14 novembre 2019

Quatre ans

Voilà quatre ans j'ai écrit ça, ça s'appelait "Ils" je ne déplace pas une virgule:


Ce jour là, ils se sont réveillés, ils se sont habillés puis ils sont montés dans des voitures, ils ont sans doute traversé la ville ou bien le pays, ils sont venus à pas feutrés, en silence, en cati-mini. Le soir venu, ils se sont rendus dans des quartiers plein de vie, de jeunesses joyeuses, d’insouciance légère. Alors, ils sont sortis de leurs voitures et puis ils ont armé leur engins de mort et le sang gelé, ils ont tiré des balles dans le dos de nos enfants désarmés qui écoutaient de la musique, mangeaient en terrasse, riaient, échangeaient, buvaient un verre avec leurs amis… Ils ont tiré sur nos enfants. Ils les ont transpercés de balles, déchiquetés, coupés, troués, achevés, les uns après les autres, en prenant leur temps, en y revenant, en recommençant, en rechargeant leurs armes, en ne s’occupant nullement de savoir sur qui ils tiraient. Ils ne blessaient et tuaient ni des juifs, ni des musulmans, ni des catholiques, ni des gens de droite, ni des gens de gauche, ils blessaient et tuaient des enfants, nos enfants, qui vivaient, un vendredi soir dans Paris… 
Ils l’ont fait froidement, implacablement, longtemps très longtemps. 
Puis, leur folie furieuse exprimée, leurs crimes, leurs carnages, leurs entreprises de destruction terrifiantes accomplis, à bouts de munitions, à bouts de leurs arguments, à bouts de puissance, ils se sont fait exploser.
Et vous savez quoi ? Ils étaient eux aussi des enfants. Perdus, terrifiants, épouvantablement effroyables, assassins, meurtriers, tueurs, mais des enfants. Du même âge que ceux qu'ils ont  tués.
Et nous voilà maintenant, les autres, les épargnés, les encore vivants avec notre infinie tristesse, avec nos larmes pour un oui, pour un nom, avec notre rage, avec nos questions, avec nos peurs… C’est qu’il nous reste des enfants… 
Quel autre assassin va venir nous tirer dessus ? Où ? Quand ? Dans quel quartier ? Dans quelle ville ?
Ce terrifiant sentiment d’impuissance parce que  nous n’avons pas su les protéger nos enfants, ni  d’eux même ceux là qui ont tué.
Et nous sentons bien que ce n’est ni la force, ni la violence, ni une surenchère à la haine qui pourra régler ça définitivement…

Parce que c’est bien ce que nous désirons le plus au monde: La paix. Que de la folie dure on revienne à la raison douce.


11 novembre 2019

NOOOONNN

Autant je peux aimer certains mots ou expression peu courants comme caqûre, loquis, le misonéisme, feudiste, grageoir ou courir le guilledoux, faire la rue Michel, autant certains autres peuvent m’urtiquer fortement l’épiderme et me mettent dans un état d’extrême tension:
C’est par exemple le cas lorsque je lis un message qui se clôt par la syllabe : Bizzz. On n’est pas des abeilles, quoi! 
Au lieu de ces trois z répétitifs, « s e s » après "bi" fonctionne très bien.
C’est aussi le cas des« partir sur » et « être en »:
«Je vais partir sur une salade Mykonos en Avignon» serait le summum.
Qu’ils m’énervent les gens qui ont fait ou vont faire le  Maroc,  ceux qui ont fait Rio, le carnaval de Venise ou qui, cet été vont faire le cercle polaire en camping car…
Le monde n'attend pas qu'on le fasse!
J'avoue que je n’ai pas très envie d’écouter une histoire qui commencerait par:
 «En fait…» Oui, c’est ce qu’on attend les faits.
Je bave quand j’entends un couple parlant de leur enfant ce : « mini nous »
Ou un père bafouillant d’éperdue fierté : « Mon fils ce mini moi ». À gifler.
Une phrase qui commence par « Franchement » n’est presque jamais bon signe…
C’est comme après une saloperie reçue, entendre le : « Je déconne ou je blague… »
C’est sans doute pour rire mais pour que TOI tu ris et il n’empêche que ton missile m’a bien atteint.
Une autre expression qui me gonfle fortement la glande à colère est celle qui dit que ce n'est "que du bonheur". Elle est idiote, si ce n'était que ça, ce ne serait déjà pas si mal. Quand je l'entends, mon malheur n'est pas loin.
Je fuis quand on commence une phrase par le sécant : « sache que… »
Je n’ai pas une grande affection pour tous celles et ceux qui font partie de la famille : les « cousin, frère, frérot, ma sœur » etc
Et bien sur, celle qui ramasse le tout, le définitif : « Eux c’est la famille… »
Je bouillonne quand je vois écrit : il ou elle a tord. Je  tordrais la bouche de rougne pour ça.
Ils me gavent ceux qui veulent qu’il n’y a « pas de souci » alors que précisément il y en a un. Ce sont sensiblement les mêmes qui affirment qu’il n’y a «pas de problème». Ben voyons, puisque vous le dites…
C’est comme le «va pas t’imaginer» Ah si j'y file direct.…
Comment ils m’horripilent tous les « meuf, keuf, beur, black et feuj ». Ces cinq là me rasent les poils de la bienveillance. De toutes façons, on devrait s'interdire de parler verlan passé dix neufs ans et demi. Tout comme on ne devrait pas porter de maillot de football floqué au nom d'un joueur passé seize ans trois quart même celui de Manchester United. Cet oukase est valable pour les maillots de cyclistes, de basketteurs, de base-balleurs, voire de certains groupes de rock... J'ai croisé, un été caniculaire, un type la cinquantaine bien tassée, bedon bedaine, chauve sur le dessus, queue de cheval derrière, dans un supermarché poussant un caddie plein à ras,  en sueur, enveloppé d'un tee-shirt "Nirvana"... Nous étions très très loin du compte...
C’est comme le fait d’entendre : « Je ne suis pas… MAIS » qui allume immédiatement une étincelle qui me fait penser qu’il ou elle, justement l’est…
Que dire des mails ou des notes qui se terminent lapidairement par le terrible : «A+». Quand je lis cet « A » perdu avec sa petite croix comme un fardeau, j’ai l’impression qu’on me dit : Déjà, estime toi heureux que je me sois adressé à toi... L'extension "À pluche" sera également bannie. Et à l'oral on évitera le à tout' qui ne veut décidément rien dire même s'il est joyeux.

Mais vous vous devez avoir les vôtres…
Allez, à plus tard...




