09 juillet 2018

Cette fois.

Cette fois, putain, c’est du sérieux. 
En psy, ça lui avait coûté deux avant- bras, mais il avait du apprendre à vivre avec l’idée qu’il ne mesurerait jamais un mètre quatre vingt… Il en avait profité pour travailler l'idée d'accepter de perdre les cheveux du dessus mais pas ceux des narines, ni ceux des oreilles puis de faire avec celle qu'il était finalement devenu: un vieux. 
Maintenant, il devrait se convaincre qu’il était ventru? Qu’il n’avait rien vu venir surtout pas ce truc là, devant, qui lui avait poussé. Bien sur, en contrepartie il avait arrêté de fumer. La belle affaire. D’accro à la nicotine, il était passé  à ce qui se mange. Plutôt salé que sucré bien qu’une tatin affriolante ne le laissait pas de glace. Oui, au chocolat. En mousse. Mais bon, il avait pris et cet été là ça suffisait. Surtout qu’il faisait un boulot où le corps à son importance et là il était l’image parfaite du : Faisez ce que je dis mais pas ce que je fais.
Il venait de s’offrir trois pantalons en soldes et il les avait pris la taille au-dessus. Stop. Il avait dit stop. À partir de maintenant, je perds.
Il le fallait. Pour lui-même et surtout pour lui-même. Se détester moins?
Il avait profité de l’été pour se faire un programme rigoureux, lui qui l’était si peu, qui pouvait se résumer à : Activité physique et salades. Dans l'ordre.
Un jour bicyclette, un jour course à pied et tous les jours salade. Les bannis lèvent le doigt : Vin de toutes couleurs, alcool de tous degrés, pain de toutes les céréales, fromages de toutes les régions et même de l’étranger…
Du temps de sa flamboyante jeunesse chevelue, il courait comme un garenne. Il n’aimait pas trop ça mais il le faisait puisque ça ne lui coutait pas. Ce qu’il aimait, lui, c’est avoir couru… Sentir cet état de fatigue musculaire, sentir ses poumons ouverts comme des chakras aux quatre vents, sentir chacune de ses cellules bondées de rouges globules, se savoir transpirant sous l’effort… Mais après, pas pendant. Pendant il s’ennuyait, il lui fallait penser à autre chose. Terminer une nouvelle, attaquer la première phrase d’une note, entamer un poème, ciseler un paragraphe, là oui il courait sans lourdeur. Ah il en avait écrit des conneries en cavalant ! Ah il en avait aligné des phrases en gambadant… Et cet été là plus qu’aucun autre.
Il se levait, il avalait un café noir, un jus d’orange orange et zou en route… Roule, roule petit bolide, va, bouge, cours, ahane, souffle, grimpe, pousse, tire, sue, fatigue toi, crève toi…
Ce matin là, c’était vélo. Il avait son tour qui partait de chez lui et y revenait en passant par des coins superbes, deux ou trois figuiers qui donnaient des fruits magnifiques (pour le sucre et le régal…), une fontaine qui elle donnait une eau si fraîche qu’on en buvait trois fois plus que nécessaire, soit disant non potable mais pas un cycliste ne passait à proximité sans y remplir un bidon, voire deux. Il avait quitté la plaine et venait d’attaquer la longue montée vers Le Beaucet cinq kilomètres de raide qui faisaient taire les bavards. Les deux derniers traversant dans une forêt de chênes lièges, plutôt isolée et peu fréquentée. Une droite interminable qui montait direct avec à gauche, quand on était en forme on regardait le panorama sur la plaine du Rhône, mais la plupart du temps on gardait les yeux fixés sur la roue de devant.
C’est après la petite bosse, puis le replat qui permet de respirer un peu mieux que ça lui est venu. Une douleur dans le bras gauche. Si forte qu’il en a lâché le guidon. Il est allé valser dans le touffu des chênes. Il a fait quelques pas en s'enfonçant dans le vert. Son engin est resté dans le fond du fossé. Lui s’est tourné et s’est appuyé contre un tronc puis s’est laissé glisser au sol. Il ne voyait plus la route. Putain ce qu’il avait mal. Si mal qu’il a fermé les yeux. Dormir, il voulait juste dormir un peu et il repartirait.
Quel imbécile de partir sans son portable… Pour une fois que cet engin aurait vraiment servi à quelque chose. Tu es où ? Pour une fois, il aurait aimé répondre à cette question.
Oh non pas maintenant, j’ai deux trois trucs encore à faire, j’en ai deux trois petits à voir grandir un peu, il y a deux trois endroits où j’aimerais aller et deux trois autres où je veux retourner, j’ai deux trois personnes à voir, pas maintenant… Ça pour mincir, je vais mincir… Ça pour être sec, je vais être sec... Oh non.

