15 septembre 2018

Les boulettes à chri.

Boulettes de veau à la sauge.

Amis végétariens tendus, vegans à cran, végétariens tégristes, ne fracassez pas de suite cet écran, lâchez simplement votre souris, regardez ailleurs, allez faire un tour, laissez le temps à vos amis de lire cette recette simple et bonne comme une fleur de courgette... farcie.

Pour la faire, la recette, il vous faudra un grand bol ou un petit saladier, une poêle, une fourchette, de la viande hachée de veau, (pour les proportions soyez raisonnables, de quoi faire trois quatre cinq boulettes par personne, selon leur appétit),  des feuilles de sauge du jardin, donc, un jardin, un ou deux jaunes d’œuf, du persil, de la farine, des jeunes pousses d’épinards fraiches, du tabasco, de l’huile de tournesol, une noix de beurre, du sel, du poivre.

Dans le suprabol, mettez la viande hachée, les feuilles de sauge coupées fin fin, le ou les jaunes d’œufs, du sel, du poivre, les pousses d’épinards vaguement coupées, le persil, haché menu, quelques gouttes de tabasco. Vous salez, poivrez, vous mélangez le tout avec application et une fourchette et vous en faites des boulettes grosses comme des œufs à l’aide d’une cuillère à soupe.
Vous les passez dans très peu de farine. Juste pour les blanchir un peu, qu'elles se tiennent bien à la cuisson.
Pendant ce temps, vous avez mis une poêle sur le feu avec dedans un peu d’huile et une noix de beurre.

Quand l’huile est chaude, vous posez délicatement dans la poêle les boulettes et vous les retournez régulièrement jusqu’à leur cuisson complète. 

Faites cuire comme vous aimez mais cela ne peut pas être saignant.

Vous pouvez les servir avec des pâtes fraîches au basilic par exemple, il en reste encore de jolies têtes dans les pots de l'été finissant et vous l'accompagnez d'un verre de ce que vous voulez (excepté tout soda qui est   formellement interdit par la convention de Miramas). 

Un rouge du Domaine de Fondrèche de Mazan, Persia, rendra belle l’affaire.



Je sais parfaitement bien qu'on doit écrire les boulettes DE chri mais ici, j'écris ce que je veux.

05 septembre 2018

Le hamburger sans.*

Une recette simple, bonne, facile,  vite faite pour deux personnes :
Une deuxième personne,
Deux poêles, deux feux,
Deux tranches de thon rouge d’une épaisseur d’un cm de la taille d’un hamburger.
Quatre tranches de jambon cru, un peu épaisses (un mm) genre Bayonne, du diamètre du thon.
Quatre tranches de tomates d’un demi cm d’épaisseur,
Des graines de Sésame,
Deux feuilles de salade,
Du persil frisé,
Du sel, du poivre,
Deux quarts de citron vert.

Dans la poêle où tu vas mettre le thon et les graines de Sésame, tu mets de l’huile d’olive à chauffer, dans celle des tomates et du jambon tu mets une noix de beurre.
Quand l’huile est chaude et le beurre a fondu tu poses le thon et les graines de Sésame dans une poêle et les tomates dans l’autre. 
Ne mets pas de suite le jambon, il cuira si vite.
Retourne les tomates et saupoudre-z-y dessus du persil frisé haché fin, retourne les tranches de thon. Fais les cuire façon Tataki (Rien à voir avec ta tante).
Mets le jambon, retourne le assez rapidement,
Attrape une assiette, tu peux l’avoir chauffée un peu avant (Fais come tu le sens, avec ou sans paroles).
Quand tu juges que tout est cuit. (C’est toi seul le juge sinon c’est le bazar).
Mets dans l’assiette, et monte les uns sur les autres façon hamburger :
D'abord une tranche de jambon cru devenu cuit, puis, dessus, une tranche de tomate, le thon, une demi feuille de salade coupée en petits bouts, une tranche de tomate, une de jambon. Un filet de citron vert sur le tout et sert vite, ça refroidit à  grande vitesse.
Tu peux servir avec un bolounet de riz cuit au curry, (dans l'eau de cuisson, tu ajoutes une ou deux pincées de curry), une noisette de beurre dedans chaque avec le reste du persil dessus pour faire joli.

Un Croze-Hermitage là-dessus parce que tu aimes ça.
Régalez-vous.


*(Hamburger sans, parce que sans pain, sans viande hachée, sans ketchup, sans cornichon, sans, quoi).