09 novembre 2019

Ma championne

J’étais seul dans la salle d’attente et, au lieu de me réjouir, mon pessimisme légendaire l’a emporté : Je me suis dit que ce n’était pas bon signe. Je n’avais pas une grande confiance en l’être humain mais s’il n’y en avait ni dans une salle de restaurant, ni chez un médecin, je pensais, tant qu’il était encore temps qu’il valait mieux se tailler vite fait et aller voir ailleurs, qu’on avait de fortes chances, ici, de mal manger ou d’être mal soigné. Je suis resté.
Enfin comme c’était mon premier rendez vous, je n’ai pas voulu me barrer de suite. Je lui ai laissée une chance de me décevoir. Il y avait dans la pièce un mélange bizarre d’odeur de d’humidité et d’encens mais pas celui des bâtonnets, non celui des églises vaguement rassis. Sur des magazines de l’an passé, j’ai lu avec avidité deux trois articles sur des coucheries de vedettes, le genre de connerie dont on ne se régale que dans ce type d’endroit. On était dans un pavillon, une villa neuve un peu à l’écart du village dont le garage avait été aménagé en salle d’attente et de consultation. Il y avait au mur des posters de paysages atrocement zen. Une fontaine électrique sur une table ronde conçue comme un autel bouddhiste faisait un raffut du diable et donnait envie de pisser. Après quelques minutes, on s’attendait à voir débarquer Tonton André un de ses livres à la main.
D’un coup, des hurlements sont venus de la pièce d’à côté. L’ambiance feng shui, yin yang a été balayée en deux coups les gros. J’ai entendu très clairement une voix de femme en bout de course menacer  en criant: "Dylan un jour je vais t’étrangler te couper en deux et te passer par la fenêtre !"
Puis nettement le bruit d’une paume sur un morceau de viande et très vite des hurlements déchirants. Une gifle était tombée.
"File dans ta chambre sale gosse!". 
Et sblam une deuxième claque. Dylan en avait pour son compte.
Curieusement ça m’a rassuré. Nous n’étions pas chez une bisounours éthérée en sari mais chez une maman excédée. Nous étions chez un être humain avec de banals soucis d'humain.

Je m'attendais à voir débarquer dans la pièce un sosie femme de Pai Mei, est arrivée une femme jeune rouge comme un nez de mandrill, en sueur, des gouttes lui perlaient sur le front. Un dragon en robe noire et en colère. Je me demande encore si elle ne fumait pas des narines. Je n’ai pensé qu’à moi en me disant tout bas j’espère qu’elle redescend vite sinon je vais prendre cher. Exit le pétrissage douceur pour moi place au malaxage déstressant pour elle.
              À part tout le reste, en ce moment, je goutais à l’immense chance de n’avoir mal nulle part et j’avais décidé de m’offrir un massage toutes les semaines. Quelle que soit ma semaine. Je m’étais dit qu’une demi heure de bien être en huit jours ne pouvait pas me faire de mal aussi j’avais cherché quelqu’un qui fasse ça pas loin de chez moi que je puisse y aller à pied quand il ferait moche puisque ma voiture et moi avions rompu brutalement. Et puis, j’étais passé devant chez elle en me baladant et en détaillant sa plaque sur le mur de son pavillon,  elle était devenue ma championne sur le champ.
Sa plaque était, en vrai, un panneau de bois sur lequel elle avait peint du mieux possible: Praticienne en santé naturelle, Naturopathie, diététique, shiatsu, Chi Nei Tsang, (ne me dites pas que vous savez ce que c’est…) massages aryuvédiques, modelage californien, lithothérapie, sophrologie… Ouf. Si avec ça tu n’allais pas mieux en sortant de chez elle c’est qu’il y avait un furieux loup. Manquait plus que l’aromatothéraphie, l’homéopathie et les fleurs de Bach et on avait la totale. Ce qui se faisait de mieux dans le domaine de la magie cosmopolite et tout azimuths. Un poil de Chine, un zeste de côte Est, un bout de Japon, des brins de vieille Europe, une pincée d’Inde bref un tour du monde des pratiques hors sol. Ça tombait bien j’aimais les voyages surtout quand on allait pas loin de chez moi. Une vraie championne.
Elle m’a demandé ce qui m’amenait, j’ai été tenté de lui répondre un bon vent mais je me suis tenu à mon envie de me faire du bien.
Elle m’a fait me déshabiller, j’avais amené un short en coton que j’ai gardé, une bruellite est si vite arrivée et puis je me suis allongé sur sa table de massage. Pendant qu’elle a travaillé j’avais dans un placard allumé de mon cerveau sa menace envers son Dylan. Tout le temps, j’ai eu le sentiment désagréable d’être un filet de limande et je n'ai cessé de me demander  à quel moment elle allait m’enlever les arêtes. 
Ça a nuit à ma totale décontraction. Et c’est soulagé qu’il ne me soit rien arrivé de nocif que nous en sommes restés là. 
C’était aussi bien mais dès qu'elle a posé ses paumes sur moi, la championne est devenue mienne. On allait devenir une grande équipe tous les deux! 
À la fin de la séance, elle m'a soulagé d'un billet orange mais je m'en suis complètement foutu, je me sentais comme si j'avais fumé une benne de kat. Mes yeux regardaient au travers des murs. Si elle m'avait annoncé qu'elle était druide, je serais allé lui couper du gui à mains nues, si j'avais appris qu'elle était chamane, je me serais peint le visage après avoir allumé un feu, si elle m'avait dit qu'elle était ostéopathe j'aurais couru au distribanque en slip.
"À la semaine prochaine, alors..." j'ai fait avec la voix d'un Barry White entamé par une bronchite puis, j'ai ajouté, second, me réjouissant à l'avance:

 "La semaine prochaine, je partirai volontiers sur une séance de pierres d'argiles sioux bénies chaudes..."


