11 janvier 2020

Bémol de cuir rouge

"Ce type est complètement dingue!" 
Ce sont les premiers mots qu’elle a balancé en même temps que ses clés dans le bol tibétain de chez Natures et Découvertes posé sur les étagères de l’entrée. Juste avant, elle avait ouvert la porte d’entrée, sans doute, avec un de ces béliers dont on se sert pour défoncer les vitrines des agences bancaires ou des bijouteries des quartiers chics. Je la connaissais un petit peu, je savais, à son arrivée tonitruante que j’en avais, du moins pour l’heure à venir, fini avec ma tranquillité.
J’ai gentiment attendu qu’elle balance ses chaussures sur le parquet, son sac grand comme un vache entière acheté à Milan le mois dernier n'a pas tardé à  prendre le même vol. Ensuite, délestée,  elle a filé droit au frigo de la cuisine, elle s'est servie  un vase d’eau gazeuse, qu’elle a vidé d'un trait. Là, je lui ai demandé, le plus calmement du monde :
"Bonsoir toi, de quel type parles-tu si posément, mon namour?" 
Ma sérénité apparente lui a fait l’effet d’un coup de mistral sur un feu de pinède. 
Autrement dit un souffle de jeunesse qui aurait tout emporté. Après un rot tonitruant, l’eau gazeuse, elle est repartie dans le rouge avec une légère variante :
"Il est complètement cintré ce gus!" 
Heureusement, je savais qu’elle ne parlait pas de moi…
Bien sur, elle s’est foutu plein d’eau sur le chemisier. Boire et éructer, il faut choisir. Vous pensez bien que je n’ai rien dit. Je me suis tu. Dans les grandes longueurs.
"Ah Le con, mais l'infâme sale con!" 
Ça ne s’adressait toujours pas à moi, elle en avait toujours après ce type, là. Mais qu’avait-il pu bien lui faire ?
J’ai tenté de me servir de mes talents de dresseur de panthère, j'ai essayé de me rappeler du fameux  théorème de  Bouglione, quand le tigre gronde la patte n'a pas encore griffé, j'ai risqué en tapotant de la main sur le dossier du canapé : "Viens me voir, là, allez, viens me raconter ce qui t’a mis dans cette si vaste colère." 
Elle m’a fait son regard tazer de police municipale et après un très long silence m’a envoyé dans les gencives :
"C’que tu m’énerves à être calme quand je suis hors de moi. On dirait que tu le fais exprès... pour m’agacer davantage!" 
Veinard que j’étais, je devenais témoin de l’invention de la mauvaise foi !
"Tu sais bien que non, allez viens me raconter. Ça ne peut te faire que du bien. Qu’on passe à autre chose, pour ce soir..." 
"Pas la peine de faire ta voix de Robert, suis pas un  fichu canasson! Vous me hérissez le poil, les garçons ! D’abord cet immonde crétin, là, puis toi, vous vous êtes donnés le mot, ce soir ou quoi?" 
"Ne me mêle pas à ça, j’ai dit, je n’y suis pour rien dans tes affaires avec l’autre et puis c’est quoi cette histoire ? Qui t’a dit quoi? Est-ce que je pourrais, au moins, savoir de quoi il retourne, pourquoi on se querelle ?"
En tremblant de rage, elle m’a dit : "Tu sais bien, le tordu du quatrième, ce rat des cages d'escaliers, ce Iago rampant à cheveux gras? Hé bien, je l’ai croisé sur le palier du premier à ma hauteur, en me regardant en coin, il a persiflé comme un serpent à sonnettes : il n’y a pas de bémol avec une jupe en cuir rouge… Il se mêle de quoi ce taré ? Tu veux me dire ? Est-ce que je m’occupe de ce qu’il porte, lui ? Un de ces quatre, je vais lui sauter à la gorge celui là… D'abord, ma jupe, elle n’est pas rouge, d'abord, elle est orangé, juste orangé… Et toi, ne t'avise surtout pas de le défendre ce tordu!"
Tout en continuant à rouspéter, elle a disparu dans la salle de bains et s’est fait couler un bain… Je l’entendais qui continuait à pester… Puis d’un coup, plus fortement elle s’est adressée à moi : Tu as préparé quoi à manger pour ce soir ? J’espère que tu as fait du poisson parce que je n’ai pas envie d’autre chose ! Ah! Évidemment, tu n'es pas allé à la blanchisserie, je t’en avais pourtant parlé ce matin et les places pour le théâtre tu ne les as prises, tu n'as pas eu le temps et la….
Je me suis gentiment laissé bercer par la petite musique tonique de sa voix saccadée qui ne tarissait pas d’invectives… Une fontaine de rouspétance.
J’ai reposé ma tasse sur le verre de la table basse, je me suis enfoncé dans le moelleux du canapé et pendant que la baignoire se remplissait, j'ai appuyé sur la télécommande, le brillant violon de Gilles Apap s'est mis à jouer un brin plus fort... alors, j'ai pensé: 

