24 février 2011

Et puis…

Et puis, et puis, un matin, j’ai reçu un mail qui disait:

“Cher Chra, vous ne me connaissez pas, mais je viens vous lire régulièrement et j’aime assez commencer mes journées par la lecture de vos petites histoires, un thé à la main. Après les dernières, je me permets de vous envoyer une adresse qui pourrait peut-être vous intéresser. J’ai eu affaire à lui voilà quelques années et ma vie a changé. J’espère qu’il exerce encore et qu’il vous soulagera comme il m’a soulagée. Bien à vous. D.Voilà ses coordonnées: 
Alphonse Plagnol Clos D’Hullias 30 760 à Saint Christol de Rodières ”.

J’ai lu et relu l’adresse et je l’ai copiée sur un morceau de papier que j’ai glissé dans mon portefeuille. Et j'ai tout oublié. Jusqu’à ce jour où, chez le médecin que je venais consulter pour une une vieille indécrottable douleur dans le bas du dos, le bout de papier est venu AVEC ma carte vitale. Que j’ai eu à me baisser pour le ramasser n’a pas arrangé mes affaires… Je me suis dit que conduire avec une chaise collée aux fesses n’allait pas être vraiment pratique. J’ai dû patienter un bon quart d’heure avant de pouvoir me relever. Je n’étais pas bloqué définitivement, mais passagèrement ça oui, on pouvait le dire. Je voyais bien que le doc si patient, si retenu, si empathique, commençait à me maudire, je voyais bien dans ses yeux qu’il allait, si ça continuait, devoir rentrer chez lui bien après la nuit tombée et que ça lui était insupportable. Je le sentais bien qu’il ne souhaitait qu’une chose c’est que je lève le camp et que je dégage de son cabinet. J’ai compris à cet instant là ce qu’avaient dû être les dernières heures des tyrans méditerranéens qui en ces temps bousculés dégageaient les uns après les autres...
J’ai fini par réussir à me déplier et c’est sur le trottoir que j’ai composé le numéro que j’avais écrit sur le papier tombé de ma poche. C’est une voix avec un accent de galets qui m’a répondu, enfin répondu est beaucoup dire puisque j’étais tombé sur un répondeur: “Je ne suis pas disponible, je suis avec mes bêtes, ne me  laissez ni votre numéro ni votre nom, je ne rappellerais pas, appelez moi plus tard. Et après un silence: Mais pas après vingt heures, le soir, j'aime bien être tranquille. Ah, venez avec deux pieds d'olivier.
S'il vous plait ce sera pour un autre jour, j'ai pensé.
Je suis rentré chez moi, tant bien que mal, et je l'ai appelé. J’ai eu un rendez vous pour le surlendemain. Il m’a dit de chercher où il vivait, il n’avait pas de temps à perdre à m’expliquer, vous trouverez, m’a-t-il dit.
___ Les "vraiment motivés" trouvent toujours a-t-il ajouté. N'oubliez pas les oliviers.
S'il vous plait ça doit être trop long à dire ou bien il a perdu l'habitude avec ses bêtes, je me suis dit. Ce n'était pas faux, non plus vous vous voyez dire s'il te plait donne ton lait deux cent cinquante fois d'affilée? Je me suis couché. Je me suis mis en chien de fusil c’est ce qui m’allait le mieux au teint. Le lendemain, j’ai passé une belle heure à trouver sur la carte Moppy, puis sur le site Michelan la route pour monter au Clos d’Hullias. Ce n’était pas une mince affaire d’arriver là-bas. Un cul de sac, une fin du monde, un bout de route. A une bonne centaine de kilomètres de mon lit. Était-ce bien raisonnable de faire ce trajet dans l’état dans lequel je me trouvais? Ne valait-il pas mieux mourir maintenant ici, de suite, sans rien tenter qui risque d’aggraver mon cas? Ne fallait-il pas renoncer à tout jamais à aller moins mal plutôt que tenter ce voyage?
J’ai à ma façon répondu à toutes ces questions puisque le lendemain, je suis monté en bagnole. Le vieux, enfin sa voix, m’avait dit:
__ Treize heures, soyez à l’heure parce qu’après, j’ai les bêtes. Je n’ai pas que vous à m’occuper. Ne vous croyez pas au centre du monde, non plus.
Après deux bonnes heures de conduite, dont la dernière demi-heure dans un paysage magnifique, déserté mais somptueux, aride mais  d’une beauté à couper le souffle… Dire qu’il nous arrivait de prendre l’avion pour aller en vadrouille dans des endroits lointains alors qu’à notre porte on pouvait trouver aussi beau… J’ai approché d’un hameau en bout de ligne sur le sommet d’une colline ronde comme le sein plantureux de femme généreuse. Plusieurs bâtisses de pierre regroupées comme des noix dans un panier. Le chemin de terre se terminait là, au pied d’un gigantesque tilleul sur une sorte de place. Sur la droite, un bâtiment tout en longueur comme une bergerie. J’ai stoppé la voiture et je suis descendu. J’ai été accueilli, agressé serait plus juste par une forte odeur de chèvres, moutons, agneaux…  bref d’ovins. Nom de bleu! J’en ai porté la main à mes narines et du pouce et de l’index, je me suis pincé le nez. J’ai regardé mon poignet, la montre m’a dit treize heures. La porte en bois de l’une des maisons s’est ouverte et un type sans âge est sorti sur le palier de pierre. Il avait une barbe fournie comme un maquis corse  mais coupée au cordeau. Il portait une combinaison de travail d'une couleur usagée et j'ai vu, dessous le vieux vert, l'impeccable blanc d'une chemise et, ce qui m'a vraiment surpris, le bleu de soie noire d'une cravate classieuse:
__ Bien tu es à l’heure, approche.
Je me suis avancé, mes oliviers dans les bras.
__ Pose-les au pied des marches, je m'en occuperais demain. Vous guérissez et moi, je plante... Une belle boucle non?
J’ai monté le petit escalier, lui, il avait fait demi-tour et était rentré. Je l’ai suivi. Une cuisinière à bois ronflait gentiment. Je n’avais pas vu ça depuis celle de ma grand mère qui s’allumait tous les matins avec des bûchettes fines qu’elle préparait le soir.  Dessus un des cercles de métal noirci, un faitout en fonte dans lequel un petit salé aux lentilles frissonnait. Ça sentait le lard chaud, la salive m’a giclé dans la bouche. J’ai entendu:
___  J’y mets des clous de girofle, c’est ça qui sent si bon… Je n’en ai préparé que pour moi, n’y pense même pas! Tout ce que je peux te proposer c'est un verre de MON vin. J'ai décliné poliment:
__ Merci mais il ne me reste qu'un point, je préfère le garder...
J'ai remarqué une vive lueur éclairant le noir de la pièce d'à côté... Le type, Alphonse, car c’était lui, bien sûr, a posé:
___ Je vais me laver les mains. Je reviens.
Puis il a disparu dans l’escalier de pierre. J’en ai profité pour aller faire un tour dans la pièce d’où luisait l’étrange lueur. Là, je suis tombé, enfin façon de parler, sur le cul! L’écran 27 pouces d’un imac dernier cri était allumé… C’était donc ça cette lumière! S'emmerde pas l'Alphonse! J’ai juste eu le temps de retourner dans la cuisine avant qu’il revienne. Ce type est bien plus qu'étrange me suis-je dit. Ma perspicacité m'a fait trembler. Je n'ai su qu'un peu plus tard qu'il vendait ses fromages par internet et qu'il faisait un malheur, avec.
___ Alors, c’est ton dos qui te fait des niches il m’a envoyé?
Je lui ai expliqué mes ennuis en gros et je suis passé très vite sur mes différentes tentatives de soin qui étaient jusqu’à présent restées sans trop d’effet. Il m’a regardé de haut en bas puis de bas en haut. J’ai eu le sentiment d’avoir été parcouru par un scanner. Un scanner qui sentirait le bouc et le petit salé aux lentilles avec des clous de girofle dedans...
Après un long silence, il m’a seulement prescrit:
___ Je ne vais pas te toucher, je ne vais rien te faire. Tu vas rentrer en te demandant pendant le chemin du retour, s'il ne serait pas temps pour toi, d'enfin, changer de vie. Quand tu auras la réponse, je crois qu'il te foutra la paix, ton dos... Le chemin que tu as choisi n'est pas le plus facile, mais dis-toi, pour te consoler, qu'il n'y a pas de chemin facile...
Tu ne me dois rien. J’ai été ravi pour toi que tu viennes jusque là., tu as décidé d'avancer, enfin...  Maintenant, tu peux t'en aller, j’ai mon repas à prendre.