21 octobre 2019

Connard de merde

Les rues de mon village ne sont plus sûres.
Hier, je m'y suis fait agresser. Verbalement mais agressé quand même.
Comme je n’ai plus de voiture, je circule en moto, à bicyclette ou à pieds et, hier, malgré la pluie, j’ai eu besoin d’aller faire un tour au supermarché du coin pour acheter  de quoi manger pour le soir. Puisqu'il pleuvait j’avais au dessus de moi un parapluie et autour de nous des rues vides. L’endroit où je me rendais est à environ trois cent mètres de la maison, ce n’était pas non plus un trek dans tout le département. En sortant sur le chemin qui longe la maison, je vois par terre une canette de bière qu’on aura gentiment balancée là. Je la prends et comme nous étions mardi, les poubelles passant le lundi il n’y en avait plus de vidées dans les rues. Je tourne à gauche et du chemin de droite je vois deux personnes, deux femmes bien vêtues, genre doudoune sans manche et pantalon aux cheveux courts, tirées chacune par un chien minuscule. Bien sous tous rapports comme on dit. Dans les deux, j’en reconnais une que j’avais croisée le samedi devant la fourgonnette des vendeurs de chèvres frais. Nous avions même échangé des civilités civiles. Dans ces petits villages, il est plutôt fréquent de croiser des gens ici ou là sans savoir où ils habitent mais en connaissant leurs visages. Ma cannette à la main, que j'ai vidée en marchant, il en restait, je suis allé vers une bouche d’égout le long du trottoir et faute de poubelle dans le coin, je la jette là et je poursuis mon chemin.
Peu de temps après je sens qu’on marche assez loin derrière moi mais je sens cette présence. Je me retourne pour regarder c’était mes deux promeneuses de chiens qui empruntaient le même trajet. Je continue ma marche. C’était moi qu’elles suivaient et visiblement qu’elles voulaient rattraper. Je ne l’ai compris qu’après puisque j’ai continué ma route. Elles m’ont suivi jusqu’à l’approche du super marché. Je me suis retourné une nouvelle fois. 
Là, une des deux femmes, celle qui était plus proche de moi m’a demandé sur un ton plutôt sec : Vous savez pourquoi on vous suit ? Première nouvelle j’ai pensé. Puis, l’irrésistible  charme de mon dos en mouvement sans doute. Ignorant mes pensées souriantes, elle a poursuivi avec un accent belge assez prononcé. Était-elle restée avec nous trop longtemps, avait-elle attrapé notre mauvaise humeur légendaire?
"On vous suit à cause de la cannette que vous avez jetée à l’égout, il y a des poubelles partout dans le coin, vous ne savez pas qu’il ne faut pas faire des choses pareilles ? Ça bouche les canalisations et ça fout la merde partout."
Je tombais des nues. J’ai balbutié: "Mais je l’ai ramassée par terre pour ne pas qu’elle traine et vous me courrez après tout ce temps pour me dire ça ? Je le crois pas".
Et là, elle est partie, elle avait le visage rouge d’une colère que j’ai trouvée somme toute très au dessus de ce que ça méritait, elle me hurlait en me postillonnant à moins de dix centimètres du visage, j’ai cru qu’elle allait m’arracher un œil pour que je comprenne bien l’effroyable crime que j’avais commis. Et très vite sont arrivées les insultes : "Vous êtes un connard ! Un connard ! Un connard de MERDE!" elle a répété.
Alors là, je n’en croyais pas mes oreilles et, en vrai, j’étais sonné. C’était tellement injuste, déplacé et exagéré. J’ai juste dit du plus calmement  possible très bien, puisque viennent les insultes, je ne vous parle plus, ne m’adressez plus la parole, je n’ai plus rien à vous dire. Donnez moi votre cannette, l’autre l’avait gardée à la main tout ce temps comme s’il s’était agi de l’arme d’un crime dont je me serai débarrassé, que je la jette à la poubelle du magasin. Ce que j’ai fait.
Et je suis allé vers le magasin. L’autre hurlait encore : connard que j’entrais dans le supermarché. Se faire traiter de connard de merde en plein village pour une cannette jetée à l'égout? Dans quel monde sommes nous en train de vivre? Un papier au sol et elle me coupe un bras? Si les auteurs d'agression verbales savaient l'effet que provoque leurs agressions seraient-elles un poil moins agressives? Elle m’aurait mis un coup de poing dans la figure j’en aurais été autant affecté. Ça semble être mon karma en ce moment. L’autre jour une autre, une certifiée de lettres (c'est elle qui se présente ainsi) m’a agressé sur le net à propos d’un commentaire que j’avais laissé sur une de ses images. Même injustice, même virulence. Ce doit être moi, ce que je ne dis pas, ce que je ne fais pas qui déclenche ces réactions. Sinon quoi d’autre ? L’époque ? Tendue ?
Les rues de mon petit  village ne sont plus sûres. 
M'en vais m'exiler dans les collines, moi.
Quelques jours après je l'ai revue. Au marché du soir du village. Elle vendait des légumes. Je n'ai eu qu'une envie: M'agripper des deux mains à ses misérables tables sur lesquelles sont posés des paniers de courgettes molles et d'une traction lui retourner tout son étalage sur les pieds en la regardant droit dans les yeux et à son regard ébahi, après un temps laissant redescendre la poussière soulevée, dans le silence revenu juste lui dire: 

Vous plaignez pas, je vous donne raison.



18 octobre 2019

Le portable à Paul

Paul, tu commences à nous emmerder avec ton portable. Une demi–heure que tu te répètes. Tu es en boucle mon grand. Ça passe pas, ça passe pas on va pas en faire un fromage. Fais comme nous, profite, regarde autour de toi, tu es au fond des gorges, on a mis une heure à descendre sur ce chemin presque vertical, on s’est bousillé les cuisses, j’ai les genoux en flammes alors s'il te plait, baigne toi tranquille, ce soir on remonte et tu le récupères ton réseau ! Putain tu vas pas nous gâcher tout l’après midi quand même?
Paul a attrapé sa serviette il s’est éloigné de nous et il est parti bouder dans un coin derrière un énorme rocher dans le virage. C’est qu’on était tous, plus ou moins, devenus zinzins avec ce rectangle de lumière. Moi le premier. Il appelait notre regard des centaines de fois par jour. Il réclamait un ou deux de nos doigts avec force. Il fallait voir les gens dans les transports, au restaurant, dans la rue EN MARCHANT, dans les voitures EN CONDUISANT, risquer leur vie et celles des autres pour avoir les yeux concentrés sur ce truc. Maintenant, il réglait nos vies, la racontait, la rythmait. On était tous devenus débiles. Avant de sortir on regardait l’appli météo au lieu de jeter un œil par la fenêtre. Avant d'aller consulter on s'inquiétait du mal qui nous rongeait. On ne se parlait plus on se s émessait. Les plus atteints étaient ceux qui n’avaient pas connu la vie sans.  Du reste ils ne pouvaient plus vivre sans. L’écran de leur engin était devenu leur fenêtre sur le monde. Sacrément riquiqui comme baie vitrée. Leurs pensées étaient proportionnelles. Ainsi Paul qui nous cassait les bonbons dans un des endroits les plus beaux du pays parce qu’il n’avait pas de réseau. Les plus vieux avaient vécu sans cette malédiction et pouvaient encore se souvenir du bon temps. "Paul, tu nous les brises. Tu vas lever la tête pendant une ou deux heures, jeter un œil sur le vrai monde, ça va te faire du bien aux cervicales et au cerveau. Crois moi, tu ne devrais pas mourir si tu ne peux pas te brancher une heure."
À cet endroit la rivière, je devrais plutôt écrire l’autoroute à canoës se resserrait un peu, aussi la circulation paraissait plus dense et c’était un défilé continu de rouges, de jaunes, de verts avec des types et des femmes dessus, un bob ou une casquette inélégants au possible sur leurs têtes rougies aux corps avachis dont on ne voyait que les genoux saillir, le haut engoncé dans des gilets de sauvetage constrictors et fluos qui leur donnait des allures de joueur de baby foot vivants, une rame à la main dont on sentait bien qu’ils l’auraient volontiers refilé à quelqu’un d’autre. Ouf. En passant près de la plage où on était installé certains nous jetaient des regards perdus disant en gros : Sortez nous de là, on en a marre de ramer on veut rester avec vous sur votre plage et se baigner nous aussi, cette après midi est un cauchemar! 
Les autres avançaient en se la racontant.
Nous on avait galéré pour arriver ici. D’abord il avait fallu rouler sur une bonne moitié de la route des gorges de l’Ardèche, une route dessinée à l’alcool sans doute et à l’alcool fort. Puis on avait trouvé le parking perdu dans la garrigue. Il était assez grand parce qu’en bas, il y avait le camping des culs nus comme on disait dans le coin. Il était connu jusqu’au fin fond de la hollande celui-là. Et donc bondé de grands blonds bronzés parlant très fort. On avait garé la bagnole, sous les chênes verts,  on l’avait vaguement protégée du soleil puis on avait enquillé le sentier qui s’était très vite mis à ressembler à un escalier sans marche ni palier. On s’accrochait aux branches un peu solides, on manquait de se retrouver sur les fesses toutes les trois minutes, on suait, on peinait, on se griffait parfois aux épines des cardes, on soufflait comme des forges portatives, on se faisait peur, on souffrait. Bref, on en bavait. En ahanant, en rougissant, en dégoulinant, on se disait qu'on était en train de mériter le bain qu’on allait prendre. Une fois en bas on a passé un beau moment malgré le défilé des canoés, des kayaks, malgré les cris des embarqués qui réonnaient contre les parois abruptes. L’automne avait commencé à faire virer les couleurs des versants et la rivière s’était mise à charrier les premières feuilles tombées plus haut comme des confettis de fin de fête. Le ciel tout au dessus était lui, d’un bleu électrique. Et puis le soleil est passé de l’autre côté de la falaise, l’ombre a grandi sur la plage, le frais s’est pointé, il a fallu plier bagage et remonter.
Paul a pris les devants, pressé de retrouver son réseau. On l’a suivi pendant les premiers mètres  et très vite on ne l’a plus vu. Il a dû grimper comme une fusée Titan au décollage. Trois bons quarts d’heure plus tard, nous sommes arrivés sur le parking rouges, trempés, épuisés, les yeux exorbités, les  poumons en feu. Paul était là appuyé contre la voiture.
D’une voix hachée à cause du souffle manquant un a demandé : "Alors Paul les nouvelles sont bonnes, tu as retrouvé tes barrettes ?" 
Non, il a fait.
Il était blanc comme une aile de poulet. 
"Paul c’est bon tu as « checké » tes mails, tout va bien ? Tu revis?"
Non, a-t-il dit un peu plus fort et énervé.
Il était pâle comme une aube.
"Ben Paul t’es encore fâché, tu ne nous parles plus ? "
D’une voix tremblante à peine audible en se déplaçant vers le sentier qui descendait, d’une voix pleine de rougne, il a juste dit :   J’ai oublié mon portable en bas...
On a éclaté ! 
"Ah merde, c'est con. T'as pas une appli pour qu'il remonte tout seul?" 
"C'est de votre faute à vous aussi, avec vos idées à la con."