Dire que certains soirs, en rentrant, je trouve la maison si vide qu'il m'arrive de caresser le désir de... ne plus vivre seul…



03 janvier 2020

De foudre

On peut naître à une autre vie à partir de la déflagration d'un éclat d'orage. 
J'en étais là donc. Je sentais bien que depuis quelques temps quelque chose se tramait dans mon dos, comme indépendamment de ma volonté, presque sans moi, en dehors de moi. À l’extérieur. Désormais, il faut que je me rende à l’évidence cela ne se trame plus, cela est.
Je vous avais remarqué il y a quelques années déjà mais je n’avais pas ressenti d’élans tels que ceux  de cette dernière, si je puis dire, rencontre.
Il faut dire que vous avez toujours été, et pour cause, complètement indifférente à ma personne. Tout au plus étiez vous contente que j’apprécie votre travail si tant est que vous l'ayez jamais su. Rien n’avait changé de votre part, vous vous préoccupiez toujours autant de ma personne, c’est à dire que, pour vous, si j’existais, je n’étais qu’un parmi d’autres. En arrivant sur une plage on ne salue pas tous les grains. D’autant que dans les premiers temps, c’est surtout pour Alison que mon coeur a clenché. Je la trouvais souriante, fraîche, si vivante. Et puis, avec le temps, je me suis détourné d’elle. C’est vous qui m’avez séduit. Avec un sourire de rien, la tête un peu penchée... Un sourire retenu, presque une grimace. Un moment précis dont je ne revois que  cette mimique. Mon coeur a bondi hors de ma poitrine exsangue, j'ai chaviré. Corps et âme, à cause du mouvement de quelques muscles du visage. En amour, un rien peut faire un tout. Vous avez été si belle, si émouvante à cet instant qu'alors, je n’ai plus vu que vous. J’ai pesté quand on vous faisait du mal, j’ai bondi quand je vous ai vu avec ce grand dégingandé ridicule, imbu de lui même et égocentrique. Je me suis étonné que vous puissiez seulement l’entrevoir. J’ai pleuré, un peu quand vous avez perdu votre toubib. Tout en me réjouissant quand même. Lui disparu, vous redeveniez accessible. J’ai souri quand vous avez eu cette aventure homosexuelle d’un soir. J’ai été peiné pour vous dans le lien que vous avez avec cette mère folle et admiré que dans cet environnement vous ne le soyez pas devenue. Je vous ai badé quand vous avez pris la défense de votre ex mari le responsable de vos malheurs mais aussi celui de vos grandes joies, les enfants que vous avez eu ensemble. Enfin, j’ai presque tout aimé de vous. Votre élégance, vos colères contenues, votre intransigeance et vos exigences de droiture, votre force.
Helen, il faut que je vous dise : Je ne crois pas me fourvoyer, certains signes ne peuvent être trompeurs, j’ai fini, du moins dans ce domaine par bien me connaître et pouvoir trier le vrai du faux, la réalité de l’illusoire, l’emportement du sentiment profond, je suis tombé en amour pour vous. 

Désormais, je peux le dire, je peux ouvrir les fenêtres et le hurler sur tous les toits comme un hussard fêlé, c’est au cours de cette saison dernière, que je suis devenu peu à peu, épisode par épisode, step by step, puis d'un coup, de manière éclatante, tonitruante, complètement croque de vous, Miss Helen Solloway.




31 décembre 2019

Comme tout le reste

Hier vers la fin d'après midi, l'épais brouillard qui avait ouaté le coin une grande partie de la journée avait fini par se dissiper pour laisser place à un grand beau  clair, général et réjouissant.
J'ai fait pareil. Je me suis dit c'est le bon moment pour un thé avant que la nuit, le soir et le gel s'amènent.
Je me suis bien couvert, en couches, il fait d'autant plus froid en motocyclette que c'est humide parce qu'il y a beaucoup d'eau un peu partout dans les champs et je suis allé vers la ville. J'ai garé ma bécane près de l'église, le long de la collégiale et je suis allé me poser en terrasse. Nous n'étions pas nombreux à braver l'ombre. En vrai, j'étais seul.
Un thé s'est pointé. De quoi remplir deux tasses.
Et puis, alors que le noir commençait à grimper le long de la tour de la collégiale, que les lumières s'allumaient dans les rues, un grand type un peu brun s'est assis sur un siège à côté.