Bonne route, petit…

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20 février 2011

Un petit somme…

Je me remettais lentement d'un épisode assez peu glorieux dans lequel j'avais, chez un acupuncteur de génie, chef cuistot à ses heures, joué les oursins à l'envers... Quand j'écris je me remettais, cela signifiait que maintenant, je pouvais à nouveau m'assoir sur un siège de voiture, par exemple, ce qui n'avait même pas été envisageable pendant trois longues semaines... J'étais percé de partout, je ressemblais à un très vieux pneu bardé de rustines. Je repensais à tout ça au volant et je ne crois pas que ce soient les premiers coups de klaxon qui m'ont tiré de là où j'étais parti...

__ Nom d’un sorcier birman!
__ Que t’arrive-il encore? Qu’as-tu à râler comme une fin de vie?
__ Mais c’est ce mal qui ne lâche pas mon dos, qui le suit partout, sans arrêt, tout le temps…
__ Toujours, quoi?
__ Oui c’est ça, toujours!
__ Et as-tu essayé l’hypnose?
__ L’hypnose? Ah non, ça je n’ai pas encore fait! J’ai testé les aiguilles chinoises, les pierres, les massages, TOUS  les massages, du shiatsu à l'ayurvédique,  en passant par le Nuad Bo Rarn. J'ai gouté à presque toutes les écoles de kinés, aux rebouteux d’à peu près tous les accents… Du rocailleux profond des Basses Alpes, au rocailleux doux du Gard en passant par le berrichon ou le lozérien, tu vois j’en connais un rayon… Et ce n’est pas moi qui ruine les mutuelles! Je ne leur prends pas UN centime! Je suis même allé chez un chamane aztèque si tu veux savoir! J’ai arrêté parce qu’il m’avait accroché les lombaires aux doigts de pieds…
__ Dis moi, et les médecins de la médecine,  tu les as essayé les médecins?
__ Ben non! Pourquoi faire?
__ Pour rien… Mais tu devrais tenter l’hypnose alors au moins pour l’expérience,  pour voir, tu ne risques plus rien! Et puis, on ne sait jamais, sur un malentendu, ça pourrait marcher! En tous les cas, ça ne  risque de ne pas te faire davantage de mal.
Alors, je me suis mis en quête d’un hypnotiseur. Quinze jours après, j’appuyai sur la sonnette d’un petit immeuble de banlieue à deux pas d’une gare. Au: Oui?  Je  m’annonçai. Entrez! C’est au troisième, la porte sera ouverte...
Ça sentait l’encaustique et la soupe de poireaux. J’ai poussé la porte et j’ai été accueilli par un nuage d’odeur d’encens et par la plus belle femme que j’avais jamais vu. Une trentaine triomphante, brune comme un œil de séducteur andalou, de longs cheveux attachés en une queue de pur sang, une peau mate et une voix grave comme une nouvelle d'importance.
Nom de Dieu, je me suis dit à moi-même, tout seul et comme la beauté des femmes m’intimide, j’ai été très intimidé. Un mauvais coup pour le lâcher prise… Elle m’a fait entrer dans son cabinet qui donnait sur les voies ferrées. Un porte manteaux, pour nos ennuis? Un bureau minuscule, deux grands fauteuils de cuir en face à face et un mur entier couvert de livres de chez Odile Jacob.  Il semblait y avoir tout François Roustang, tout  Victor Simon et je ne parle ni des Rufo, ni des Cyrulnik, ni des Kristeva... Si elle les a tous lu, c'est une pointure, je me suis dit.
Après m’avoir fait asseoir sur un des deux fauteuils, de sa voix  de Bessie Smith sous angine blanche ou de Sarah Vaughan sous laryngite, elle m’a entrepris:
___ Alors, qu’est-ce qui vous amène ici?
Ah, oui, elle avait un vague accent, aussi...
___ L’annuaire, j’ai dit bêtement, mais je voulais détendre un peu mon atmosphère.
Elle a souri gentiment mais n’a pas lâché le morceau.
___ Oui, mais sinon, à part lui?
Je me suis un peu raconté, dans les grandes lignes, bien aidé par les bruits des trains qui passaient sous les fenêtres…
Puis elle a fait: On va y aller, on va voir ce qu’on peut voir.
___ Asseyez vous bien au fond du fauteuil, installez vous le plus confortablement du monde. Regardez le plafond, essayez d’y repérer les deux points de couleurs qui y sont, allez de l’un à l’autre, lentement, paisiblement.
Au plafond, on avait fait deux cercles de couleurs un rouge et un vert distants de trois mètres environ, je n’ai pas eu de mal à les trouver et j’ai commencé à me balader de l’un à l’autre, puis de l’autre à l’un. Ce prénom ne me dit rien je me suis dit. J’étais aux taquets, concentré comme un tube de lait Nestlé.
Après quelques secondes de ce manège, la voix incroyable de la personne assise en face, m’a demandé de compter de un à dix puis de dix à un tout en continuant mes allers retours d'un point à l'autre. Jusqu’à dix ça va elle me prend pour qui?
Je m’y suis mis, consciencieusement, avec application et j’ai bien senti qu'il se passait quelque chose, comme un bazar qui s'installait. J'ai vaguement commencé à sortir de la pièce mais sans aller trop loin. J’ai juste fait un tour près des locomotives...
Elle, je continuais de l’entendre qui me disait des trucs où il était question de niveau de conscience, d’ici et maintenant, de relâchement… Et sa voix profonde faisait une si jolie musique qui me couvrait les épaules que je l’écoutais avec un immense et chaleureux plaisir. Un moment, elle m’a dit que mon bras droit allait avoir envie de se lever tout seul. Il n’a rien voulu savoir, il est resté ancré dans le bras du fauteuil. Alors, elle l’a pris de sa main. Elle m’a touché, j’ai été touché par elle…
Elle me l’a levée, ma main et l’a laissée en l’air, comme un imbécile et l’autre devait la rejoindre. Elle y est allée sans doute par solidarité. J’ai fait un petit tour en dehors de moi et je me suis vu, assis dans un fauteuil en cuir, en face d'une bombe, dans  le salon d’un petit appartement, les deux bras levés… J’ai souri. Alors, elle m'a proposé plusieurs balades. Une dans une barque planant au-dessus d'une forêt accueillante, une dans un traineau tiré par des rêves bleus, une sur un tapis volant poussé par le courant paisible d'une rivière enchantée... J'aurais préféré qu'elle m''invite à une petite marche  avec elle le long des quais de Seine, mais bon...  Puis, elle m'a invité à une pause dans une clairière pleine de mousse douce et là, je m'y serais bien allongé à ses côtés, mais il n'en a jamais été question. Tout ça est resté très professionnel...
Malgré ses injonctions, je ne me suis pas endormi, je suis resté là dans les odeurs d’encens, de soupe de poireaux et dans les bruits de départs et de freinages des trains d'à côté.
Pour une première séance, votre résistance est normale m’a-t-elle dit. Nous nous revoyons dans quinze jours, même heure. Je lui ai fait un chèque et je suis sorti à regrets. Ce n’est pas tous les jours qu’on passe des instants avec une si jolie personne, on a envie d’en profiter encore, un peu.
J’ai rejoint ma voiture et j’ai pris la route du retour. J’étais dans le doute.  Hypnose, hypnose, me suis jamais endormi vraiment, mon bras il n’est pas monté seul, si elle n’était pas allé le chercher, il serait resté là, je me souviens de tout, je n’ai jamais perdu le contact... Est-ce que ce ne serait pas une arnaque cette affaire? Je vais y retourner, mais c'est bien parce qu'elle est si belle...

