28 novembre 2009

Jolie, mais prise...

J’avais flâguenaudé, en marchant dans le soleil, en m’arrêtant, de temps à autre, devant les vitrines huppées de la jolie rue Vernet. Puis, j'avais remonté, à contre courant, l’encore calme de la rue Saint Agricol, puis j’avais débouché sur la place de l’Horloge où ils finissaient, dans les airs, d’installer les guirlandes de Noël. Je n’avais pas pu m’empêcher de me dire que fin Novembre, quand même, c’était un peu tôt pour voir débarquer des rennes et leurs traineaux, surtout avec le temps de fou qu'on avait. Et sur quoi vont-ils glisser, les traineaux, et ils vont crever de chaud, les rennes et le Père Noël il risque de mourir de soif, mais bon c’était ainsi. L'époque voulait qu'on trouve des articles pour la rentrée scolaire dès la fin du mois de Juin et qu'on célèbre Pâques à peine sortis de la table du réveillon. Bientôt, ils nous vendraient des maillots de bain en janvier, des tomates en février et des fraises en Mars, si on les laissait faire. Comme si le temps ne défilait pas assez vite! Le matin on donnait le biberon à un bébé glouton, le soir il chaussait du 45 et partait vivre au Québec... Les marchands qui géraient nos vies nous poussaient fermement aux fesses pour qu’on ne range pas de suite notre porte monnaie et même qu'on l'ait TOUJOURS à portée de main. Ensuite, j’avais fait un tour des cabanes en bois blond du marché de Noël et puis j’étais allé me poser en terrasse à une des tables des bars qui bordaient la place de l’Horloge. J’en avais choisi une, au plein soleil, histoire de m’en caresser le cuir. La température ambiante était tout sauf de saison, les rennes allaient se transformer en chameaux et il faudrait mettre des skis nautiques aux traineaux si ce temps là durait. Comme il m’était arrivé d’aller passer Noël à la Réunion, je me suis rappelé avec un sourire du mal qu’on avait eu, là bas, à rentrer dans cette histoire de neige et de Grand Nord alors qu’on passait nos journées dans le vert transparent de l'eau chaude du lagon...

Il faisait vraiment doux en ce début d’après midi. Les gens finissaient de manger en terrasse les yeux écarquillés d’être dehors sans avoir froid. Sur la gauche, au-delà de la rangée de table, une cabane dans laquelle on vendait des savons de couleurs et surtout de Marseille. Dans la cabane, une très jolie brune aux cheveux mi-longs souriait. Elle était habillée comme elle le sont toutes en ce moment: jupe courte, très courte, de laine beige, des collants épais marrons, des bottes d’un beau et fin cuir marron avec deux énormes boutons sur un revers noir et un petit haut serré noir et dessus, une veste de laine longue tricotée à grosses mailles. Des lèvres dessinés d’un rouge soyeux qui accentuait le sourire qu’elle adressait au monde et que j’ai croisé du regard. Je lui ai rendu.

Mais voilà qu’elle me regarde, maintenant. Et qu’il grandit son sourire. Ô dieux du ciel dans quel doux rêve me voilà plongé? C’est à moi qu’elle fait signe, elle me salue de la main. Pince mi et… Je n’ai pas encore terminé mon café double, il est brûlant. Je lui montre la tasse avec du noir dedans. Elle sourit à nouveau et montre son poignet, enfin la montre à son poignet et trois doigts tendus. Je regarde la mienne, il est la demie de deux heures. J’aurais assez de ce temps pour le finir ce café et m’approcher de sa cabane.

C’est à ce moment précis qu'un beau jeune type derrière moi, que je n'avais pas remarqué, s’est levé, il est passé tout à côté de ma table, il a poussé une chaise qui ne me servait à rien, et qui le gênait puis il est allé droit vers le beau visage. Elle a ouvert les bras à son approche, les a refermés sur lui en posant sa tête sur son épaule en l'y laissant. J’ai revu à ce moment là son sourire. Il était encore plus grand que tout à l’heure.

Je me suis brûlé les lèvres et tout l’intérieur en finissant fissa le café.

En reprenant ma ferraille sur la table, avant de lever le camp d’ici, je me suis dit que, décidément, je n'étais pas favorable à l'idée de fêter Noël...

En Novembre…


Ciné Lido n&b_cr

27 novembre 2009

Ou… ou.

Naître ou mourir, hurler ou sourire,
Hôpital ou clinique, calme ou panique,
Pouce ou tétine, Maïzena ou blédine,
Maître ou maîtresse, règle ou tendresse,
Calcul ou chanson, école ou buissons,
Danse ou judo, foot ou piano,
Carambar ou Miko, scout ou louveteau,
Boum ou soirée, tapisser ou danser,
Romane ou Lucie, Elise ou Julie,
Collège ou lycée, sortir ou rentrer,
Piscine ou acné, se montrer, se cacher,
Se pendre ou go on, Jagger ou Lennon,
Le bac ou le boulot, tourneur ou languezo,
La Cigale l'opéra, le Perche ou l’Cap Ferrat,
Bourgogne ou Bordeaux, Ciné ou restau,
La mer, la campagne, l’anorak ou le pagne,
L’église ou la mairie, pour six mois, pour la vie,
Fille ou garçon, le choix des prénoms,
Lisa ou Tony, Sarah ou Rémi.
Aimer, désaimer, s’arrêter, continuer.
Rêve ou cauchemar, lumière ou placard,
Ne rien dire ou parler, partir ou rester,
Rester digne ou pleurer, en vouloir, oublier.
Stop ou encore, le Sud ou le Nord,
Divan ou pilules, arthrose ou kiné,
Darrieux ou mémé, Piccoli ou pépé
Ecrire ou parler, se taire, raconter,
Cendres ou cimetière, Lourdes ou l'éther,
Le ciel, la poussière, les douceurs ou l’amer...
Alors, râler, râler encore et toujours sourire
Pour, en bout de piste, mourir ou... mourir.

