jeudi 10 décembre 2009

Le village du Père Léon.

Petit conte de Noël.

Tout le monde le connaissait, dans le village. Enfin, il serait plus juste de dire que tout le monde l’avait déjà vu au moins une fois. Vu et senti… Mais de là à le connaitre… Bien entendu, il y avait un paquet de rumeurs à son égard puisque personne ne savait vraiment qui il était, d’où il venait, où il habitait, s’il était orphelin, marié, « à la colle » s’il avait des enfants, (les pauvres), comment il s’en sortait, ce qu’il pouvait bien faire de toute sa sainte journée, lorsqu'il ne trainait pas dans le village, bref quelle était sa vie. C’est toujours comme ça, quand on ne sait pas, on invente. Et ce qu’on imagine est souvent bien pire que le vrai ! Mais les questions ne se posaient pas longtemps, on passait vite à autre chose. En vrai, tout le monde s’en moquait un peu. Ce gars était là et puis voilà on n’en faisait pas une usine à fromages.

En parlant de ça, si de lui, on ne savait rien, on était sacrément informé quand il se pointait. Les gens se mettaient à renifler deux trois fois la truffe en l’air. “Tiens il s’amène…” disait-on ou bien “Tiens, on l’a pas vu aujourd’hui…” quand on n’avait pas senti cette odeur très spéciale dans les ruelles. Une odeur à mi-chemin entre le pansement vieux et le vin rance. Une odeur qu’il suffisait de sentir une fois pour ne jamais l’oublier. Comme elle le précédait, on voyait les chiens s’enfuir, la queue basse, en hurlant à la mort, les chats miauler devant les maisons pour rentrer plus vite et les pigeons décoller à la va comme je te pousse comme sur un porte avions en temps de guerre, les fumées des cheminées se mettaient même à filer dans l’autre sens… C’est dire s’il sentait. Il humait tant et tant que les mères s’en servaient : “Allez, viens te laver ou tu vas finir par sentir comme lui…” disaient-elles au moment des bains récalcitrants… Mais tout cela n’était pas dit méchamment. C’était ainsi, il sentait mauvais, voilà tout. Les villageois avaient pris l'habitude d'en plaisanter. Ah ça, pour le sentir, nous le sentons disaient-ils... On pourra le mettre dans la crèche, ce santon là... Ça manquait d'un brin de finesse, mais comment leur en vouloir...

Pour le reste, on l’aimait bien, enfin on ne le détestait pas. On ne lui jetait pas de pierres. Dans certains endroits, on ne se serait pas gêné mais pas ici, pas dans ce village. Malgré son odeur désagréable, il en faisait partie. Il en était une figure. Au même titre que le boulanger ou le facteur.

On le voyait débarquer dans le village, à pieds, sans chaussettes l’été, avec, l’hiver, par la route de la grande colline, marchant à brinquejambe, comme un ours sort du bois, et vient faire les poubelles. Il s'y installait en fonction du soleil, du vent, de la pluie ou de ses besoins à certains endroits où il passait un bon moment à sembler ne jamais s’ennuyer. On l’entendait hoqueter de rire dans sa barbe rousse en broussailles, une barbe de trois semaines. On le soupçonnait de se raser à l’ancienne. C'est-à-dire au silex… Il riait d’un rire de caverne, édenté, en tournant sur lui-même. Devait-il s’en raconter une bien bonne ou seulement se souvenir ? En prévoyait-il une bien drôle ou simplement se rappelait-il d’un temps lointain ? Quoi qu’il en soit, il s’en payait une sacrée tranche. Souvent, on le voyait rôder pas loin du marchand de tabac. Quand le temps le permettait, il s’asseyait sur une pierre près de la porte d’entrée et à ceux qui sortaient, il lançait un truc qu’on ne pouvait déchiffrer que lorsqu’on habitait le village. Si on ne l’entendait qu’une fois dans sa vie, on n’y comprenait goutte. Tasvenschehcfgrufc lope ? C’était une question. On voyait le petit signe à la fin, on entendait la voix qui la posait : Tasvenschehcfgrufc lope ? Quand on avait été plusieurs fois confronté à ces sons, on devinait clairement : T’as pas une clope ? Mais il le disait en se foutant un peu de ta réponse. Soit tu lui en filais une, soit non.