02 septembre 2018

Ils savaient

Ils n’étaient pas dupes, ils savaient que depuis quelques années, déjà, le monde en général et les médias en particuliers se foutaient pas mal des tentatives de ce genre. Tout avait été atteint plusieurs fois partout par tous dans chaque saison possible dans toutes les configurations possibles. Légers, lourds, avec ou sans air, seuls ou en groupes, en binômes, de nuit, de  jour, en famille... Alors, à force, les gens avaient fini par se lasser de ces aventures pour se tourner vers d’autres exploits et les sponsors si généreux aux débuts avaient quitté le navire pour s’en aller arroser d’autres doux dingues et espérer des retombées plus enrichissantes. 
Ils savaient que, financièrement, ils n’avaient pas le droit à l’erreur. Ils avaient été obligés de s’endetter plus que de raison pour mener à bien leur affaire. Les billets d’avion coûtaient une blinde, l’hébergement, les droits, les salaires de l’équipe, les portages, la nourriture, la location du matériel, une autre. Et les imprévus une troisième. Pour ces deux gars c’était lourd. Sans la certitude de réussir. C’est dire s’ils ressentaient une pression particulière. Ils avaient hypothéqué leurs baraques, les principales et les secondaires. S’ils échouaient, et s'en sortaient vivants, ils se retrouveraient sur la paille et leurs familles avec. Leurs nuits étaient blanches depuis plusieurs semaines.
Ils savaient que ce ne serait pas une simple partie de plaisir, ils le savaient parce qu’ils avaient déjà échoué à trois reprises. Ils y étaient déjà allés, là-haut. Ils en avaient même ouvert des voies Ils s’étaient coltinés à toutes les difficultés et elles étaient nombreuses. Il fallait être dans une forme optimale, tant mentalement que physiquement. Ralf y avait laissé trois orteils du pied gauche lors de la deuxième tentative. Tout bien considéré, il s’était dit qu’il ne s’en était pas si mal sorti. Deux orteils au lieu de la vie. Ça valait le coup de tenter une quatrième fois. Ses proches dont sa femme avaient bien essayé de l’en dissuader, mais elle avait échoué, elle aussi.
Ils savaient les traces que les précédentes tentatives avaient laissé dans leurs esprits et dans leurs organismes et quand certains soirs ils se regardaient avec honnêteté, ils savaient qu’ils n’étaient plus les mêmes qu’il y a dix ans lors de leur premier échec. Ce qu’ils avaient perdu en fougue, ils disaient l’avoir gagné en expérience et en maturité mais est-ce-que ça s’équilibrait VRAIMENT ? Ils savaient qu’ils n’étaient plus de la toute première jeunesse, ils avaient laissé en route des forces, des enthousiasmes, des déterminations.
Ils savaient que la fenêtre météo serait extrêmement réduite, qu’ils ne disposeraient que de deux, trois jours favorables tout au plus, qu’il faudrait viser juste ces jours là. Peut-être n’en auraient-ils pas tant. Peut être que cela se compterait seulement en heures. Peut-être même que la fenêtre ne serait qu’un minuscule soupirail qu’il ne faudrait surtout pas manquer.
Ils savaient parfaitement tout ça. C’était très clair dans leurs deux esprits.

Alors, bordel de merde, est-ce que quelqu'un peut m'expliquer pourquoi il a fallu qu'ils y montent quand même ?


28 août 2018

Vers l'automne.

On  s’avançait gentiment vers l’automne. 
Il fallait n’avoir jamais quitté de sa vie le centre ville pour ne pas s’en apercevoir. Même ceux qui habitaient en banlieue s’en étaient fait la remarque. Alors, là...
Les locations avaient fait le vide, les coffres des bagnoles le plein, les enfants étaient repartis, les fontaines et les fauteuils des terrasses redevenaient accessibles.
Si, au beau milieu du jour, la chaleur était encore écrasante, presque plus encore  qu’en Aout, désormais les petits matins pouvaient être noyés dans les bancs d’une brume légère, à peine posée sur les terres labourées de près, maintenant,  le cœur des nuits flirtait à la limite du frais, obligeant à se couvrir les jambes au premier réveil, certaines feuilles du figuier qui avait tant donné, étaient devenues jaunes en une nuit, dans les champs poussiéreux du manque d’eau, où les tournesols avaient été coupés la terre se fendait de longue  à cause du sec, sur les étagères de la cave les bocaux de confitures étaient à nouveau pleins, les écorchures des bras,  traces vives de la récolte de mûres en bord des routes, commençaient à cicatriser, le soir, au dessert, si tu voulais pouvoir encore trier dans ton assiette, il fallait se mettre à table un peu plus tôt, le noir s’en venait vite. La nuit, les étoiles filantes avaient fini de laisser leurs traces dans le noir, le jour, dans les rues, les rires en cartables passaient en bandes à heures fixes, on pouvait entendre la cloche de l’école sonner les heures des récréations, dans les maisons, on n’avait pas encore vraiment rangé les serviettes de bains dans le fond des placards, elles restaient là, lavées, pliées mais à portée de dos au cas où un dernier jour à la mer, avant qu’elle refroidisse, s’organiserait sans crier gare. Dans les vignes, si les rangées, comme les grappes, devenaient noires c’était aussi de monde, chacun un sécateur à la main remplissant les caisses de grappes obèses. Au marché des fins de semaine, malgré le desséchant manque de pluie, on commençait à voir les premiers champignons débarquer d’Italie ou de Roumanie enfin de ces pays où là-bas, il avait, enfin, plu…
On allait entrer dans l’automne, et, d’après ce que me disait mon petit doigt,  ce n’était pas encore cette saison que tu poserais tes valises sur le pas de la porte, avant d’appuyer un doigt sur la sonnette pour que je vienne t’ouvrir avec un large sourire étonné…
Il avait même ajouté, ne mâchant pas ses mots, ce salopard, qu'en vrai je pouvais toujours me brosser.
Ce que dans le fond...  j'allais faire.  
Comme on ne peut raisonnablement pas prévoir ce que l'avenir nous réserve, ce sera ou AVC ou coup de foudre? 
Dans les deux cas, Il faudra penser à rester... présentable.