Ce sont les deux derniers coups de klaxons agressifs des bagnoles derrière la mienne qui m’ont sorti de là.
J’étais à l'arrêt, au beau milieu de la voie, le feu était au vert, une bonne demi-heure après ma première séance d'hypnose où il ne s'était pas passé grand chose.

Je pensais à tout ça en dormant, les deux mains agrippées au volant comme un routier décérébré.

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09 février 2011

Awoke you.

Après un épisode longuement douloureux et, pour tout dire assez emmerdant, dû à une hernie discale dont, je ne m’étais, finalement pas si mal sorti, puisque j’avais évité l’opération chirurgicale et, donc, les anesthésies hasardeuses, les maladies nosocomiales, les réveils improbables, les erreurs possibles d’un spécialiste, certes éminent mais aussi grandement surmené, j'étais, enfin, redevenu, presque, moi-même. Ainsi, semblant réparé, du moins dans les grandes fonctions, je me remettais à courir comme un lapin dératé. Ça tombait bien, dans certains endroits, on en fêtait, ces jours-ci, la toute nouvelle année !
J’étais alors, tout entier à la joie de ma jeunesse (rigole !) reconquise, de mes forces nouvelles retrouvées ! Nom de Dieu de Nom de Dieu, le printemps qui allait bientôt pointer son joli museau rose n’allait pas en croire ses oreilles… (oui, de lapin, si tu veux !). Il allait voir ce qu’il allait voir ! Tout à cet état d’esprit sanguin, mais d’un sang plus que neuf,  un bon cent dix, je grimpai, cinq à cinq, les marches de l’escalier ce qui, hier encore, m'était un épouvantable chemin de croix à vingt six stations, quand, d’un coup, la pointe acérée d’une sagaie Peul d’apparat s’est fichée, pile, profond entre L4 et L5. Oui, là, dans le cœur même du disque, au nœud de la protusion! Ô gazelle foudroyée en vol par les griffes  acérées d’un guépard sanguinaire... Ô vol planant d’une buse  perforée par une flèche empoisonnée au curare... Ô course affolée d'un lapereau rattrapée par la patte d'un chat affamé...
En quatre. J’étais plié en quatre et, au beau milieu des marches, des larmes de rage et d’impuissance me sont montées aux deux yeux. Je n’ai plus bougé pendant un long moment. Je me suis joué un film où il était question de fauteuil, à roues, de handisport, de ces merveilleux sièges montant les étages, de véhicules aménagés, A moi les places bleues  du parking Ikéa, à moi les cartes GIC, à moi les premiers rangs dans les concerts... Mais finies les salles trois et quatre de l'utopia d'Avignon et quelques autres endroits dont j'ai renoncé à dresser la liste... La douleur violente un tantinet apaisée, je me suis demandé si je devais, maintenant, monter ou descendre. Poursuivre ma route ou revenir en arrière, avancer ou reculer. Si je montais, j’aurais à redescendre pour ouvrir aux secours, si je descendais, n’allais-je pas, en plus dévaler les quelques marches qui me séparaient du canapé et risquer la fracture d’un membre ? Remarque, au point où j’en étais autant que le samu se déplace pour du solide. Si l'on peut dire... Disons du solide qui casse...
J’ai en finale, choisi de monter pour aller m’allonger sur le lit. Je ne l’ai pas atteint. Enfin si, j’y suis arrivé mais seulement à ses pieds. Je n’ai pas réussi à y grimper dessus. Je suis resté couché, en boule, sur le tapis. C'est ainsi que l'’année du lapin, qu’on célébrait hier encore, devint en vrai, l’année du chien de fusil. J’ai réussi à trouver une position qui ne me faisait pas souffrir. Je me suis dit que je n’allais plus en bouger. Jamais. De ma vie. On allait, dans un siècle ou deux me retrouver momifié sur le tapis de ma chambre, recroquevillé comme une vieille chose informe...
Après une heure ou deux, j’ai quand même envisagé d’appeler.à l'aide J’avais, dans mes contacts une armée d’ostéopathes, d’acupuncteurs, de chiropracteurs, de phytothérapeutes, de kinésithérapeutes, de chamanes, de tripoteurs aux mains d'or, de guérisseurs, de gourous, d’imposeurs de mains, de masseurs chinois, thaïlandais, indiens,  bantous, des qui travaillaient selon des méthodes toujours ancestrales, évidemment, avec des pierres de lave du Stromboli, des fleurs de Brahms, des rameaux de la Brie, des badines  en bambous  du Bénin, des poussières de roches du Tibet, des poudres d’insectes séchés… J'avais même le zéro six perso de Corine Monbrun, c'est dire! Tout l'annuaire parfait, du magasin parfait: A la clinique des dos brisés.
J’ai opté, cette fois, pour un acupuncteur que je ne connaissais pas encore, hé oui, il me fallait attendre d’avoir le dos en deux pour aller consulter, dont on m’avait donné l’adresse lors d’un diner, en me disant que lui, soignait tellement bien qu'une fois soulagé, on regrettait même, de ne plus avoir mal… C’est dire!
J’ai fini par me saisir de mon calepin et j’ai appelé. J’ai eu un peu de mal à me mettre d’accord avec lui à cause de la langue… Il ne parlait pas très bien la mienne, et moi très mal la sienne. Quand on est en face on peut s’en sortir par les gestes mais au téléphone avec un dos en miettes cela m’a causé quelques litres de sueur. J’ai noté l’adresse et je lui ai dit : j’arrive ! Oui, en finale j’avais compris qu’il avait en quelque sorte un service d’urgence et visiblement mon état le réclamait. J’arrive, j’arrive… C’était dit un peu rapidement. Entre là où j’étais et la voiture, en bas dans la cour, il y avait un monde.
Ce fut un monde à franchir.
Je vais glisser, c’est le cas de le dire, sur la descente des escaliers en rampant, la fermeture de la maison, la montée en voiture et le trajet pour arriver jusqu’à son cabinet que j’ai eu un peu de mal à trouver. C’était au beau milieu du quartier asiatique. Il fallait, je vous le donne en mille, traverser l’odeur mêlée d’encens à la fleur de rose et de porc au caramel de la salle d’un minuscule restaurant chinois. Pour l’acupuncture c’était un bon point. En effet, je me méfiai toujours un peu des acupuncteurs occidentaux comme on se méfierait d’un boucher végétarien... Maître Shui m’attendait en préparant le service du soir. Un tablier blanc immaculé autour de la taille. Ne me dites pas que vous n’êtes jamais allé chez un thérapeute un peu spécial ou alors c’est qu’il ne vous est jamais rien arrivé! Quand on est plié en deux, on va n’importe où!
Ah vous êtes là ! A-t-il dit quand il m’a vu. Un deuxième bon point, Maître  Shui était un être perspicace. Dans ses deux professions, ça aide.
Il m’a fait entrer dans une petite pièce où il faisait une chaleur torride. Il y avait pas mal de désordre, elle n'était pas très feng, mais comme il y faisait aussi clair qu'au fond d'un sac de champignons noirs, cela passait. Il y avait au centre, une table de massage. Je me suis déshabillé du haut et du bas et je me suis allongé sur le ventre. Enfin, c’est Maître Shui qui m’a demandé tout ça. De moi-même, je serai resté courbé en deux comme un roseau plié par le vent ! Après m’avoir demandé où j’avais mal, perspicace mais pas trop, il a sorti des tas de longues et fines aiguilles d’une boite en métal et a commencé à me piquer. Il m’en a collé un peu partout dans le dos, de la nuque aux tendons d’Achille, des dos de la main aux omoplates. Dans la pièce, flottait un air de musique asiatique. Douce, mais asiatique. En peu de temps, je me suis retrouvé piqué de deux centaines d'aiguilles, comme une poupée vaudou à qui on voudrait un mal de chien... Il m’avait balisé tous les méridiens possibles, il avait assuré le coup, j’ai pensé. Je me suis vu me dégonfler mais c’était pour me faire sourire un peu. Voilà deux bonnes heures que cela ne m’était pas arrivé. Et puis, Maître Shui est sorti. Il devait avoir une soupe sur le feu.
Après un long moment, j’ai bien senti que je me décontractais, que je me relâchais, que je me liquéfiais, même. Je commence à m’endormir, ma parole… Je suis bien, il fait si chaud ici, je n’ai plus mal, je m’endors, je sombre, je m’en vais, je pars…
Comme je ne dors absolument jamais sur le ventre, j'ai été bébé en un temps où cela nous  était totalement interdit, ayant oublié où j’étais et dans quel équipage, j’ai eu LA plus mauvaise idée qui soit de la soirée… J’ai entrepris de me retourner. Pour me mettre sur le dos…