Nos éclats de rire ont accompagné sa colère une bonne partie de sa descente.




16 octobre 2019

Le popotin

Au fond, je n’en savais encore rien même si j'en recevais de temps à autre certains signes, mais j’imaginais que ça devait débuter comme ça: 
Sans doute qu’un beau jour, façon d’écrire, on doit simplement faire un pas de côté, comme renoncer, se dire à quoi bon, lâcher l’affaire, sortir un mouchoir blanc du fond d’une poche dont ne savait même pas qu’il y était et se mettre à  l’agiter bêtement dans l’air tiède d’une soirée jusque là sans histoire. Sans qu’on s’y soit préparé, sans qu’on se soit dit longtemps à l’avance ce sera pour ce soir là précisément que ça va arriver. Mais ça arrive. 
La veille on avait encore assuré, on était paré pour l’Aventure, on pouvait embarquer, on avait envisagé des possibles, on n’était pas à l’abri de tomber amoureux, on avait prévu des actes, on avait rencontré des gens, on leur avait parlé, on avait évoqué avec eux des projets qu’on avait élaborés, on avait exprimé des rêves qui nous restaient pour occuper du mieux possible les mois à venir. On avait échangé à propos des voyages, des villes et des pays qui nous restaient à voir, la meilleure saison pour y aller faire un tour ou bien à propos de la pertinence de retourner dans un qui nous avait beaucoup plus. Tu te souviens de cette lumière en Novembre qui était si irréelle et puis slaouch tout ça était remis en cause, pire abandonné, plus d’actualité, foutu en l’air.
Un beau soir, façon de parler, le lendemain ou pas loin vous vient en bouche la saveur âcre de la poussière que vous avez mordue sans savoir où.  Désormais, on  serait à même de reconnaître ce gout entre mille et pour toujours. Il ne nous lâcherait pas. Il serait inscrit en nous. Un vilain soir, on doit poser un genou à terre après avoir courbé l’échine un peu plus que tous les autres soirs d'avant. Ça vient au déboulé d’un escalier que d’ordinaire on avalait en sautillant le cœur léger, ça vient d’un souffle écourté après une course de quelques mètres, ça arrive par une crainte soudaine, surprenante en traversant une avenue en dehors du passage piétons, d’un autobus qu’on attrape pas, d’une valise qui semble bien plus lourde que d’habitude, d’un écran de cinéma qui paraît bien flou, d’une impatience qui vient plus vite, d'une phrase qu'on fait répéter, d'une réaction ou d'une reflexion qui ne nous ressemble pas et qu'on s'étonne d'avoir eue. On s’affaisse un peu sous le poids, on se tasse et pour finir, comme vaincu par un ennemi invisible et sournois, on finit par lâcher, on abandonne. Alors, on veut quitter la scène, descendre de l’estrade, sortir du rond de lumière. On souhaite être ailleurs, davantage sur le côté de la route encore un peu sur le trottoir mais plus près du caniveau. On prend la tangente, on s’efface, on se retire, on jette ses cartes, on laisse la table, on sort du jeu, on descend de la rame, on s’extrait du cortège, on quitte la cohorte. Entre ici Jean Moulin...
C’est comme ça que ça arrive. D’un coup. La veille on avançait malgré des douleurs diffuses, on passait outre, on les méprisait même. Là, ce soir,  elles se rappellent à nous, elles sont au premier plan puis elles empêchent. Alors, on est envahi par une lassitude, une fatigue, un épuisement. D’un coup, on se retrouve sans envie sans désir, sans souhait, sans rêve. Un soir ce qui nous animait, ce qui nous faisait trembler d’émotion, ce qui faisait naître une larme dans le noir d’une salle nous a quitté. On se dit qu'on aimera plus, pire qu'on ne sera plus aimé. Jamais. Un jour l’élan magnifique s’arrête. Net. L’ouverture des bras se referme, l’étincelle s’éteint, le coeur se vide. On s'isole. Un soir on se sent sans force ni énergie. Tout ça ne nous amuse plus. Au contraire. Comme les anciens fumeurs détestent l’odeur du tabac on se met à fuir ceux qui n’en sont pas encore là. On ne veut plus les voir ni les entendre on ne veut plus avoir à faire avec eux. On se met à détester les jeunes et leur fougue, on déteste la jeunesse entière. Ils nous semblent infréquentables. 
On arrive à peine à se fréquenter soi-même.
Un soir c'est fait, on est vieux. 
En attendant cet instant terrible qui ne manquera pas d’arriver, on le devine, on le sait, on le pressent, on reste debout, à faire face, les pieds posés bien à plat sur terre et on se remue le popotin.