Ces choses incompréhensibles qu’il prononçait, les plus savants du village, disaient, eux, que c’était une langue du Nord vers la Norvège, par là. Mais pouvait-on y croire vraiment ? Nord égale Norvège ? Et la Suède, alors. Quoi qu’il en soit, il n’était pas d’ici. De la région, je veux dire. De ce village, oui, mais de la région, non. De tout ça on pouvait dire que s’il semblait perdu, légèrement (!) à la marge, il ne l’était pas complètement parce que c’est bien devant le bureau de tabac qu’il venait chercher le sien… D’autre part qu’il avait le tutoiement facile, ce qui laissait à penser à un bon fond… Et aussi qu’il n’avait pas succombé à la moutonnerie ambiante où, si ça continuait, fumer n’allait pas tarder à devenir un crime châtiable en public.

Lui, il avait l’air de quelqu’un qui se fout royalement de toute cette affaire… Tasvenschehcfgrufc lope ? Point.

Et c’était le seul endroit du village où il demandait quelque chose. Quand il s’allongeait sur le banc près de la boulangerie, il ne demandait rien à personne. Non, il continuait de rire dans sa barbe en levant les épaules comme un gars qui a reçu de bonnes nouvelles avec un téléphone tellement portable qu’on ne le voyait pas.

Bref, à part son odeur particulière, il ne dérangeait personne et, à dire vrai, personne ne lui accordait trop d’intérêt. On le nommait, on lui disait bonjour, il ne répondait jamais, on achetait parfois un paquet de clope qu’on lui donnait en sortant. Il en rigolait deux fois plus et il s’en allait en tremblant des épaules en s’en allumant une. On lui filait parfois un kilo d’orange, un de bananes, un ou deux croissants, enfin des trucs faciles à manger mais ça s’arrêtait là.

Le Père Léon, on l’appelait. Léon, comme… Léon. De là à dire si on savait d’où lui venait ce nom, il y avait durance…

Une chose était étonnante, il ne faisait pas peur aux enfants quand ils passaient devant lui pour se rendre à l’école en pédibus (oui, les parents redécouvraient avec des yeux émerveillés que leurs bambins pouvaient aller à l’école en se servant de leurs deux jambes…) Ils avaient inventé une chanson qu’ils entamaient quand ils le voyaient dans le village :

L’a bu son père, l’a bu sa mère,

L’a bu la vigne et toutes ses terres!

Le père Léon, L’est à l’envers!

Au verre ou au carafon,

L’est à l’envers le Père Léon!

C’était pas bien malin mais c’était pas bien méchant non plus. Les moins prévenants avaient bien tenté d’imposer : « Il pue son père, il pue sa mère… » mais le reste des enfants avait refusé. Et puis finalement, c’était assez juste. Il picolait quand même pas mal, le Père Léon… Jamais dans le village, on ne l’avait jamais vu une bouteille à la main, ni sa bouche à un goulot mais bon, il n’y avait pas nécessité d’être spécialiste pour conclure qu’il buvait plus qu’il ne pissait. Heu... ça se devinait… Pas besoin d’être un grand chamane divinateur pour s’en apercevoir.

Bref, le Père Léon était, dans ce village, ce qu’on appelle une figure.

Mais voilà qu’un jour, on ne sait plus exactement lequel puisqu’on ne s’en n’est pas aperçu de suite, le Père Léon a disparu. On ne l’a plus vu. Pas plus à la boulangerie qu’au bureau de tabac. Il lui était arrivé quelques fois de ne pas venir de deux trois jours demander Tasvenschehcfgrufc lope ? mais ça n’avait pas duré davantage. En même temps, on ne l’a plus senti non plus, ce qui n’était pas forcément désagréable…

Et puis, il faut croire que le village entier l’a oublié. Sauf peut-être les enfants qui, sur le chemin de l’école, en passant devant le bureau de tabac entamaient à chaque fois « L’a pu son père, l’a pu sa mère… » Oui, on pensait qu’ils disaient « l’a bu » mais en fait non, c’était « l’a pu » qu’ils chantaient les enfants… Les enfants aiment souvent s’effrayer avec ce qui leur fait le plus peur… Quoiqu’il en soit, ils étaient les seuls à se souvenir du Père Léon…