Santorin

25 novembre 2009

Juste regarder.

Avant hier, je prenais un autobus entre A. et B. J’ai entendu cet échange entre deux jeunes hommes assis devant moi. J’ai tout bien transcris. Tout, j’en ai manqué mon arrêt:
___ Gna fef eti la barrou... (Incompréhensible…)
___ ... Proverbe africain : N’attends pas du lion en colère qu’il te caresse ! Tu savais à qui tu avais à faire, non ? On t’avait bien prévenu, on te l’avait dit qu’il ne fallait pas y aller, mais Mossieur n’écoute jamais personne… pas même ses amis, SURTOUT ses amis, il fait comme il veut, quand il veut où il veut et voilà le résultat, Mossieur à le cœur dans la nasse!
___ Manu ? Tu me fatigues ! N’oublie pas pourquoi tu ne voulais pas que j’y aille, comme tu dis… Ne transforme pas tout à ta convenance, ne réécris pas l’Histoire, ne mets pas du désodorisant dans les toilettes ni des guirlandes aux poubelles, veux tu ? N’oublie pas ce que tu me disais d’elle… Veux tu que je te répète ce que tu me disais d’elle dans un souffle acide ? Veux-tu, vraiment, que je te renvoie à tes grimaces et à tes simagrées? Tu as une faculté à oublier les choses qui est sidérante. Proprement sidérante, mon pauvre Manu. Une mémoire de poisson rouge ! Ta gifle tu ne l’as pas volée, si tu veux mon avis. Ce qui est étonnant vois-tu, c’est que tu n’en reçoives pas davantage…
___ La méchanceté t’emporte, là non ?
___ Au contraire, je minimise ! Qui a les yeux presque exorbités quand il se promène en ville, qui leur lance des regards de loup affamé quand il les croise, qui s’il n’y avait pas de loi et si ça n’était pas unanimement condamné se jetterait sur elles, sur toutes en soufflant comme une forge allumée, hein qui ?
___ C’est ainsi que tu me vois ? Comme un obsédé ?
___ Oh non, Manu, ce ne serait pas gentil pour les obsédés. Tu n’es pas un maniaque, tu es LE maniaque. Tu as inventé l’obsession. C’est à cause de gars comme toi qu’on a tous deux yeux : au cas où on en perde un !
___ Mic, tu me déçois. Je te considérais comme un ami, un véritable ami et voilà que tu me poignardes en plein cœur avec une fourchette sans dent. Voilà que c’est un crime, maintenant que de "juste" les regarder. Elles passent dans la rue, elles marchent et je les regarde. Devrais-je les ignorer ? Devrais-je porter moi des lunettes de soudeur pour ne pas avoir, selon toi, ce regard de soudard ? Devrais-je me les crever, les yeux ? Excuse moi vieux, je "juste" les regarde passer dans leurs jupes courtes et leurs collants épais sur des bottes à tomber, je juste pose un œil léger et bienveillant sur ces merveilles de jambes qui marchent dans la ville. Je "juste" regarde leurs pieds menus dans des ballerines élégantes et Repetto, je "juste" regarde la hauteur de leurs talons et les galbes des mollets qu’ils dessinent à chaque pas, je "juste" admire en silence le doux mouvement balancé de leurs jupes... Y-a-t-il un mal à ça ? Y-a-t-il un vrai mal à ça ? Y-a-t-il quelqu’un qui en soit blessé, meurtri ? Que je sois foudroyé sur place si UNE personne trouve à redire à ça ! Qu’une lance divine dégringole du ciel et me partage en deux si, « juste » regarder, est devenu un crime! Que mes yeux tombent des orbites si on ne peut plus marcher dans la rue qu’en regardant ses propres chaussures, qu’en ne voyant pas plus loin que le bout de son nez, qu’en baissant la tête ! Un de mes bonheurs est de m’asseoir à une terrasse, de les regarder passer et de leur inventer des vies, quel mal je fais à qui ? Qu’on le dise ! Manu, putain mais ressaisis-toi ! Dis-moi que tu me comprends.
___ Je te comprends, bien sûr, Morane de banlieue, mais de là à tomber amoureux de chaque paire de jambes que tu croises il y a une marche !
___ Et alors ! Avoir déjà un enfant t’empêche d’aimer le deuxième ?
___ Une question qui me préoccupe : Dis moi, et les garçons tu les regardes aussi, les garçons ?
___ Pas autant, mais oui quand j’en vois un joli, je "juste" regarde !
___ Rien ne t’arrête, alors ?
___ Ben… non. Quand il s’agit de juste regarder, rien ne m’arrête. Il faudrait ? Je me permets de te le rappeler, puisque tu sembles avoir oublié, avant que je te dévoile mes intentions envers elle, tu la trouvais moche cette fille qui t’en a collé une…
___ Décidément, t’es pas du genre à oublier quoique ce soit, toi… T’as un bocal à archives dans le cerveau, ou quoi ? Toi le bocal et moi le poisson ! C’est pour ça qu’on est amis, non ? Regarde un peu celle qui vient de monter… C’est pas une merveille ? Et tu voudrais qu’on regarde ailleurs…
___ Tu me fatigues, mais à un point… Ce que j’aimerais savoir c’est d’où elle vient, où elle va, qui est elle et pas seulement la voir monter. Ca, quelqu’un comme toi peut le comprendre?
___ Oh oui, moi, je sais pourquoi tu t’intéresses tant aux autres!
___ Ah oui, Monsieur l'intelligent! Dis un peu pour voir!
___ C’est évident, mon p'tit gars: c’est pour oublier ta propre vie, tiens! Qu'est ce que tu crois? Y en a là dedans!
___ T'as mangé un Barrio's ma parole... Gna fef eti la barrou... (Incompréhensible…)
Blanc sur rouge