Cette fois-ci, c’est du sérieux, fini de faire l'enfant de coeur, si je m'en sors et que j'en ai besoin, je pourrais même me faire payer un fauteuil électrique par un footballeur! Ils signent des chèques à tours de bras en ce moment, ne s'était-il pas empêché avant de tomber dans les pommes sous l’effet de la souffrance accrochée à sa poitrine comme une pince à sucre à son morceau…




Image prise sur le net.

03 juillet 2018

Comme...

Il y a tant de mains pour faire ce monde, si peu pour le contempler. Julien Gracq.
              
Comme tu n'aimes pas rester immobile à attendre que les heures filent sans qu'il ne se passe rien... Comme tu aimes bouger parce qu'ainsi tu te sens davantage vivant... Comme tu aimes aller à la rencontre des choses, des paysages et des gens...  Comme tu aimes l'eau pour les bienfaits qu'elle apporte et les merveilles qu'elle donne à voir et à sentir... Comme tu préfères te baigner que nager... Comme tu n'es pas regardant sur le chemin à faire pour la trouver, tu iras...
Elle se rencontre au moment où elle passe sur un petit pont de pierre large comme une main. Juste après un hameau de quelques maisons de pierres.  La voiture garée dans les feuillus pour la protéger du chaud plombant, les épaules alourdies d'un sac avec, dedans, des bouteilles pour la soif et de quoi manger contre la faim, une paire d'yeux en bon état de voir, une paire de chaussures en bon état de marche, elle s'écoule et t'attend.
Bien sûr, il y en aura d'autres avec toi qui en auront entendu parler et qui seront venus lui rendre visite, mais ils ne s'éloignent pas du Pont. Toi, oui.
Alors, tu avanceras dans son lit en regrettant presque d'en froisser les draps. De la fraîcheur jusqu'à mi-mollet, parfois jusqu'à mi-cuisse, souvent jusqu'à mi-ventre. Quand les vasques seront trop tentantes, tu y plongeras en nageant quelques brassées, dans d'autres tu t'assiéras, juste ça, et tu te verras posé dans le mitan du courant, les ondes s'écoulant autour de toi comme des caresses légères et puis tu continueras à monter vers là-haut, vers d'où elle vient. Tu passeras en baissant la tête entre des murs de roches qu'elle aura creusées juste pour t'être agréable, pour te donner de l'ombre et du frais. Tu y sentiras les truites te passer entre les jambes, tu y verras les points noirs agités des têtards nouveaux-nés prometteurs de belles musiques à venir ou de taches vertes sautillant à ton approche pour un peu plus tard dans la saison. Tu seras surpris, un peu, parce que ses pierres ne glissent pas, elles sont juste confortables à tes pas.
Une fois arrivé à l'endroit choisi, tu te poseras sur une large plate chauffée à blanc, pour le repos mais surtout pour le plaisir, tu t'y endormiras peut-être quelques minutes, bercé par le chant de la course d'eau vive entre les roches dévalées du dessus. 
Et puis tu redescendras, apaisé, serein, émerveillé. Un joli sourire au cœur.
Voilà, tu auras passé cette journée de début juin dans le Toulourenc, une petite rivière au pied du Mont Ventoux que tu peux toujours aller saluer avant de rentrer chez toi si tu as encore un peu chaud parce qu'au sommet, à deux kilomètres en hauteur de la mer, il y fait toujours frais quel que soit le plomb qui coule autour. Et si tu peux t'arranger pour faire cette virée en compagnie de ton fils que tu n'as pas vu depuis six mois, à cause de son désir d'alizés, alors, tu te sentiras comme un aigle de Shaolin planant au-dessus de la plaine des ennuis, des manques, des douleurs, des peines, des absences et des renoncements. Tout aurait été parfait si tu avais su convaincre ta fille préférée de venir avec vous, mais tu n'as pas su le faire. Et puis, parce que tu es  comme ça, tu te diras mais sans le dire, qu'il serait terrible que tes arrières-petits-enfants ne puissent connaître un tel endroit et n'aient plus, pour patauger, que de l'eau en boîte...
Toi, tu seras absolument réconcilié  avec l'idée finalement si simple de vivre. Et, comme ce jour scellera définitivement ta chance, sur le retour, sous le couvert d'un bois de pins maritimes, à la canopée large comme un parasol de géant, tu entendras, dans l'air entièdi, chanter tes premières cigales...






25 juin 2018

À la grecque.