Et puis un beau jour, il y eu grand chambardement dans le village… On y a appris qu’un habitant avait gagné le gros lot à la G.L.M., la Grande Loterie Mondiale mise en place quelques années au par avant pour faire semblant de lutter contre la pauvreté dans le monde… (Soit dit en passant, une idée de génie : appauvrir davantage ceux d’ici pour maintenir la tête hors de l’eau à ceux de là-bas mais juste assez pour qu’ils puissent… jouer à la loterie… selon l’adage des organisateurs de loteries : Aux pauvres les rêves, aux riches les espèces…). On y a appris que le gagnant vivait au village. On y a appris, on entendait les rumeurs bruisser dans les rues, se heurter aux bordures des trottoirs, rebondir contre les bornes de stationnement, frapper contre les vitrines des magasins, entrer dans chaque oreille qui trainait là puis en ressortir aussitôt par les bouches vers d’autres oreilles, on n’entendait plus la rumeur courir, on la voyait enfler,"il va revenir et acheter tout le village comme un Cardin à Lacoste, un Cardin fou…Il va, tous autant que nous sommes, nous virer de nos maisons, il va se le garder pour lui tout seul, le village. On dit qu’il penserait même à déménager le cimetière… Mais le Préfet, il va laisser faire le Préfet ? Peuchère, il s’en fout pas mal le Préfet il est pas né d’ici, celui là Il serait même pas du Vaucluse mais du Gard, le Préfet… Vaï, comment voulez vous que ça marche. Même les préfets, ce sont des étrangers..."

Elle débloquait la rumeur. Complètement... Comme une rumeur, quoi.

En attendant qu'on y entende mieux, le village se transformait. Les trottoirs s’étaient agrandis, leur revêtement s’était changé en gomme amortissante, la rue une double voie pour bicyclettes, les passages piétons étaient devenus des barrières sortant de terre dès qu’on appuyait sur un bouton, tout ce qui était poussoir, bouton, poignée de portes était descendu d’un bon mètre on avait vu se construire depuis le haut de la Place Saint Michel, celle de l’église, un immense toboggan qui longeait les ruelles, et débouchait dans un des quatre jardins fermés interdits aux adultes qui avaient vu le jour… En quelques mois, le village était devenu un endroit de rêve pour les enfants dont on entendait les rires en cascades dégringoler du village haut. Les voitures avaient été bannies du centre, il y avait des cordes qui passaient de platanes en platane et il n’était pas rare, en levant les yeux d’apercevoir une grappe de gamins suspendue à une poulie traverser ce qui, avant, était une rue. A proximité du Grand Bois adossé à la Colline mauve on trouvait des dépôts de bois, de tôles, des vieilles bâches, des « nécessaires » à cabanes… On avait dressé sur la Grande Place une guérite à NON. Les enfants venaient poser une question, faire une demande et invariablement, la guérite répondait non. Quand ils avaient leur ration de refus, ils s'en allaient rassurés que tout n'était pas possible... On avait installé à chaque coin de rue des distributeurs de fruits frais à code qui ne fonctionnaient qu’entre 16h30 et 17h, aux heures de sortie de l’école. Le résultat de neuf fois huit pour une pomme, un vers de LaFontaine pour une banane, la racine carrée de douze pour une salade de fruits… Le seul changement qui a eu un peu de mal à passer, surtout au début, a été la suppression des postes de télévision dans les foyers où il y avait encore des enfants. Comme la demande venait des enfants eux-mêmes, les parents s’y sont soumis et après quelques mois, tout le monde en a souri. On se parlait lors des repas du soir, on jouait davantage à des jeux de société, on a même recommencé à se retrouver, les soirs d’hiver autour de veillées, on sortait en famille les dimanches après midi, on échangeait, on était tout ébouriffé du simple plaisir d’être ensemble.

Quelques personnes âgées avaient déménagé, très peu, somme toute, trouvant ces bruits de rires insupportables, pestant contre les jeux des enfants, contre ces lubies, contre ces aménagements, bref, râlant mais on s’était dit qu’elles auraient râlé de toute façon.

L’entier du village avait été aménagé pour la sécurité et les jeux des gamins qui étaient ravis. Bien sur, l’école avait été entièrement reconstruite, une piscine en plus et des bâtiments à l’architecture audacieuse s’étaient élevés. Le Maire, en Conseil municipal avait commencé à parler du problème des demandes qui venaient, parait-il de l’Europe entière pour habiter le village centre. Et même d’Amérique, avait-il annoncé en levant le menton. Il avait commencé à dresser, on ne sait jamais, une liste d’attente et ceux qui vivaient déjà dans les maisons du centre, certains soirs, se frottaient les mains, jusqu’au jour où le Maire a eu une idée magique. Il en a d’abord parlé aux enfants lors de leur Conseil et ceux-ci ont été enthousiastes. Il a tout simplement demandé à faire rayer le village de la carte par l’Institut Géographique National. A sa grande surprise, l’I.G.N. a accepté et exécuté la demande dans le mois qui a suivi. … De plus, la dernière fois qu’on a vu un tricycle de Google Map rôder dans les parages avec son antenne sur l’attelage, on l’avait retrouvé deux ou trois jours après, quelque part à vingt kilomètres de là, les deux mesureurs saouls comme des barriques incapables de se souvenir où ils avaient effectué les dernières mesures… Il existe, donc, dans un coin perdu, inconnu de la vaste Provence un village où tout est pensé pour le bien être des enfants. Le village du Père Léon, mais ne le cherchez pas sur les cartes, dans les guides, sur le net, vous ne le trouverez pas. Espérez qu’un jour, par hasard vous y mettiez les yeux dessus et si vous avez des enfants, rêvez qu’ensemble vous y passiez quelques jours…

