18 novembre 2018

La semaine passée 1

En début de semaine, j'ai vidé mon sac en grossissant un peu le trait, à propos des collèges dans Théâtre des opérations, ça m'a fait un bien fou. Je suis allé à La Manutention voir Heureux comme Lazzaro parce que j’avais beaucoup aimé le premier film de la réalisatrice italienne, comme son nom ne le dit pas, Alice Rohrwacher. Une jolie, parfois pesante, fable sur le  monde comme il va mal avec un personnage simple et souriant Lazzaro que je n’oublierai pas aisément. 

J'ai terminé de lire? Regarder? L'arabe du futur 4 de Riad Sattouf. Un plaisir.



Le mercredi, au lieu d’assister, contraint, au traditionnel rendez vous annuel de Novembre à l’hippodrome de Roberty, je suis allé voir un film que chaque homme, pour peu qu’il ait une fille, une femme, une mère devrait aller voir ou avoir vu : Les chatouilles. Bouleversant. Grâce aux comédiens, Andréa Bescond, Carole Franck,  Clovis Cornillac, Pierre Deladonchamps (aimé, entre autres, dans le film canadien Le fils de Jean) cette fois tout en onctuosité, si « banalement » criminel et Karine Viard en mère à vive dont on perçoit qu’il serait bon pour et pour elle et pour ses proches, d’aller voir quelqu’un, comme on dit.


 J’ai regardé les deux premiers épisodes de la série Aux animaux la guerre tiré et adapté du premier roman de Nicolas Mathieu Goncourt 2018 avec le très souvent parfait Roschdy Zem et Rod Paradot et Olivia Bonamy et quelques autres brillants comédiens. J’ai pensé aux livres de Gérard Mordillat. Les vivants et les morts ou Notre part des ténèbres où tout un pan social s’invite dans les relations entre les gens, les brise ou les révèle. Décidément la France peut aussi produire de belles séries.  J'y ai entendu une phrase qui résonne étonnamment ces jours-ci: " C'est facile de demander aux autres de se contenter de la merde qu'on leur donne"


J’ai croisé mon jeune voisin T. vingt ans, fiérot, au volant de la voiture de son grand-père. On vient de lui rendre son permis à condition qu’il conduise une automatique. Voilà trois ans il a eu un accident de scooter SANS casque. Il a failli mourir,  il a galéré trois ans, il a quelques séquelles mais aujourd'hui il a reconduit. Son sourire, au volant...
J’ai tenté de blaguer avec de jaunes gilets à un carrefour bloqué. Comme ils exigeaient que je le mette devant le volant, c’est un laisser passer m’ont-ils dit, j’ai demandé si c’était obligatoire. Ben oui. Ah bon. Un laisser passer? 
J'ai vu par hasard La montagne entre nous avec Idriss Delba et Kate Winslet... J'ai trouvé ça plutôt nunuche et vain. Très peu surprenant mais la neige, la montagne  et l'hiver sont de bonnes comédiennes.



Je suis allé à l’ïle dimanche matin. Dieu que la Sorgue était belle sous ce pâle soleil de Novembre. Novembre ? Déjà.


Je l’ai finie en beauté émouvante avec le film Floride de Philippe Leguay. Le tout dernier de l’immense Jean Rochefort avec Sandrine Kiberlain et Laurent Lucas. En plus de se passer à Annecy avec des scènes à la plage de Talloires, il traite d’un sujet difficile. Je n’en dis rien s’il vous arrivait de le voir.



Ainsi la semaine est passée. Une de plus, une de moins que déjà la prochaine se profile, allons la vivre.

12 novembre 2018

Pierre ou le loup?

« On ne les voit jamais que lorsqu’on les a pris... » 
Léo Ferré La mort du loup.                                 

