24 mai 2015

Sans toit.

Pour Les impromptus littéraires de la semaine. Le texte devait évoquer: il est tout à coup 4 heures du mat et vous êtes sans clé,sans bagnole, sans toit et sous la pluie.  C'est devenu:



Pluie verticale dans la pâleur de l’aube.  Le cœur vide. Mon avenir sans toit. À la rue... Luisante. Depuis que  je t’ai perdue, ma clé.


17 mai 2015

Professionnels...

Quoiqu’il en soit ce n’était pas, juste avant l’entrée dans le village, le dernier arbre de la longue ligne droite contre lequel la voiture s’est écrasée qui les a tués. Ils étaient plus ou moins morts bien avant. Tous. Les trois.
Ils l’étaient déjà au restaurant. Sans doute au moment du dessert. Ou bien tout de suite après. L’autopsie le dira. On les a vus tituber vaguement en sortant. Bien qu’ils n’aient pas bu que de l’eau, quelqu’un leur en voudrait assez pour avoir pris le risque de les empoisonner? Une hypothèse assez farfelue tout de même. Du moins c'est ce que l'un des deux pensait. Le plus vieux pour tout dire. Que la voiture ait pris feu sous le choc ne l’a en rien fait changer d’idée. Pour l’instant. D’instinct il s’était mis en chasse sur cette piste comme un vieux sioux. Son expérience parlant pour lui. Et il connaissait les gaillards cuits et le restaurant. Mais qui se type là ne connaissait pas? Trente ans d'enquêtes dans la région ça vous pose un bonhomme.
Autour d'eux, une escouade de clones en blanc de la laque aux pieds prenait des photos, ramassait des fragments, relevait des empreintes, faisait des prélèvements dans un silence assourdissant. Ils n'échangeaient pas un mot, pas une grimace, pas un signe. Ils travaillaient comme s'ils étaient devant une scène banale sans aucune charge émotionnelle. Des robots froids.
Au moins, ces trois là n’ont pas souffert plus que nécessaire. Ils n’étaient pas les seuls à avoir reçu. L’arbre lui non plus ne s’en remettrait pas. Le platane avait flambé net. On avait dû voir les flammes à des kilomètres. Du reste on les avait vues du restaurant. Le serveur sorti s’en griller une allait confirmer.  Maintenant, il fumait, le platane.  Ses feuilles encore attachées aux branches. On n’a pas retrouvé grand chose d’eux et le peu qu’on avait récupéré était quand même bien ratatiné, noirci, calciné. Une sculpture contemporaine encore fumante. On devinait des corps recroquevillés. Un peu dégueulasse comme image. Même pas des cendres. Comme des charbons de bois. Puants. Mais la mort est souvent dégueulasse.
Le plus jeune des deux a fait signe d’embarquer ce qui restait. Pour l’instant, ils en avaient vu assez. Les blouses blanches continuaient de s’affairer mais en silence. C’était souvent comme ça. On faisait un peu les malins mais on la fermait quand la mort rôdait dans le coin. Et là, pour avoir cogné, elle avait bien cogné. Tous ceux qui étaient encore sur les lieux se tenaient plus ou moins les narines pour éviter le mélange d’essence, de caoutchouc brûlés, de viande grillée et de caramel cramé. Les desserts ?
Le plus âgé regarda sa montre.

___ Merde il faut que j’y aille, je te laisse finir la routine, je vais me faire engueuler, j’ai promis d’être ce midi en famille. Mon beau-frère inaugure son nouveau barbecue…


11 mai 2015

Réflections.

Pour Les impromptus littéraires. Il devait être question de reflets...