C’est mon hurlement qui a fait surgir Maître Shui de sa cuisine...

Une poêle en feu à la main! Avant de m'évanouir, je me suis dit: Une thérapie nouvelle?

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04 février 2011

Une belle journée.

         Maintenant, c’était la nuit. Nous avions levé l'ancre quatre ou cinq heures auparavant.
Nous devions faire route entre le Sud et l'île principale d'un petit archipel qu'on nous avait recommandé. Nous étions deux à bord. Une belle unité, un plan Nivelt en alu de vingt mètres qui avait dû connaitre tous les sels du monde. Nous avions mangé ensemble, un poisson grillé chassé dans l'après-midi, parlé un peu, bu, pas mal. Du rhum, des citrons verts… Nous nous étions mis d’accord sur la route à suivre et les options à prendre. Cela n’avait pas été difficile, l'autre était le spécialiste, l'expert, pas moi. Mais il faisait comme s’il me demandait mon avis, alors pour ne pas le décevoir, je lui donnais. Nous savions bien lui et moi que les décisions, lui seul les prenait. Et, qu'elle soit une femme n'y changeait rien. Elle venait de descendre se coucher. J’avais pris le deuxième quart de nuit. Il était tranquille. Nous avancions à sept huit nœuds dans le  muscle du noir. La surface de l’eau était plutôt plane, comme un drap fraichement repassé. J’avais enfilé un pull pour le confort et une paire de gants en polaire aussi. Je m’en étais allumé une et ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Les premières bouffées avaient été toussoteuses. Je n’avais pas aimé ça du... toux. Le souvenir que j’en avais était beaucoup plus agréable que le plaisir procuré. Serais-je, définitivement guéri? J’avais pourtant juré que, le jour de mes soixante quinze ans, je m’y remettrais avec application. Me fallait-il encore arriver jusque là... Des bribes du presto de l’Eté de Vivaldi m’étaient arrivées de la cabine principale, puis plus rien que les caresses de la paume de mer sur les flancs du bateau et le glang glang des haubans sur le mat. J'avais souri. Elle était la seule personne au monde que je connaisse à pouvoir s'endormir avec ça  à bloc dans les oreilles. Quand je le mettais à fond sur le pont j'étais prêt à prendre d'assaut tous les moulins du monde, un sabre au clair, une hachette entre les dents, un bandeau sur le coin de l'œil!
Le noir s’était fait plus dense mais bizarrement j’y voyais davantage. Mes yeux s’étaient sans doute habitués à l’obscurité. J’étais sous pilote mais je jetais, de temps à autre, un œil au cap, ainsi qu’à la voilure. Bref, je naviguais. Gentiment. J’avais en tête le dernier bulletin de la météo marine et franchement je ne devais pas m’inquiéter de grand chose:

Prévisions par zones valables jusqu'au vendredi 04 Fév à 22h UTC: Nord Secteur Nord Est 3 à 4, mollissant progressivement 2 à 3 par le nord, l'après midi, puis Nord à Nord Est 1 à 2 la nuit. Quelques rafales au début. Mer calme à creux variables du nord au sud. Sud Secteur Nord Est 3 à 4, parfois 5 sur l'extrême nord au large au début, devenant bientôt variable 2 à 3, localement Nord sur l'ouest. Rafales légères au début. Mer calme à remuante s'atténuant un peu en fin de nuit.
J’allais passer une nuit douillette. Je veillai sur ma pote et son bateau, j’étais le seul réveillé sur toute cette mer et sur toutes les autres mers du monde entier, si ça se trouve... J’avais une bouteille de rhum à mes pieds les jambes enroulées dans une polaire, un pull qui ne grattait pas au col, ma tête au chaud sous son bonnet, un paquet et un briquet tempête. Je pouvais attendre  et le jour venir.
Je les ai entendu de suite. De suite j’ai su que c’en était. Une équipe de dauphins qui courraient avec le bateau et qui soufflaient en sautant! Je les ai vu. J’ai vu leurs yeux qui me regardaient de côté à chaque fois qu’ils sortaient le rostre de l’eau. Je les ai vus qui souriaient. Ils souriaient! Et je le jure, non seulement ils se souriaient entre eux, mais ils me souriaient, aussi, à moi. Nous n'avions pas été présentés, mais ils semblaient ravis de me voir et de m'accompagner un moment. Ils étaient comme une chouette bande de vieux potes qui discuteraient le bout de gras en faisant leur jogging du soir et en nous invitant dans leur course.  C'était renversant. J'étais renversé. Je n’ai réveillé personne, j’ai juste regardé le spectacle tel qu’il m’était donné à voir. J’avais le cœur qui battait à deux cent. Je les avais pour moi, là à dix mètres, pour moi seul. Ça a duré une bonne demi-heure et puis ils se sont lassés, je me suis dit. Ils ont disparu. Alors, j’ai descendu une ou deux  gorgées pour fêter ça.
Et puis quelques miles après, vers l’est, ça a commencé à s’éclaircir doucettement comme si on envoyait un nuage de lait en poudre dans le noir de la nuit. Je me suis réinstallé confortablement au poste, un coussin sec sous les fesses et j’ai regardé le jour prendre à l’abordage l’étrave du bateau. Je me sentais baigné par une paix profonde. En accord avec les nuages comme vapeurs cotonneuses, en lien avec le tendu de la ligne d’horizon, en paix avec la surface plane, d'un vert émeraude, avec le chaud du jour qui s’amenait en prenant tout son temps, avec le chant de l’eau sur le carénage et les caresses du vent dans le haut du génois… De la cabine, montaient les senteurs mêlées de café neuf et de pain grillé... Bientôt, je verrai débarquer son sourire et ses yeux clairs...