Il devait pleuvoir depuis trois ou quatre jours et autant de nuits. La banlieue était humide et froide. Le ciel de la journée si noir qu’on pouvait craindre des pluies de poissons morts. Il ne fallait, malheureusement pas s’attendre à autre chose d’autre avant trois bons mois. Il faisait nuit dès quatre heures de l’après midi et la plupart des gens se dépêchait de rentrer chez eux pour ne plus voir ça. Pour ne plus être trempés jusqu’aux os, aussi. Puis, le noir profond s’était installé. Des rafales de vent hargneuses projetaient des trombes agressives de flottes froides sur les volets fermés de bonne heure, les arbres, fagots debout s’agitaient nerveusement sous les attaques incessantes des courants d’air glacé, des soleils de tungstène donnaient aux rues désertes des lueurs orangées. Bref, Il ne faisait pas bon traîner dehors. 
Vers onze heures du soir, il n’y eut plus de vivant dans cet endroit que quelques chats de gouttières fuyant. A une extrémité de rue, les phares jaunes d’une voiture au ralenti sont apparus. Ils ont fait briller les gris océans des flaques d’eau sale puis se sont immobilisés le long du trottoir, les deux roues de l’engin dans le torrent du caniveau. La silhouette à l’arrière, du côté du chauffeur, paya, ouvrit sa portière et sortit. Le taxi redémarra dans des gerbes sombres et disparut à un angle de rue. L’homme resta sur le trottoir, immobile comme un bloc de granit posé, là. Sous les gifles du vent, de la pluie battante, il remonta le col de son manteau d’un geste inutile et dérisoire tant cette ombre dense était ruisselante. L’homme se recula pour que son regard embrasse l’ensemble de la rue. Il y était et tout ou presque lui revenait. Il avait quelque temps avant donné cette adresse au chauffeur, sans trop y réfléchir, en fait, il avait donné la première qui lui était venue... Celle là ou bien une autre, là où il en était, quelle importance ? Le gars avait bien commencé à râler qu’il était tard, que c’était loin, alors, il avait juste répété l’adresse sans hausser le ton, mais d’une voix qu’on ne discutait pas, en le regardant droit dans le fond du cerveau. Et l’autre avait ravalé ses reproches, vaincu. Finalement, elle lui convenait parfaitement cette banlieue, ce n’était pas sur le chemin du retour mais avec ce genre d’homme, il était prêt à s’asseoir sur son confort...C’est ce qu’il avait su se dire. Il y a des regards auxquels on ne résiste pas, même quand on est chauffeur de taxi... L’homme de marbre n’était pas revenu dans cet endroit depuis des siècles, mais rien n’avait changé. Cette virée, ici, c’était comme un plongeon. Avec ce qui tombait, le bassin risquait tout sauf le vide... La rue se décida à le faire traverser. En face, un peu sur la droite, il reconnut la vitrine d’une papeterie. Il s’approcha. Sur la vitre ruisselante, son reflet lui fit peur. Sur la porte, près de la poignée, une étiquette était collée. 
Comme il se penchait pour la lire, la porte s’ouvrit violemment...
Un soleil éclatant jaillit de l’intérieur, à sa suite, trois gamins en blouses grises, les jambes presque nues, les mollets habillés de longues chaussettes blanches tire bouchonnées, s’enfuirent en riant. Derrière eux, un homme chauve, bedonnant, une paire de lunettes sur le front. Il chercha les gosses du regard et lorsqu’il les aperçut, il leur lança:
__ Bande de vauriens ! Revenez ici, de suite ou je vous taille les oreilles en pointe!
Les trois garçons s’arrêtèrent de courir, firent demi-tour et sortirent des poches de leurs blouses des rouleaux noirs. Ils les brandirent à bouts de bras vers le commerçant en éclatant de rire. Avant de reprendre leur course, ils lui tirèrent trois langues noircies par la réglisse. Alors l’homme eut un vague sourire et en se frottant le menton, il lâcha sans grande conviction :
 __ Petits voyous !
Au dessus de son épaule, un client, le visage sévère lui dit :
__ Vous voulez que je vous les rattrape ? Ils n’iront pas bien loin !
 __ Non, pensez donc c’est que des bonbons, c’est que des gosses !
 __ De la graine de racaille c’tengeance, oui !
Le commerçant agacé :