D’ordinaire et depuis belle lurette, j’évitais de croiser son regard.
Après toutes ces années communes, nous en étions arrivés à ce point. Le temps est un abrasif efficace. Le temps est un laminoir. Le temps est un destructeur. Massif.
Il fut un temps où lui jeter un oeil ne me déplaisait pas à ce point. Il fut un temps où, à la différence,  je le scrutais, j’essayais de voir si tout allait bien, s’il n’y avait pas quelque chose à tenter pour améliorer ça, si il avait une chance de plaire ou simplement d’être remarqué dans la journée, disons dans la matinée, enfin dans l’heure qui venait, si je pouvais lui faire un peu confiance, si je pouvais lui accorder un vague petit crédit. Il fut un temps où je l’envisageais comme un ami fidèle, et parfois comme un atout, une carte à jouer, un plus.
Mais ce temps là était fini. Bel et bien fini. Heureusement. Lui et moi n’en étions plus là. Ce n’était pas encore le divorce absolu mais nous arrivions déjà à l’indifférence gênée. Nous nous regardions à peine, vite fait, en passant Et, parfois même, sans nous voir, l’œil vague, flou. La mise au point inutile. Un coup d’œil sur l’ensemble et on laisse ainsi. Désormais, chercher à enjoliver était une vaine tentative. C’est exactement l’inverse qui arrivait. Il ne fallait plus toucher à rien. Le mieux était l’ennemi juré du pas terrible. Non mais regarde moi ça... Quelle décrépitude.
Avant, bien avant il y avait une sorte de lueur un peu vive dans le regard, une intensité douce et maintenant ? Avant, bien avant, on pouvait croiser un sourire légèrement grave. Et maintenant ? Avant, il y a longtemps, on avait quelques chances de rencontrer la moue maline d’un doute certain. Et maintenant ? La bougie s’était éteinte. La vie avait mis un terne à tout ça. Exit la lueur, envolé le sourire, effacée la moue. On y croisait plus que le poids des années vécues et des pertes engrangées. On y apercevait plus que les renoncements et les défaites. On y était confronté qu’au désespoir subtil et à la mélancolie tranquille. Les nuits blanches et les années noires avaient tracé leurs sillons ainsi que les jours sans faim et les mois sans soif.
C’est sans doute pour toutes ces raisons que le matin et toutes les heures des jours j’évitais soigneusement de croiser mon regard dans quelque glace que ce soit. Je ne me reluquais plus en face.
La peur d’avoir froid.

Dans le dos.
Oh Nanar, pose un peu ton stylo et viens faire une partie avec nous, va, ça te changera les états d'âme...
Alors, Narcisse se leva, se saisit de sa paire de boules et s'en alla jouer.


05 mai 2015

Un tiens.

Pour les impromptus littéraires de la semaine. Le texte devait comporter cette phrase: Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. M'est venu ça:


Il s’est levé vers les huit heures trente. Il était beaucoup moins pressé qu’avant maintenant qu’il avait perdu son boulot. Ce sentiment de solitude alors qu’il savait qu’il n’était pas le seul. Et de loin. Surtout dans cette partie du centre de la France. Tulles en Corrèze où  l’emploi était depuis quelques années une denrée rare. Un sentiment doublé de celui terrible d’être abandonné. De tous. Ou presque.
Il a écouté les infos sur son poste déglingué acheté chez Emmaüs. Elles étaient comme les autres jours. Mauvaises.
Du temps où il avait une famille, ils vivait dans un petit pavillon d’écart de ville, acheté à crédit. Bien sûr les fins de mois étaient difficiles mais au moins, il y en avait.
Maintenant c’est dur dès la première semaine. Et puis ce foyer. Pardon. Pour le confort et l’intimité, pardon. Ce n’était pas l’endroit idéal. Sale et bruyant. Un endroit pour les pauvres, en fait. Depuis qu'il l'était devenu il avait fini par remarquer qu'ils sont toujours, ou presque, partout ou presque installés dans des endroits sales et bruyants. Cette étrangeté était quasiment universelle.
Ce qui l’énervait le plus, ce qu’il n’arrivait pas à comprendre c’est comment cette situation insupportable,  était, dans tout le pays, si banalement acceptée. Comment tous et chacun s’accommodaient de cette misère latente qui peu à peu gagnait le pays, comment l’ensemble de la société restait  paisible malgré les annonces sans cesse répétées des licenciements, des fermetures d’usine, des plans de restructuration, de ces foules entières mises au chômage, autant dire balancées à la trappe, jetées en pleine mer, sans grand espoir de retrouver un boulot un jour, comment tout le monde se satisfaisait de ça. Comment aucune révolte ne semblait sourdre. Ça oui, le choquait profondément.
Mais aujourd’hui était un jour un peu spécial. Il allait à un entretien d’embauche. Le premier depuis six ans.
Aussi, quand on lui a proposé de porter une pancarte et se balader en ville quatre heures par jours pendant une semaine pour célébrer l’ouverture d’un restau indien en centre ville, entre parenthèses s'il a trouvé quelque peu ironique de devenir homme sandwich pour ne plus avoir faim, il n’a pas hésité bien longtemps. Il n’a pas pensé humiliation, il a juste calculé que cette modeste paie, lui permettrait, ce mois-ci, d’au moins payer son loyer, à peu près, en temps voulu. Et puis, dans sa situation refuse-t-on deux repas au restaurant ? Fût-il indien? Le salaire, (en était-ce un vraiment ? Une aumône?) n’était pas merveilleux, mais en attendant un miracle…
En signant le contrat il a souri en pensant :


Indien vaut mieux que Dieu... Tulles l’aura.