15 août 2018

Ma Marinette.

Ma belle, ma toute belle. Mon petit bout de femme malade:
Comme il paraît grand ce lit pour toi toute seule dans ce vieil hôpital sordide. Comme tu sembles perdue dans le jaune pâle des draps de la Publique Assistance. Comme ton pauvre corps s’est rapetissé, comme ton vague sourire en me voyant entrer dans la chambre s’est vite voilé, comme ta main s’accroche à la mienne, comme tu as peur, comme tu as mal, comme tu te tais. On a baissé les rideaux de plastique blanc pour que le soleil ne te brûle pas les yeux. Il règne ici une ambiance étrange, un mélange de terreur et de douceur. C’est sans doute dû à cette sale odeur. Assis sur le rebord du lit tous nos doigts mêlés, les tiens déformés par l’arthrose, une vie dans la terre et l’eau froide ça laisse des traces, les miens tremblants de frousse et de rage mêlées. Je fais comme toi, je ferme les yeux et je te revois dans ta campagne un foulard noué sur la tête, belle comme une Anna Magnani des asparagus, fleur parmi les fleurs, courbée en deux sur les boutures à couper, sur les fils à nouer, sur les œillets à cueillir. Les pieds dans l'humide d'une boue dense, la tête dans les étoiles. C’est courbée qu’à chaque fois je t’y revois. Et pourtant il n’y en a pas de plus droite que toi.
Sauf quand tu piquais des cigarettes dans le paquet de ton homme, mon grand-père, pour me les refiler en douce. C'était des Kent à bouts filtres dans un paquet blanc... Si un jour j’ai un cancer, je te le devrais, en partie… Du pancréas, le tien, celui qui te recroqueville, aujourd’hui. Une tumeur maligne pour une douceur maline. Qui te fait me dire dans un souffle devenu faible, si faible, toi qui était forte, si forte: « Je n’y arrive plus, je n’ai plus envie, je ne veux plus être couchée, je veux être debout... » Qui t'empêche de te nourrir toi, toi qui se mettais en cuisine comme on s'habille en dimanche. Vous ne l'avez jamais vue, vous, d'un coup de fourchette magique faire d'une boulette de pomme de terre un gnocchi parfait? Elle les faisait par mille et c'était mille magies.
Au plein milieu des serres de fleurs coupées, le Château de mon enfance, ta maison, enfin: le cabanon. Un cabanon n’est pas une cabane dit la chanson. Pas loin. C’était une seule pièce en dur, presque perdue entre les serres, un ancien mazet qui vous servait de chambre et le reste autour construit en châssis de verre. Il y avait encore l'anneau de métal auquel on accrochait la mule. Protégé du soleil par un cerisier qui donnait des fruits gros comme le poing, rouges comme le sang, des bigarreaux d'un autre monde. Collée à lui, une pièce fraîche tout l’été. Il y avait dedans les frigos, les bacs pour tremper les œillets, les roses et la table à monter les bottes. Cinquante fleurs par botte, cent bottes à chaque envoi... Entre les deux, un citronnier qui, lui, sans mentir, pondait des citrons gros comme des pastèques. Plus loin quelques pêchers qui nous faisaient les babines humides.
C’est là que j’ai passé mes étés d'enfance. C’est là que tu t’échinais jusqu’à pas d’heure. Il les fallait bien rangées, ces bottes pour les vendre à la Criée. Tu me l'as sans doute transmise ta main verte ...
On imagine mal, quand on a huit, neuf ans, qu'on court toute la sainte journée pieds presque nus sous un soleil écrasant, qu'on côtoie des vies d’esclaves. Tu en étais une, d'esclave. Au toujours si beau sourire. Une belle femme disait-on de toi. J'ai su plus tard que tu avais eu une jeunesse dansante... que la vie avait  un peu gâtée, une esclave de la terre, accrochée à elle parce que c’est comme ça, c’était ton chemin, ton destin. Une vie qu'on ne discute pas, qu'on ne remet pas en cause et cette campagne où tu trimais était mon terrain de jeux. Mon préféré de tous.  On l'imagine assez mal surtout quand l'esclave ne se plaint pas, quand il a l’élégance de sourire. À chaque fois que j’en repartais j’en avais les larmes aux yeux jusqu’à l’âge de seize, dix sept ans. Après, on s'endurcit. Un peu. Et puis, un jour on perd la première de ses grands-mères, Jeanne, vidée de toutes ses forces quand l'amour de sa vie s’en était allé. C’est quand ceux là nous abandonnent que notre enfance meurt.
En passant devant la salle de pause des infirmières, je les ai vues écouter Arno chanter "Dans les yeux de ma mère", sa voix de fin de nuit rocailleuse m’a poursuivi jusque dans l’escalier et dehors, j'ai murmuré avec lui : "Dans les yeux de Marie"… en sachant, bien, au fond, que je venais de te voir vivante pour la dernière fois.
De la colère et des larmes me sont venues.
Dehors, le jaune éclatant des mimosas explosait en silence. Saletés de boules jaunes. 
Il arrive que, parfois, putain, le mimosa pue.