Il n’allait pas nous arriver grand chose, comme à peu près toutes celles que nous connaissions depuis que nous avions embarqué, voilà trois courtes années, nous allions, encore, vivre une belle journée…

Gwad 08 127

26 janvier 2011

Planète en vue…

                         Depuis quelques temps déjà, dès que j’en vois un dans la rue ou dans un magasin, mine de rien, je m’approche, je tourne un peu autour, j’essaie d’attraper son regard, bref, je tente d’entrer calmement en contact comme un Claude Lacombe prudent.
Quand je peux, je leur souris, je leur fais une grimace, j’essaie de les faire rire, d’établir un lien. Bien sur, il  me faut quand même rester un peu discret, ils ne se baladent jamais seuls, il ont toujours un adulte auprès d’eux qui les surveille jalousement et qui, en vrai, détestent qu’un autre  leur fasse de ces simagrées dont je m’arrange.
Pour cela, pour les croiser, je vais rôder le plus souvent dans les supermarchés. L’adulte qui veille a d’autres centres d’intérêt, on peut ainsi entrer en contact plus aisément avec les petits. Il arrive au grand, dans ces endroits de s’éloigner de quelques mètres, de laisser le petit un peu seul, de relâcher son attention. C’est d’ailleurs pour cette raison que je préfère m’adresser à ceux qui sont accompagnés de deux gardes du corps. Deux adultes le plus souvent, un mâle et une femelle. Ils ont alors tendance à être bien moins vigilants, à plus s’occuper d’eux mêmes en se chamaillant clairement sur leurs points de désaccord. Il y a pendant ces disputes un créneau plus ouvert, une fenêtre plus favorable. Il y a des failles dans le dispositif. Alors, là, je peux difficilement m’en empêcher.
La plupart, du reste, répond à mes avances, entre en communication avec moi, me rend mes sourires et mes grimaces. La plupart mais pas tous. Il arrive que parfois ce soit un supplice pour eux, ils ne comprennent visiblement pas ce que je tente de leur dire. Ils se mettent très vite à pleurer, à se cacher le visage, à couper court à toute tentative. Là, il faut réagir vite, s’éloigner en douceur sans laisser à penser que c’est ma présence qui est la cause de ce remue ménage. Sinon, l’adulte présent, l’adulte protecteur, le garde du corps va chercher à savoir d’où ça vient et il ne vaut mieux pas que ce soit de ta faute, mon petit gars, c’est moi qui te le dis! Alors, je tourne la tête et regarde ailleurs l’air détaché. Ensuite, je m’éloigne de la zone de contact le plus paisiblement du monde en essayant de surtout ne pas me faire repérer par les gardes qui sont toujours plutôt à cran. Surtout dans les grandes surfaces. Allez savoir pour quelles raisons!
Le dernier spécimen que j’ai abordé c’était chez Aucha. C’était un individu tout jeune, de sexe sans doute masculin, plus ils sont jeunes plus on a de difficulté à déterminer le sexe avec certitude. Il était assis dans un étrange véhicule qu’on pousse, à roulettes. Je dois dire que j’ai eu beaucoup de difficultés à voir ses yeux qui étaient, malgré tout, au nombre de deux et les deux d’un bleu magnifique. Il était emmitouflé dans des couvertures autant pour le protéger des regards que du froid, enfin c’est ce que je me suis dit. Nous avons passé un bon quart d’heure tous les deux à discuter gentiment. Lui, m’envoyant des blblbbllblblbl superbes et souriants. Moi, lui posant des questions sur sa vie, s’il était content de ses adultes, s’ils le nourrissaient comme il fallait, s’il était correctement câliné, si tout allait bien pour lui, enfin le tout venant, quoi.
Et puis, un grand est arrivé, l’air un peu furibard quand elle m’a trouvé accroupi devant son petit. J’ai dû me justifier aussi sec:
___ Ne vous inquiétez pas, je ne lui veux aucun mal, simplement, je vais bientôt être grand-père, je dois absolument reprendre contact avec la planète bébés. Dès que j’en vois un, je m’entraîne… Il y a si longtemps que je n’ai pas eu d’échange avec un de ses habitants... J'ai presque tout perdu...

Le garde chiourme s’est un peu détendue. Elle a eu l'air soulagé.  Elle a semblé me croire.
En vrai, je vais faire ma coquette, j’aurais quand même préféré qu’en voyant ma tête, lui vienne un truc du genre: Comment? Vous? Non?

Pas déjà?


Grafs 011

25 janvier 2011

Un loup dans ma cuisine.

Pour les Impromptus Littéraires de la semaine. Le thème imposait de faire figurer dans le texte la phrase: il y a un loup dans la cuisine…