« Kostas mon ami, si tu les fais toujours aussi bon, j’annule toutes tes dettes ! »

La première fois que j’ai écrit le mot artichaut, je lui ai collé un « d » à la fin. À ce jour, je ne sais toujours pas pourquoi, la chaleur sans doute, mais maintenant j’ai appris qu’il lui faut un « t ». Ça ne m’empêche pas de, parfois, les préparer à la grecque. Et c’est drôlement bon.
Allez vous êtes quatre à table. C’est une entrée de printemps.
Il vous faut Quatre bouquets de petits artichauts poivrades ramassés de frais. En général dans un bouquet il y en a une cinquaine (?) donc même si vous n’avez pas fait Centrale, vous avez devant vous une vingtaine d’artichauts. Un demi oignon (oui, je garde le i), du vin blanc sec, un grand verre, un demi citron, de la coriandre en grains, de l’huile d’olive, un bouquet garni, de l’ail, deux gousses, du sel et du poivre.
Le plus délicat de la recette c’est le découpage des artichauts. Le principe : Il faut enlever le dur et ne garder que le mangeable sans les dénuder complètement. Il faut tourner les artichauts, c'est-à-dire retirer toutes les feuilles à l'aide d'un petit couteau, en conservant le coeur. Couper la queue à 3 cm du coeur et l'éplucher sur 2 mm, puis "tourner" avec le couteau autour du coeur de l'artichaut pour enlever la base des feuilles dures qui restent.
Dès qu’ils sont prêts, les plonger dans un bol d’eau citronnée pour éviter le noircissement. Remuer pour que le citron pénètre.
Ensuite vous épluchez et ciselez l’oignon qu’on fera suer dans une casserole avec un filet d’huile d’olive et une pincée de sel. Quand il a transpiré vous ajoutez le bouquet garni (Thym, sarriette, laurier, origan, marjolaine, romarin), les gousses d’ail écrasées, le vin blanc et la coriandre en grain et laisser cuire à feu doux une vingtaine de minutes.
Ajoute les artichauts, couvre et laisse cuire une dizaine de minutes.
Goûte, sale, poivre. Regoûte.

Attends qu’ils soient froids pour les servir. Le lendemain c’est aussi bien.
L’artichaut à la grecque est bon froid. 
Il y a un « d » à la fin de froid, non ? 

Demain ? Barigoule avec un b. Non mais.




19 juin 2018

Justice pour Abbo?

Abbo, appelons le Abbo est un tout jeune berger du sud tchadien agé d’une quinzaine d’années. Un gamin. Comme quelques uns de ses amis, après un long voyage (comme on dit une longue maladie) il a atterri, depuis cet hiver dans la région d’Annecy. Il ne sait ni lire, ni écrire mais il apprend. Vite.
Il est insomniaque, on ne peut pas dormir beaucoup quand on est responsable d’un troupeau dans le sud tchadien. Comme il n’arrive pas à trouver le sommeil pendant cette nuit pluvieuse, il va quand même se balader dans la ville qu’il commence à bien connaître.
Mais les rues d’Annecy ne sont pas sûres la nuit, comme dirait l’autre, même et surtout pour les gars comme Abbo.
Il fait une mauvaise rencontre qui a la forme d’un groupe de jeunes gens guère plus âgés que lui, ils ont une vingtaine d’années. Ils le prennent à partie.  Il leur explique qu'il ne parle pas français et ne veut pas d'histoires et essaie de poursuivre son chemin. Avant qu'il ait eu le temps de s'expliquer, espiègles, ils l'ont balancé à la flotte, dans le Thiou, une rivière qui traverse le centre puis, ils se sont barrés. C'est un brave type qui passait par là qui a plongé pour le repêcher, parce qu'Abbo ne sait pas nager. Il appelle la police, et l'éducatrice qui s'occupe du gamin. Elle demande aux flics de l'emmener au poste où elle va le récupérer à minuit passés. Il est trempé, glacé, et en état de choc. Elle lui donne de quoi se changer et explique aux flics qu'elle veut déposer une plainte, mais qu'elle reviendra le lendemain avec un interprète pour que le gamin puisse donner des détails. 
La réponse des policiers (gardiens de la paix et de la sécurité des citoyens) est encore plus glaçante que le Thiou : C'est pas la peine, c'est franchement pas grave, et puis de toute façon on va pas les retrouver.
Pas la peine ? Pas grave? On ne va pas les retrouver ? 
Dans une ville truffée de caméras de surveillance (46 en Centre ville) ? 
Ils ne se foutraient pas un peu de notre gueule les policiers ?

En vrai, Abbo ne s’appelle pas Abbo mais le Thiou, lui reste gelé et la lâcheté,  la saloperie et la connerie insondables. 
Il est difficile de croire que nous vivons dans un pays où on peut foutre un gamin à la baille. 
Et que ça reste impuni sous prétexte qu'il est tchadien.




18 juin 2018

Brune comme un bel accident.