__ Vous n’avez pas été môme, vous ?
 __ Parfaitement, mais je n’ai jamais rien volé, moi ! 
 __ Vous auriez du ! Et puis, ils ne volent rien, je leur donne, c’est un jeu entre nous.
 __ Et en plus vous êtes complices, un jour ils viendront vous faire la peau pour quelques billets, vous ne l’aurez pas volé...Si  ça ne tenait qu’à moi...Ils prendraient une de ces volées...
 __ Dites, vous n’avez pas compris grand-chose, vous. Allez, allez vous en, Monsieur, ne remettez pas les pieds ici. 
Puis il laissa l’air abasourdi du client sur le trottoir et rentra dans sa boutique en lui claquant la porte sur le nez.
L’homme du taxi sourit en revivant ce moment. Sur l’étiquette qu’il lisait était écrit :
Prochènement, ici, ouverture d’une boutique de Jeux Vidéos. Il ne put retenir :
__ Merde, pauvres gosses ! 
Il se releva et traversa la rue balayée par l’hiver, courbé sous les bourrasques. Il longea un mur grillassou, écaillé par le temps en laissant sa main traîner sur les pierres comme pour les lire en braille. Il s’arrêta devant une porte massive surmontée d’un fronton sur lequel était gravé : Ecole de garçons.
Cette porte, il l’avait franchie de nombreuses fois. Il se revit, raide comme un petit caporal, la tête rejetée en arrière à s’en défaire les cervicales, mourant de peur de se faire alpaguer les oreilles par le Directeur surveillant le tout comme un amiral.
Même s’il ne savait pas pourquoi, l’homme qu’il était devenu sentait que c’est là qu’il fallait entrer. Il se souvint d’une porte à l’arrière de l’école, une porte facile à franchir, une porte qu’il avait sauté quelques fois pour se la faire buissonnière. Il se dirigea vers l’angle de la rue, le contourna. Le bleu clignotant d’un gyrophare l’envoya sous une estafette garée là. Le bleu passa à quelques mètres de lui et s’éloigna. En se relevant, il se tint le côté. Il souffrait. Il se remit en marche plus rapidement malgré la douleur.
« Pas maintenant, pas encore, c’est trop tôt, il faut que j’entre là dedans... » se dit-il.
Il arriva devant une porte en métal. Elle lui sembla si petite, comme si le Prince découvrait que les douves du château n’étaient qu’un mince ruisselet.
Il vérifia que le calme était revenu dans la rue, que la voie était libre, grimpa sur la grille et passa de l’autre côté. En retombant, il ne pu retenir un cri de douleur qu’il tenta d’étouffer. La douleur lui avait giflé le flanc.  Il resta de longues minutes dans la cour de l’école habitée par le vent, le froid et le poids pesant de ses souvenirs. Rien n’avait changé, tout était en place, jusqu’aux odeurs. Même les tilleuls de la cour semblaient n’avoir pas grandi. Dans un coin de la cour, une porte. Elle donnait sur un escalier qui menait aux classes de l’étage. Là haut, sa classe. Il traversa la cour dans la grande diagonale. En marchant, il remua sur son passage les cris des enfants qui avaient joué et c’était comme un fleuve à traverser au gué. A plusieurs reprises, il manqua d’être renversé par le courant des vies bruyantes, des vies en train de se courir après, de se battre, de se cache cacher, de se gendarmer, de se trappe trapper. Il monta au premier en prenant appui sur la rampe polie, luisante d’avoir tant servie. Sur le palier, deux portes, il ouvrit celle de gauche. Et là, une odeur lui fila droit dans la cervelle. Une odeur qu’il aurait reconnue entre mille... Un mélange lourd d’éponge sale et de craie humide. Il se laissa emporter. Dans la salle, les tables et les chaises n’étaient plus alignées comme pour un défilé militaire, mais agencées en cercle. Sous le tableau, plus d’estrade sur laquelle il avait tant souffert en essayant de se souvenir des rimes du poème de Coppée à apprendre sous les rires moqueurs et soulagés de ceux qu’on n’avait pas appelé. Tout y était ou presque. Jusqu’à SON radiateur qui ronflait. Il prit une chaise et une table et se les colla contre le ronflement. Il y glissa avec douleur ses pieds dessous et s’assit. Il posa sa tête dans ses bras et s’endormit comme une masse. 