Je l'ai reconnu de suite. C'était Daniel, mon Daniel que j'avais depuis peu. Celui dont j'ai raconté notre rencontre quelque temps avant: Daniel, un ami à rosé.
Daniel avec qui j'étais comme cul et chemise il n'y a pas quinze jours. Daniel qui me devait un verre, une bouteille, une cave. Daniel mon ami de toujours à jamais. Enfin Daniel, quoi.
Je l'ai reconnu de suite. 
Lui pas. 
Pourtant, il m'a semblé sobre cette fois. Il ne m'a pas vu, pas adressé la parole, pas calculé comme ils disent. Il a regardé droit devant lui. Et voilà, c'était fait, je n'étais déjà plus rien.
J'ai bu la dernière gorgée, je me suis levé, je me suis rhabillé j'ai payé et je suis parti.
Notre amitié si soudaine, si profonde, si surprenante n’était donc qu’un feu de paille? Elle était donc morte et enterrée à peine née, un peu comme l'année qui  tout autour de nous était en train d’agoniser.

Si j'en ai été un peu peiné, il n'est jamais agréable de ne pas être reconnu, je ne lui en ai pas voulu, je sais combien sont fragiles les amitiés de comptoir. Qu'elles s'effilochent à peine tissées... Qu'elles s'évanouissent à peine évoquées...

Comme tout le reste





17 décembre 2019

Un jour de marché

Le cauchemar du matin m’avait laissé d’humeur maussade,
J’ai voulu sortir pour m’en défaire.
Un peu roulé dans la campagne inondée,
Puis trainé dans les rues de la ville.
C'était animé comme un jour de marché.
Un monde plutôt gai déambulait, commerçait.
J’ai rencontré des visages connus
Et croisé d’autres, encore inconnus.
Mais tous ou presque avaient le sourire aux lèvres.
Ça m’a, sur le champ, consolé. 
Ces sourires ont fait revenir le mien.

Et puis, d'un journal me sont parvenues les nouvelles du monde...




13 décembre 2019

La la sol fa mi ré

Qu'arrive-t-il au cœur?
Comment peut-on, parfois, être fauché en plein vol comme une bécasse en Beauce un douze de novembre ? D’où vient que, d’un coup l’énergie peut nous quitter, comme si nous étions victimes d'une fuite géante, d'une béance et alors, que tant de vide puisse s’insinuer si vite en nous ?
Un demi s’il vous plait.
Le type en train de se poser ces questions d’une manière lancinante voire pleurnichante était entré depuis peu dans le bar. Il s’était accoudé au comptoir les pieds dans la sciure et regardait loin derrière le mur de bouteilles. En vrai, il ne voyait rien ni personne. Il dégoulinait encore de la pluie de dehors quand le demi s’est posé devant lui. 
Autour de sa présence, un vague brouhaha de bar. Un flipper sonnait dans un coin, un couple s’engueulait vaguement c’est toi, non c’est toi, de la vapeur sortait de la machine à cafés et dehors les bruits des grands boulevards un soir de semaine de novembre de pluie. Une gaité folle. Une tristesse éblouissante. Un gris étincelant.
Il a descendu son demi et en a vite demandé un autre. Histoire de se mettre le cerveau dans les brumes.  Un verre vide c’est comme un verre plein, c’est du malheur à venir s’était il dit. Tu parles, il est déjà bien là, on dirait. Boire pour oublier que j'ai bu.
Il se parlait à lui même comme le font tous les types un peu seuls. Au début ils le font en silence puis il s’y mettent à voix haute, alors ils n’arrêtent plus. Les questions, les réponses, les reproches, les engueulades, tout y passe. Ils finissent par être plusieurs dans leurs têtes et, dans les rues, à leur approche, on se met à avoir peur et à changer de trottoir. Il n’y a plus qu’eux qui ne peuvent changer de rien. C’est une lente si lente descente. Les gens se disent encore un qui n’est pas seul dans sa tête. Ils n’ont pas tort, finalement. 
Il a entrepris le serveur sur l’absence d’œufs durs sur le comptoir. Avant, il y en avait toujours, on les mettait dans un petit présentoir circulaire, sur deux ou trois étages, quand on en prenait un, il était remplacé de suite, on les écalait à même le zinc et on pouvait ou l’engloutir d’un coup ou s’étouffer un peu avec le jaune en plusieurs bouchées. Pourquoi y en a plus dans les bars  des œufs durs ?
Qui pouvait se poser ce genre de question si ce n’était pas un type très seul ?
Le serveur a marmonné : J’en sais rien, moi et puis je m’en fous à vrai dire. Je n’ai plus les coquilles à ramasser c’est tout ce que j’en sais. Peut-être que certains restaient là trop longtemps. Il n’a pas entendu la remarque du gars : Pour un type qui n’en a rien à foutre vous en dites pas mal quand même.
Au troisième demi, il n’était plus là, il avait filé, il s’était envolé et personne ne le rattraperait avant un bon moment. Il se tenait debout ancré au sol appuyé sur un coude au comptoir. Il ne vacillait pas, il ne perdait pas son équilibre que tous sentaient bien précaire quand même.
C’est là qu’une voix s’est faite entendre, le serveur avait trafiqué un poste derrière le bar. Une voix d’élégant chanteur canadien mort a envahi l’espace et tout le monde s’est tu. Du fond d’une grotte est arrivé : I was always working steady but i never called it art…
Tous ici avaient l’âme dressée.
Puis, tous ont entendu les six petites notes, les six la la sol fa mi ré égrenées au piano  juste après le refrain. Elles ont fait dans les cœurs des présents autant de dégats qu’une bourrasque de plein cyclone. Six petites notes de rien à peine effleurées, à peine évoquées, une grappe d’émotion renversante qui a emporté  ceux qui les ont reçues. C'était courant ça quelques notes qui emportent tout sur leur passage, qui font qu'il y a un avant et un après, qui bouleversent et s'en vont comme une crue de rivière mais qui laissent des traces si ineffaçables qu'on les porte toute sa vie et qu'elles font revivre comme si on y était les instants à chaque fois qu'elles sont jouées.
Alors des larmes ont coulé sur les joues du type qui, à cet instant seulement, rattrapé  par son chagrin, s’était mis à vaciller.
Qu'arrive-t-il au coeur?