C’est un peu après  la sortie du virage que je n’ai plus rien maîtrisé. Ma vie est partie en vrille pile à cet endroit là.
Jusque là tout s’était plutôt bien passé. C’était une belle journée de Juillet installée dans une tiédeur raisonnable, sous un ciel bleu limpide d’un seul tenant, le vent d’hier l’avait nettoyé, sur  une autoroute pas trop fréquentée, lors d’un trajet  bien connu du conducteur.  L’engin que je pilotais, une bagnole neuve de bas de gamme, même s’il avait un volant, un moteur et quatre pneumatiques en commun avec les Facel Vega ou autre Aston Martin n’en était que très éloigné du confort légendaire mais si on mettait à fond le volume sonore du lecteur de CD, la musique pouvait étouffer tous ses bruits parasites si agaçants à l’oreille, bref il suffisait de n’être pas trop exigeant sur le confort et les kilomètres s’entassaient gentiment sous le plancher. Chacun accumulé me rapprochait sans trop d'encombre de la fin du voyage. Je ne pensais pas si bien dire. On commençait à apercevoir les premiers signes d’une arrivée prochaine, les champs se rétrécissaient comme des peaux de chagrin, les pylônes électriques se dressaient comme une armée prête à en découdre, les bandes de bitumes s’élargissaient, les panneaux publicitaires étaient de plus en plus présents en menaçants, les avions de ligne au dessus passaient de plus en plus bas et le trafic s’intensifiait légèrement. Encore quelques kilomètres et ce serait la barrière du péage. Il s’agissait maintenant de ne pas manquer l’aiguillage vers la bonne autoroute finale.
J’allais attaquer un grand virage à gauche qui me remettrait sur la route de l’Est quand je me suis aperçu que je roulais un peu trop vite. À force d’avancer à une certaine allure, on ne fait pas gaffe, on ne se donne plus la peine de ralentir, on garde la même pour doubler, on ne décélère pas quand les courbes se pointent, on s'endort un peu. C’est exactement ce qui m’est arrivé. J’ai laissé le pied droit sur la pédale. Au fond. En début de virage, tout s’est bien passé mais c’est à la fin que ça s’est gâté. En vrai, je ne sais toujours pas, des années après, ce qui s’est réellement passé. Je suis encore aujourd’hui absolument incapable de décrire avec précision ce qui m’est arrivé Je me souviens juste d’une sorte de longue glissade et d’un désordre incroyable dans l’habitacle de la voiture. Tout ce qui n’était pas fixé s’est mis à voler autour de moi. Tout ce qui était posé sur le siège passager l’a quitté : Cartes, sac, portefeuille, portable, appareil photo, cigarettes du paquet, lunettes, cd et ça tournait, ça tournait, ça n’en finissait pas de tourner. Et puis, le gris de la barrière de sécurité s’est jeté sur l’avant de ma bagnole. Il n’a pas aimé, l'avant. Il s'est comprimé comme un poumon malade. Après le choc que j’avais un peu amorti en serrant fort les bras, j’avais aussi la ceinture, quand le silence est revenu une jolie fumée blanche est montée droit dans l’azur. Le radiateur, explosé, venait de rendre l’âme ainsi sans doute qu’une grande partie du moteur. J’ai dégrafé ma ceinture, je suis sorti de la voiture, la porte a couiné, bien heureux de n’avoir pas de miroir, je devais avoir une de ces têtes d’abruti apeuré, hébété, perdu.
Je me suis assis sur le gris gondolé. Au passage, j’ai attrapé une clope qui trainait sur le tapis de sol et je me la suis allumée.
C’est là que ma vie a basculé. Elle est arrivée d’en face, elle avait tout vu de l’accident, elle s’était garée en quatrième sur la bande d’arrêt d’urgence et elle avait, cette folle, traversé les deux fois quatre voies en cavalant. Elle avait franchi ça comme qui rigole, sa jolie silhouette dansante si légère au-dessus des obstacles... Je l’ai juste vue se pointer lumière dans la lumière, j’en avais rarement vu d’aussi jolie. Une débutante en quarantaine, brune presque noire, aux cheveux très très courts, un sourire éclatant, une robe de soie collée à elle à cause de la chaleur, aussi courte que ses cheveux, bronzée comme une baguette sortant du four, des yeux d’un vert à le peindre, profond, dense, une sorte de miracle sur jambes fines…  Une Marie Madeleine tenant une bouteille d’eau minérale à la main et me l'offrant :
___ Ça va ? Vous n’avez rien ? J'ai tout vu, dites, vous avez eu chaud, c'est votre jour de chance, aujourd'hui... Votre voiture par contre, comme un Bourvil d’autoroute : Elle va rouler beaucoup moins bien maintenant…
___ Je me doute, j’ai dit bêtement.
Elle s’est assise sur le gris pendant que j’appelais l’assurance. Je voyais bien qu’elle me regardait, qu’elle me jaugeait. Je me sentais scruté. Quand j’ai raccroché, après qu’ils m’aient promis une dépanneuse dans le quart d'heure qui vient, elle m’a fixé et, le plus sérieusement du monde, elle a posé entre nous :
___ Ça tombe bien votre accident, finalement, je vais passer huit jours à Ré dans une maison que des amis me prêtent, j’y vais seule mais je déteste ça. Vous ne viendriez pas la passer avec moi, cette semaine ? Pour vous remettre ? Je vous emmène et je vous ramène… Pendant qu'ils réparent votre voiture? La maison est grande, en bord de plage, il y a plusieurs chambres et même une piscine...
J’ai laissé un temps de silence, je ne voulais pas qu’elle pense que je suis un garçon facile et puis, vaincu, j’ai menti sans vergogne :
___ Heu... Je n’ai rien à faire les jours qui viennent et en plus, je ne suis jamais allé à Ré… 
Mon jour de chance, elle avait dit…


09 juin 2018

Un si joli raccourci.

