouer, sans songer à l'école, en pleine liberté, pour rêver *. Et puis au soir tombé, je me rentre... Il était atterré...
Ah! Pendant qu'on y est, j'aimerais aussi qu'elle soit douce mais pas gnangnan, sensuelle mais pas délurée, fidèle mais pas collante, légère mais pas écervelée, drôle et profonde, gaie mais pas rigolarde, intelligente mais pas cérébrale... Je n’ai pas encore rencontré la perle, mais ça viendra, je le sais, je le sens. Un jour, moi aussi, je serai du bon côté du manche. Un jour, moi aussi, je ferai le tour de la bagnole pour ouvrir la porte. Un jour, je suivrai le nuage d'un parfum délicat. Un jour, une main bienveillante et caresseuse se posera sur ma nuque et y restera, un peu…
Voilà où j’en suis mon gars. Rien de très folichon. Tu te fais une idée?
Je vois très bien! Et ça ne me semble pas gagné si tu veux mon avis... 
Mais dis moi? Pourquoi une hôtesse de l'air?
Oh, ça c'est simple: Elles sont habituées à sourire, elles ont des billets  d'avion gratuits et surtout, surtout, elles savent s'y prendre avec les vieux emmerdeurs!
Il avait les larmes aux yeux. En remontant sur son engin, il m’a juste lâché:
Je ne sais pas lequel des deux est le plus à plaindre!
Moi non plus, j’ai répondu...
En vrai, je le savais, mais je voulais dire comme lui, pour adoucir son retour...


* Citation...


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