10 octobre 2019

Une dernière bière

Le hall passé,  dans la vaste salle de réception décorée de l’immeuble de trois étages, elles sont une dizaine aux cheveux bleuis autour d’une grande table, occupées à dresser de leurs mains malhabiles, déformées par l’arthrose des bouquets de fleurs coupées. Ikebana de banlieue. Ça sent le mauvais parfum, le lys sucré, l’ennui profond et le vieux. La pisse aussi souvent. Ça sent l’ehpad avec son putain de h qu’on ne sait jamais où le mettre. En avançant, on leur dit bonjour d’un signe de tête et d’un sourire un peu forcé. Aucune ne répond, aucune n’a vu ou entendu nos signes. Il n’a jamais à ce point détesté autant les bouquets de fleurs, il a fini par regarder le dessus de ses chaussures jusque devant  la porte de l’ascenseur.
Depuis quelques mois c’était devenu un rituel. Toutes les fins de semaine, ils venaient là, à deux, l’arracher à ce lieu, à ses habitants, à sa désormais nouvelle tribu, pour une heure ou deux et l’emmener boire une bière à l’extérieur. Dès la première fois, ce fut son seul plaisir de la semaine. Dès la deuxième, il n’avait plus été question de l’en priver. C’est qu’il n’avait pas volontiers encaissé son déménagement après la mort de son amour. Il n’avait pas aimé l’immeuble, les couloirs, les ascenseurs, la chambre, la salle à manger collective où les moins atteints devaient encore se rendre. Il n’avait pas aimé les gens qui y travaillaient, ceux qui y vivaient. Il n’avait rien aimé de tout ce bazar. On n’avait pas pu lui donner tort. On s’était mis un peu à sa place. Il avait été patron d’une entreprise, d’une dizaine de salariés. Il avait été un cador dans sa partie, celui qu’on venait consulter de tout le département et même au-delà. Il avait été en cas de conflit expert dans les tribunaux. Il avait été celui qui prend des décisions, fait des choix, les assume, dirige, organise, suggère, ordonne, engueule, paye. Il avait eu trois maisons : la sienne, enfin la leur, une de campagne à une heure de route de chez eux, pour les belles fins de semaine de printemps et d’automne  une sur une île pour l’été avec un bateau à quai. Et là, aujourd’hui, il n’était presque plus que l’ombre de cet homme rayonnant qui achète et vend, celui qui pèse. Il était devenu un vieux bonhomme orphelin de son passé, de son amour, malade, sourd, ne voyant plus très bien, avec du mal à se déplacer, incapable de se laver seul, qui restait assis toute le long des jours dans un fauteuil près de la fenêtre, une couverture sur les genoux, ce n’est pas le moment que vous nous attrapiez froid, monsieur Papy. 
Il y avait quand même de quoi l’avoir mauvaise. Toute cette attente de quoi ? Rien n’allait s’arranger. Au contraire, tout s’aggravait de mois en mois, d’analyses en analyses, de maux en maux.
Alors pour adoucir un peu ses tourments, ils avaient pensé à ça : prendre deux heures et l’emmener en terrasse si le temps le permettait pour qu’il puisse tremper ses vieilles lèvres dans la mousse d’une blonde. Le sortir un peu de là où rien n’avait grâce, à juste titre, à ses pauvres yeux qui ne voyaient plus grand chose. Il mettait un temps fou à sortir de l’endroit, un temps infini à monter dans la bagnole, une éternité pour en sortir et autant pour arriver au bistrot appuyé sur ses deux cannes. Il souriait en trempant ses lèvres dans le blanc de la mousse. Il la vidait tranquillement en savourant toutes les gorgées. Il ne disait pas grand chose, il avait perdu l’habitude de parler à d’autres et puis comme il était devenu sourd, il s’était isolé dans son esprit.
Et puis, ils le raccompagnaient.
En le laissant après l’avoir embrassé, ils lui disaient à samedi prochain. Ils fermaient la porte de sa chambre en lui disant d’un ton faussement enjoué : Tu es sage, hein ? Tu ne fais pas de bêtises ? Et ils se dépêchaient d’aller pleurer dans l’ascenseur en évitant de se regarder dans la glace le temps qu’il les redescende vers la vie.
C’est en rangeant sa pauvre chambre que sur sa table ils ont trouvé le mot griffonné d’une écriture tremblante qu’il leur avait laissé. Il disait : 

D’abord, vous allez être triste et puis après trouver que c’est un soulagement. C’en est un. J’ai tellement aimé cette vie que je ne veux plus qu’elle soit réduite à celle qui me cloue ici. Je vais rejoindre mon amour. Ne soyez pas triste. Je vous embrasse. Vous, vivez. 
Et commandez moi une dernière bière. 
Pour LA Route


27 septembre 2019

C'était un dimanche

C’était un dimanche. 
En début d’après midi. Paul s'est extrait du canapé, il a saisi la laisse pendue dans l’entrée, il a hurlé dans la maison à qui pouvait l’entendre : Je vais faire pisser le chien! Personne n’a répondu : Elle, elle était encore dans la cuisine à se démener avec la vaisselle sale, les beaux parents étaient devant la télévision et des ristrettos allongés, les autres, les enfants, étaient remontés dans leurs chambres et devaient se remplir les cervelles de vide en échangeant des bêtises essentielles avec leurs frérots sur un réseau quelconque ou bien ils perdaient leurs heures, consoles en mains en perpétrant sans haine mais avec énergie un joli massacre virtuel. Le matin, après le petit déjeuner que chacun avait pris de son côté et à des moments différents, il avait amené l’ainé au sport et la fille à son cours de danse. Elle, elle était restée trainer. C’était un dimanche bien comme les autres. Au réveil elle l’avait cherché des doigts avec une main qu’elle avait tendue vers lui, elle lui avait caressé l’épaule, il s’était éloigné et lui avait marmonné dans son sommeil: "Pas envie, dormir encore." 
Elle en était resté là. De ça aussi il n'avait plus envie.
Dès qu’il a attrapé la laisse en corde, le chien avait levé une oreille, remué la queue, lancé un waf joyeux puis il était sorti du panier où il dormait et  s’était mis à tourner autour de son maître en aboyant maintenant avec frénésie. Paul a attrapé son portefeuille, l'a mis dans sa poche arrière, il a ouvert la porte et ils sont sortis. La vue de la laisse avait fait venir l’envie.
Le mistral qui avait soufflé comme un damné ces jours derniers avait calé en fin de matinée et tout dans le coin s’était apaisé comme suspendu. La température était encore douce en cette fin de Septembre et le ciel avait chaviré au grand bleu. Là bas vers l'est il restait encore des nuages noirs qui s'évacuaient lentement. Quelques flaques dans la rue disait aussi la pluie battante des derniers jours. Hier, elle lui avait proposé d’aller passer la journée à la mer qui n'était pas si loin : Il fait beau, on pourra se baigner une dernière fois avant l’automne elle avait dit. Il avait décliné: "Il va y  avoir un monde fou et on va s’emmerder pour revenir, non, non on bouge pas et puis tes parents viennent à midi comme d’habitude, non ?"
Il n’arrivait plus à avoir envie de bouger, de se remuer, de plus grand chose. 
Alors pendant l’entrainement du grand, il était allé chercher un poulet grillé au marché du matin. Il ne l’avait pas pris fermier, ils ne pouvaient plus, ils étaient obligés de faire attention, de surveiller les dépenses, de se restreindre. C’est que deux ans sans boulot avec les traites de la baraque qui leur tombaient régulièrement sur les épaules et tout le reste. Et tout le reste. Les réserves étaient comme eux deux, écrasés.
Le chien connaissait la balade par cœur. Il est sorti du lotissement aux maisons mitoyennes toutes semblables, il a pris le chemin de petits galets ronds qui descendait le long de la rivière en promenant sa truffe à ras du sol comme une tête d’aspirateur mais  en surveillant de temps en temps s’il était suivi. Il l’était. À la hauteur du lit presque partout asséché, tout excité, il a filé droit dans une flaque de flotte brunâtre et s’est couché dans le frais de tout son long. 
Au moins un qui se sera baigné ce dimanche a pensé Paul.  Après une centaine de mètres ils ont rejoint la voie ferrée de la ligne  T G V qui traversait le pays. Ils l’ont longée sur une bonne centaine de mètres. Lui sur les pierres, l’autre à ses affaires allait et venait, farfouillait dans les herbes hautes, les arbustes et la végétation encore dense à cet endroit. Un premier train s’est annoncé en soufflant. Il venait du pont qui passe au-dessus du lit principal et fonçait vers le sud. Les pierres du chemin vibraient, l’air a été bousculé par le souffle du monstre. À son passage le bruit insoutenable. Le chien était venu s’allonger aux pieds de Paul dès qu’il avait perçu l’arrivée des premières voitures. La voie n’était qu’à une dizaine de mètres. Puis le silence. Au dessus d’eux des vols en v de migrateurs commençaient à descendre en suivant le cours. Eux aussi fichent le camp  a pensé Paul. Ils ont repris leur marche. 
Après quelques minutes, ça l'a envahi d’un coup comme une paire de mains serrées sur sa gorge. Rentrer, la fin d'après midi, la pétanque d'après sieste, la belote d'après pétanque, les minutes qui viennent, l'ennui, la fatigue, l'épuisement? Insupportables. 
Alors, il a cherché un arbuste un peu plus gros que les autres, avec la laisse il a attaché le chien au tronc. Il a sorti un crayon qu'il avait toujours dans sa poche, un ticket de caisse de son portefeuille il a griffonné quelques mots sur le blanc qui restait du ticket, il l’a roulé et glissé sous le collier du chien, il lui a flatté les flancs, il a saisi son museau à deux mains et l’a embrassé en pleurant. Il s’est dirigé vers la voie ferrée. Un autre train s’annonçait…
On a ramassé des lambeaux de lui à deux cent mètres de l'impact ont dit les gendarmes. 
Sur le petit mot retrouvé sous le collier il avait juste écrit cette phrase:

"Pardon à tous pour toute la merde que je fous."


15 septembre 2019

Il t'arrive

L’automne, c’est par la peau qu’il te vient.
Vers la fin d’Octobre, selon l’endroit où l’on vit, il arrive assez souvent qu’on puisse encore manger dehors, même le soir, mais une fois la nuit  tombée, il  faut se couvrir la nuque et les épaules d’une petite laine, d’un châle ou d’un pull car on ressent oh pas depuis très longtemps, un jour ou deux seulement, une fraîcheur assurée qui dégringole des arbres et  pousse à se couvrir ou à moins s’éterniser. On ne peut plus siroter en s’attardant aux terrasses, en attendant que des pluies étoiles défilent dans le noir comme au cœur d’Aout. Après la dernière cigarette, le dernier verre, on doit alors bouger car le frais s’avance et gagne. Maintenant, au petit matin, quand les volets sont poussés, il arrive qu’on ne puisse plus distinguer le fond du jardin tout entier plongé dans une brume dense que, seul, le soleil réapparu dissipera. On la sent même au dedans des maisons cette brume qui vient avec le frais, les murs et les carrelages en rendent compte. En attendant que le thé infuse, il te naîtra même une envie de flambée que tu contenteras. En attendant, nous aurons à penser au ramonage à faire, au bois à couper, aux bûches à fendre. Veiller à ce que la maison soit prête pour l’hiver. Maintenant, les jours sont comptés avant les premiers vrais froids. Ils commencent par raccourcir salement et ça se voit. Les nuits s’habillent de froid. Il va falloir s’encouettiser.
L’automne c’est par les oreilles que tu le reconnais puisque les champs et les bois te sont maintenant interdits. Annexés par des hordes de tueurs armés en tenues de camouflage, ces bandes de petits garçons vaniteux (la nature, elle va voir c'est qui le patron!) qui jouent à la guerre contre les bécasses en ne leur faisant aucun quartier. Ils tirent sur tout ce qui porte poil, porte plume, vole, court, nage, vit gibiers comme chiens et autres chasseurs juste pour le plaisir de les tuer. Celui de ces courses affolées supendues, brisées net  comme ces chiffonnades de chevreuil perces par les plombs. L’automne est aussi un bain de sang.
L’automne c’est par les yeux qu’il t’attrape :
Ça commence assez tôt par les feuilles des grands platanes qui se marronnent et chutent, détachées par les vents du soir. Alors, les verts du figuier généreux commencent à jaunir. Dans les bois tout se teinte jour après jour, heure après heure, la nature prend feu. Le vert s’efface, lève le camp, débarrasse le plancher, déguerpit, fondule dans les ors. Puis, dans les vergers, les cerisiers se mettent à flamboyer de rouge comme si leurs feuilles baroudaient d’honneur avant de tomber. Les vignes, assez vite leur emboitent la palette rougie de sang. C’est tout le paysage qui se colore. C’est le temps où l’on monte sur les collines, les buttes, les remparts pour embrasser des yeux, comme ils le méritent ces paysages nouveaux. Le vert s’efface. Partout, ça flamme, ça s’ocrise, les fumées montent des feux, la terre devient un trésor étincelant. L’automne est le temps des flambances.
L’automne c’est par le nez qu’il t’arrive.
Dans les ruelles encore tièdes, des jardins aux murs toujours chauffés par le soleil du milieu de jour, commencent à monter des odeurs de feux de feuilles. Presque dans chaque parcelle, les broussailles coupées s’enflamment. Au soir, au dessus des maisons des anciens, leurs os déjà transis, quelques cheminées se mettent à fumer. Ça sent la suie chaude et la soupe de courge. L’automne est une saison de fumée. Plus loin de la ville, dans les forêts octobrales, c’est l’humide et l’humus qui dominent et les champignons popisent du chaud d’après la pluie. Ces senteurs de pourriture noble sont annonciatrices de recherches et de ramassages, d’après midi de marches et de parcourages attentifs des forêts. Dans ton panier, il y aura de la place pour les noix, noisettes et autres arbouses si tu vis où elles tombent. L’automne est une saison de cueillette.
L’automne c’est avec le palais qu’il te flatte :
Au marché du dimanche, une fois le brouillard dissipé, une fois l’humide vaincu, apparaissent les premières girolles, puis selon l’endroit où tu as la chance d’habiter ce seront les premiers cèpes en premières poêlées. Viendra bien vite celui des châtaignes grillées et le soir celui des soupes oranges de potirons. Les coings se cueillent et se mêlent aux filets mignons rissolants, les pommes maintenant mûres s’unissent au boudin pendant que les confitures s’éteignent de cuire. Figues, mûres, arbouses les bocaux se remplissent et s’entassent dans les armoires pour voir venir l’hiver.
L’automne c’est le cœur qu’il te serre.
Finies les longues soirées à trainer aux étoiles, il te faut quitter plus tôt la terrasse et te mettre à l’abri, t’enfermer dans le dedans qui protège au lieu d’être encore au risque, ouvert au monde, à la brise qui passe, au dehors, à l’autre qui vient.
Il te faut te vêtir davantage, les matinées sont fraîches désormais. Il te faut repartir, t’envaliser, t’en aller, quitter ici, reprendre le pont, repasser la frontière, t’exîler, décendrer les foyers, fermer la maison, dégonfler les bouées, protéger les fenêtres, vidanger les tuyaux, caréner les bateaux, retourner au chagrin, dire au-revoir à ceux qui restent, boire un dernier verre, refaire la route, revenir.
L’automne est un temps d’odeurs, un rempart, un dernier souffle, contre la nuit, le froid, le gris, le sommeil, le silence, la tristesse et la pluie. 