Allez, j'en reprends un, ça me fera le litre... J'aime bien les comptes        ronds


Un Léonard Cohen est visible dans cette vue de Montréal...

28 novembre 2019

Un ami à rosé

Comme il ne pouvait plus tenir bien droit debout, il s’est assis. D'un coup, en entier. À ma table. Avant que j’ai pu dire quoique ce soit.
Et voilà j’avais un nouvel ami. Qui sentait le rosé à plein nez, qui articulait bizarrement et qui m’a gentiment demandé si je préférais être seul, tranquille ce que che peu gonprende chuffit de le me dire… mais qui s’est foutu dans les grandes largeurs de ma réponse puisqu’il était resté. Je l'ai regardé en coin. Il avait dû être bel homme avant que les litres ne fassent leur effet. Un brun très nébreux, portant un poil de travers mais pas mal. Il était bien fringué, tout en noir. Sans pellicules sur son polo.  Bon, il tordait un peu la bouche en parlant, il avait de temps à autres des renvois qui remontaient de loin et ne présageaient rien de bon. Un Alain Barrière qu'on aurait oublié de repeindre, vous voyez le genre?.
Le serveur est arrivé il m'a demandé ce que je voulais boire. Un thé, j'ai dit. 
Un thé ? L'autre a fait surpris, comme si j'avais dit une grossièreté et il a ajouté trébuchant: Pour moi un audre rosé chteuplé ché moi qui paye épicétou. 
 À quatre heures de l’après midi ce n'était visiblement ni son premier ni son dernier. En était-il encore à un apéritif qui aurait un peu trop duré ? 
Quoi qu’il en soit, il était fait comme un z, cuit comme une daube, bourré comme un urne en dictature. Les yeux dans le vague, il avait un mal de chien à articuler les trois quatre pauvres mots qui lui venaient. Dans le désordre, mais quand il en trouvait un qui lui convenait, ça pouvait ne pas être le bon, tout content, il le répétait deux ou trois fois comme un Bayrou qui s'abandonne. Et pire, il avait aussi des difficultés sans nom à attraper puis à suivre une malheureuse idée. À part descendre son énième rosé sans trop le renverser, au fond, je n’ai pas su ce qu’il voulait me dire. Une tannée. Le genre de gars en face de qui tu n’as pas envie d’être. En face de qui j’étais.
Nous étions en fin d’après midi. Il avait fait une belle journée après les deux ou trois semaines de dépressions qui nous étaient passées dessus. C’était le premier jour où on se remettait à sortir un peu. À prendre l’air qui, aujourd’hui était doux. J’avais roulé en moto sans être congelé, j’avais garé l’engin au pied de la Collégiale baroque et rénovée de près depuis peu, j’avais fait à pied un tour de ville pour regarder où en étaient les canaux qui la parcouraient. Le niveau n’avait jamais été aussi haut, la flotte baissait la tête pour passer sous les ponts. Encore quelques centimètres et, c’était certain, elle irait faire un tour en ville. Tout le monde ici venait lui jeter un œil suspicieux en priant pour qu’elle se tienne tranquille. Je m’étais installé en terrasse pile dans le cadre de la photo de Ronis et j’avais demandé un thé. Tu vieillis, toi je m’étais dit juste après avoir prononcé  le mot thé. Et le type debout mais vacillant juste en face s’était assis.
J’ai entendu le serveur me dire : S’il vous embête dites le moi je le rentre comme si c’était une plante verte ou un animal, comme si il n’était pas là. D’ailleurs, il n’était pas là tout entier. Son corps oscillant, oui mais pas sa tête, enfin pas toute sa tête.
Il m’a dit que j’en avais une bonne, qu’avec ma barbe j’avais l’air sympa et parisien que si je voulais qu’il s’en aille il suffisait de le lui dire. Je lui ai dit. Il n’a pas dû entendre.
Merde, j’étais venu là pour être tranquille, peinard, prendre une demi-heure au calme et réfléchir un peu à cette nouvelle qui me donnait du fil à retordre. Il m’a raconté qu’il était blindé de thunes et natif d’ici qu’en revanche je n’avais pas une tronche à être d’ici mais que j’avais le droit d’y rester. Qu’il avait fait des conneries mais qu’il avait payé, que son fric lui venait d’un trafic de drogue mais qu’après la prison il avait arrêté, que tout le monde le connaissait ici. Tu parles, vu le nombre de rosés qu’il devait engloutir il était connu comme le loup blanc. Que je ne risquais rien qu’il ne me ferait aucun mal, que putain la vie était une chienne, qu’il était alcoolique, ce que j’avais diagnostiqué un peu avant qu’il me l’annonce.
J’essayais de me concentrer pour à l’intérieur remettre en ordre ses idées qui sortaient de sa bouche comme des envols de passereaux et ce n’était pas le plus facile. J'ai tenté parfois le second degré mais j'ai vite arrêté, j'ai bien vu que mes mots restaient au niveau de ses oreilles mais n'entraient pas. De temps en temps il secouait la chaise d’à côté et manquait de renverser son verre créant une tempête de rosé. Il y en avait un peu partout sur la table. Toujours ça de moins qu'il ne boira pas.
En vrai, j'étais partagé à propos de Daniel: Il m’avait pourri ma demi heure de calme mais il m'avait offert une page. J’ai vidé mon thé et j’ai profité d’une de ses interminables pauses entre deux phrases pour me lever, lui tendre une main que j'ai voulu définitive en lui mentant :
Daniel, j’ai été ravi de vous rencontrer et de parler avec vous, mais il faut que j’y aille. Ma moto m’attend puis, j'ai appelé le serveur et payé les deux boissons.
Daniel, intarrissable m'a fait promettre et ça a pris un peu de temps que la prochaine fois c'est lui qui paierait son verre quelque soit l'heure du jour ou de la nuit qu'on se reverrait ici qu'il trainait souvent dans le coin, que je ne pouvais pas le louper et que je pouvais compter sur lui qu'une parole c'était une putain de parole... J'étais déjà parti.
En enfourchant ma moto, je me suis dit en souriant que, depuis ce soir, j’avais un nouvel ami.
Seulement voilà, je n’étais pas sûr qu’il se souviendrait de moi une fois prochaine et ça m'allait très bien.
Daniel et moi c’était de l’éphémère, aussi volatile que de la vapeur de rosée.