Image du net.


13 août 2018

Le soir des étoiles.

Il y en avait de tous les sexes, de tous les âges, de toutes les tailles, de toutes les couleurs, de toutes les corpulences, de tous les niveaux sociaux. Ils échangaient à peu près dans toutes les langues. Parfois même avec accents. Il y avait des grands, des petits, des gros, des minces, des musclés, des maigres. Il y avait des solitaires,  d’autres sans. Il y avait des avec animaux, des couples, des groupes de connaissances ou d’amis, des familles sans enfants, des familles avec poussettes et enfants autour, des familles avec poussettes pleines. Dans les familles avec poussettes pleines, c’était souvent les pères qui poussaient. Une manière pour eux de se rattraper de ce qu’ils ne faisaient pas le reste du temps? Il y avait ceux qui parlaient en marchant, ceux qui se taisaient ensemble, ceux qui léchaient une glace en évitant les coulures, le long de leurs bras, pour la plupart nus. Il y avait ceux qui, le plus souvent des jeunes, avançaient en regardant leur écran de portable, ceux qui étaient là sans y être.
Il y en avait qui pensaient s’être habillés pour l’occasion, ceux qui s’étaient mis sur leurs trente et un d’été : larges panamas, chemisettes à crocos, bermudas de couleur et mocassins en peaux sans chaussettes pour les hommes, robes pimpantes en lin, sandales à petits talons et à lanières fines pour les femmes. Cheveux faits ou défaits, calvities ou pas et le plus souvent barbes pour les hommes. La mode.
Il y avait ceux qui visiblement s’en étaient foutu comme de leur première chemise et qui avaient enfilé ce qui leur venait sous la main. Ça donnait des allures étrangement laides comme des débardeurs improbables sur des shorts en lycra boudinant, les pieds nus dans des claquettes hors d’âge… Les municipalités, si elles étaient un peu vigilantes, devraient créer des brigades anti-mauvais goût qui arpenteraient, la nuit venue, les rues des villes touristiques et demanderaient aux débraillés en tous genre, d’aller, au minimum, se rhabiller pour sortir afin d’éviter à leurs contemporains les tristes spectacles auquel on pouvait, parfois, assister. Elles devraient le faire sous menace d’amendes plutôt salées ou de travaux d’intérêts généraux comme balayer les trottoirs des mégots des plastiques ou autres petits pots de glace vides que ces salopards en goguettes ne manquaient pas de balancer au sol. C’est fou ce qu’ils pouvaient avaler comme glace du reste. D’ailleurs en ville, en cette saison, avec les pizzas et les kebabs on ne voyait plus fleurir qu’eux comme commerces. Il était devenu impossible d’y trouver une poissonnerie convenable.  Les gens étaient de la viande rougie par le soleil, en mouvement à peine couverte, des poils hirsutes sortant des marcels sales, des tatouages, ah les tatouages… Souvent loupés sur des triceps avachis, des épaules flasques,  ethniques de l’hémisphère sud  sur des peaux de roux, dédiés à des prénoms douteux, j’en passe et des plus laids. On marche avec eux sur la voie piétonnière du centre ville, le long du canal premier, en bordure des restaurants aux terrasses bondées, on avance au milieu d’eux dans les mauvaises odeurs de cuisine vaguement rance, dans le brouhaha des conversations, des pleurs, des rires des aboiements et à les voir faire, on se demande quelle est l’idée principale de cette déambulation estivale de début de nuit ? Un rite ? Un comportement collectif à caractère religieux ? Social ? Une façon de passer le temps ? D’attendre l’heure du coucher ? Une manière d’être ensemble ? On les regarde, on les dévisage et on se dit surtout qu’on n’aimerait pas les avoir comme compagnons de camp de réfugiés,  ni comme acolytes, ni même comme semblables. Et pourtant.
Où seront-ils tous, en Novembre quand le mistral voyou balaiera le quai, la rue, les tables et les chaises, la ville, la région, la province et qu'il fera nuit glaciale à l'heure du goûter?
Alors qu’au dessus de leurs têtes vides, la terre allait traverser le nuage des perséides et que le ciel s’apprêtait à offrir le spectacle majestueux d’une averse d’étoiles filantes, tout ce joli, si l’on peut dire, monde  trainait des pieds dans la rue, en grappes, en tas,  en nombre, en marche lente, en allers retours vains. 

Mais dis, toi, qui fais le malin tu étais où ce soir là ?
Il faisait nuit, il faisait doux, les premières étoiles commençaient à illuminer le noir, en pluie.