04 septembre 2019

La chapelle aux deux platanes

Dans tout le quartier elle était connue comme la chapelle aux deux platanes. 
J’ai eu beau tourner longtemps autour d'elle, je m’en suis éloigné, j'y suis revenu pour tenter de trouver le deuxième platane, je n’ai jamais pu mettre les yeux dessus. Et pour cause. Il n’en restait plus qu’un qui se dressait à droite de l'entrée mais j'ai su qu'à l’origine il y en avait bien deux.
C’est un homme qui faisait l'herbe à la faux devant la chapelle, un vigneron du coin qui m’a raconté l’histoire.
Quand on eût fini de bâtir la chapelle, quelqu’un a dit ce serait bien qu’on plante deux arbres devant l’entrée comme ça les jours de fête et lors des grandes chaleurs en sortant des offices, on pourrait rester sous leurs ombres à parler, à nous en raconter un peu et quand leur feuillage sera dense, quand ils auront grandi on pourra même y dresser des tables et partager un repas ou deux avec tous ceux du quartier. Bonne idée se sont-ils enthousiasmés et aussitôt dit aussitôt fait. Ils se sont réunis, ils ont organisé une grande fête et ils ont planté deux platanes vigoureux de part et d’autre de l’entrée. Et, ils ont attendu. En ces temps là, ils savaient attendre. C’est presque ce qu’ils faisaient le mieux. Attendre les premiers froids de Novembre pour tailler les vignes, attendre que la terre dégèle pour sarcler les rangées, attendre que le beau revienne pour la première taille, attendre que les grains mûrissent pour les vendanges, attendre que le vent ait fini de souffler pour brûler les sarments, attendre que la mouche vienne pour traiter, attendre que l’hiver finisse pour se réjouir du printemps, attendre, attendre, attendre. Que ce soit le bon moment, la belle heure, la meilleure minute. Les pressés, les énervés, les impatients on ne les prisait guère par ici. On préférait ceux qui prenaient le temps de faire les choses comme elles doivent être faites au moment où on doit s’y mettre. Et ça pouvait être à un jour près.
Il était arrivé tout ce qui avait été prévu. Les deux platanes avaient grandi ensemble, après quelques années ils avaient mêlés leurs branches hautes puis leurs feuilles. Ils ne faisaient plus alors qu’un seul et immense toit d’ombre sous lequel des repas de fête avaient été partagés. On y avait dansé certaines longues soirées de Juin, on y avait grimpé, les enfants surtout. On s’y était embrassé sur les premières branches basses protégés des regards et des indiscrets. On s'y était même aimé quand les autres n'y étaient plus. Ces deux platanes faisaient partie de l’endroit au point qu'on l'avait nommé: La chapelle aux deux platanes et que c'est ainsi qu'il était connu de tous.
Et puis l’un des deux arbres avait attrapé la maladie. On avait tout tenté pour le sauver mais on n’avait pas réussi. Pour qu'il ne contamine pas l'autre, pour qu'il ne menace pas de tomber sur la chapelle, il avait fallu l’abattre et le débiter en malheureuses tranches qu’on avait brulées à la va vite. Un jour noir.
Désormais, il ne restait plus qu’un arbre. Seul. Et quand on regardait la chapelle en arrivant de Pernes on ne voyait que l'absent. Mais c'était souvent le cas quand quelqu'un disparait. On ne voit que celui qui n'est plus là.
Voilà, vous savez tout m’a-t-il dit.
Mais s’il n’en reste qu’un pourquoi parle-t-on encore de La chapelle  aux DEUX platanes? 
Après un silence, enme regardant doit dans les yeux et en détachant les mots, il m'a dit :
Monsieur, tant qu’on évoque nos morts, ils ne le sont pas tout à fait. Je vous souhaite le bon soir.


03 septembre 2019

D'origine incontrôlée

Je venais d’entrer chez mon épicier préféré. 
Nous étions en fin d’après midi et je n’avais rien à manger pour le soir. 
Après une balade en moto dans quelques uns des plus beaux coins du coin,  j'étais allé me poser face aux dentelles derrière lesquelles à cette période le soleil se couchait, je m'étais assis face à l'incendie qui s'annonçait, j'avais pris le temps comme si nous étions deux puis, j’avais fini mon tour par chez lui. Elle, elle y était déjà, une cinquantaine insignifiante, fringuée banalement, un jean, un pull, rien à redire. Un peu exaltée, m'a-t-il semblé, mais rien ne présageait de ce qui allait suivre. Croiser des dingues en ville c'était comme rencontrer des vaches à la campagne... Elle avait rempli son cabas, rangé sa monnaie et elle s’apprêtait à partir. Comme, à part moi, personne ne la pressait elle s’était mise à blaguer avec le vendeur. Blaguer, ici c’est parler et c’est la deuxième utilité des courses. C’est aussi pour parler qu’on va les faire.
À la première phrase entendue, j’ai su que ça allait, comme on dit, déraper. Mais je ne savais pas encore à quel point…
J’ai attrapé au vol les derniers mots: 
___ Ah ben non, moi, je veux qu’il me ramène une blanche…
J’ai fait mine dans mon crâne de penser à la bière, à la salade, à une baguette peu cuite mais non ce n’était pas de ça qu’elle parlait… C’était de son fils… Et de ce qu’il pourrait éventuellement lui « ramener » à elle, comme belle fille.
Et oui, oui si c’est à ça que vous venez de penser, vous n’avez pas eu tort. C’était ça qu’elle vomissait en toute tranquillité, devant tout le monde et fortement. Bienvenue en Provence… Et puis, comme une digue qui lâche, elle a poursuivi :
___  Le mieux ce serait une du Nord, elles sont costaudes et travailleuses, mais une italienne ou une espagnole oui, je serais d’accord, elles sont un peu comme nous autres, mais pas une arabe, ni une noire et je ne suis pas raciste. Ah ça non je n’ai rien contre les autres mais je veux qu’elle soit blanche et il le sait. Il est bien au courant. Une arabe je ne pourrais jamais avoir confiance et une noire on serait trop différents, alors il a intérêt à se trouver une gentilles petite blanche de chez nous… Et je ne suis pas raciste, ils ont le droit de se marier mais entre eux, qu’elles touchent pas à mon fils…
J’étais anéanti et je regardais le commerçant qui entendait ce torrent abject.
À la fin de son tsunami de boue, elle s’est tourné vers moi, elle m’a regardé en s’adressant à moi et elle m’a interrogé: N’est-ce pas Monsieur ?
J’ai levé la herse. En faisant demi-tour, je lui ai dit :
Oh lal la ! On ne se connaît pas, vous ne me parlez pas, vous ne me demandez rien à moi, Madame. 
Et aux autres dans le magasin :
Au revoir messieurs dames, pour moi, ce soir, ce sera pois chiches.