24 novembre 2009

Petit étang.


Petit étang couché

Tapi dans la campagne

Tes berges sont tranquilles

Comme nos âmes.

Petit étang caché

On y amenait les filles

Son eau on l’adorait,

Elle déshabille…

Petit étang brusqué

Par le vent, les nuages

Reflets bleus irisés

Sous les orages.

Sous l’averse et la pluie

Tu vis, tu brabançonnes

Petit étang froissé

Tu m’arraisonnes.

Je guette sur une barrière

Les éclats de tes ors

Qui sait si avant-hier

Tu brilleras encore ?

Petit étang troublé

Comme un mirage

Dieu que j’aime marcher

Sur ton rivage.

Petit étang fragile

Tapi dans la campagne

Dieu que j’aimais marcher

Sur tes rivages...


Lac Vert à vide

En hommage au “Petit matin” de Romain Didier .

20 novembre 2009

Paul... 1919.

Le 19 Novembre 2009, Nathalie sur son bien beau blog Avignon in Photos publiait l'image d’une pierre gravée sur la terrasse surplombant la Place du Palais des Papes à Avignon. Après quelques recherches, je peux raconter une histoire de cette inscription…

Paul

La jeune fille habillée en dimanche, sur la terrasse, debout devant une pierre, au pied du christ en croix, n’a pas remarqué de suite la silhouette efflanquée qui, venant de la place de l’Horloge débouchait maintenant sur la Place du Palais des Papes par, ce qui ne deviendrait que beaucoup plus tard, la rue Jean Vilar. Et pourtant, après avoir marqué un temps d'arrêt, elle a crié dans la douceur de ce matin du 19 Avril 1919, la silhouette, elle a hurlé, même: Jeanne ! Puis une autre fois, avec encore davantage de force : Jeanne !

Ce deuxième "JEANNE" a envahi tout l’espace, il a cascadé contre les hauts murs du Palais puis est venu frapper les oreilles de la toute jeune femme. Elle en a lâché les outils qu’elle tenait à la main, ceux qui, chaque dimanche, lui faisaient de vilaines blessures qui mettaient une longue semaine à cicatriser. Ses stigmates, disait-elle. Elle avait beaucoup aimé le mot qu’elle avait entendu dans la bouche du prêtre, un dimanche. Là, elle a regardé d’où venait son prénom qu’on hurlait, elle a enfin vu la silhouette. Elle n’en a pas cru ses yeux qui se sont agrandis. D’un coup, sa poitrine a manqué d’air. Son cœur s’est mis à vouloir sortir de sa poitrine. Ses genoux ont flanché. Elle s'est retenue à la pierre…

C’est là qu’il a envoyé par dessus ses épaules une besace de toile grossière et qu'il a couru à perdre ses joues en montant vers elle…

Elle est restée immobile, elle n’a pas pu bouger la moindre fibre du plus petit de ses muscles. Ses yeux seuls ont pu suivre l’homme qui maintenant courait vers elle. Il a survolé les marches et s’est arrêté net devant elle. Il est tombé à genoux sur les pavés et des larmes ont jailli de dessous ses paupières. Il a pris les mains de Jeanne, les a retourné et il a posé son visage sur les cicatrices de l’amour qu’il venait, enfin de retrouver. Ces deux là, Jeanne et Paul, ici, maintenant, réinventaient le bonheur fou. Ce n’est que bien plus tard que Jeanne, la blanchisseuse a pu raconter à Paul, son homme revenu , ce qu’avaient été toutes ces années sans lui. Elle lui a dit comment, la guerre finie depuis trop de lurettes elle a attendu son retour. Comment, vaincue d’attendre, elle avait, un matin mistraleux de Janvier, enfourché la bicyclette d'un voisin et avait pédalé, à s'en rompre les cuisses, pendant cinq jours JUSQUE dans la Somme. « En somme, monter dans la Somme, revoir mon homme…» chantait-elle pour se donner du courage. Elle était simplement allée dans le village d’où était partie la dernière lettre reçue de lui. La lettre serait partie de Chine, elle y serait allé, lui a-t-elle promis. Elle lui a dit que là-haut, elle n’y avait passé que cinq ou six jours, dormant dans les fermes, effrayée par les paysages dévastés et surtout les odeurs de feu et de mort qui planaient en permanence sur les champs éventrés… Personne n’avait pu lui donner des nouvelles ni de Paul, ni de son accent. Le seul accent qu’on avait entendu ici était celui de la souffrance et de l'effroi. Alors, détruite, broyée, épuisée, elle était redescendue. Elle lui a dit qu'elle s'était sentie morte. Elle a raconté avec ses mots malhabiles comment elle l’attendait, comment elle le guettait, comment elle cherchait, jusque dans la forme des nuages, dans celles des remous du Rhône, ou même dans les souffles des courants d'air, un signe de son arrivée prochaine. Elle lui a dit qu'elle avait pris l'habitude de ne jamais fermer la porte à clé de son logement, même la nuit. Au cas où il aurait à rentrer, il pourrait, ainsi, le faire à n'importe quel moment. Ses plus proches amies de la fabrique commençaient à la convaincre de ne plus espérer. "S’il avait dû revenir, il serait déjà là" disaient elles. "Mais tous ceux qui ne reviendraient jamais étaient connus" leur répondait elle.