Nous avions décidé de nous offrir une soirée et une nuit mémorables. 
Nous avions choisi d’y descendre à pied et de n’en remonter que le lendemain. C'était une crique en U, comme elles l'étaient toutes par ici. Bien abritée, protégée des vents dominants, comme dessinée au crayon par un paysagiste de génie, bref, un rêve de crique... Elle n'était accessible qu'en bateau ou bien par un sentier tortueux qui descendait de la route et qui traversait le maquis en contorsions alambiquées. Comme nous n'avions pas de bateau, il ne nous restait que peu de solutions, mais n'en avoir qu'une évite le choix. Et, ça peut aider dans une décision à prendre. Nous nous étions chargés de tout le nécessaire pour que notre nuit soit la moins inconfortable possible. Nous n'avions pas regardé la météo, nous nous en foutions un peu. Et si jamais, il venait à pleuvoir, ici, en cette saison, ce serait un miracle tant tout était sec dans le coin. Même les pierres avaient soif. À la vue du ciel, tout s'annonçait pour le mieux. L'ambiance était à la robinsonnade enfantine. Nous allions dormir dehors, sur une plage, comme seule cette île et quelques milliers d'autres peuvent en proposer. Une eau limpide, transparente... un cauchemar de narcisse. Un sable doux, fin... le rêve absolu des dos malmenés. Nous n’étions pas seuls à la fréquenter, d’autres descendaient parfois du maquis et venaient se baigner aussi mais cette fois elles n’étaient pas présentes.
Au menu du soir ce serait grillades, blanc frais, fromages et fruits, enfin de quoi voir venir la nuit et ses étoiles filantes un peu apaisé. Il nous a fallu une belle heure de marche, en descente douce, plongés dans les parfums des cistes, de la myrte, des lentisques et des arbousiers, griffés aux mollets par les ronces, mais des griffures qui valaient le coup, pour une fois. Arrivés en bas, nous avons installé notre campement comme des princes définitifs.
La nuit était presque déjà là. Nous allions nous offrir des souvenirs inachetables.
Avant d'allumer le feu, nous nous sommes trempés dans le vert de l'eau, puis nous avons mangé et bu. La nuit, maintenant, était noire comme une encre de poulpe. Le ciel au-dessus commençait à scintiller. L'un de nous a proposé encore un bain. Il n'était que dix heures du soir, nous avions deux heures d'avance mais nous nous en foutions. Nous nous sommes déshabillés et nous avons plongé et éclaboussé la plage de nos rires.
Le ciel s'était illuminé d'étoiles. En revenant du bain, sur la plage silencieuse, nous avons levé les têtes vers la coupole de diamants. C'est Paul, les pieds souillés, qui nous a fait remarquer que, sur la toute merveilleuse langue de sable phosphorescent, des bêtes à cornes, aussi, venaient se vautrer… 
___ La vache, j’en ai partout entre les doigts de pied! C'est dégueulasse!
Nous autres, en chœur:
___ Paul chéri, tu te fais du mal! Viens donc finir ton verre...
Le rosé l'avait rendu grandiloquent. Il se mit à déclamer comme un shakespearien déjanté:
___ Alors, nous voilà, nus, humbles, humides, dans l'obscure clarté, la tête dans les étoiles et... les pieds dans la merde...
Un assez joli raccourci de notre misérable condition, au fond.


04 juin 2018

Une dernière bière.