La seule question à laquelle Monsieur le Maire refusait de répondre était d’où venait cet argent qui avait servi à financer tout ces projets. « Je n’ai pas le droit de vous le dire et ça ne coûte rien à la commune, vous pouvez vérifier ». Les gens n’étaient pas tout à fait stupides, ils ont vite fait le lien avec le gagnant de la loterie… « Ca va vous avancer à quoi d’en savoir plus ? leur envoyait-il A rien ! Répondaient-ils. Et tous savaient qu’ils avaient raison. On avait vite fait taire les grincheux qui grinchent pour grincher. Le village prenait ce qu’il y avait à prendre : Une bibliothèque flambant belle, un cinéma pour enfants, une assemblée des enfants du village qui se réunissait tous les deux mois et qui travaillait avec le maire, un petit théâtre pour les petits, un petit lac en contrebas de la route basse, des ateliers de peinture d’écriture, de sculpture, enfin de toutes ces choses en « ure » qui aident à vivre mieux. Ah, une nouvelle maison s’était construite aussi, au milieu de la place centrale, près du bureau de tabac repeint de neuf. Le chantier s’était terminé pile le 24 Décembre voilà sept ou huit ans environ et on avait fêté ça le lendemain… Une maison avec de grandes baies vitrées en arrondis qui s’ouvraient sur la place et une tour de quatre niveaux du sommet de laquelle on avait une vue sur tout le territoire de la commune. Et pour que les choses soient bien claires, une enseigne de lettres lumineuses était venue éclairer la façade : On pouvait y lire: La maison du Père Léon. Ainsi donc, c’était lui le gagnant du billet de loterie, c’était à lui que tout le village devait sa transformation et c’était chez lui qu’il y avait goûter avec table ouverte à chaque sortie d’école…

Mais c’était un Léon propre et sentant le frais qui était revenu vivre là. Il avait arrêté de fumer mais n’avait pu s’installer ailleurs que là où il avait passé ses années… délicates. Il avait stoppé l’alcool, aussi. On le savait de quelqu’un qui le croisait dans les réunions des A.A.A. (comme les andouillettes), Alcooliques Anonymes d’Avignon tous les mois. Disons qu’il avait changé d’addiction… La seule chose qui dérangeait bien un peu les gamins, ils lui en avaient parlé plusieurs fois, c’était l’horrible costume rouge en velours qu’il portait en permanence, été comme hiver, chaque jour de chaque semaine. “Tu pourrais mettre autre chose quand même!” lui disaient-ils et à cette injonction, il répondait dans un éclat de rire : “Depuis qu’on ne me sent plus arriver, il faut bien qu’on me voit venir, non ?”

Quand les enfants lui demandaient : “Mais d’où ça te vient ce nom, Léon ?”

__Prenez le à l’envers, gros malins que vous êtes, L E O N ça donne quoi ? Vous voulez me le dire, un peu, ce que ça donne Léon à l’envers... que ça fait des années que vous me passez devant et me chantez qu’il est à l’envers le Père Léon…

Hé bé, ne vous étonnez pas, j’ai fini par y croire, voilà tout…”


Balcon porte rouge

mardi 8 décembre 2009

Le petit nouveau…

Picasso chèvre *

J’aurais beaucoup aimé pouvoir m’offrir ça à Noël, mais…

Alors je me suis contenté de ça:

Nov 004

Le petit âne de bronze a de suite trouvé sa place parmi cette bande à Noé…

Nov 006

Mais en vrai de vrai , sa tête c’est un peu là qu’elle est:

Gargouille 2

Ou là:

NL 031

Et là…

Voie Ferrée 1

Qui, parait- il, aurait blanchi sévère, ces derniers jours…

Vivement qu’elle quitte ça:

Brumes velleron

Et ça:

Brumes de Nov 1

Salade vert jaune

Ça? Oh, pas de salade entre nous, c’est juste pour fêter la Lumière…

* Dessin de Picasso: Une chèvre, admirable au Musée d’Antibes…

lundi 7 décembre 2009

Jour de chance...