11 août 2018

L’heure de la sortie.

La chaleur qui, pendant plus de trois longues semaines, avait accablé tout ce qui vit venait de  foutre le camp avec les dernières violentes pluies d’orage délugeant le pays. 
Là, où pourtant rien ne semblait avoir changé, deux jours de pluie et tout était différent. Tous autant qu'on était, on avait basculé dans un autre régime, on était passé à autre chose, on avait atteint une autre rive. Hier, juste avant que le ciel ne s’assombrisse, que les vents se lèvent en bourrasques folles, que le ciel ne gronde, que des grelons gros comme des poings d’enfant ne s’abattent sur nos tuiles incrédules nous étions au plein cœur de l'insouciance du bel été. Aujourd’hui, après le passage de l’orage comme une colère explosive, comme un coup de sang, comme un sursaut, rapé, l'été, nous sommes en automne.
Les nuits si pesantes, si écrasantes se sont faites plus douces. Désormais, le frais nous réveille dans le milieu de nuit et nous pousse à chercher du bout du pied une serviette, un drap, une couette même, pour nous couvrir le corps légèrement frissonnant. Le matin, quand la fraicheur s’engouffre par la porte fenêtre et nous souffle au visage, nous enfilons un tee-shirt en ouvrant les volets . Il se peut même qu’au fond, là-bas, vers la haie de tuyas, une brume diffuse dissimule le fond du jardin juste avant que le soleil apparaisse. L’épaisseur même de l’air a changé. On y avance plus aisément, il nous freine moins qu’avant hier, qu’avant le Grand déluge.
Partout, le vert est revenu grâce aux trombes d’eau qui ont douché le coin, certaines plantes se sont redressées, d’autres sourient à nouveau. Elles qui étaient exténuées, assoiffées, sans force ont récupéré leur vigueur, leur élan, elles se remettent à fleurir. Nous sommes comme elles. Une énergie nouvelle nous envahit, nos pas s’accélèrent, nous sommes allégés. La pluie a laissé de nouvelles odeurs advenir, la terre exhale l’humus humide et le champignon à venir, les escargots sortent de leurs cachettes et se baladent sous nos pieds attentifs. Le soir, la nuit s'invite plus tôt,  les soirées ont eu vent de finitude. Dans les bennes des déchetteries municipales finissent de se vider les premières licornes dorées, encore chevauchées par des rires d’enfants. Au fil des crevaisons, les flamants roses, les tranches d'ananas et autres crocodiles verts géants suivront. Le long des chemins, dans les ronciers belliqueux, les mûres noircissent, dans les figuiers les fruits mûrissent dans les placards des cuisines, les réserves de sucre grossissent, l’heure des confitures de fin d’été approche, le temps de la fin des vacances n’est plus si lointain. Elle s’installe gentiment dans les têtes. L'été vit ses derniers souffles. 
Il va bientôt falloir refaire ses bagages. 
L’automne ne devrait plus trop tarder, maintenant. La rentrée en sera un des premiers signes.  Celle-là aura un goût particulier puisque ce sera la dernière. 

Une ultime rentrée comme un pied de nez à une sortie, quelques jours plus tard... définitive.



28 juillet 2018

L'idéale.