Le hall passé,  dans la vaste salle de réception décorée de l’immeuble de trois étages, elles sont une dizaine aux cheveux bleuis autour d’une grande table, occupées à dresser de leurs mains malhabiles, déformées par l’arthrose des bouquets de fleurs coupées. Ikebana de banlieue. Ça sent le mauvais parfum, le lys sucré, l’ennui profond et le vieux, ça sent cette saleté d'endroit à plein nez avec son putain de h qu'on ne sait jamais où placer. En avançant, on leur dit bonjour d’un signe de tête et d’un sourire un peu forcé. Aucune ne répond, aucune n’a vu ou entendu nos signes de politesse bienveillante. Je n’ai jamais à ce point détesté autant les bouquets de fleurs, j’ai fini par ne plus regarder que le dessus de mes chaussures jusque devant  la porte de l’ascenseur.
Depuis quelques mois c’était devenu un rituel. Toutes les fins de semaine, nous venions là, à deux, l’arracher à ce lieu, à ses habitants, à sa désormais nouvelle tribu, pour une heure ou plus et l’emmener boire une bière à l’extérieur. Dès la première fois, ce fut son seul plaisir de la semaine. Dès la deuxième, il n’avait plus été question de l’en priver. C’est qu’il n’avait pas  encaissé de gaité de coeur, c'est le moins qu'on puisse dire, son déménagement après la mort de son amour. Il n’avait pas aimé ni l’immeuble, ni les couloirs, ni les ascenseurs, ni la chambre, ni la salle à manger collective où les moins atteints devaient encore se rendre à heures fixes. Il n’avait pas aimé les gens qui y travaillaient, ceux qui y survivaient pour un temps. Il n’avait rien aimé de tout ce bazar. On n’avait pas pu lui donner tort. Il suffisait de se mettre un peu à sa place. Dans une autre vie, il avait été chef d’une entreprise, d’une dizaine de salariés. Il avait été un cador dans sa partie, celui qu’on venait consulter de tout le département et au-delà. Il avait été celui qui prend des décisions, fait des choix, les assume, dirige, organise, suggère, ordonne, engueule, paye. Il avait eu trois maisons : la sienne, enfin, la leur, celle de tous les jours, celle qu'il avait dû quitter, une de campagne à une heure de route de chez eux, pour les belles fins de semaine de printemps, une sur une île pour l’été avec un bateau à quai. Et là, aujourd’hui, il n’était presque plus que l’ombre de l’homme qu’il avait été. Un type orphelin de son amour, sourd, ne voyant plus très bien, avec du mal à se déplacer, incapable de se laver seul, qui restait assis toute le long des jours vautré dans un fauteuil près de la fenêtre,  à ne pas regarder dehors, une couverture sur les genoux, ce n’est pas le moment que vous nous attrapiez froid, hein? 
Il y avait quand même de quoi l’avoir mauvaise et enrager.
Alors pour adoucir un peu ses tourments, on avait pensé à ça : prendre deux heures et l’emmener en terrasse si le temps le permettait pour qu’il puisse tremper ses vieilles lèvres dans la mousse d’une blonde. Le sortir un peu de là où rien n’avait grâce, à juste titre, à ses pauvres yeux.
Et puis, on le raccompagnait.
En le laissant après l’avoir embrassé, on lui disait à samedi prochain. On fermait la porte de sa chambre en lui envoyant d’un ton faussement enjoué : Tu es sage, hein ? Tu ne fais pas de bêtises ? Et on allait pleurer dans l’ascenseur le temps qu’il nous redescende vers la vie.

C’est en rangeant sa pauvre chambre que sur sa table on a trouvé le mot griffonné d’une écriture tremblante qu’il nous avait laissé. Il disait : 

Vous allez être triste et puis trouver que c’est un soulagement. C’en est un. J’ai tellement aimé cette vie que je ne veux plus qu’elle soit réduite à celle que je vis ici. Je vais rejoindre mon amour. Ne soyez pas triste. Je vous embrasse. Vivez. Et commandez moi une dernière bière. 
À ma taille.


Le coucher.

C’est le soir...
Dès le matin, la journée s'était acharnée à te coller un sac de sable sur chaque épaule plus un sur la nuque pour enfoncer le clou et, c'est donc en trainant des pieds comme une limace convalescente que tu finis de l'arpenter… Tu as eu beau ouvrir le frigo et engloutir des verres frais, tu n'es pas arrivé à faire baisser la température. Tu as eu beau t'échiner à te perdre dans le sombre de l'ombre, tu n'es pas arrivé à sécher ta chemise. Tu as eu beau t'éventer, comme une vieille andalouse, c'est toujours de l'air d'haleine qui a balayé tes joues...
Il a fait chaud, tout le long des longues heures du jour.
Dehors, les vols des hirondelles sont restés poussifs, ceux des papillons empruntés... jusqu'aux escadrilles de mouches qui n'ont décollé, ni des vitres, ni des abat-jours. Le goudron des rues était comme une glace molle à la réglisse et les arbres penchaient les têtes vers des caniveaux de poussières. N'ont manqué, que les incantations à la fin du monde d'un Philippulus barré... Pour une journée de canicule, ce fut une journée de haute canicule. Et puis, doucement, le soleil a commencé à plier les genoux, baisser la garde et se passer une éponge sur le front, les ombres se sont allongées, l'air est devenu sensiblement plus respirable, un vent léger s'est remis à souffler, on a commencé de ci, de là, à entendre de gentils glaçons tinter dans les verres, les volets se sont entre ouverts libérant l’air contenu, les persiennes décillées, les ifs ont redressé le faîte, les rouges gorges ont soupiré, les brins d'herbe se sont requinqués, bref, l'univers, un poil apaisé, s'est abandonné au soir naissant à une fraîcheur revenue.
Un dernier verre et ce fut l'heure. On s'est enfilé un tee-shirt qui trainait, un vieux en coton usé jusqu'à la corde mais qu'on aimait porter parce qu'il faisait comme une deuxième peau. On a glissé ses pieds dans une paire de tongs fatiguée, ses fesses dans un short sans âge et sans fermer la maison à clé, on est parti sur la droite du chemin maintenant à l'ombre de la haie. On a tourné à gauche après le grand pin maritime et on a attaqué la montée le mollet presque vif et la cuisse alerte. Le souffle un peu court pour ces premiers mètres, après le corps s'habitue et rembourse sa dette. On en a pour une bonne demi-heure à marcher en grimpant. On en profite pour s'en raconter, un peu. Se moquer, aussi beaucoup. On ne se presse pas, on sait le temps dont on dispose, et là on serait même un poil en avance ce qui nous permet de ralentir et d'attendre les moins rapides. On vérifie plus d'une fois qu'on a rien oublié, mais tout est là. Chacun a pris ce qu'il devait prendre. On se regarde et on se sourit. On est heureux d'être ensemble, à cet instant précis. On éprouve un bonheur profond à l'idée de l'heure qui vient et qu'on va vivre à plusieurs. On le sent à ces ondes qui passent entre nous et apaisent nos dernières inquiétudes. C'est une petite troupe calmement joyeuse qui a pris route et qui ne va pas tarder à arriver. Elle s'est faite silencieuse parce qu'elle sait, exactement, ce qui va se passer...
Elle sait que ce sera un beau moment. Un de ceux dont on se souviendra...
Un de ceux qui marquent, qu'on porte toujours sur soi, qui sert à se défendre contre tous les autres...
Et pourtant, nous sommes juste allés le regarder se coucher.