02 mai 2015

Farfelu?

Pour Les impromptus littéraires de la semaine. Il fallait écrire un inventaire farfelu. 
Ce qui m'est venu:


Une personne,
Deux amants,
Trois amis,
Quatre compagnons,
Cinq copains,
Six connaissances,
Sept équipiers,
Huit camarades,
Neuf irresponsables,
Dix imbéciles,
Onze crétins,
Quinze abrutis,
Vingt décérébrés,
Cinquante touristes,
Cent xénophobes,
Trois cent supporteurs,
Six cent intégristes,
Mille fanatiques,
Deux mille nazis,
Dix mille indifférents,
Des millions de cadavres.

Une jeune fille blonde...



25 avril 2015

Tourner

Tourner le dos au travail et partir en vacances. Ce sera pour les jours qui viennent...





Pour occuper l'absence, je dépose ici un poème qui me touche, il est de Claude Roy... À bientôt.

PETIT MATIN

Jusqu’à ce que le ciel soit couleur de matin
Jusqu’à ce que le coq et le vent et la voile
Et le sable et les flots et le myrte et le thym
Echangent d’existence à la dernière étoile

Jusqu’à ce que la mer frissonne de chevaux
J’irai les yeux ouverts attendre la venue
De l’enfant que le clair enfante de nouveau
La secrète des flots la très douce et très nue

Les hommes de fumée ont baissé les paupières
Perdus aux carrefours du jour et de la nuit
Le signe des bergers et le livre des pierres
Ont glissé de leurs mains dans l’oracle des puits

Mais je sais la nouvelle et j’attends mon amour
Qu’elle revienne enfin l’enfant du jour levant
Avec ses yeux de ciel et ses cheveux de jour
Et ses genoux de sel et ses jambes de vent…


19 avril 2015

Fin de deuxième semaine.

Cette semaine, je suis allé m'ennuyer, un peu, pas mal à la projection du film de Ryan Gosling Lost River. J'ai trouvé ça vaguement prétentieux, confus et longuet. Mais avec de beaux moments.


Mais cette semaine, je me suis délecté des derniers épisodes de la troisième saison de House of cards. Kevin Spacey et Robin Wright y sont époustouflants.
Et moi, en haleine tenue, du début à la fin.
Cette semaine je ne suis pas allé voir Tu dors Nicole? un film québecquois dont j'ai vu la bande annonce mais j'irai lundi pour fêter la nouvelle semaine.


Cette semaine j'ai revu avec bonheur une des plus belles scènes d'amour que j'ai jamais vues au cinéma. Travis retrouve son amour qui travaille dans un peep show forcément sordide. Un extrait de Paris Texas de Wim Wenders.

Cette semaine, j'ai lu:
Pourquoi ne pas commencer par une rue? Une rue et un trajet que j'ai suivis presque tous les jours dans les deux sens pendant deux ans. Bjornsonsgraten, sale et encombrée de voitures, un fantôme de rue bordée d'immeubles ouvriers, une radiale, anémiée et froide, au trottoir étroit, longeant une zone industrielle, une station-service, descendant vers Danmarkplass, le plus sombre des carrefours à feux de la ville.
Un peu plus loin:
La joie devant la vie. J'aime la vie. Plus je vieillis, plus j'aime la vie. Je crains la mort.Cela me surprend. Les années ne me rendent pas plus intelligent, bien au contraire, il est possible que je m'achemine vers une bêtise pure et généralisée.
Nous oublions. Nous oublions le fondamental, la joie de se réveiller, de pouvoir se lever, aller dans la cuisine et boire un verre d'eau.
Ce sont les premières phrases du livre de Tomas Espédal: Marcher (ou l'art de mener une vie déréglée et poétique) Collection Babel Actes Sud. 
C'est traduit du norvégien et un bonheur!
Cette semaine, j'ai eu la chance de voir ça sur la route de Pernes à Velleron, en descendant après la fraise géante sur la gauche:




Cette semaine j'ai également démarré une belle collection de glycines. J'y ai ajouté celle-ci, prise à la maison.


Cette semaine, j'ai trouvé  qu'Anne Sila en plus d'être jolie, était aussi une talentueuse chanteuse.

Et si fait d'une semaine supplémentaire ou en moins c'est selon, vécue, enfuie, écoulée. Lundi matin, déjà la suivante s'amène à petits pas de petits jours à vivre...

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