Voilà quelques jours en arrivant à la fontaine de Saint Didier en venant de Venasque (je venais bien de là, je ne l’ai pas écrit pour faire sourire) en sueur, il y avait un type qui s’aspergeait d'eau fraîche. En posant ma bicyclette contre les pierres taillées de la fontaine, j’ai vu  qu’il avait, à quelques années près le même âge que moi, et très vite, nous sommes allés au cœur des choses. 
Surtout lui! Ce qu’on appelle une amitié de mollets? En deux temps, trois ablutions il m’avait presque tout raconté de sa vie. Et ceci cela, si je fais une sortie par jour de cent bornes, c’est pour ne plus rester à la maison tu comprends, ma femme, elle m’emmerde! Elle est chiante, alors comme ça pendant quatre heures, je ne la vois pas et quand je rentre, la sieste est légitimée, je vais dormir deux heures et ça m'assure six heures de paix dans une journée! Six heures sur vingt quatre, ajoute à ça le sommeil tu comprendras les bienfaits. Tu vois,  ça fait vingt cinq ans qu’elle me pourrit la vie, elle a commencé au tout début,  dès notre rencontre, j'aurais dû me méfier, mais tu sais ce que c'est, on s'imagine bien plus  fort qu'on est, on pense qu'on va les changer, on se figure emporter le morceau… etc etc
Tout ça semblait lui faire un bien fou et je me voyais déjà lui demander une petite centaine  d'euros pour la consultation. Chic! Voilà une balade qui pourrait me rapporter gros que je me disais, pendant qu'il se soulageait le cœur.
C’est là qu’il m’a demandé tout à trac: Et toi? Du côté de l’amour? T'en es où? 
Ah! Parce que toi, là, tu viens de me parler d’amour? J’ai pensé, mais je ne lui ai rien dit, son quotidien avait l’air assez douloureux comme ça. Je n’ai pas une vocation d’huile. Sa question m’a laissé sans voix. Comme il m’avait tout déballé de sa vie, je me sentais  un tantinet redevable. Alors, après un temps, mes mots me sont venus:
Oh! Moi, du côté de l’amour, c’est un peu compliqué... Ça c’était pour gagner du temps. J’ai continué: mon ambition elle se rétrécit de jour en jour! Mais je ne renonce pas! Je me verrais bien me mettre à la colle (administrative) avec une gentille hôtesse de l’air qui aurait encore quelques pays à découvrir. Mais pas vivre avec elle, je n’en ai plus la force. Ça fait tellement longtemps que ça ne m’est pas arrivé de vivre avec un humain que je ne crois plus en être capable! Je tolère à peine les pies du jardin! Je verrais bien une camaraderie amoureuse, voyez? Enfin, tu vois? Comme je me connais, je finirai par tomber amoureux et je serai triste le jour où nous nous quitterons, mais bon. J’espère le moins possible. Enfin je veux dire que j’espère être le moins triste possible, le jour où il me faudra dégager du paysage. J’aimerais, si ce n’est pas trop demander qu’elle soit encore jolie, je préfère côtoyer les jolies femmes ne me demande pas pourquoi. Je m’y suis habitué, sans doute. J’aimerais quand même qu’elle soit basée à Marignane, pour partir loin, c’est plus proche de la maison et puis en tant qu’hôtesse, elle a accès au park du personnel. 
J’aimerais, si ce n’est pas exagérer, qu’elle ait un peu d’oseille, à mon âge le camping et les hôtels de second plan, merci, autant rester chez soi, les fesses dans son canapé confortable, devant la chaîne Planète… J’ai pas raison? Mais aussi qu’elle soit un peu cultivée. Qu’elle ne fréquente pas que les magasins de vêtements ou les restaurants mais  les salles de spectacle ou de concerts. Je n'aimerais pas trop qu'elle soit sectaire, une dingue de free jazz, une cintrée de Chopin, une folle de Cure, merci bien... Et qu'elle ne pratique pas que la lecture des étiquettes ou des menus mais aussi celle de quelques  livres, tu vois?  Je veux bien, quand elle revient de ses longues rotations, oui, parce que j’aimerais qu’elle travaille encore, qu’elle ne soit pas tout le temps chez elle, que je profite du silence de son jardin… Je lui ferai volontiers un peu de cuisine et lui nettoierai sa piscine pendant ses absences. Je peux même aller jusqu’à l’entretien de ses vignes, l'hiver. Il faudrait juste que je puisse me mettre à mi-temps pour l’avoir... Le temps!  J’accepterais une compensation financière... 
Sur ma lancée, j'ai continué...
Je ne la souhaiterais pas fanatique du trekking ou folle de randonnée. Je ne suis pas contre l’idée de marcher un peu de temps en temps, mais pas tous les dimanches, à heures fixes, dans ces clubs comme il y a à tous les coins de rue. Ils se retrouvent à cinquante, équipés pour traverser dix Atacama et vas-y que je cause et que je cause et que je n'en finis pas de causer pendant les deux trois heures de balade... Tout ce bazar pour montrer sa toute dernière gourde et se plaindre de la vie qui est difficile... Merci bien! Très peu pour moi! J'aime bien les marches à quelques uns, dans le silence et le partage... Je n’aimerais pas, non plus, qu’elle ait trop d’enfants, pour éviter les repas de famille qui n’en finissent pas. Ni trop de petits enfants parce que là, finis les noëls à l'autre bout du monde… Enfin, tu vois, quoi.
Alors c’est pour ça que tous les dimanches, ou presque, après le marché de L’Isle, je file à Marignane. L'aéroport du coin. Je m’en vais traîner par-là-bas. Pour forcer un peu le destin? J’y arrive en fin de matinée, je tourne et je vire, je regarde un peu les avions décoller au-dessus de l’étang de Berre ou atterrir en venant de la mer, pas loin. Je bois un coup ou deux, je fais les boutiques, surtout celles de parfum. Là, je souris à une ou deux que je trouve jolie et qui achète un flacon pour sa maman, son amant, son frère, enfin qui achète un flacon. Quand vient l’heure de manger je m’attable près des vitres qui donnent une vue sur la piste et je mange en rêvant à des pays  où il fait toujours beau, où tous les jours sont chauds, où l'on passe sa vie à jouer, sans songer à l'école, en pleine liberté, pour rêver *. Et puis au soir tombé, je me rentre... Il était atterré...
Ah! Pendant qu'on y est, j'aimerais aussi qu'elle soit douce mais pas gnangnan, sensuelle mais pas délurée, fidèle mais pas collante, légère mais pas écervelée, drôle et profonde, gaie mais pas rigolarde, intelligente mais pas cérébrale... Je n’ai pas encore rencontré la perle, mais ça viendra, je le sais, je le sens. Un jour, moi aussi, je serai du bon côté du manche. Un jour, moi aussi, je ferai le tour de la bagnole pour ouvrir la porte. Un jour, je suivrai le nuage d'un parfum délicat. Un jour, une main bienveillante et caresseuse se posera sur ma nuque et y restera, un peu…
Voilà où j’en suis mon gars. Rien de très folichon. Tu te fais une idée?
Je vois très bien! Et ça ne me semble pas gagné si tu veux mon avis... 
Mais dis moi? Pourquoi une hôtesse de l'air?
Oh, ça c'est simple: Elles sont habituées à sourire, elles ont des billets  d'avion gratuits et surtout, surtout, elles savent s'y prendre avec les vieux emmerdeurs!
Il avait les larmes aux yeux. En remontant sur son engin, il m’a juste lâché:
Je ne sais pas lequel des deux est le plus à plaindre!
Moi non plus, j’ai répondu...
En vrai, je le savais, mais je voulais dire comme lui, pour adoucir son retour...