___ Dis Chouchéri, tu te rappelles que les Sprats viennent manger à midi ?
___ Ah non ! Mince pas ces deux là ! Je les déteste.
___ Mais Doudoucha qu’est-ce que tu leur reproches ?
___ Ah mais presque rien ! Juste qu’ils feraient d’une belle journée de printemps un vilain dimanche de pluie, ces deux couillons. Ils ont la conversation d’une crêpe au sucre, l’humour d’une antenne radio et la générosité d'un piège à souris. A part ça, rien.
___ Tu dis n’importe quoi Choubibi, ça n’a pas d’humour une antenne radio !
___ C’est exactement ce que je dis…
___ Mais toi, tu détestes tout le monde, Amourchou, et parfois je me demande si même moi…
En la regardant vaguement de travers:
___ Ne commence pas à être de mauvaise foi, veux-tu ! Tu sais très bien que ce n’est pas tout le monde que j’abhorre mais ces deux imbéciles là, oui, vraiment ! Ce sont deux  pingres, râleurs et ronchons… On en a déjà parlé plusieurs fois et nous étions plutôt d’accord si je me souviens bien… Il t’est arrivé de leur casser des camions de sucre sur le dos, je te rappelle…
___ Comme ça nous aurons de quoi nous parler après leur départ. Et puis, nous leur devons une invitation et j’ai proposé samedi midi comme ça nous aurons l’après-midi libre. Nous irons marcher un peu après le repas. Qu'en dis-tu Choudou?
___ Ça m’étonnerait ! Ils n’aiment pas la nature ces deux crétins. Dès qu’ils voient un brin d’herbe ils le croient porteur d’une maladie! Imagine ce qu’ils pensent des arbres! Sais tu qu'un jour je l'ai entendue compter le prix des bouchées qu'elle bouffait au restaurant, cette radine!
___ Hé bien comme ça, ils rentreront chez eux plus vite. Tu vas leur préparer quoi, Amourbichou ?
___ Qu’est-ce qu’ils n’aiment pas ? Je vais leur préparer un truc qu’ils n’aiment vraiment pas…
___ Tu es trop mignon, Chamour… Un vrai délice d’homme agréable, gentil et bienveillant et prévenant et souriant, une rivière de perles d’homme…
___ Accrochée à un cou qui ne le mérite pas !
___ Ha! Ha! très amusant! Fais ton malin, Bichounet! Je crois qu’ils ne sont pas fanas de poisson.
___ Parfait. J’avais justement envie d’en manger un.
___ Arrête, Chou !
___ Bonne idée, je vais oublier de les enlever !
___ Tu es impossible, Choudam !
___ C'est beaucoup, beaucoup plus fort que toi, hein? Dis moi que ça te vient sans que tu y réfléchisses! Tu ne contrôles rien, n'est-ce-pas? Tu ne peux pas t'en empêcher?
___ De quoi parles-tu Amourcha? Tu es vraiment bizarre, toi! Ce sont les Sprats qui te font cet effet?

Il s’est habillé, en rougne, il a filé au marché en rage. Avant de partir, il a lancé:
Est-ce que tu pourrais, si ça n'est pas trop te demander, arrêter, une fois pour toutes, avec les surnoms débiles dont tu m'affubles? Ça me gène, je t’assure, j'ai l'impression que tu parles à un autre. Et quand on est entre nous bon, passe encore, mais dans la rue?
Elle avait juste marmonné dans son coin:
___ Comme tu veux, Chamour...

La fin de semaine, c’est lui qui faisait les courses et le repas du jour. Midi et soir. Même quand ils avaient des invités. Il s'en sortait bien! A elle les cinq repas du soir de la semaine, à lui les quatre du week-end avec plus de temps pour les préparer...
Pas totalement mauvais… A moins qu’il ait été motivé par la perspective d’un étouffement  des Sprats ou d’une réaction allergique, qui sait?
Il est revenu vers les onze heures et s’est mis en cuisine.
Vers douze heures trente, on a frappé à la porte. Ils sont allés ouvrir et sont restés un moment sur le palier à parler du froid qu’il faisait et de l'hiver qui était rude. Allez, on rentre, on ne va pas rester là à chauffer la rue…
___ L’autre, le crétin des îles en a profité pour en placer une : C’est pas parce qu’on rentre qu’il fera moins froid dehors…
Alors, le cuisinier, en poussant un peu les Sprats dans le dos, les a fait avancer vers le salon…
___ Avancez, sortez de ce lieu noir, on passe au bar. Il y a un loup dans ma cuisine qui, gentiment, attend au four en... grillant…

Et l'autre demeuré de chanter: Et j'ai grillé, grillé é, Sardine pour qu'elle revienne...



Hotel Eden lac Ste Savines

23 janvier 2011

Hata yo yo.

              Après avoir longtemps survolé la Haute Vallée de la Félicité Radieuse, accompagnés du seul bruissement mélodieux de tout un vol de pinsons guillerets, nous nous étions posés, mollement, sur un immense pouf de mousse épaisse et douce, dans la tendre tiédeur feutrée d’une clairière ensoleillée, en un début de printemps bienveillant... Je m'étais, à peine, dégourdi les jambes de la posture improbable qu’elle nous avait fait prendre avant de tous  décoller de la pièce quand la voix a suggéré: Relâchez vous, mais relâchez vous vraiment bien...
Bien sûr que je vais me relâcher, tu crois quoi? Que je vais rester plié comme une cocotte en carton? C'est ce que je m'étais murmuré à moi-même dans le silence revenu.
Le coup d’après, on a tous levé le camp pour s'en aller s'allonger sur une plage de sable, balayée par un alizé pépère, habitée par le seul chuintement des vaguelettes venant s’éclaffer calmement sur la grève, au rythme d'un monde, au souffle ralenti, vague après vague, après vague, après vague… Je suis à peu près certain que quelques uns en ont profité pour piquer un petit roupillon à même le chaud du sable. A dire vrai, ça s’est  entendu à leur respiration qui est devenue un peu plus lourde et il y eut même quelques débuts de grognements ronflés. Je le sais, je me connais bien de ce côté là... La voix n’a pas laissé faire, elle a pris tout le monde de court: On se réveille, on revient au monde! Elle n’avait pas tout à fait tort, on n’était pas là pour s’endormir surtout sans nos lauriers!
Le troisième et dernier voyage de la matinée a vu, toute la petite troupe réunie dans la pièce surchauffée, une ancienne boucherie chevaline d’un arrondissement central, s’en aller faire un tour dans le bocage normand, parmi les vaches brunes et noires… Une fan de Stone et Charden, je me suis dit. Un bon point pour elle, ce n’était pas si fréquent d’en rencontrer encore, la plupart étaient morts depuis quelques années déjà. La voix s’est très approchée de moi: Restez avec nous, vous, vous  n’êtes plus vraiment là m’a-t-elle envoyé. Elle avait vu juste. J’avais un mal de chien à rester ici et maintenant. J’avais des excuses. J’étais débutant. C’était ma première fois.
Je m’étais inscrit dans ce cours, à la suite d'une vilaine hernie discale qui m’avait poignardé et le dos, et la jambe, et la cuisse pendant quelques mois. Mon doc m’avait recommandé le yoga pour tenter d’éviter l’opération et, avait-il ajouté, pour sauver ce qui était encore sauvable. Gasp! Parfois ils ont le chic pour vous détendre, ces  diplomates, en acier, ils savent vous mettre à l’aise et vous rassurer, ceux là! Mais, quand arrêtera-t-on de les recruter sur leur seul amour des chiffres? Les médecins pourraient être des littéraires, enfin, des êtres un peu sensibles puisqu’ils vont être confrontés toute leur vie à la misère du monde. Une fois de plus, ici bas, on avait l'impression que les choses étaient faites à l’envers.
La prof avait raison, j’avais un peu quitté l’ambiance.
Je me suis ressaisi, j’ai rameuté toutes mes cellules, je leur ai intimé l’ordre de se regrouper à nouveau, ici et maintenant dans ce bain d'odeurs d'encens et de musiques planantes. Aussi, j’ai soigneusement évité que mes yeux se posent sur le dos de la jolie jeune femme à, à peine, un mètre devant moi… Son dos si beau et sa si longue natte brune qui le partageait en deux… Oublie, oublie... Détache-toi des basses tentations matérielles, élève ton esprit... On approchait de la fin de la séance. Elle s'est terminée par une série d’inspir/expir en sollicitant le seul diaphragme. Et si possible avec,  en tête, l’idée de respirer comme  un robinet qui fuit. Je n’ai pas été très bon. La seule idée de fuite me provoquant aussi sec des angoisses ancestrales et NON, NON, NON, je ne voulais pas savoir d’où ça me venait.
Et puis, nous sommes allés nous rhabiller. Étant le seul bonhomme de la petite assemblée, j’ai attendu que les filles sortent du vestiaire. C’est pendant que j'enfilais mon tee-shirt que j'’ai entendu la voix dire d’un ton plutôt ferme: Françoise n’oublie pas que tu me dois trois séances, déjà. Si tu n’as pas arrangé ça, la prochaine fois ce ne sera pas possible. Ça m’a surpris. Pour tout dire ça m'a paru très éloigné de l'esprit de ce qu'on venait de vivre.
Je suis sorti. Je suis allé m’installer dans un coin, au premier bar en descendant la rue. J’avais envie d’un café double. Peu de temps après, la voix est entrée. Je ne l'ai pas reconnue de suite, elle avait quitté son costume de prof de yoga. Elle était habillée comme une banquière sur son trente et un. Un long manteau de cashmere camel sur un tailleur noir, des talons noirs et un foulard de soie sur les épaules. Une canonnière!
Elle s’est assise sur un des hauts tabourets et a commandé sèchement un café: Vite un café! a-t-elle envoyé. Pas bonjour, s’il vous plait, je suis pressée je peux avoir un café, non elle a dit: Vite un café! Il est arrivé dans la demi-seconde. J’ai failli attendre! Je me suis dit, moi, elle plaisante. C’est un jeu qu’elle a avec le serveur. A la tête du gars, j’ai vu que non. De suite après la première gorgée, elle est entrée en colère en gesticulant!
"Alors je ne peux pas avoir un café chaud dans ce bar, vous n’y arrivez pas, c’est fou, ça! Ce n’est quand même pas très compliqué de faire chauffer de l’eau, vous devriez y arriver tout de même! C’est à chaque fois la même chose! On dirait que vous le faites exprès!