Pour que vous sachiez à qui vous allez avoir à faire, pour que vous ayez un avant-gout de cet auteur, de cet immense poète qui tue les bisons en short comme dit Loïc Lantoine, voilà un poème d'Allain Leprest. Vous en avez de la chance!
Mais asseyez vous confortablement et préparez un bol d'eau froide parce que vous devriez recevoir une grande claque au coeur... (Leprest, poète défibrillateur...)

Le Passous - Cotentin.

Le Passous - Cotentin,
Je t'écris de janvier,
La marée, bonne poire,
A fini la vaisselle,
Laissant nos habits nus
Sur le bord de l'évier,
Et quelques grains de sel.

Le ciel est reparti,
En balançant l'éponge,
Manger des ports anglais,
Aucune heure, aucune eau
Aucun pékin ici,
Juste le temps qui ronge
Le front du casino.

Juste un bec transperçant
Le crâne d'un tourteau
Croché comme une main
Sous un nid d'algues brunes
Juste l'eau, juste un jour
Et l'air, de son couteau,
Sculptant le cul des dunes.

J'allume un feu de bois
Sous des étoiles naines.
Je m'accroche debout
Où dormir me fatigue.
Sans maître, sans collier
Tout un chien se promène
À cheval sur la digue.

Janvier - Le Cotentin
Le passé guette un train
Qui n'est jamais inscrit
Aux cases des départs
Quand il arrive à quai
Rongé par les embruns
La brume s'en empare.

Les wagons ont le ventre
Obèse des baleines,
Et la loco devant
Filtre dans ses fanons
Nos yeux brûlés d'adieux,
Nos poumons, nos haleines
Nos âmes de plancton.

La nuit rampe. Elle au moins,
Respecte son horaire.
Au loin, les chalutiers
Font un bruit de ferraille
Ça broie, ça crie, ça rue
L'amer est vieux, la mer
N'entretient plus ses rails.

Le passé guette un train
Que le sable barbelle.
Un marin dans sa pipe,
Allume son nuage,
Et le soir, le chenal rouille
On entend de l'hôtel
Grincer les aiguillages.

Cotentin - Le Passous
Je t'écris de janvier
Sous mon pied le vent lèche
Un coquillage cru.
Il baigne les cheveux fous
De ses lévriers.
Il flotte dans les rues.

Guernesey – L'horizon
A ses lèvres humides,
Sur le sable boueux,
Un gosse écrit des tags.
On entend dans la rue
Battre les pas liquides
Du troupeau vert des vagues.

Je pêche à pleines mains
Des escargots marins
Blottis sous la jetée
Chaude comme un frigo.
J'esgourde la marée
Et son museau de train
Éventre les cargos.

C'est du flux, du relu
Des poumons à tribord,
Des ressacs à dix sacs,
Des gouttes d'eau noyées.
C'est un rafiot d'enfance
Et sa fête de mort
Sur un drapeau mouillé.

Je t'écris de janvier,
Sous quelques flammes d'herbe,
En son étroit corset
La Manche tient ses reins.
La tempête peut bien
Lui tordre les vertèbres,
La lune les retient.

Ça sent le rocher froid
Le bois mouillé. J'écris
Sur du papier glacé
Les mots d'absence avec.
Le fleuriste est fermé
La mer vend, à bas prix,
Des bouquets de varech.

Je t'écris de janvier,
Cotentin - Le Passous,
Mes cheveux sont troués
Mon cœur fait une escale.
On est premier de l'an
Jour Perrier, un poil saoul
La mer est verticale...

Celui-ci, on peut l'entendre, dit par Leprest lui même, avec d'autres merveilles sur le CD "Parol'de manchot" enregistré avec François Lemonnier...

dimanche 6 décembre 2009

Demain 7 Décembre…

image

Demain 7 Décembre, sort le volume deux de “Chez Leprest”. Si vous avez manqué le Volume 1 c’est le moment de vous rattraper… Début de rattrapage:

Comme dans le 1, certains titres d’Allain Leprest y sont repris par Gérard Morel, Clarika, Alexis HK, Jean Louis Foulquier, Adamo, Romain Didier et Fantine la fille d’Allain avec laquelle il chante là, cette valse pour rien…



La Fnac d’Avignon en a commandé six… des volumes 2.


jeudi 3 décembre 2009

Ca mue, les aloureux…

Elle venait de me tourner le dos. Définitivement.