* Citation...


09 juillet 2018

Cette fois.

Cette fois, putain, c’est du sérieux. 
En psy, ça lui avait coûté deux avant- bras, mais il avait du apprendre à vivre avec l’idée qu’il ne mesurerait jamais un mètre quatre vingt… Il en avait profité pour travailler l'idée d'accepter de perdre les cheveux du dessus mais pas ceux des narines, ni ceux des oreilles puis de faire avec celle qu'il était finalement devenu: un vieux. 
Maintenant, il devrait se convaincre qu’il était ventru? Qu’il n’avait rien vu venir surtout pas ce truc là, devant, qui lui avait poussé. Bien sur, en contrepartie il avait arrêté de fumer. La belle affaire. D’accro à la nicotine, il était passé  à ce qui se mange. Plutôt salé que sucré bien qu’une tatin affriolante ne le laissait pas de glace. Oui, au chocolat. En mousse. Mais bon, il avait pris et cet été là ça suffisait. Surtout qu’il faisait un boulot où le corps à son importance et là il était l’image parfaite du : Faisez ce que je dis mais pas ce que je fais.
Il venait de s’offrir trois pantalons en soldes et il les avait pris la taille au-dessus. Stop. Il avait dit stop. À partir de maintenant, je perds.
Il le fallait. Pour lui-même et surtout pour lui-même. Se détester moins?
Il avait profité de l’été pour se faire un programme rigoureux, lui qui l’était si peu, qui pouvait se résumer à : Activité physique et salades. Dans l'ordre.
Un jour bicyclette, un jour course à pied et tous les jours salade. Les bannis lèvent le doigt : Vin de toutes couleurs, alcool de tous degrés, pain de toutes les céréales, fromages de toutes les régions et même de l’étranger…
Du temps de sa flamboyante jeunesse chevelue, il courait comme un garenne. Il n’aimait pas trop ça mais il le faisait puisque ça ne lui coutait pas. Ce qu’il aimait, lui, c’est avoir couru… Sentir cet état de fatigue musculaire, sentir ses poumons ouverts comme des chakras aux quatre vents, sentir chacune de ses cellules bondées de rouges globules, se savoir transpirant sous l’effort… Mais après, pas pendant. Pendant il s’ennuyait, il lui fallait penser à autre chose. Terminer une nouvelle, attaquer la première phrase d’une note, entamer un poème, ciseler un paragraphe, là oui il courait sans lourdeur. Ah il en avait écrit des conneries en cavalant ! Ah il en avait aligné des phrases en gambadant… Et cet été là plus qu’aucun autre.
Il se levait, il avalait un café noir, un jus d’orange orange et zou en route… Roule, roule petit bolide, va, bouge, cours, ahane, souffle, grimpe, pousse, tire, sue, fatigue toi, crève toi…
Ce matin là, c’était vélo. Il avait son tour qui partait de chez lui et y revenait en passant par des coins superbes, deux ou trois figuiers qui donnaient des fruits magnifiques (pour le sucre et le régal…), une fontaine qui elle donnait une eau si fraîche qu’on en buvait trois fois plus que nécessaire, soit disant non potable mais pas un cycliste ne passait à proximité sans y remplir un bidon, voire deux. Il avait quitté la plaine et venait d’attaquer la longue montée vers Le Beaucet cinq kilomètres de raide qui faisaient taire les bavards. Les deux derniers traversant dans une forêt de chênes lièges, plutôt isolée et peu fréquentée. Une droite interminable qui montait direct avec à gauche, quand on était en forme on regardait le panorama sur la plaine du Rhône, mais la plupart du temps on gardait les yeux fixés sur la roue de devant.
C’est après la petite bosse, puis le replat qui permet de respirer un peu mieux que ça lui est venu. Une douleur dans le bras gauche. Si forte qu’il en a lâché le guidon. Il est allé valser comme un tout fou dans le touffu des chênes. Il a fait quelques pas en s'enfonçant dans le vert. Son engin est resté dans le fond du fossé. Lui s’est tourné et s’est appuyé contre un tronc puis s’est laissé glisser au sol. Il ne voyait plus la route. Putain ce qu’il avait mal. Si mal qu’il a fermé les yeux. Dormir, il voulait juste dormir un peu et il repartirait.
Quel imbécile de partir sans son portable… Pour une fois que cet engin aurait vraiment servi à quelque chose. Tu es où ? Pour une fois, il aurait aimé répondre à cette question.
Oh non pas maintenant, j’ai deux trois trucs encore à faire, j’en ai deux trois petits à voir grandir un peu, il y a deux trois endroits où j’aimerais aller et deux trois autres où je veux retourner, j’ai deux trois personnes à voir, pas maintenant… Ça pour mincir, je vais mincir… Ça pour être sec, je vais être sec... Oh non.