J’étais sur le cul. La chef yogi était odieuse. Comme j’avais épuisé ma séance d’essai gratuite, elle, je ne l'ai plus jamais revue…
J’ai demandé un annuaire, j'espérais trouver l'adresse de ce demi gourou phytostrecheur, le stretching, mais par les plantes, dont on nous rebattait les oreilles et qui semblait très en vogue dans le quartier…


Porte vieux Chantemerle

19 janvier 2011

Un écart de conduite.

Est-ce-que tu te fous de ma gueule? Dis, c’est de cette façon que tu nous remercie?  Et j’espère que tu ne vas pas me confirmer ce qu’on m’a dit sinon, tu es fini, mort, et je me chargerai personnellement de toi, de ta carrière, enfin ce qu’il en restera! Crois moi! Tu es grillé, j’aime autant te le dire! Ton prochain volant c’est celui d’un tracteur! Sans les roues!
Le type en costume dans une colère noire hurlait, éructait, vitupérait, tournait autour du lit du jeune gars bardé de tubes et de perfusions dans la chambre 213 de cet hôpital de province. Il y avait été amené en urgence quelques heures au par avant après une sortie de route dans la troisième spéciale de la journée. On avait décelé une demi-douzaine de fractures, la plupart à la jambe gauche et à un poignet aussi qui avait pas mal reçu. Mais, par miracle, aucun organe vital n’avait été touché et son copilote lui s’en était sorti sans même avoir eu le temps de prendre peur. Dès l’arrivée de l’hélicoptère qui l’avait amené, on l’avait plongé dans un coma artificiel, le temps de réduire toutes ses fractures et de pouvoir, ainsi, présenter un homme presque neuf. A vingt ans, il s’en remettrait vite d’autant que ce n’était pas son premier accident, ni ses premiers os cassés. Il y avait déjà eu droit en kart quand il avait débuté vers ses huit ans puis en moto, sept ans après, mais cette fois dans les bois lors d’une sortie avec ses potes. Ils pilotaient tous des  Bultaco trois cinquante. Un engin qui grimpe aux arbres. Une fois là-haut, le problème devenait d’en descendre… Ce jour là, il l’avait faite seul, la descente. Un grand pin avec des rochers au pied. Une omoplate et un avant-bras qu’il avait mis en avant pour se protéger. La moto était restée un temps accrochée puis l’avait suivi. Il l’avait prise sur le dos et deux vertèbres avaient éclaté. Un an après il reconduisait. Plutôt vite. C’est là qu’il avait été remarqué.
Une écurie officielle d’une grande marque avait parié sur ce jeune dingue qui allait plus vite que tout le monde. Pour qu’il se forme, elle lui avait fourni une voiture et une petite équipe. Ensemble, la première année,  ils avaient écumé les rallyes régionaux. Il avait raflé presque toutes les coupes. Et dans les hauts bureaux, quelques bedaines cravates s’étaient félicitées chaleureusement. De l’investissement. Il avait dès la fin de cette année là changé de catégorie. Ce qui voulait dire une voiture encore plus performante, une équipe plus fournie, davantage compétente et des revenus bien plus importants. Mais aussi des attentes à la hauteur. Il ne s’agissait plus de s’amuser. Alors qu’avant on pouvait, maintenant, il fallait gagner. La pression sur ses épaules aussi augmentait.
Lors de la première course, il avait fini deuxième derrière un de ces finlandais qui régulièrement descendaient du froid pour conduire plus vite que tout le monde. Le deuxième rallye, il l’avait emporté haut le volant et les bedaines costumes avaient allumé de gros cigares.
C’est lors du troisième rallye que ça a basculé. Dans cette troisième spéciale, justement. Après avoir remporté les deux premières,  il avait attaqué comme à son habitude, à fond, le pied droit non plus au plancher, mais à l’étage en dessous. Et puis, ce virage, là qui n’avait rien de particulier. Pas même d’eau, aucun trou, pas un poil de gravier. Non, rien  de remarquable excepté une petite boule sombre que lui seul a vu,  qui, à peine sortie des herbes hautes bordant la route, avait commencé à traverser tout lentement. Juste au point de corde. Il ne l’a vue qu'au tout dernier moment.  Il n'a même pas eu le temps d'hésiter. Il a donné un coup de volant pour l’éviter. Il n’aurait pas dû. Trois tonneaux après, il s’endormait avec une violente douleur au côté gauche.
Le type en colère reprit de plus belle et plutôt vulgairement: Est-ce que tu te rends compte de la masse fric que tu nous fais perdre espèce de petit con? Et on me dit que tout ce bordel c’est parce que tu n’as pas voulu écraser une bestiole? J’espère que c’est des conneries…
Le blessé a appuyé sur la poire pour faire venir l’infirmière. Elle est arrivée très vite dans la violence des mots de l’autre. Elle s’est penchée sur le jeune pilote blessé. Dans un souffle, il lui a dit: S’il vous plait, vous pouvez le virer, celui là? Je ne comprends rien à ce qu’il raconte, j’ai mal au crâne.

Puis, il a ajouté: Dites, le hérisson dont il parle, vous savez s’il s’en est sorti?

Route Ménèrbes

17 janvier 2011

Un bras.