25 novembre 2019

Mort sûre

Comment s'y prendre, comment le lui dire, elle ne savait pas. Ce dont elle était certaine, mais absolument certaine qu’elle devait, maintenant, lui parler. 
Elle avait tout tenté pour ne jamais arriver au pied du mur auquel, finalement, elle se trouvait. Sans y parvenir. Malheureusement. Pour elle et pour lui. Encore quelques jours et elle ne pourrait plus reculer. En vrai, le pied du mur était derrière elle. Elle savait ce qui viendrait avec ses mots, elle n’en avait pas du tout envie. L’affronter lui semblait au-dessus de ses forces, continuer à se taire lui paraissait pire. Elle savait qu’il allait tour à tour sangloter, pleurer, rejeter, ne pas croire, s’emporter, hurler, menacer, s’affaisser, tomber, se murer. Elle aurait aimé s’épargner cette cascade de réactions, s’en préserver pour pouvoir passer directement des sanglots à l’effondrement. Elle lui aurait bien suggéré, puisque c’est ce qui allait inévitablement arriver, autant gagner du temps, autant ne pas gaspiller d’énergie, et ainsi éviter de se vautrer dans la comédie, dans le drame, ne pas surjouer, ni la douleur, ni les emportements. Un peu de discernement, de froideur, de raison que diable. Elle savait aussi qu’il finirait par s’en remettre. À part les très grands drames, on se remet toujours, de tout. Alors, soyons adultes. Ne versons pas dans des caprices bêtement enfantins. Tu vois, tu sens bien que ma décision est mûrie, réfléchie, mieux qu’elle est enfin prise, tu as bien compris que cela étant, je ne reviendrai pas dessus, alors épargne moi ces pleurs, ces cris ridicules. Epargne nous les grimaces et simagrées, ne me menace de rien, ne rend pas les choses plus difficiles qu’elles ne sont, affronte les, accepte les, accompagne les tu verras, tu te surprendras, tu en sortiras grandi, tu seras fier de ta réaction, tu pourras te regarder en face. Tu n’auras pas été cet être faible et larmoyant, nom de Dieu tu te seras comporté en homme, sûr de lui et de sa force. Tu seras resté digne et tu t’aimeras davantage. Tu vois tu as tout à gagner dans cette affaire qui ne sera plus une affaire mais une simple péripétie, une petite aventure, un incident de parcours que la vie réserve. Au fond au lieu de te blesser, je vais t’aider à grandir, à déployer tes ailes, à te défaire des chaînes qui t’entravent. Tu vas après cet épisode devenir, enfin cet adulte que tu penses à tort être aujourd’hui. Il te faut faire quelques progrès. Malgré toi, contre toi même je vais te venir en aide. D’ici quelques mois, quand tu auras réfléchi à tout ça, quand ta peine se sera adoucie, quand tu seras capable à nouveau de peser les pour et les contre avec une balance fiable, tu me remercieras. Alors, un soir profitant de l'ambiance de douceur que le feu crépitant accompagnait, aidée par les effets troublants d'un deuxième verre de gin, elle s’est lancée :