Puis elle a raconté comment, pendant une messe, elle avait juré venir ici chaque dimanche avec à la main, deux outils, un petit marteau d'enfant et un burin de son oncle tailleur à Vedène. Elle avait choisi sa pierre ou plutôt celle de Paul, à un angle, bien visible. Elle y graverait dessus son prénom jusqu’à ce qu’elle sache la vérité. Elle n’osait pas penser jusqu’à ce qu’il revienne. Elle commencerait par l’année dix neuf, puis vingt, puis vingt et un et toutes les autres à venir s’il le fallait. Ce serait sa messe. à elle. Son rendez-vous avec lui, sa manière de lui rester fidèle. Cela n’empêcherait pas les danses ni même les baisers dans le cou lors des bals des vendanges, mais le dimanche matin, vers les dix heures, elle serait là à graver du Paul sur le blanc tendre de la pierre dure. Elle lui a dit comment elle avait juré de ne plus pleurer tant qu’il ne serait pas là. Quand elle s’est tue après cette dernière phrase, les digues ont lâché et c’est une sorgue de larmes comme une fontaine de Vaucluse qui a jailli, à laquelle se sont vite mêlées celles de Paul.

Des larmes profuses de joie profonde.

Une fois le torrent à sec, un gué possible, elle a demandé pourquoi il n’était pas redescendu de suite après l’armistice. " Se laver des horreurs que j’ai vécues " a-t-il simplement répondu après un long silence. "Tu comprends, je ne pouvais pas revenir vers toi avec toutes ses saletés dans le cœur, je t’aurais salie. J’ai passé tous ces mois au bord de l’océan, je m’y plongeais tous les jours, quel que soit le temps… Il fallait que je me nettoie de ce que mes yeux avaient vu, de ce que mes oreilles avaient entendu, de ce que mes narines avaient senti, de ce que mon corps avait enduré, de ce que mes mains avaient fait et touché... Je ne pouvais revenir que presque propre, comme blanchi. Un peu."

Assez vite, l’année d’après, en vingt, ils ont eu une fille Élisabeth puis dans le courant de l'amour, un fils Rémi né un an plus tard.

Jeanne, Paul, Élisabeth et Rémi ont quitté Avignon et sont partis vivre au Beaucet où Paul s’est endetté jusqu’aux os pour acheter la boulangerie. Ils s’étaient juré de ne plus se quitter, ils ne se sont plus quittés puisque Jeanne a travaillé avec Paul, mais au four, pas à la caisse. Les seules vacances qu’ils aient prises c’étaient à partir de 36 à Pâques et en Septembre, la famille montait quelques jours aux rencontres du Contadour, sur la montagne de Lure. Paul avait croisé Monsieur Jean venu un jour à la boulangerie, ils avaient parlé, tous les deux... De la guerre, de la paix, des horreurs et des beautés du monde... Paul connaissait par cœur des pans entiers de Que ma joie demeure. Il suffisait de dire: "C'était une nuit extraordinaire." et le reste venait comme le chat dévide la pelote: "Il y avait eu du vent, il avait cessé, et les étoiles avaient éclaté comme de l'herbe..."

Puis leurs enfants ont grandi, ils sont partis, d’abord en internat à Carpentras puis sur Paris pour les deux.

Alors, dans l’Europe entière, on s’est mis à entendre des bruits de bottes qui sont même arrivés jusqu’à la boulangerie du Beaucet. Jeanne et Paul ont pris peur, peur d’un jour, ne pas pouvoir tenir leur promesse. Ils en ont parlé des nuits entières. Et ils ont pris ensemble leur terrible décision. Les tchécoslovaques avaient leurs joues sous des talons, en Espagne, les franquistes finissaient de "nettoyer" Madrid, pas si loin, Mussolini venait de se jeter sur l'Albanie quand un matin d’Avril 39, le dix neuf, une date qui leur disait quelque chose, Paul est allé à Saint Didier faire le plein du réservoir, ils se sont enfermés dans le garage, attenant au four, qu’ils ont calfeutré de façon très étanche avec des couvertures de laine, ils ont posé un lourd matelas à l’arrière de la camionnette, un tube citröen, flambant neuf, qu’ils venaient d’acheter pour faire la tournée des villages du coin, puis ils ont fait tourner le moteur, se sont allongés et se sont enlacés et ils ont attendu.