Cette fois-ci, c’est du sérieux, fini de faire l'enfant de coeur, si je m'en sors et que j'en ai besoin, je pourrais même me faire payer un fauteuil électrique par un footballeur! Ils signent des chèques à tours de bras en ce moment, ne s'était-il pas empêché avant de tomber dans les pommes sous l’effet de la souffrance accrochée à sa poitrine comme une pince à sucre à son morceau…




Image prise sur le net.

03 juillet 2018

Comme...

Il y a tant de mains pour faire ce monde, si peu pour le contempler. Julien Gracq.
              
Comme tu n'aimes pas rester immobile à attendre que les heures filent sans qu'il ne se passe rien... Comme tu aimes bouger parce qu'ainsi tu te sens davantage vivant... Comme tu aimes aller à la rencontre des choses, des paysages et des gens...  Comme tu aimes l'eau pour les bienfaits qu'elle apporte et les merveilles qu'elle donne à voir et à sentir... Comme tu préfères te baigner que nager... Comme tu n'es pas regardant sur le chemin à faire pour la trouver, tu iras...
Elle se rencontre au moment où elle passe sur un petit pont de pierre large comme une main. Juste après un hameau de quelques maisons de pierres.  La voiture garée dans les feuillus pour la protéger du chaud plombant, les épaules alourdies d'un sac avec, dedans, des bouteilles pour la soif et de quoi manger contre la faim, une paire d'yeux en bon état de voir, une paire de chaussures en bon état de marche, elle s'écoule et t'attend.
Bien sûr, il y en aura d'autres avec toi qui en auront entendu parler et qui seront venus lui rendre visite, mais ils ne s'éloignent pas du Pont. Toi, oui.
Alors, tu avanceras dans son lit en regrettant presque d'en froisser les draps. De la fraîcheur jusqu'à mi-mollet, parfois jusqu'à mi-cuisse, souvent jusqu'à mi-ventre. Quand les vasques seront trop tentantes, tu y plongeras en nageant quelques brassées, dans d'autres tu t'assiéras, juste ça, et tu te verras posé dans le mitan du courant, les ondes s'écoulant autour de toi comme des caresses légères et puis tu continueras à monter vers là-haut, vers d'où elle vient. Tu passeras en baissant la tête entre des murs de roches qu'elle aura creusées juste pour t'être agréable, pour te donner de l'ombre et du frais. Tu y sentiras les truites te passer entre les jambes, tu y verras les points noirs agités des têtards nouveaux-nés prometteurs de belles musiques à venir ou de taches vertes sautillant à ton approche pour un peu plus tard dans la saison. Tu seras surpris, un peu, parce que ses pierres ne glissent pas, elles sont juste confortables à tes pas.
Une fois arrivé à l'endroit choisi, tu te poseras sur une large plate chauffée à blanc, pour le repos mais surtout pour le plaisir, tu t'y endormiras peut-être quelques minutes, bercé par le chant de la course d'eau vive entre les roches dévalées du dessus. 
Et puis tu redescendras, apaisé, serein, émerveillé. Un joli sourire au cœur.
Voilà, tu auras passé cette journée de début juin dans le Toulourenc, une petite rivière au pied du Mont Ventoux que tu peux toujours aller saluer avant de rentrer chez toi si tu as encore un peu chaud parce qu'au sommet, à deux kilomètres en hauteur de la mer, il y fait toujours frais quel que soit le plomb qui coule autour. Et si tu peux t'arranger pour faire cette virée en compagnie de ton fils que tu n'as pas vu depuis six mois, à cause de son désir d'alizés, alors, tu te sentiras comme un aigle de Shaolin planant au-dessus de la plaine des ennuis, des manques, des douleurs, des peines, des absences et des renoncements. Tout aurait été parfait si tu avais su convaincre ta fille préférée de venir avec vous, mais tu n'as pas su le faire. Et puis, parce que tu es  comme ça, tu te diras mais sans le dire, qu'il serait terrible que tes arrières-petits-enfants ne puissent connaître un tel endroit et n'aient plus, pour patauger, que de l'eau en boîte...
Toi, tu seras absolument réconcilié  avec l'idée finalement si simple de vivre. Et, comme ce jour scellera définitivement ta chance, sur le retour, sous le couvert d'un bois de pins maritimes, à la canopée large comme un parasol de géant, tu entendras, dans l'air entièdi, chanter tes premières cigales...






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