___ Mon amour, mon bel amour, il faut que je te dise, je suis devenue végétarienne.
Puis après un silence pesant:
___ À partir de maintenant jusqu’à nouvel ordre, je ne mangerai plus d’animaux morts, à cause entre autres de Marguerite. 
___ La vache ? 
___ Non, Duras: Elle a dit et je suis en plein accord avec elle: Les animaux sont mes amis or je ne mange pas mes amis.
J’ai tenté : 
___ Mais… 
Elle a posé un doigt sur ma bouche pour me faire taire, s’est approchée de moi et m’a embrassé doucettement dans le cou.  C’est le baiser le plus tendre que j’ai jamais reçu d’elle. Son premier baiser de végan.

Je me suis senti saisi d'un plaisir infini. D’un coup, une sérénité sans faille m’a envahi. 
J'étais comme on dit heureux car je savais que désormais, sur terre, il n'y avait plus que le froid qui pouvait me mordre.

14 novembre 2019

Quatre ans

Voilà quatre ans j'ai écrit ça, ça s'appelait "Ils" je ne déplace pas une virgule:


Ce jour là, ils se sont réveillés, ils se sont habillés puis ils sont montés dans des voitures, ils ont sans doute traversé la ville ou bien le pays, ils sont venus à pas feutrés, en silence, en cati-mini. Le soir venu, ils se sont rendus dans des quartiers plein de vie, de jeunesses joyeuses, d’insouciance légère. Alors, ils sont sortis de leurs voitures et puis ils ont armé leur engins de mort et le sang gelé, ils ont tiré des balles dans le dos de nos enfants désarmés qui écoutaient de la musique, mangeaient en terrasse, riaient, échangeaient, buvaient un verre avec leurs amis… Ils ont tiré sur nos enfants. Ils les ont transpercés de balles, déchiquetés, coupés, troués, achevés, les uns après les autres, en prenant leur temps, en y revenant, en recommençant, en rechargeant leurs armes, en ne s’occupant nullement de savoir sur qui ils tiraient. Ils ne blessaient et tuaient ni des juifs, ni des musulmans, ni des catholiques, ni des gens de droite, ni des gens de gauche, ils blessaient et tuaient des enfants, nos enfants, qui vivaient, un vendredi soir dans Paris… 
Ils l’ont fait froidement, implacablement, longtemps très longtemps. 
Puis, leur folie furieuse exprimée, leurs crimes, leurs carnages, leurs entreprises de destruction terrifiantes accomplis, à bouts de munitions, à bouts de leurs arguments, à bouts de puissance, ils se sont fait exploser.
Et vous savez quoi ? Ils étaient eux aussi des enfants. Perdus, terrifiants, épouvantablement effroyables, assassins, meurtriers, tueurs, mais des enfants. Du même âge que ceux qu'ils ont  tués.
Et nous voilà maintenant, les autres, les épargnés, les encore vivants avec notre infinie tristesse, avec nos larmes pour un oui, pour un nom, avec notre rage, avec nos questions, avec nos peurs… C’est qu’il nous reste des enfants… 
Quel autre assassin va venir nous tirer dessus ? Où ? Quand ? Dans quel quartier ? Dans quelle ville ?
Ce terrifiant sentiment d’impuissance parce que  nous n’avons pas su les protéger nos enfants, ni  d’eux même ceux là qui ont tué.
Et nous sentons bien que ce n’est ni la force, ni la violence, ni une surenchère à la haine qui pourra régler ça définitivement…

Parce que c’est bien ce que nous désirons le plus au monde: La paix. Que de la folie dure on revienne à la raison douce.


