21 décembre 2014

Il est temps...

Tout au long de ces années, on m'a invité à attendre le soir, à la sortie, on m'a promis que j'allais voir ce que j'allais voir, on m'a juré que là, on ne me touchait pas parce que j'étais au travail mais que ce soir, la vache j'allais dérouiller sévère...
On m'avait donc, avant, parfois, déjà menacé de me défoncer la gueule, ma sale gueule, ma sale gueule de con, ma sale vieille gueule de sale con... Avec ou sans couteau de cuisine.
On m'avait traité d'emmerdeur, de vieil emmerdeur, de con, de gros con, de vieux gros con, de sale gros vieux connard.
On m'avait proposé sans me demander mon avis sur la question,  plus ou moins gentiment, d'aller niquer ma soeur, ma mère, mon père, même, et enfin mes morts et ma race toute entière.
On m'avait recommandé sans me demander quoique ce soit d'aller me faire voir, d'aller chier, d'aller mourir, et certaines fois même d'aller joyeusement me faire enculer...

Mais là, on ne m'avait jamais encore soupçonné, au point de s'en plaindre, accusé donc, d'avoir, au travail, proféré des insanités à propos de poitrines des jeunes filles qu'on me confie et pire d'avoir eu en plein travail une érection tellement visible qu'elle en aurait revêtu un caractère choquant...
Hé bien, tout arrive, c'est fait.
En soi, que l'exercice de mon métier, après toutes ces longues années, puisse encore être capable de produire en moi ce genre de réaction devrait incliner à me placer du côté de ceux qui ont malgré l'âge, la santé, voire à me réjouir. 

Figurez vous que non, définitivement pas. Je n'y arrive pas.

Là, je pense juste, tranquillement, mais avec un vague écoeurement, qu'il est temps, grand temps que tout ça s'arrête...

Noël n'y est pour pas grand chose.



18 décembre 2014

Vu comme ça...

Encore une fois, je montre un texte que je n'ai pas écrit. Normalement, vous devriez le reconnaître mais je trouve que présenté ainsi, il prend une autre dimension.


Des villas, des mimosas au fond de la baie de Somme. La famille sur les transats, les pommiers les pommes, je regardais la mer qui brille dans l'été parfait, dans l'eau se baignaient des jeunes filles qui m'attiraient. Les promenades le long des dunes, en voiture, pendant qu'elles regardaient en haut la lune pure, je mettais dans mes mains leurs doigts et j'étais le roi comme dans les chansons d'amour d'autrefois. Tous ces petits moments magiques de notre existence, qu'on met dans des sacs plastiques et puis qu'on balance, tous ce gaspi de nos coeurs qui battent, tous ces morceaux de nous qui partent, il y en avait plein le réservoir, au départ. On avance, on avance, on avance, on n'a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens, on avance, tu vois pas tout ce qu'on dépense, il faut qu'on avance.
Le soir avec les petits frères, on parlait, on voulait le monde refaire, on chantait. Ces musiques et ces mots tendres comme ils datent.
Ces lettre d'amour attendent dans quelles boites?


16 décembre 2014

Le chemin vert.


Le chemin vert. 

Une oeuvre de Roger Dautais du magnifique blog:

 Le chemin des grands jardins qui m'est dédicacée. 

Oui, oui, je me la pète un peu, comme on dit.

Il y a de quoi, mes amis,



Et si vous ne ressentez rien de particulier  à L'adieu aux siens, 

c'est que vous avez, sans doute, un coeur de granit...

Les oeuvres de Roger Dautais sont 

une juste et bonne réponse à toutes les horreurs du monde.

14 décembre 2014

Sa main.