30 août 2019

Rentrons

Bien sûr, il y eut ces douces soirées s’éternisant, aidées par les blancheurs gouleyeuses de vins frais…
Bien sûr, il y eut ces instants de partage sous le silence infini des étoiles tremblantes…
Evidemment, nous nous sommes étonnés de ces chaleurs étouffantes et nos pas plombés nous ont portés, le soir,, vers des eaux espiègles, galopantes et fraîches…
Oui, nous y avons passé de jolies soirées dans les salles de spectacles de cette ville en fête dont certaines sous un ciel de pépites... je pense à tous les mirages de ce cirque…
Oui, avec les amis de passage, il y a eu quelques débuts de nuit peu sages, seul, le vide éparpillé des bouteilles permet encore de s’en souvenir…
Bien sûr, je t'ai aperçue deux ou trois fois de dos dans le magma d'une foule assise à une terrasse ou dans le reflet opaque d'une vitrine mais ... ce n'était pas toi...
Oui, oui, il nous est arrivé de nous endormir dans le creux accueillant d’un hamac multicolore et surtout doux et parfois même en dehors des heures légales de sieste…
Oui, nous avons bu des apéritifs au sortir des petits déjeuners, juste en secouant les nappes et poussant les bols…
Bien sûr, il y eut ces bains interminables dans des piscines nouvelles endimanchées par les ferveurs des capucines...
Bien sûr, nous avons mangé des poissons grillés … plus que de raison … entre boire et mal cuire nous avions choisi…
Oui, nous sommes allés nous asseoir aux couchants, face au paysage pyromane en train de se foutre en feu, alors, c’est aussi dans nos yeux et nos âmes qu’il était l’incendie à éteindre…
Oui, nous avons parlé fort autour de certaines donnes de cartes devant l’insolente chance des uns et la terrible déveine des autres, la roublardise maudite des uns, la maladresse insigne des autres…
Oui, oui, nous avons parfois pleuré devant des animaux aplatis le long des routes empruntées…
Oui, nous nous sommes repus de salades estivales dans des bouges de travers à des heures impossibles…
Bien sûr, nous avons croisé le sillage de beaux humains et navigué dans les eaux de belles humaines ce qui nous a même fait dire qu'il suffirait de pas grand chose pour qu'on s'en sorte, enfin...
Oui, nous avons dormi la nuque en vrac sur des plages bondées, cuisant à l'implacable chalumeau d’un soleil d’enfer…
Bien sûr, nous nous sommes trempés les pieds, les chevilles et les jambes dans des fraîcheurs entrevues à l’ombre noire des sous-bois de rencontre…
Evidemment, nous avons pesté contre tous ces autres, qui avaient la bêtise d'être là , au même endroit que nous, au moment où nous y venions….
Evidemment, j’ai souvent pensé à ce que tu pouvais faire à l’instant même où je faisais quelque chose que d’ordinaire il nous arrivait de faire ensemble…
Oui, nous avons perdu du temps à l’ombre de grands arbres sur des places animées à parler de tout, surtout de rien, enfin juste à parler… Il arrive qu’en ne se disant rien de très profond, on s’en dise un peu quand même… Et que la légèreté, en fin de compte, pèse son poids…
Oui, nous avons eu des envies de valises pour des bouts de monde de préférence inconnus mais finalement pourquoi partir ailleurs alors qu’on peut être aussi mal en restant ici ?
Evidemment, durant ces jours, nous avons prononcé davantage de bêtises que de phrases impérissables...
Bien sûr, nous nous sommes dit qu’on ne nous y prendrait plus et que les prochaines seraient différentes, qu’il fallait nous croire sur parole… Sur parole de vent...
Et, puisque désormais nous n'avons plus à rentrer, sortons.




27 août 2019

Ça va jazzer

La chaleur torride du jour s'affaisse, le soir s'amène avec ses bras de berceuse, les arbres, les plantes et les murs des maisons en soupirent d'un peu d'aise attendue. Tu prends ta douzième douche froide de la journée, à même le jardin, tu en profites pour souffler avec le reste. Tu te dis qu'il est un peu tôt, mais tu te sers un verre de rosé d'une bouteille qui traînait dans le frigo et tu la laisses dehors pour les quelques autres qui vont suivre. Puis, tu te rases et t'habilles. Tu essaies de te faire beau, comme un pour un dimanche de communion.
Ce ne sera pas le plus facile mais, ce soir tu as rendez-vous.
Vers vingt et une heure dans un domaine viticole, pas loin de là où tu habites. Tu y seras vite, en moto. Tu y es allé la veille pour le trajet, pour ne pas te perdre, pour être certain d'y... être. La température t'autorise à ne pas te couvrir comme en hiver. Le soleil, lui s'est déjà couché derrière les grands peupliers qui bordent la route. Il fait une douceur plus supportable. Tu fermes la maison et tu prends route. Tu es en avance, alors tu roulottes gentiment, tu traverses des paysages mais surtout des odeurs, des odeurs renvoyées par la terre et le chaud qui en monte encore, des odeurs de lavande, de figuiers, de soir naissant, des odeurs d'été, des odeurs de Sud. Tu te sens un peu étrange et tu mets cette sensation sur les épaules du vin que tu as bu, tu aurais dû manger un peu en descendant les verres, mais tu n'en n'as rien fait. Tu enroules les virages avec une euphorie pas commune, tu te dis, en fait que tu es bien, que tu pourrais rouler des heures comme ça. Et puis tu arrives au Domaine. Quelques voitures sont déjà là sur le parking. Tu ranges ton engin près d'une, tu te défaits du casque, tu le poses dans le coffre, tu jettes un oeil sur le rétroviseur pour voir la tête que le vent t'a faite. Tu ne te trouves pas si mal... L'alcool? Encore? Tu entres dans une salle où quelques personnes sont déjà assises. Elles sont pour la plupart, bronzées, gracieuses, vêtues comme toi légèrement. Tu ne regardes pas leurs hommes. Tout annonce une belle soirée ou alors tu n'y connais plus rien.
Elle, elle et déjà là et t'attends. Elle te sourit, le coeur et les bras grands ouverts. Tu vas vers elle. Elle sent le parfum que tu lui as offert. Elle est belle d'être amoureuse alors que toi ça ne te transfigure pas.
Dans le fond de la salle, un piano droit, une batterie, une contre-basse posée sur le côté comme une femme qui dort. La salle au plafond à la provençale est éclairée par des bougies dont la flamme vacille un peu sous les courants d'air et un plafonnier à la blancheur crue. Puis le noir se fait, il ne reste que les lueurs des bougies. Alors, elle arrive, couverte d'une robe longue de soie bordeaux et elle se met à chanter...
Tu ne le sais pas encore mais tu va assister à un concert de jazz mémorable.
Elle arrive. Une silhouette de Navarone d'apparat, d'une beauté à faire retourner toutes les vestes de tous les fieffés imbéciles ennemis du métissage, elle a une voix de pierre de lave aussi renversante que l'énergie qu'elle dégage, un tempérament de mère fusion. Ah, le swing, elle l'a, elle l'a et sa connivence avec ses complices est partageuse. Deux heures de plaisir, ça commence à compter. 
Entre les sets, il y aura un entracte où tu pourras goûter à volonté, pour une fois tu en auras, du rouge du Domaine... à quatorze degré cinq tu auras à nouveau vite chaud. Mais malgré le retour à faire, tu ne freineras guère.
Rentrés, il fera nuit noire, tu auras mal aux bras à force de battre la mesure, à moins que ce ne soit d'avoir levé les coudes et méfiance, tu ne verras plus très bien les virages... 
Mais tu t'en ficheras un peu.

D'autres étoiles t'attendent…





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