Jusqu’au bout. Ils étaient ainsi fidèles à eux mêmes.

A leur demande, sur la lettre qu'ils ont laissée pour leurs enfants, ils reposent désormais ensemble, dans le petit cimetière du Beaucet, juste sous le gros du village, dans le profond de la restanque qui fait face à leur boulangerie…

On peut les souhaiter en paix.


Cimetière Beaucet

Le cimetière du Beaucet où l'on peut, peut-être encore, voir la tombe de Jeanne et Paul...

Un de plus.

Aujourd’hui, voilà, c'est arrivé, j’en ai un de plus. Je ne suis pas plus étonné, cela est assez fréquent vers la fin de Novembre, chez moi. J'ai eu, depuis le temps, celui de bien repérer le phénomène, puis de m’y attendre et parfois de le célébrer. Jamais encore de m'y habituer. Mais ce n’est quand même pas une surprise. Depuis quelques jours déjà, je me doutais que cela allait arriver, je m’y préparais. Je jetais un regard furtif dans la glace le matin pour guetter mais rien, aucun signe avant coureur, cette fois. Je m’écoutais davantage pour essayer d’entendre une note, un signe, un air annonciateur, mais là encore que couic. Cette fois rien ne s’est montré, aucune avant-garde, aucun siffleur, aucun messager.
Ce n’est que cette nuit même, qu’il a débarqué, et me voilà avec un de plus ou un de moins comme on dit parfois en levant les épaules, selon qu’on soit de bonne ou de mauvaise composition, selon qu'on soit de bonne ou mauvaise humeur, selon qu'on soit gai ou triste, imbibé ou à jeun...
Maintenant c’est fait, nous y sommes, depuis quelques heures j’ai un vilain moche bouton rouge de plus (un de moins?) sur la figure, en plein sur le mitan du milieu du sommet de l’arête du nez et croyez le ou pas, ça ne me fait pas sourire plus que ça.
Même si ça mérite une bougie.

Brumes de Nov 2
L'an passé, ces jours ci, j'allais à Montfavet, voir et entendre Bashung chanter... Un an, Bashung.
Un de plus, un de moins...

18 novembre 2009

Ah la: Lis Berté!

Si c'est ballot ou à Bali: Berté!
Au Maroc, en Kabylie: Berté! 
Pour Kévina ou Emilie: Berté!
Pour Shiva et pour Kâli: Berté!
Pour le bâti, le démoli: Berté!
A Hammamet, à Tripoli: Berté!
Pour les à vélo, les avilis: Berté!
Pour le Buzet et le Châblis: Berté!
Pour les endurcis, les ramollis Berté!
Pour l'ail en pot et l'ail au lit: Berté!
Pour l’authentique, le simili: Berté!
Dans nos vies ou dans nos lits: Berté!
Pour les savonnés et les salis: Berté!
Pour les bricolos, les brocolis: Berté!
Pour Découflé, pour Bianca Li: Berté!
Pour les discours, les homélies: Berté!
Pour les facteurs, pour la Wally: Berté!
Pour les bungalows, les bengalis: Berté!
Pour les amochés, les embellis: Berté!
Pour les malheureux, les raviolis: Berté!
Pour les bien élevés, les malpolis: Berté!
Pour les racines et les pissenlits: Berté!
Pour les cachalots, le patchouli: Berté!
Pour les silences et la glossolalie: Berté!
Pour les timbrés et file à ton lit: Berté!
Pour les fauteuils, les canapés lits: Berté!
Quand elle rougit, quand elle pâlit: Berté!
Pour les mises à plat, les mises en plis: Berté!
Pour Eastwood Clint, pour Marvin Lee: berté!
Pour Ang Sann ou les sujets de Ben Ali: Berté!
Pour ceux qu’on révoque, ceux qu’on élit: Berté!
Pour ceux qu’on vénère, ceux qu’on humilie: Berté!
Pour ceux qui se fâchent et qui se réconcilient: Berté!
Pour ceux qui s’en écartent, ceux qui s’y rallient: Berté!


Pour les ah! la! la! Pour les hallalis: Berté!
Partout où on l’écrit, là où on la lie: Berté!

nov 09 006
Le thème de la semaine était... La li... Berté!

15 novembre 2009

UN ÉTRANGE EQUIPAGE.

Un spadassin claudiquant, en armure de vent, tenant en laisse une double paire de hyènes tristes à pois rouges, flanquées d’un chat roux à cinq pattes, haut comme un cheval d’écume sur lequel un héron à tuiles vertes posait ses deux longues chaises à porteur bariolées entre lesquelles un serpent à poils drus ondulait en chantant un air de Puccini à une jeune andalouse à nattes bleues portant dans le creux de ses bras nus un enfant à visage de lune, terrifiant ainsi une poule contorsionniste de bonne grâce qui, une patte derrière la crête, la dévisageait de ses yeux mi-clos en jetant un regard sur le couple de baguettes de nuages qui dansait un tango torride, le long d’ une roulotte de paille à coupole liquide sur laquelle s'étaient juchées des grappes de rats ténébreux à écailles luminescentes sautant en tous sens, heurtant à leurs passages des tranches de vies mal conservées qui s’évaporaient dans des vapeurs nocives au-dessus de tout cet aréopage pour le moins surprenant... Alors, c’est dans des hurlements de noyés, des crissements mécaniques, qu'en face de moi, les roues ovales de l’engin en perles de temps s’arrêtèrent.
Il était maintenant enfin docile, définitivement immobile, silencieux mais encore menaçant… C’est cet étrange équipage qui a sonné à la porte de ma nuit en me suppliant à l’aide. J’ai ouvert une paupière, j’ai vérifié que c’en était bien un et je me suis rendormi d’un sommeil de juste à peine interrompu par la vilaine goutte de sueur qui venait de me saler l’œil gauche…