Je l’ai regardée s’éloigner un peu dans la froideur du soir. Elle, sa valise dans une main, sa cage à chat, garnie dans l’autre et des larmes dans chacun de ses deux yeux. Je ne les voyais pas, mais je savais qu'elles coulaient... Que nous nous soyons quittés d'un commun désaccord ne nous rendait pas les choses moins difficiles. Voilà dix jours, nous avions décidé de mettre un terme à deux ans de vie commune et ça n'arrivait pas encore à nous faire sourire. Ni l’un, ni l’autre, nous ne trouvions ça “amusant”. Une triste affaire, même. Mais comme toutes les fins de quelque chose non? On ne devrait vivre que des commencements…

Elle repartait en province, vers cette ville qui était restée “chez elle”, par l’avion du soir. Elle n’avait pas souhaité que je l’accompagne jusqu’à l’embarquement : "Puisque je ne le suis plus, ta compagne, pas question que tu m'accompagnes..." avait elle justifié dans un sourire embué. Mais j’avais eu droit à l’aéroport. Ce n’était pas Orly et nous n’étions pas dimanche... Je ne me souviens plus si nous nous étions embrassés mais je n’ai pas le souvenir d’une de ses lèvres sur mes joues, comme si j’avais déjà tourné la page. J’ai regardé encore une fois sa silhouette s’avancer vers les lumières du Terminal F... F comme fin. Jamais un endroit n’avait été aussi bien choisi pour une séparation. On aurait souhaité le faire, on ne s'y serait pas pris autrement. Ca, nous allions le réussir. Je la regardais et la trouvais toujours magnifiquement belle de dos, du reste la première fois que je l’avais vue, c’était ainsi. Nous étions dans la même queue d’un cinéma. Elle y était seule. Nous allions voir le même film mais nous ne le savions pas encore. Je me souviens, c’était un dimanche, la séance de onze heures au MK2 Grande Bibliothèque. C’est elle qui m’avait adressé la parole la première. Elle m’avait lancé : "Mais vous ne pouvez pas faire attention ? Vous m’avez fait mal!" quand je lui avais marché sur le talon en avançant… Ça ne c'était pas bien engagé entre nous. Mon "je suis désolé" l’avait laissée de marbre. A l’intérieur, j’avais pensé gentiment : "Sois pas conne, aussi, Trompette, avance, quand la queue avance… " mais je n’avais rien dit, évidemment. Puis, nous nous étions installés côte à côte et son sourire en disant "Décidément, vous m’en voulez !" lorsque je m’étais assis sur sa veste, avait dégelé notre rencontre. Nous avions passé le reste du dimanche devant des verres, dans ce magnifique restaurant, à côté des salles, tout en verrières donnant sur la Seine et la nouvelle passerelle, belle comme une envolée, à parler de nous, comme nous allions bien, du monde comme il allait mal, de la vie de couple, comme c’est impossible et pourtant ils sont légions à tenter le coup, les inconscients!

Quinze jours après elle emménageait chez moi. Pour, deux ans plus tard, en arriver là où nous en étions. C'était bien la peine de faire tout ce foin. Désormais, il nous fallait être adulte et voir la vérité en face. Le couple que nous avions, un temps formé, avait épuisé tout son carburant. Il y a bien longtemps que nous avions basculé sur la réserve et nous étions, désormais arides et secs. Nous ne nous entendions plus, nous n’y arrivions plus, nous démontrions ainsi avec brio, si je puis dire, l’impossible. Mais nous trouvions quand même la force de nous amuser à constater combien il était si profondément injuste que tout ce qui peut nous séduire chez quelqu’un est exactement ce qu’on finit par détester et lui reprocher quelques années plus tard… Quand elle a été happée par la porte automatique, j’ai attendu qu’elle ne se retourne pas pour monter dans ma voiture. Une marche arrière brusque et j’ai touché le pare-buffle du gros 4x4 noir brillant, japonais, garé derrière moi. Un type énorme en est sorti, Obélix en gros, dans une colère de la même couleur que sa bagnole. Je suis sorti aussi. Je ne faisais vraiment pas le poids. Il m'a un peu insulté, pour la forme. Je lui ai conseillé de garder son calme, s'il vous plait... Pourvu qu'il lui plaise... "Vous faites chier, je suis pas énervé, je suis pas énervé, c’est une colère saine, ma bagnole, vous avez touché à ma bagnole !" gueulait-il en s'approchant de moi. Encore un qui fait politique et pas écologie, j’ai pensé dans un sourire léger en lui tournant le dos. Il était à deux poings de m'en coller une et, vu la taille de ses mains, un poil en dessous du jambon de Bayonne, c'en eût été une belle. Malheureusement pour lui, à cet instant précis, j'avais besoin d'autre chose que d'une bagarre. Et puis, je ne suis pas dingue. Quand les forces en présence sont dans un tel déséquilibre... Je lève le camp.
Alors, coupant là la conversation, refusant le débat participatif et musclé, auquel il semblait vouloir rudement me convier, désertant le champ de bataille, si vous voulez, après avoir murmuré des excuses aussi sincères qu’intéressées, je suis remonté dans ma voiture la tête basse, la mâchoire intacte mais… le cœur toujours en guenilles.