11 novembre 2019

NOOOONNN

Autant je peux aimer certains mots ou expression peu courants comme caqûre, loquis, le misonéisme, feudiste, grageoir ou courir le guilledoux, faire la rue Michel, autant certains autres peuvent m’urtiquer fortement l’épiderme et me mettent dans un état d’extrême tension:
C’est par exemple le cas lorsque je lis un message qui se clôt par la syllabe : Bizzz. On n’est pas des abeilles, quoi! 
Au lieu de ces trois z répétitifs, « s e s » après "bi" fonctionne très bien.
C’est aussi le cas des« partir sur » et « être en »:
«Je vais partir sur une salade Mykonos en Avignon» serait le summum.
Qu’ils m’énervent les gens qui ont fait ou vont faire le  Maroc,  ceux qui ont fait Rio, le carnaval de Venise ou qui, cet été vont faire le cercle polaire en camping car…
Le monde n'attend pas qu'on le fasse!
J'avoue que je n’ai pas très envie d’écouter une histoire qui commencerait par:
 «En fait…» Oui, c’est ce qu’on attend les faits.
Je bave quand j’entends un couple parlant de leur enfant ce : « mini nous »
Ou un père bafouillant d’éperdue fierté : « Mon fils ce mini moi ». À gifler.
Une phrase qui commence par « Franchement » n’est presque jamais bon signe…
C’est comme après une saloperie reçue, entendre le : « Je déconne ou je blague… »
C’est sans doute pour rire mais pour que TOI tu ris et il n’empêche que ton missile m’a bien atteint.
Une autre expression qui me gonfle fortement la glande à colère est celle qui dit que ce n'est "que du bonheur". Elle est idiote, si ce n'était que ça, ce ne serait déjà pas si mal. Quand je l'entends, mon malheur n'est pas loin. "Avoir un enfant c'est que du bonheur"... Ben non, c'est du manque de sommeil, aussi.
Je fuis quand on commence une phrase par le sécant : « sache que… »
Je n’ai pas une grande affection pour tous celles et ceux qui font partie de la famille : les « cousin, frère, frérot, ma sœur » etc
Et bien sur, celle qui ramasse le tout, le définitif : « Eux c’est la famille… »
Je bouillonne quand je vois écrit : il ou elle a tord. Je  tordrais la bouche de rougne pour ça.
Ils me gavent ceux qui veulent qu’il n’y a « pas de souci » alors que précisément il y en a un. Ce sont sensiblement les mêmes qui affirment qu’il n’y a «pas de problème». Ben voyons, puisque vous le dites…
C’est comme le «va pas t’imaginer» Ah si j'y file direct.…
Comment ils m’horripilent tous les « meuf, keuf, beur, black et feuj ». Ces cinq là me rasent les poils de la bienveillance. De toutes façons, on devrait s'interdire de parler verlan passé dix neufs ans et demi. Tout comme on ne devrait pas porter de maillot de football floqué au nom d'un joueur passé seize ans trois quart même celui de Manchester United. Cet oukase est valable pour les maillots de cyclistes, de basketteurs, de base-balleurs, voire de certains groupes de rock... J'ai croisé, un été caniculaire, un type la cinquantaine bien tassée, bedon bedaine, chauve sur le dessus, queue de cheval derrière, dans un supermarché poussant un caddie plein à ras,  en sueur, enveloppé d'un tee-shirt "Nirvana"... Nous étions très très loin du compte...
C’est comme le fait d’entendre : « Je ne suis pas… MAIS » qui allume immédiatement une étincelle qui me fait penser qu’il ou elle, justement l’est…
Que dire des mails ou des notes qui se terminent lapidairement par le terrible : «A+». Quand je lis cet « A » perdu avec sa petite croix comme un fardeau, j’ai l’impression qu’on me dit : Déjà, estime toi heureux que je me sois adressé à toi... L'extension "À pluche" sera également bannie. Et à l'oral on évitera le à tout' qui ne veut décidément rien dire même s'il est joyeux.

Mais vous vous devez avoir les vôtres…
Allez, à plus tard...