Pavés Avignon
Le thème de la semaine des Impromptus littéraires était: Un étrange équipage…
(Je ne fume plus depuis un an et huit mois… Je ne bois qu’à l’occasion, et les seuls champignons que je m’autorise crus viendraient de Paris...).

13 novembre 2009

S'en souvenir.

C'est une chaude fin de journée d'été, on avance dans le sirop de l’air comme dans une étuve étouffante, la rivière nerveuse étale sa fraîcheur sous terrienne, elle se donne des allures de jeune fille à l'approche de la ville pour qu'on oublie le gouffre d'où elle vient, elle offre sa nuque aux murs costauds des digues, une mère cane y surveille du coin d'un œil ses trois canetons curieux et agités, le vert des peupliers joue avec d'autres, ceux des algues ondulantes, une couleuvre d’eau comme une route de montagne s’insinue dans le clair de la vive, le soleil déclinant allume les dessous d’arbres d’un rose naissant, des bleus de libellules s'attardent sur des coupelles de verts, un souffle léger étincelle des tourbillons éphémères, un couple de hollandais rougis et embiérés s’en reviennent de baignade en parlant fort, des insouciances s’éclaboussent de leurs rires en cascades, d'un autocar géant débarquent des cyclistes belges au bronzage un peu ridicule, un chien fou follet charge une compagnie bruyante de poules d’eau, une cloche lointaine sonne les vingt heures et la tombée du jour, la mouche leurre de laine d’un pêcheur, droit dans ses cuissardes, habillé comme un sous-bois, planté dans le plein des draps du courant secoue, à grandes volutes, la moiteur de l’air, des intrépides crient en se pendant au bout d’une corde centenaire attachée à un platane aussi vieux qu'elle, puis se lâchent pour se bassiner dans le frais, quelques rainettes dérangées par les passages sautent dans la lumière et disparaissent à fortes cuisses sous les chevelures vertes et ondoyantes, les cigales amoureuses répètent pour le récital d’avant nuit, l’ombre d’un geai passe au tellement ras de l’eau que le bout de ses ailes s’enmouille, de la guinguette, pas loin, portées par une brise légère, arrivent des odeurs de cuisine qui ensalivent les bouches et parlent en œillades aux papilles, le bleu clinquant d’un Martin Pêcheur affole les alevins livides, une truite en chasse s’attarde derrière la cache d’une pierre, une chorale de crapauds en désirs, accorde ses voix pour un concert rauque, des peaux douces d'amants amoureux se caressent des souvenirs pour les soirs de solitude, une femme d’un autre âge soigne son arthrose dans une flaque de lumière et d'eau, un large chapeau de paille sur la tête pour moins souffrir du chaud, des martinets joyeux planent et viennent flanquer leurs becs à la surface comme des canadairs à plumes légères, un canoë de presque comanche glisse, laissant derrière lui des vaguelettes silencieuses qui s’en vont s’adoucir sur les berges comme des paumes de mains de mère, le musclé du frais nous passe entre les jambes et pousse à l’étonnement, alors, rafraîchi, séché puis réchauffé au soleil encore donnant, une cigarette aux lèvres on se pense qu’on vit un bel instant, on remercie le Partage de l’avoir offert, on se congratule, en silence, de savoir le vivre et de derrière une île, arrivent les notes d’une musique chaloupée, elles atteignent les oreilles attentives, en les tendant davantage, on entend la voix d'un Claude malheureusement épuisé mais qui fait mouche :
"L’eau de cette rivière fofolle mais pas farouche, l’eau si fraîche et claire vous met l’eau à la bouche, là on peut s’asseoir en l’écoutant jazzer, en cascadant sur les pierres usées… On s’y fond, on y ondule, là, quand on retrouve l’air libre, on sent que rien n’est plus beau que vivre… "
Ici, on engrange, pour les jours plus difficiles, la peau douce du bain béni, le cul posé sur une pierre, le pied droit battant la mesure comme un Mingus d'Assise allumé par les derniers feux du jour, un sourire vaguement niais accroché au coin des babines, comblé, une fois n'est pas coutume...

A 082
On a bien fait d’engranger… C’est maintenant, entre deux gifles de vent, trois claques de gel, dix coups de frais, qu’il nous vient l’envie de nous souvenir avec gourmandise de ces tendres soirées d’été passées…

10 novembre 2009

Le Beau Prince.

Au loin, tes collines, sous un mistral bleuté
Là, de la lavande au bleu qui espère...
À l’est, un faux soleil, une pâleur glacée


Ici, de tout longs cyprès, que le vent exaspère…

Là, les Alpilles et le plat pays de Sault,
L’hiver, l'Ouvèze y rugit, rougne y fait ses grands sauts.
Le chaud, l'été y règne, souverain sans trône,
Ses sourires accrochés aux babouches du Rhône.