Et je me suis enfoncé dans la banlieue grise, voilée, maintenant, par un crachin presque plus humide qu'Anglais. Comme souvent, le Ciel était entré dans la partie. Du poste, la voix mielleuse de Joe Dassin chantait « Salut les amoureux ». Joe chéri, sois gentil, ferme la, tu veux? J'ai tourné le bouton du poste et je me suis essuyé les yeux.

Ce n'est pas dehors mais à l'intérieur de la bagnole que ça mouillait.


Couple agé

mardi 1 décembre 2009

Quand le monde…

Quand le monde sera dirigé par des machines, ressemblera-t-il à ce texte, que j'espère traduit par une machine? Si oui, ce sera un joli bazar et nous ne sommes pas près de nous y entendre bien!

Cambuur défaite utile livre FC Emmen.

Cambuur que de nouveau vendredi soir pour gagner, nous avons trouvé beaucoup plus étrange. Que l'écart du score est très faible, nous avons également eu lieu. Était certainement remarquable que, après quelque temps, j'ai été prise à zéro. C'était la première fois cette saison dans l'aspect défensif et offre la perspective. Le jeu a obtenu le prédicat définitivement divertissant. En particulier dans le football d'abord jouer moitié bien à certains moments Cambuur lui-même, maintenu au pouvoir sont sévèrement par plusieurs heures après l'ouverture du score. Après une demi-heure, nous n'avions une excellente occasion pour Kevin de Diaz. Par ailleurs décédé d'une attaque belle Cambuur en beauté par une trop rigoureuse avec un seul hakballetje aussi... La vie est un restaurant petit, mauvais et cher. En plus, c'est trop court. Woody Allen.

Le prochain adversaire est le FC Zwolle. Coupe de l'UEFA contre le FC Emmen mai Cambuur avec un bon sentiment à cette chaîne d'approvisionnement de gérer la confrontation. La tension monte. Choses plus claires deviennent. Compréhension plus aisée de situation, maintenant facile.

J’ai eu besoin de lire un article en néerlandais. Comme lui et moi ne sommes pas tout proches j’ai fait traduire l’article par Monsieur Google qui, s’il est fort en recherche, manque un peu de bon sens en français… Maintenant, doit-on se plaindre que, pour une fois un compte rendu de match de football devienne amusant à lire?


Palais des papes

samedi 28 novembre 2009

Jolie, mais prise...

J’avais flâguenaudé, en marchant dans le soleil, en m’arrêtant, de temps à autre, devant les vitrines huppées de la jolie rue Vernet. Puis, j'avais remonté, à contre courant, l’encore calme de la rue Saint Agricol, puis j’avais débouché sur la place de l’Horloge où ils finissaient, dans les airs, d’installer les guirlandes de Noël. Je n’avais pas pu m’empêcher de me dire que fin Novembre, quand même, c’était un peu tôt pour voir débarquer des rennes et leurs traineaux, surtout avec le temps de fou qu'on avait. Et sur quoi vont-ils glisser, les traineaux, et ils vont crever de chaud, les rennes et le Père Noël il risque de mourir de soif, mais bon c’était ainsi. L'époque voulait qu'on trouve des articles pour la rentrée scolaire dès la fin du mois de Juin et qu'on célèbre Pâques à peine sortis de la table du réveillon. Bientôt, ils nous vendraient des maillots de bain en janvier, des tomates en février et des fraises en Mars, si on les laissait faire. Comme si le temps ne défilait pas assez vite! Le matin on donnait le biberon à un bébé glouton, le soir il chaussait du 45 et partait vivre au Québec... Les marchands qui géraient nos vies nous poussaient fermement aux fesses pour qu’on ne range pas de suite notre porte monnaie et même qu'on l'ait TOUJOURS à portée de main. Ensuite, j’avais fait un tour des cabanes en bois blond du marché de Noël et puis j’étais allé me poser en terrasse à une des tables des bars qui bordaient la place de l’Horloge. J’en avais choisi une, au plein soleil, histoire de m’en caresser le cuir. La température ambiante était tout sauf de saison, les rennes allaient se transformer en chameaux et il faudrait mettre des skis nautiques aux traineaux si ce temps là durait. Comme il m’était arrivé d’aller passer Noël à la Réunion, je me suis rappelé avec un sourire du mal qu’on avait eu, là bas, à rentrer dans cette histoire de neige et de Grand Nord alors qu’on passait nos journées dans le vert transparent de l'eau chaude du lagon...