Lui, menaçant:
Ma main! Dis, ma main, petit morveux, tu la veux, ma main?
J’avais pas vraiment envie de répondre à cette question, je ne voulais pas lui faire plaisir, voilà tout. Et y répondre c’était lui offrir ce plaisir dégueulasse. Par dessus tout, j'étais perdant d'avance, comme d'habitude, comme toujours. Soit je disais non et il était conforté, alors, j’y avais droit. Soit j’envoyais oui et je me la prenais. En plein. Aller ET aller. J’ai choisi de me taire. Evidemment, il n’a pas aimé mon silence. Il y a entendu du mépris. Bien sur que j’en avais mis mais je l’avais caché putain bien! Il l’a débusqué ce teigneux et sblam, sblam deux beignes. Du même geste. Le tarif minimum. Aucune autre n’a suivi, pour cette fois. Parce qu’il avait frappé trop fort sur la deuxième? Qu'il s'en était rendu compte? Qu'il s'était fait un peu  peur? Non, non, c’était comme les autres, mais après le retour, d'un coup, il s’était reculé. Une preuve qu’il n’était pas encore tout à fait entré en colère. Il ne fallait pas qu’il y arrive. Ne pas pleurer, surtout, ça c’est ce qui le fâchait direct, ne pas pleurer. Je savais par habitude de quoi il était capable quand il atteignait cette marche là, celle de la rogne. Il s’emportait et c’était plus fort que lui qui était déjà costaud.
Et voilà, on risquait ça souvent. Ce qui s’était annoncé comme une gentille après-midi tranquille, entre nous, on ne peut guère faire plus peinard, allait se transformer, comme souvent en tornade tumultueuse. Les éléments, enfin ses deux bras, allaient se déchaîner. Eviter ça, le faire redescendre. Je me suis approché de lui et je lui ai pris une main, une des deux, celle qui pendait, celle qui n’avait pas encore frappé. Et je l’ai serrée. Il a bien essayé de l’enlever, mais il n’a pas pu. Je la tenais trop fermement. Alors, j’ai pu m’approcher de lui comme un des frères Bouglione, celui des lions. Il s’est tourné vite fait mais j’ai vu une larme couler d’un de ses yeux. Je l’ai vue.
On y retourne? J’ai dit, mine de rien.
Il a grogné un truc que j’ai pas très compris mais ça voulait dire: Brandon, on rentre, t'as des trucs à faire pour ces cons de l'école...
J’ai fait : Oui, on rentre, d’accord. J’ai un peu froid. Je savais qu'il avait soif à nouveau, mais j'ai pas voulu lui parler de ça. Pas maintenant.
Ce que je me demandais en roulant c’est s’il avait vu que je l’avais vue, sa larme. Je préférais que non. C’est pour ça que j’ai été si vite d’accord pour rentrer. Ne pas le fâcher. Faire que l’armistice dure un peu. Toute la soirée? Ne pas non plus exagérer. Sans qu’on sache vraiment d’où, ça revient vite la colère chez ces gens là et lui, je le connaissais depuis douze ans. Faut dire, à sa décharge que je ne suis pas facile, que j'en fais des conneries, mais onze ans de gifles sur douze, ça commence à faire un bail quand va fêter les treize.
Je suis remonté sur mon biclou et j’ai foncé devant lui, je lui ai ouvert la voie.
En pédalant comme un forcené, une rage dans chaque mollet, en serrant les dents, je me disais: Bien sûr, qu’il m’aime, mon père! Bien sûr ! À sa façon, mais il m’aime, je le sais, j’en mettrai...

Sa putain de grosse main au feu.



08 décembre 2014

La Maryse sur Alfredo.

Cette fois, il faut s’y résoudre :
Finis la Maryse sur l’Alfredo,
Plus de cytise dans la miso,
De balises sur les ballots,
De valises sur les autos,
Plus de bêtise à Bornéo,
De dialyse après le Pernod,
D'insoumise sous le maso,
Exits la bibise aux p'tits crapauds,
Les Denise sur les maréchaux,
Les remises sur le magot,
La marquise sur le drapeau,
Les reprises chez Alonso,
La banquise dans un verre d’eau.
Oubliés, l’éprise sur le transfo,
La couardise des vieux corbeaux,
L’électrolyse sur le Rambo,
Une multiprise sur Roméo,
Râpés, Les traîtrises d'Omar Bongo,
Des surprises dans le rétro,
Les assises dans les bateaux,
Les sottises dans les cargos,
La méprise sur le rondeau,
La prêtrise de Saint Malo, 
Evanouis, Venise sous San Marco,
L’indécise qui a bon dos,
Les chemises du Greco,
La hantise dans les châteaux,
Le Moïse dans son landau,
La soumise folle de tango,
Qui se déguise sur les tréteaux…
Evincés, la sottise vers Oslo,
Héloïse sur Abelardo,
Les exquises sous leurs Guignolos,
Les admises à Sciences Peau*,
Marie-Louise et son nabot,
Ma promise sous son caraco,
Et, qu’on se le dise à Frisco,
Des steppes kirghizes jusqu'à Cuzco,

Sous les cerises, y a plus de... gâteau.