Au vieux mas isolé, une cloche sonne,
Au village ensseulé, c’est l’heure du midi,
Les ombres s’y allongent, le pas s’y abandonne,
Le gros du jour y file comme le chat s’enfuit.

Terre de pierres et de mistral mêlés,
Toits de tuiles rondes, poussières d’ocre rouge,
Platanes parasolant, lauriers blancs ou rosés,
Le gel mordant, l’hiver, quand plus rien ne bouge

Que les arbres fruitiers, et les vignes taillées.
Province Provence, à la voix déguisée,
Cinglante badine, couette de fièvre,
Insolente ou pingre, coquette orfèvre.

De l’Estaque en estocs, monde en vrac, âmes en toc,
Du Palais des Papes, aux salins des Saintes,
Des remparts d’Avignon, sous vapeurs d’absinthe,
Qu'on y galèje en o, ou bien dans celle d'oc...

Du sommet du Ventoux, aux droites de Buoux,
Des villages tranquilles, aux places des marchés,
Des frêles campaniles, jusqu'aux sorgues gelées,
De la Sainte Victoire aux bars du Barroux…

Que ce soit quand tu parles ou nous montre la Crau,
Des ravins de Sénanque, aux ravis du Prado,
Les phrases s’en roulent, s'habillent d'épique,
Enrubannées, brassées d'un vent catabatique.

Les mots déraisonnent aux pieds des remparts,
Forteresses assagies, invectives amadouées,
On l’entend de partout, on ne le voit nulle part,
La langue s’y agrippe comme la vague au noyé.

Ah l’accent, le baroque, le beau personnage,
Délavé par les vents, se gausse des sages,
Qui, comme chez Seguin, est toujours chèvre et loup...


L’accent, Beau Prince… qui devait... guérir de vous...



Lever de jour ventoux 5

07 novembre 2009

Peau aime.


Le profond de l’homme, sous ses oripeaux
De l’homme et la femme dans leurs manteaux,
Douce, caressable, sucrée salée ou séropo
Le plus profond en l’homme, c’est sa peau...

Peau douce, peau de pêche ou d’orange
Peau d’âne, peau de balle et peau d’ange,
Peau de phoque, de fer de zébu et de crin,
D'abricot, de banane ou peau de chagrin…

Peau d'hareng, de colle ou de chamois…
Peau de l’ours, l’avoir dedans, vendre la…
A fleur de, peau rouge, bien dans sa…
Blanche peau, de porcelaine ou de zébi

Peau claire, mate, ou peaud'chien… pour la Nini !

Cuivrée, ridée, irritée, épaisse ou gercée
De velours, soyeuse, moite ou crevassée,
Des fesses, du cul, des coudes et du coup,
Peau dure, peau lisse ou peau de voyou…

Etre si mal dedans, de bête ou peau d'tatou…
Coller à la, de vache, de taupe ou de boue
Douze balles dedans, neuve ou vieille peau,
L’avoir sur les os, peau rêche ou balle-peau

Le profond qu'à l’homme sous ses oripeaux
L’homme ou la femme sans leurs appeaux
Douce, caressable, salée sucrée ou séropo
Le vrai profond de l’homme, c’est sa peau...



Fumée bleue de blonde
Merci à Paul Valéry...

05 novembre 2009

Si tu crois…

Si tu crois que je ne vois pas

Tes basses œuvres, tes manigances

Tes pas de deux, tes pas de chance

Tes agacements et tes tracas.

Si tu crois que je n’entendis pas

La petite musique de tes silences,

Ces reproches qu’en l’air tu balances,

Les mots que tu n'dis plus, ou ne dis pas.

Si tu crois que je ne te sens pas,

Trembler de peur, vibrer d' effroi...

Tes crochets courts, tes coups au foie,

Et ton recul quand j’avance vers toi.

Si tu penses que je ne sais pas,

L’indifférence et les distances

Tes "je m’en fous", "je m’en balance",

Et toutes ces fausses confidences.

On voit bien mieux chez l’autre qu’en soi,

La paille du voisin on la repère bien

Sa poutre dans l’œil on ne la voit pas.

Là, mon sale cœur fait son malin,

Il s'en balance, s'en lave les mains,

Il sent que ce qu’il avance vaut mieux

Pour moi, que pour les chiens,

Il ressent, souvent, très à l’avance

Ce qui vaut mieux pour souffrir moins.

Suis pas comme lui, qu’est-ce que tu crois ?

Suis pas dupe, pas dupe de toi,

Et davantage, mais là, tu me crois,

Et davantage, pauvre de… moi.


Ciel Avignon

03 novembre 2009

Monsieur Besson, Eric,

a rudement, drôlement, salement, vraiment, étrangement (au choix) bien fait… de passer du Parti Socialiste à l’UMP... De la gauche à la droite...
Poursuivez votre déambulation politique, avancez un peu encore sur votre chemin, vous n'allez pas tarder à arriver à destination, Monsieur…
Il me vient une expression entendue dans un film très québécois: "Tabernak! T'as donc la tête entourée de fronts?"
Il y a des lancers de débats qui font du bruit et qui dégagent une odeur désagréable...