22 mai 2018

Et pluie, plus rien.

Et c’est à l'instant précis où j’ouvris la bouche que le ciel a fini de se fâcher.
On a attendu une bonne heure dans la voiture que le silence revienne un peu, que le vent se calme et que les sacs de grains nous déversent, avec rage, leur contenu sur la cafetière.
De tout ce temps, enfermés, on n’a pu prononcer une seule phrase tellement le barouf dehors était puissant, comme une grande colère divine. Ce sont des gouttes grosses comme des poings qui ont cabossé le capot, qui ont frappé les vitres et ondulé les tôles. On entendait à peine le poste, même à fond. On avait passé un plaid en polaire sur nos épaules. Si ce n’était le déchaînement à l’extérieur, nous, dedans, étions au sec, à l’abri, au chaud. Nous ne risquions rien d’autre que d’être emportés par le cours puissant des flots bruns, épais. On se serait cru au beau milieu d’un torrent en furie, des langues de boue qui descendaient de la colline,  entouraient la voiture en rigolant et, des arbres, c’était les branches qui tombaient. Heureusement que pas une n'a écrasé le toit. Nous qui étions venus là pour la vue et pour nous en dire, nous n’en n’avions pas pour notre argent. J’avais avancé sur le chemin de la Collégiale, à mi pente, j’avais fait demi-tour et garé la voiture sur le bas côté, juste avant le grand virage, en plein face à la vue. J’avais choisi cet endroit parce que je trouvais que ce que j’avais à lui dire méritait un bel endroit. Un endroit qui pouvait être digne d’entendre des choses profondes, importantes, qui allaient peut-être marquer notre vie, du moins une partie. Il fallait qu’on puisse dire dans cinq, dix ans tu te souviens ? On était monté là-haut ce soir où tu m’as dit… La forme vaut parfois le fond, non ? Ce soir là, c’est le ciel et lui seul qui a parlé. 
Nous, on s'est contentés de l'écouter en se caressant un peu, gentiment les avant bras, les bras, en se croisant et décroisant les doigts, en s'embrassant tendrement dans les cous, en s'appuyant les têtes contre les épaules pendant qu'il hurlait. À sa fureur, nous avons opposé notre douceur mais nous avons gardé nos bouches muettes. Pas un son n'en est sorti. Deux cisterciens sous tempête. 
Quand le calme est revenu, quand le vent s’est apaisé quand les gouttes ont minci, j’ai fait une tentative pour ouvrir la fenêtre et, ainsi évacuer la buée qui s’était accumulée, on se serait cru à l’intérieur d’une cocotte vapeur, je voyais à peine le volant devant moi. L’air frais s’est engouffré dans l’habitacle et nous a fait grelotter. J’ai refermé de suite et je l’ai regardée. La clarté était revenue. Elle était belle comme un jour d’automne, elle s’était mis du rose à lèvres et de dessous son vilain chapeau cabossé, filaient des mèches rousses de ses cheveux pourtant coupés courts. Elle portait des bottes de cuir sur un collant de laine marron et un manteau trois quart caramel avec une large ceinture, sans doute en cachemire vu l'allure générale et la beauté du tombé du tissu. Elle me souriait, lumineuse, tranquille. Elle a tourné la tête vers le pare-brise et d’une voix très calme, comme on attend un train sur le quai, elle a dit :
___ Alors qu’avais-tu de si important à me dire ?
J’ai eu peur de la réaction du ciel, j’ai juste pu répondre :
___ Rien rien, rentrons, j’ai un peu froid, maintenant. Une autre fois peut-être...

De peur de changer d'avis, j'ai, comme le ciel, démarré en trombe, projetant des perles de boue sur presque toutes les  feuilles des branches des arbres du chemin…






17 mai 2018

Mon pauvre Chri.