Il faisait vraiment doux en ce début d’après midi. Les gens finissaient de manger en terrasse les yeux écarquillés d’être dehors sans avoir froid. Sur la gauche, au-delà de la rangée de table, une cabane dans laquelle on vendait des savons de couleurs et surtout de Marseille. Dans la cabane, une très jolie brune aux cheveux mi-longs souriait. Elle était habillée comme elle le sont toutes en ce moment: jupe courte, très courte, de laine beige, des collants épais marrons, des bottes d’un beau et fin cuir marron avec deux énormes boutons sur un revers noir et un petit haut serré noir et dessus, une veste de laine longue tricotée à grosses mailles. Des lèvres dessinés d’un rouge soyeux qui accentuait le sourire qu’elle adressait au monde et que j’ai croisé du regard. Je lui ai rendu.

Mais voilà qu’elle me regarde, maintenant. Et qu’il grandit son sourire. Ô dieux du ciel dans quel doux rêve me voilà plongé? C’est à moi qu’elle fait signe, elle me salue de la main. Pince mi et… Je n’ai pas encore terminé mon café double, il est brûlant. Je lui montre la tasse avec du noir dedans. Elle sourit à nouveau et montre son poignet, enfin la montre à son poignet et trois doigts tendus. Je regarde la mienne, il est la demie de deux heures. J’aurais assez de ce temps pour le finir ce café et m’approcher de sa cabane.

C’est à ce moment précis qu'un beau jeune type derrière moi, que je n'avais pas remarqué, s’est levé, il est passé tout à côté de ma table, il a poussé une chaise qui ne me servait à rien, et qui le gênait puis il est allé droit vers le beau visage. Elle a ouvert les bras à son approche, les a refermés sur lui en posant sa tête sur son épaule en l'y laissant. J’ai revu à ce moment là son sourire. Il était encore plus grand que tout à l’heure.

Je me suis brûlé les lèvres et tout l’intérieur en finissant fissa le café.

En reprenant ma ferraille sur la table, avant de lever le camp d’ici, je me suis dit que, décidément, je n'étais pas favorable à l'idée de fêter Noël...

En Novembre…


Ciné Lido n&b_cr

vendredi 27 novembre 2009

Ou… ou.

Naître ou mourir, hurler ou sourire,

Hôpital ou clinique, calme ou panique,

Pouce ou tétine, Maïzena ou blédine,

Maître ou maîtresse, règle ou tendresse,

Calcul ou chanson, école ou buissons,

Danse ou judo, foot ou piano,

Carambar ou Miko, scout ou louveteau,

Boum ou soirée, tapisser ou danser,

Romane ou Lucie, Elise ou Julie,

Collège ou lycée, sortir ou rentrer,

Piscine ou acné, se montrer, se cacher,

Se pendre ou go on, Jagger ou Lennon,

Le bac ou le boulot, tourneur ou languezo,

La Cigale l'opéra, le Perche ou l’Cap Ferrat,

Bourgogne ou Bordeaux, Ciné ou restau,

La mer, la campagne, l’anorak ou le pagne,

L’église ou la mairie, pour six mois, pour la vie,

Fille ou garçon, le choix des prénoms,

Lisa ou Tony, Sarah ou Rémi.

Aimer, désaimer, s’arrêter, continuer.

Rêve ou cauchemar, lumière ou placard,

Ne rien dire ou parler, partir ou rester,

Rester digne ou pleurer, en vouloir, oublier.

Stop ou encore, le Sud ou le Nord,

Divan ou pilules, arthrose ou kiné,

Darrieux ou mémé, Piccoli ou pépé

Ecrire ou parler, se taire, raconter,

Cendres ou cimetière, Lourdes ou l'éther,

Le ciel, la poussière, les douceurs ou l’amer...

Alors, râler, râler encore et toujours sourire

Pour, en bout de piste, mourir ou... mourir.


Santorin