01 mai 2009

Une puce.

Alors, elle c’était un amour. 
Mais un vrai amour, pas un de ces trucs dont on dit que c’est un amour et puis en grattant un peu, on se rend vite compte qu’on s’est trompé dans les grandes largeurs. Non, pas un de ces arrangements à la petite semaine. Contre bon coeur mauvaise fortune,  elle c’était un amour profond, intègre, entier, indiscutable.
Et pourtant, tout avait plutôt mal commencé entre elle et nous. Elle nous était arrivée par surprise, en dix minutes, montre en main, lors d’une visite de contrôle. Elle n’avait pas crié. Elle s’était juste amenée et c’était comme si elle nous avait dit : Ben voilà, je suis là, ne m’attendez plus, prenez moi comme je viens.
Bien sûr on l’a prise, vous auriez fait quoi, vous ?
On a senti très vite qu’elle n’allait pas nous faciliter la vie, qu’on allait en baver, mais on s’en foutait un peu, on était prêt à tout. On faisait bien!
Il faut dire qu’on est allé de surprises en découvertes, d’étonnements en coups de théâtre. Ca pour une vie rangée on repassera !
Elle, c’était le genre à dormir le jour et hurler la nuit jusqu’à trois ans environ... Le style à ne se nourrir exclusivement qu’au biberon jusqu’à quatre ans et refuser tout le solide excepté ses six tétines...Ne pas en perdre une… A savoir lire à cinq ans, mais ne pas vouloir lire la bibliothèque rose… Ecouter du Heavy Metal à six ans même en voiture… surtout en voiture pendant les longs trajets… Brûler, à sept ans, Ken dans le four de la cuisine… Il n’avait pas été gentil avec Barbie… Planter pour semer des fourchettes dans le jardin et surveiller ses cultures avec attention… Tondre le chat pour qu’il n’ait pas trop chaud en été…
En dehors de ça, elle avait pratiqué, le rugby, la boxe et le violoncelle entre sept et onze ans. Au début, je l’accompagnais à reculons et puis, avec le temps… Le plus amusant était les jours où le cours de violoncelle suivait de près le rugby… Elle allait jouer couverte de boue, en tenue. On avait bien essayé de négocier un passage par la douche mais on n’avait pas insisté longtemps… On avait pu se mettre d’accord que sur les crampons qu’elle avait finalement accepté d’enlever… Quand on lui demandait ce qu’elle voulait faire plus tard, elle répondait invariablement : vétérinaire à cheval… Ah pour soigner les chevaux ? On faisait, C’est bien, c’est joli un cheval. « Meuh non c’est un vétérinaire qui se déplace à cheval, c’est ça que je veux être… Ou violoncelliste d’avion… J’hésite…» Elle le sera sûrement. Un des deux ou un troisième. Elle est déjà quelqu’un… On n’avait aucun doute là-dessus…
Tout ça pour dire que quand elle ne voulait pas, elle ne faisait pas. Et ce qu’elle voulait, elle l’obtenait. C’était finalement assez simple.
Tant que sa vie n’était pas en danger nous avions fini par admettre que notre prunelle, notre trésor, notre petite puce, était singulière, juste singulière mais aimer son enfant c’est admettre ce qu’il est, ce qu’il devient, non ?
Et, c’est pour cela que ce dimanche matin, alors qu’elle jouait de la basse dans sa chambre, quand je l’ai appelée, sur son portable, à cause qu’elle jouait fort et que je lui ai dit:
___ On monte à Saint Ouen, aux puces, tu viens avec nous ?
Je n’ai pas été étonné de sa réponse:
___ Dites, vous m’avez bien regardé ? Est-ce-que j’ai une tête à farfouiller, le dimanche matin, les mains dans la poussière et les vieilleries ?
Voilà pas qu'elle faisait sa gnan gnan maintenant.
Au marché aux puces, nous, on n’avait pas à se plaindre, on en avait trouvé une. 
Précieuse…



la mouette

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Sur un thème pareil, je me doutais un peu que tu nous ferais marcher.
Et violoncelliste à cheval sur les nuages, sûr qu'une puce comme ça, ça fait fait faire des bonds.

Slev

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