___ Ce que tu peux être épais mon pauvre Chri! 
Le jour de la distribution, tu regardais ailleurs ou bien tu avais les yeux fermés, ou bien tu n'étais pas là. Mais, pour sûr, tout est tombé à côté! Toi, tu n'as rien reçu! Oublié des fées, banni des dons, le Chri! Il n'est pas Dieu possible d'être aussi sot que tu l’es ! Il y aurait un roi, ta tête ne serait pas très loin de la couronne !
___ Dis, je suis peut-être stupide comme une poubelle sans fond, comme un robinet qui fuit, mais j’arrive quand même à comprendre  que ce que tu es en train de me dire n'est, ni bienveillant ni gentil, alors s'il te plait ménage-moi un poil, vas-y- mollo, veille à ne pas trop me froisser... Fais comme si parfois j'arrivais à comprendre deux trois trucs au hasard. Même les plus niais d’entre les niais ont des fulgurances de comprenette !
___ Tu as raison, Chri chéri, je vais te le dire autrement :
Ces gens là, ceux avec lesquels tu veux pacifier, ceux que tu penses amadouer en t'avançant vers eux les bras grands ouverts, ce sont des dogues, des dragons de pas comodo, mon Chri. Les penses-tu capable de la moindre once d'empathie? Figure-toi que s'ils peuvent te becqueter le foie, ils le feront et avec le sourire, en plus! Ils ont des cœurs de granit, des ventricules d'airain des mâchoires en acier trempé, tu peux me croire, sur parole. Et, surtout, un coeur de granit. À chaque fois que tu cherches à faire ami ami avec eux ils commencent par te faire un grand sourire mielleux mais en vrai, ils s'aiguisent les crocs au fond des gorges. Ce sont des carnassiers sans morale ni principe, Chri, ils ne pensent qu’à te dévorer les mains que tu leurs tends et quand ils en restent là tu peux encore t'estimer heureux. En vrai, c'est le bras et l’épaule et, si possible tout le reste qui les intéresse... Il ne faut pas s’en approcher, jamais ! Ils sont un feu du diable, un brasier de Satan! Dès que tu y mets la main, elle s’enflamme et tu finis charbon. As-tu envie de te retrouver au caniveau, sale, racorni, inutile ? Est-ce cela que tu te souhaites, Chri ? Ce ne sont que des hyènes sanguinaires assoiffées de profits. N’attends rien de bon d’eux et de tous leurs congénères, Chri. Ils feraient travailler les enfants dix heures par jour pour une poignée de cailloux s’ils le pouvaient. Du reste, ils le font ! Ils mettraient en péril la terre entière, du reste, ils n'hésitent pas. Ils foutraient à la rue dans le froid et le vent des familles entières si on leur laissait l’occasion. Du reste, ils les guettent. Du moment que ça leur rapporte. Ils jetteraient dehors des salariées pour une pince à cheveux de cinq euros oubliée dans un sac ET ils le font, Chri, ouvre les yeux sur le monde dans lequel tu vis désormais. Ils ont quitté le navire commun Chri, ils voguent dorénavant sur le leur, entre eux et se foutent pas mal des tsunamis qu'ils provoquent. Ils n’ont plus aucun scrupule, aucune retenue, ils vivent sur une autre planète, ils ne sont plus à nos côtés, ils habitent dans des réserves loin de notre monde à nous. Ils prennent leurs avions, ils habitent leurs résidences protégées, ils ont leur monnaie, leurs règles, leur monde en parallèle au notre. En cas de besoin ils créent les conflits qui les arrangent. Chez eux, on les adule, on les vénère, on leur baise les mains, on leur éponge le front, on leur ouvre les portes, on ne les regarde même plus dans les yeux, en leur présence on baisse le regard. Et, sans même nous le dire, c’est bien ce qu’ils attendent de nous, Chri ! Qu’on s’allonge devant eux, dans la boue pour qu’ils ne salissent pas leurs chaussures à dix mille. Et ne me dis pas que j’exagère, Chri ! C'est l'inverse! J'aplanis, je tempère, j'édulcore! La réalité est encore pire. Il suffit de regarder ce qu'ils font à ceux qui ne sont pas eux, aux forêts, aux océans, aux guépards, aux sous sols... Ils sont capables de t'arracher le poignet qui porte la montre que tu ne peux pas t’acheter si il leur prend l’envie de savoir l’heure, tu le sais bien.

Alors s’il te plait, Chri chéri renonce à ton achat, reporte le, ça n'est pas si urgent,  passe toi de ce que tu souhaitais t'offrir, dis toi qu'au fond tu n'en as pas besoin. Vis sans, tu le peux et dis toi que ce sont eux qui ne peuvent vivre sans toi... 
Et surtout, surtout n’entre dans aucune banque pour y souscrire le moindre petit crédit, si non, je te le jure comme Dieu et Dieu font cloître: tu ne t’en relèverais pas.



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