NL 070
PS: Penser au déodorant...
A la question qu'est ce que c'est qu'être français, la réponse que je préfère, entre toutes:
"C’est être absolument étranger à la question!"
Slevtar…
http://www.dailymotion.com/video/xatnvs_eric-bessonnait_fun

01 novembre 2009

Ce matin, au marché…

A l'aller, à pieds par le chemin des Nesquières, celui qui buissonne entre les champs, chauffés, ce matin là par un généreux soleil de Novembre, parfois enfumé des feux de feuilles mortes, j’ai pu avoir, avec un jour d'avance, sereinement, affectueusement, profondément une pensée silencieuse, pour chacun de mes morts...

Arrivé, j’ai vu, dans la foule, Gérard Hernandez (Born to be alive…) sans sa canne mais avec un chariot de marché d’un rouge étincelant, le chanteur hollandais Dave qui faisait son... marché et moi, qui passait, dans une vitre de la pharmacie.

Je me suis entendu penser sur la place derrière l’église: Il fait quand même bien meilleur qu’avant hier au marché de Leeuwarden…

J’ai entendu une paire d’octogénaires, droits comme des ifs se dire en se quittant: “Allez, embrasse ta femme! Elle est toujours aussi belle? Hé voui, mais je m’en occupe tous les jours…” Et les deux compères de s’éloigner en riant…

J’ai croisé Jean Louis Gergorin, lui-même... Il cherchait, ça ne s’invente pas, la Police Municipale...

J’ai parlé à “Mademoiselle-est-tendance” à qui j’ai dédié la note du 19 Octobre titrée: “Cheveux d’ange”...

NL 049

Des Frise.

Quand on passe quelques jours là-bas, on comprend leur attirance pour la moindre flaque quand ils viennent "par chez nous”… Il n’y a que ça, là-haut. De l'eau. Sous toutes ses formes… En crachin, en mer intérieure, en mer du Nord, en pluie, en rivières, derrière des digues, en canaux, en ruisseaux, en canalicules, en étangs, en brumes, en lacs, en bouteilles, en menace, en jets, en rigoles, en averses, en mares… Partout, tout le temps. Au beau milieu de la campagne et en pleine ville. De l’eau, partout, toujours. Les hollandais devraient être les plus grands cyclistes marins du monde! Avec l'eau, ce qui est en nombre, aussi ce sont les vélos. Des moulons! Un défi est lancé: prendre une photo sans un seul vélo dans le cadre... Impossible! Un vrai foisonnement et un réel danger pour les piétons touristes truffes en l’air. Mais pas pour les cyclistes qui, visiblement, sont des athlètes nourris au vent de face. La plupart des filles sont d’immenses blondes chabalisées, estallemandisées, les gars, eux de vraies armoires massives et pédalantes, mais eux... je les ai moins regardés. Si l’homme québécois possède deux mains, l’une pour faire ce qu’il doit faire et l’autre pour tenir une bière, la femme hollandaise a deux jambes pour, des deux… pédaler… Ce sont elles qui accompagnent les enfants à l’école en en posant un sur l’avant l’autre sur l’arrière, ce sont elles qui vont faire les courses au super en bourrant les sacoches, ce sont elles qui passent en ville en se donnant la main, bref des cyclistes filles en pagaille, en escouades, en groupes, en pelotons, en bandes. Il faut être absolument certain de la fermeté des cuisses frisonnes!
En campagne, des horizontales tapageuses, frontières entre le ciel majestueux claffis d'éoliennes, de hordes de nuages et des terres vertes, peuplées de vaches paissant paisiblement. Des paysages puissants qui ne se plaignent pas, eux, qu’on les regarde avec admiration. Des ponts à bascule pour enjamber les canaux et des moulins pour se servir du vent. Plein, aussi. De vent.
Je suis tombé en amour de la ville vieille, toute en briques parme, avec des ruelles tortillonnées débouchant sur de vastes places aérées, parcourue de canaux enjambés par des ponts bombés, traversés de bicyclettes. Impossible de prendre une image sans que dans le cadre n'en apparaisse qu'une. Une ribambelle de bâtiments, parfois étonnement penchés mais toujours de proportions humaines, la plupart construits au seizième siècle, les dates sur les façades l'attestant. Et, le plus souvent percés de larges ouvertures, sans doute pour mieux laisser entrer la lumière. Ces fenêtres n’étant presque jamais habillées de rideaux. Sans grilles… Lumière et ouvertures... Tout cela expliquerait l’accueil chaleureux et bienveillant de ces colosses blonds de commerce agréable?
J'aurais beaucoup aimé y passer une heure au... dix septième siècle, assis sur une des places et voir comment tout cela s'organisait, s'animait, se mettait à vivre...
Alstublieft!

Hollande Oct 09
Assis sur un canapé de bar, le long du Grand canal de Leeuwarden, capitale de la Frise, les yeux plissés du soleil d'Octobre, chauffé par lui, une Spa à boire, un carnet et un stylo devant moi, je pensais en attendant ma belle en souriant à ces mots d'Anna de Noailles:
"J'écris pour que le jour où je ne serai plus,
On sache comme l'air et le plaisir m'ont plu,
Et que mon livre porte à la foule future,
Comme j'aimais la vie et la pleine nature".

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