* Merci Véronique...

05 décembre 2014

Un thé au gingembre.

"Mieux vaut un mauvais thé au gingembre qu'un bon tétanos."
Mon cousin Paul (qui est un rigolo).

J’avais du mal avec une phrase, j’avais beau me la rouler en bouche, dans un sens puis dans l’autre, je n’arrivais pas à m’en satisfaire, mes oreilles ne s'en contentaient pas. 
J’ai reculé pour mieux y revenir. Quand ça m’arrivait, quand une phrase résistait, quand elle se cabrait comme un cheval apeuré, si je n’étais pas de ceux qui renoncent, contrairement à la vie, je n’étais pas non plus de ceux qui raccourcissent la longe. Au contraire, je lâchais tout mais j’y revenais autant de fois qu’il était nécessaire, jusqu’à ce que je sois content. Pas un petit peu content, non. Ravi, joyeux, enthousiaste, même de la tournure, de la musique, de l’énergie des mots entre eux. Il ne faut pas non plus trop exagérer, un tel entrain, une telle exaltation étaient plutôt rare.
Là, j’ai battu en retraite.
Je suis allé me préparer un thé au gingembre de chez eux. Je n'ai pas eu voix au chapitre pour leur nom. Un thé au gingembre ? Et pourquoi donc au gingembre ? Un thé tout court pourrait te suffire, non ? Je me suis dit. Mais j'aime ça, voilà tout, je me suis répondu, agacé. 
Il se trouve qu’il était au gingembre et vachement bon.
Pendant que l’eau bouillonnait à grosses bulles en chauffant, je me suis regardé deux secondes. Le chat m’avait suivi dans les escaliers, en me filant entre les pattes et manquant de ma faire tomber. Il devait penser qu’il était grand temps qu’une pluie de croquettes s’abatte dans sa gamelle. Il avait tort. S’il croyait qu’il allait passer tous les mois d’hiver à bouffer il se mettait les griffes dans l’œil. Cette fois, ce qu’il a gagné c’est que je l’ai foutu dehors avec une poussette bienveillante, mais ferme, d’un pied sur son si petit cul rose, réticent. Et qu’il fasse un froid de magret ne m’a pas arrêté. Va prendre l’air frais, petit noir, et reviens quand tu seras affamé. J’ai vite refermé la porte fenêtre. Dehors, l’hiver avait déballé tout son attirail ou presque. Il ne manquait que la neige et les bourrasques. Pour le reste tout y était. La pluie en rideaux épais, un vent musclé et ce froid qui avait débarqué du Haut Nord. Dans l’air, une odeur de steppe et de sapins mouillés. La météo nous en promettait pour quelques jours, encore. J’allais devoir rentrer vite fait le pot de bougainvillée et les bananiers que j’avais seulement recouverts d’un voile blanc d’hivernage. Vues les températures annoncées, les couvrir ne suffirait pas. On frôlait la non assistance. À travers la vitre, j’ai regardé le chat à l’abri sous la table bâchée. Lui me regardait de travers, en biais, comme si j’avais commis un crime de lèse majesté, il semblait outré et pour tout dire rechignait, avec dédain, à s’engager sur le carrelage trempé de la terrasse. Je m’en suis foutu, c’était son problème. Aucune compassion. S'en faisait-il pour moi?
J’ai versé l’eau brûlante dans la théière dans laquelle  j’avais mis la petite boule noircie pleine des brins de thé et des pépites de gingembre séchées et j’ai refermé le couvercle. Les premières fumées annonçaient de bons signes. 
J’allais vivre un moment agréable. 
Surtout que celui-là de thé était un thé de compète. Je le commandais sur internet, on n'en trouvait pas dans le coin et la maison, si ancienne, avait son savoir faire, qui remontait à bien avant l’invention d’internet. Mais, là haut, dans leurs vieux bureaux, ils avaient su se mettre à la page. On vivait désormais dans un monde merveilleux où tout se commandait sur la toile, en deux clics… 
À l'exception d'une denrée: une personne avec qui partager… ce qu’on commandait. J’ai sorti, d’une commode, ma plus belle tasse, il le fallait pour accueillir cette potion magique et je me suis assis dans le canapé. J’ai renoncé très vite à allumer un feu dans la cheminée… Une histoire de flemme et de partage, aussi. En descendant la première gorgée, je ne pus m’empêcher de penser qu'elle avait, malgré son nom, le goût un peu amer de la rupture. Je me suis souvenu que C.E. en buvait de pleines bassines. Elle avait fini par dégotter une jolie théière de trois litres qui, tout au long de la journée se remplissait au fur et à mesure qu’elle se vidait. Son thé devenait comme une soupe ancienne qui mijote dans un faitout culotté. Je me suis rappelé B. qui ne buvait pas de café à cause de la caféine mais qui descendait sa tasse à la bergamote toutes les heures, j’ai pensé avec tendresse à M. qui ne faisait rien, pas même se mettre à l'alcool, sans en boire un, du genre russe, et à F. en perfusions, oui à C. aussi qui elle fabriquait elle-même ses sachets avec de la gaze stérile… Mais  quel curieux miracle faisait-il du thé un breuvage de filles et de libraires ?
Je m’y étais mis à partir du moment où M. n’est plus venue chez moi. Comme j’avais un peu de mal à me faire à l’idée qu’elle ne viendrait plus, en vrai j'avais souffert, d’une certaine manière, m’en préparer un me liait encore un peu à elle. Et puis, j’ai fini par aimer vraiment ça. Mon versant fille nostalgique qui est remonté ?
Ainsi fait, de mes amours défuntes, je n’ai gardé que celui du thé.
De tout ce qui avait été, de tous ces mots prononcés, de ces regards échangés, de ces instants partagés, de ces émotions ressenties, de ces troubles, de ces étreintes, de ces craintes et de ces élans, il ne me restait plus que ça : un liquide teinté fumant dans une tasse de porcelaine. Un bien peu, vaguement dérisoire.
Mais ça, il n’y avait que moi qui pouvait l’arrêter. J’étais le seul à pouvoir y mettre un terme, pas besoin qu'une autre s'en charge, je ne me sentais pas le cœur attaché. Serré, oui mais pas attaché.