Le jeune type blond, athlétique, en sueur, étudiant en médecine avait beau tourner et retourner le problème dans tous les sens, il n’avait devant lui que deux solutions.
Et si l’une était épouvantable, l’autre était effroyable.
Il profita d’une accalmie dans la douleur inouïe qui l’assaillait, pour se remémorer l’enchainement des derniers évènements, pour tenter de comprendre à partir de quand ça s’était précipité, en pire. Dans la folie de ce qu’il était en train de vivre, il avait, sans doute besoin de faire un peu de rangement. Il se revit l’avant-veille, au motel, avec Ann-Lucy quand elle lui a demandé, cette fois, de ne pas le faire, de ne pas y aller, de renoncer. Elle ne le sentait pas a-t-elle dit, elle avait de mauvaises ondes. Il en a souri. Pourtant, elle le connaissait bien maintenant. Trois années qu’ils étaient ensemble, deux ans qu’ils s’aimaient. Profondément. C’est à dire pas au point de partager la même passion. Lui avait la sienne, qui le mangeait tout cru, elle s’en cherchait une. Pour l'instant, elle l'avait trouvé, lui. Il lui avait dit très vite: Tu sais je saurais, un jour si tu m’aimes vraiment. Si tu me demandes d’arrêter, je saurais que tu ne m’aimes pas tout à fait. Alors, elle n’avait plus jamais rien osé, même quand elle avait su. Elle s’était contentée de se ronger les doigts et à chaque fois, d’attendre son retour. Fébrilement. Lui, il l’avait aimé, entre autres pour ça. Sa patience fébrile et sa peur étouffée. Sauf cette fois où elle avait parlé.  A part un feu rouge clignotant de passage à niveau, y-a-t-il plus inquiet qu'une femme enceinte?
Il s’est dit qu’il aurait peut-être dû l’écouter. Ce soir là, elle était allée jusqu’à lui demander sa main. "On devrait le faire" avait–elle dit. "On pourrait… "avait-il répondu. "Alors, je te la demande, ta main. Accorde la moi..."
"La voilà," avait-il fait en lui tendant le bras, "elle est à toi." Et puis, ils avaient éclaté de rire. Tout ça avait un côté officiel qui leur avait fichu une peur bleue. Et  ça s’était terminé, épuisés, sur une moquette de salle de bain.
Ça ne l’avait pas empêché de se lever un peu avant l’aube, de quitter la chambre en silence la laissant endormie dans la douceur de sa nuit et de ses rêves de longue robe blanche. Il avait laissé derrière lui le parking du Yosemite View Lodge, puis la ville et, en cette fin de nuit, il venait déjà d’entamer son ascension: El capitan. Une muraille droite de neuf cent dix mètres qu’il voulait vaincre en solo. Pour quelqu’un de son niveau, elle nécessitait trois jours de grimpe, donc deux bivouacs en pleine paroi. Il y pensait depuis qu’il avait commencé. En fait, il s’était mis à ce sport pour un jour, y monter. Un monstrueux pan de granit. Techniquement, mentalement, physiquement, sportivement, humainement, c’était un Everest. La verticale d’une vie. Un jour, il s’était senti prêt. Il ne lui avait pas dit de suite, il se l’était gardé un temps, comme on garde un bonbon sous la langue, sans le croquer. Tu parles d’un bonbon!
Le jeune gars a esquissé un vague sourire en repensant à l’état de la chambre. La souffrance l’a repris. J’aurais dû l’écouter, mais je ne l’ai pas fait. A quoi ça me sert de me dire ça, maintenant? A rien. A foutre rien.
Il faut que je passe par là. Il le faut.
C’est vers les trois cent mètres de hauteur que tout s’est joué. Jusque là, tout s’était passé selon ses vœux, il avait avancé comme il l'avait prévu, il n’avait pas rencontré de difficulté particulière. Il était déjà venu ici, les trois années précédentes, il connaissait bien la voie qu’il avait choisie, la plus directe, la plus engagée. Dans une fissure d’une trentaine de mètres quasiment verticale, il y a une heure, le type solide, en pleine forme, avait manqué une prise. En chutant, freiné par la première dégaine sous lui, son bras gauche s’était retrouvé violemment coincé dans l’entaille de granit de la paroi. Son corps pesant vers le bas, le bras était bel et bien bloqué. Il avait tenté de remonter pour le dégager mais il n’avait pas réussi. Alors, après un long moment de réflexion, toutes ses tentatives de sortir de ce mauvais pas étant restées vaines, l'idée folle lui était venue. Une solution démente, mais qu’il n’avait pas encore envisagée et qui lui était apparue finalement la seule possible pour lui sauver la vie. Il devait se séparer de son bras. Dit de cette manière lui avait permis de lisser l’horreur de la rendre pensable. S’il voulait vivre, il fallait se défaire de ce qui l’empêchait de se mouvoir. S’il ne voulait pas mourir accroché à cette paroi, il devait le faire. C’était finalement terriblement très simple. Alors, convaincu que c'était l'unique possibilité, de sa main droite, il avait sorti le couteau suisse qui ne le quittait pas, il avait dénudé le bras gauche jusqu’au coude et dans des hurlements de souffrance et des efforts incroyables, juste à l’articulation du coude, en manquant de tourner de l’œil deux ou trois fois dans l’opération, il l’avait fait…
C’est en nage, trempé de sueur, de douleur et d’effarement qu’il avait terminé. Après un temps de répits, il était remonté un peu sur la paroi, maintenant libéré, il avait dégagé son bras gauche, l’avait enveloppé dans un linge puis enfoui dans un de ses sacs…
Puis, il avait entamé sa descente. Grâce à une énergie surhumaine, il était arrivé à son camping car, il y était monté et avait conduit jusqu’au poste de secours le plus proche. Ce type sportif, costaud, jeune, le visage maintenant ravagé par la douleur et l’épuisement, avait fait ça seul en serrant les dents, mais seul, son bras amputé dans un sac à dos. Arrivé au poste de secours, il était descendu de son engin, s’est avancé en vacillant sur ses genoux vers les secouristes présents qui se sont levés d’un bond à son approche.
“Elle m’a demandé ma main, je l’aime tellement que je lui ai ramené tout le bras…” s’était-il entendu dire avant de chuter profondément, mais cette fois, dans les pommes…

image
Image d’El Capitan piquée sur le net…

15 janvier 2011

Pas tous les jours…

Ce n’était pas tous les jours facile
Mais c’était avec.
Le temps, ce vieil imbécile
Nous a bien cloué le bec,
Et condamnés à l’imparfait.

Ce n’était pas tout le temps sourire
Mais c’était avec.
Le rire étincelle à éblouir
On s’y empale, blancs becs,
Alors qu'on aim'rait s'y blottir.

Ce n’était pas toujours sans dire
Mais c’était avec.
Depuis qu’on l’a vu courir
On l’a dans l’eau, le bec
Et ça nous va à mourir.

Ce n’était pas souvent mentir
Mais c’était avec.
Parce qu'il a choisi le pire
On se retrouve à plat, cœurs secs,
C’est alors, à nous de maudire.

Ce n’était pas tous les soirs festance
Mais c’était avec.
Depuis qu’on a quitté l’enfance
On mate nos plus graves échecs,
On s'ose, gavés d'absence…

Toute l'infime différence est dans l’avec ou sans.
Parfois vaudrait mieux sans, alors qu’on est avec.
Souvent on fait avec, alors qu’on aimerait sans.
Il arrive qu'on se ronge les sangs de n'être plus... avec.

Île St Michel 2

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