09 novembre 2019

Ma championne

J’étais seul dans la salle d’attente et, au lieu de me réjouir, mon pessimisme légendaire l’a emporté : Je me suis dit que ce n’était pas bon signe. Je n’avais pas une grande confiance en l’être humain mais s’il n’y en avait ni dans une salle de restaurant, ni chez un médecin, je pensais, tant qu’il était encore temps qu’il valait mieux se tailler vite fait et aller voir ailleurs, qu’on avait de fortes chances, ici, de mal manger ou d’être mal soigné. Je suis resté.
Enfin comme c’était mon premier rendez vous, je n’ai pas voulu me barrer de suite. Je lui ai laissée une chance de me décevoir. Il y avait dans la pièce un mélange bizarre d’odeur de d’humidité et d’encens mais pas celui des bâtonnets, non celui des églises vaguement rassis. Sur des magazines de l’an passé, j’ai lu avec avidité deux trois articles sur des coucheries de vedettes, le genre de connerie dont on ne se régale que dans ce type d’endroit. On était dans un pavillon, une villa neuve un peu à l’écart du village dont le garage avait été aménagé en salle d’attente et de consultation. Il y avait au mur des posters de paysages atrocement zen. Une fontaine électrique sur une table ronde conçue comme un autel bouddhiste faisait un raffut du diable et donnait envie de pisser. Après quelques minutes, on s’attendait à voir débarquer Tonton André un de ses livres à la main.
D’un coup, des hurlements sont venus de la pièce d’à côté. L’ambiance feng shui, yin yang a été balayée en deux coups les gros. J’ai entendu très clairement une voix de femme en bout de course menacer  en criant: "Dylan un jour je vais t’étrangler te couper en deux et te passer par la fenêtre !"
Puis nettement le bruit d’une paume sur un morceau de viande et très vite des hurlements déchirants. Une gifle était tombée.
"File dans ta chambre sale gosse!". 
Et sblam une deuxième claque. Dylan en avait pour son compte.
Curieusement ça m’a rassuré. Nous n’étions pas chez une bisounours éthérée en sari mais chez une maman excédée. Nous étions chez un être humain avec de banals soucis d'humain.

Je m'attendais à voir débarquer dans la pièce un sosie femme de Pai Mei, est arrivée une femme jeune rouge comme un nez de mandrill, en sueur, des gouttes lui perlaient sur le front. Un dragon en robe noire et en colère. Je me demande encore si elle ne fumait pas des narines. Je n’ai pensé qu’à moi en me disant tout bas j’espère qu’elle redescend vite sinon je vais prendre cher. Exit le pétrissage douceur pour moi place au malaxage déstressant pour elle.
              À part tout le reste, en ce moment, je goutais à l’immense chance de n’avoir mal nulle part et j’avais décidé de m’offrir un massage toutes les semaines. Quelle que soit ma semaine. Je m’étais dit qu’une demi heure de bien être en huit jours ne pouvait pas me faire de mal aussi j’avais cherché quelqu’un qui fasse ça pas loin de chez moi que je puisse y aller à pied quand il ferait moche puisque ma voiture et moi avions rompu brutalement. Et puis, j’étais passé devant chez elle en me baladant et en détaillant sa plaque sur le mur de son pavillon,  elle était devenue ma championne sur le champ.
Sa plaque était, en vrai, un panneau de bois sur lequel elle avait peint du mieux possible: Praticienne en santé naturelle, Naturopathie, diététique, shiatsu, Chi Nei Tsang, (ne me dites pas que vous savez ce que c’est…) massages aryuvédiques, modelage californien, lithothérapie, sophrologie… Ouf. Si avec ça tu n’allais pas mieux en sortant de chez elle c’est qu’il y avait un furieux loup. Manquait plus que l’aromatothéraphie, l’homéopathie et les fleurs de Bach et on avait la totale. Ce qui se faisait de mieux dans le domaine de la magie cosmopolite et tout azimuths. Un poil de Chine, un zeste de côte Est, un bout de Japon, des brins de vieille Europe, une pincée d’Inde bref un tour du monde des pratiques hors sol. Ça tombait bien j’aimais les voyages surtout quand on allait pas loin de chez moi. Une vraie championne.
Elle m’a demandé ce qui m’amenait, j’ai été tenté de lui répondre un bon vent mais je me suis tenu à mon envie de me faire du bien.
Elle m’a fait me déshabiller, j’avais amené un short en coton que j’ai gardé, une bruellite est si vite arrivée et puis je me suis allongé sur sa table de massage. Pendant qu’elle a travaillé j’avais dans un placard allumé de mon cerveau sa menace envers son Dylan. Tout le temps, j’ai eu le sentiment désagréable d’être un filet de limande et je n'ai cessé de me demander  à quel moment elle allait m’enlever les arêtes. 
Ça a nuit à ma totale décontraction. Et c’est soulagé qu’il ne me soit rien arrivé de nocif que nous en sommes restés là. 
C’était aussi bien mais dès qu'elle a posé ses paumes sur moi, la championne est devenue mienne. On allait devenir une grande équipe tous les deux! 
À la fin de la séance, elle m'a soulagé d'un billet orange mais je m'en suis complètement foutu, je me sentais comme si j'avais fumé une benne de kat. Mes yeux regardaient au travers des murs. Si elle m'avait annoncé qu'elle était druide, je serais allé lui couper du gui à mains nues, si j'avais appris qu'elle était chamane, je me serais peint le visage après avoir allumé un feu, si elle m'avait dit qu'elle était ostéopathe j'aurais couru au distribanque en slip.
"À la semaine prochaine, alors..." j'ai fait avec la voix d'un Barry White entamé par une bronchite puis, j'ai ajouté, second, me réjouissant à l'avance:

 "La semaine prochaine, je partirai volontiers sur une séance de pierres d'argiles sioux bénies chaudes..."


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