C’est après la troisième gorgée que la phrase m’est arrivée dans sa mélodie séduisante.

Il était temps, la théière se vidait à pleines tasses.



04 décembre 2014

Une ville, les deux.

Pour Les Impromptus littéraires. Le texte devait commencer par le titre de Bohringer C'est beau une ville la nuit.

C’est beau une ville la nuit.
Ouais, pas mal, ça en jette, mais c’est surtout vrai si t’es du côté de ceux qui dorment pas dehors, parce que, pardon... Quand, le soir venu tu dois  t’allonger sur un vieux carton dégueulasse, qu'il faut t'enfiler dans un duvet humide et sale offert par le Secours Catholique, Dieu soit béni, t’as beau être sous le Pont Neuf, t’as beau avoir les phares des bateaux mouches comme lampes de chevet et le ciel de Paris au-dessus de ta pauvre tête, tu l’as un peu mauvaise quand même. Et puis, tu les vois bien, le soir, les autres propres comme des sous neufs, assis, confortables, repus, souriants, dans les lumières chaudes des salles de restaurant.
Si t’en es là, t’as tendance à la trouver un tout petit peu moins belle la ville, la nuit. Si tu veux mon avis.
Ouais, tu l’as dit. En même temps, pour être honnête, faut dire que quand tu couches dehors, tu en profites davantage de la ville, la nuit. Ben ouais,  tu dors moins que si tu t’allonges sous la couette d’un pieu, dans une chambre du Ritz ou du Georges V. Vrai qu’au Ritz je suis prêt à parier que tu la vois pas passer la nuit. À peine allongé et déjà endormi. Alors que là… Et pas qu’au Ritz d’ailleurs au Formule UN de Puteaux c’est pareil. Je sais, j’y ai dormi une fois. On dort mieux partout ailleurs que là où on est en ce moment, en vrai. Sauf peut-être chez les bleus à Nanterre.
Ouais, tu l’as dit.
Devait pas dormir dehors celui qu’a dit ça, hein Robert ?
Devait savoir où coucher, le gars. Devait peut-être même avoir pris une douche chaude avant de s’coucher, qui sait ?
Une douche chaude… Arrête, tu te fais du mal.
Tu l’as dit.
On se souhaite pas bonne nuit, hein mon Robert ?
On se souhaite quoi ? D’être encore vivant demain matin ? Si l’un des deux calanche, demain soir, l’autre veinard aura deux duvets.

T’es un amour, ma poule.



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