Dans son sommeil il entendit une voix lancinante qui dictait : « Alors virgule quand viennent… quand viennent les longues nuits virgule les longues nuits d’hiver virgule et que et que les loups les loups sortent du bois pour chassser, pour chasssser... » Plus encore que la phrase de Jack London, ce qu’il entend c’est le crissement des plumes sur le papier, c’est la diction lente et appuyée de la femme qui marche dans les rangées en posant son parfum lourd et menaçant sur leurs épaules d’enfants, ce sont les soupirs poussés par les gamins qui se demandent s’il faut mettre un r à chasser... Elle ne devait pas avoir beaucoup plus de trente ans mais pour eux, vieille, elle l’était. Il se retrouve, oubliant le h de horde parce qu’il ne savait pas ce que cela voulait dire, en train d’enlever son pantalon. Oui après, dictée, ils avaient gym et sous son pantalon, un short pour être prêt plus vite. Et là, comme un éclair, la voix cassante, agressive, vouvoyante s’adressant à lui: 
__ Serge Proko ? Mais qu’est ce que vous faites sous votre table pendant la dictée ? 
S’adressant aux autres pour davantage d’humiliation : 
__ Non mais regardez le, celui là avec son pantalon baissé... vous vous croyez où, Proko?  Honteux, surpris, terrorisé, il répondit à côté : 
__ Heu...rien m’dame.
 __ Rien Ma dame, reprit elle cinglante. Les porte plumes suspendus des autres et leurs rires...
 __ Comment ça, rien ? Levez vous et sortez de la rangée que tout le monde vous voit bien! 
Serge, effondré, rouge de honte et de colère se leva et se décala de sa table parce qu’elle ordonnait et qu’il ne pouvait qu’obéir, son pantalon sur les chevilles.
 __ Alors, je vous ai posé une question, REPONDEZ ! L’enfant bafouillant : 
__ Je mets mon short pour la gym, m’dame. 
__ MA dame! Je vais vous en faire gagner du temps pour la gym, moi. Vous allez faire trois tours de cour !
 Comme il relevait son pantalon, elle enfonça le clou avec un sourire tordu: 
__ Non laissez-le baissé, et les mains sur la tête en plus !
Il sortit de la classe marchant avec difficulté, sous les rires des autres qui cascadaient dans ses oreilles. Hors de la classe, il le remonta et descendit les marches en pleurant. Une fois dans la cour, il le rebaissa, mit les mains sur sa tête, se cacha le visage avec les coudes et se mit en marche pour son calvaire. Aux fenêtres des classes, il sentit les regards rieurs de toute l’école que cette saleté n’avait pas manqué de prévenir... Il se réveilla d’un coup. Il était en nage il se leva et c’était comme s’il avait un couteau planté dans le ventre. Il passa une main sous son manteau et la ressortit rouge, poisseuse. En bas dans la cour, une rumeur enflait. Il s’approcha d’une fenêtre et vit la cour était bruissante d’enfants. Il courut vers la fenêtre opposée, celle qui donnait sur la rue. Il l’ouvrit et commença à enjamber l’appui. Cette douleur terrible plantée en lui. Trop haut pour sauter, il renonça. Une cloche sonna et un murmure grimpa l’escalier. Les enfants montaient à l’étage. 
Il était coincé, soulagé et coincé. Déjà, la porte s’ouvrait sur une bouille ronde toute étonnée de le trouver là : 
__ Qu’est ce que tu fais dans notre classe ?  
__ Moi ? 
__ Ben, oui, t’es dans notre classe ? 
__ Heu je suis là pour vous raconter une histoire.
 D’autres gosses poussaient derrière. La maîtresse entra, voyant l'homme:
__  Mais que faites vous là ? Qui êtes vous ?  
Les gamins ne lui laissant pas le temps de répondre : 
__  Il est là pour l’histoire, il va nous raconter la fin. 
Il s’était approché du bureau sur lequel un livre ouvert attendait. 
 __Il vient nous raconter, M’dame, laissez le !
 Ils se dépêchèrent d’aller s’asseoir, Serge se mit entre la maîtresse et la porte lui bloquant la sortie, puis la regarda droit dans les yeux, le même regard qu’il avait adressé au taxi. 
___  Ne faites rien d’autre que vous asseoir et écouter.
Ce qu’elle fit. Il prit le livre sur le bureau. Pierre et le loup. 
__  Vas y M’sieur, elle est bien celle là ! 
Alors devant la maîtresse médusée, sidérée, il raconta l’histoire de Pierre et le loup, sans presque lire le livre. Il s’installa au centre du cercle et devint Pierre, les chasseurs, les canards, le grand-père. Il courait, nageait, volait, chassait, sautait sur les tables, changeait de voix, grimaçait, horrifiait, surprenait. Plus il avançait dans l’histoire, plus il était dedans. Une si grande débauche d’efforts, de mime et de jeu qu’il transpirait à tordre. Les gamins de la classe étaient sous le choc, sans souffle, suspendus à ses lèvres, éblouis. Il en arrivait à la capture du loup quand une sonnerie retentit. La maîtresse, frappa dans ses mains et ordonna aux enfants de sortir. Serge était ruisselant, épuisé, vacillant. Avant d’obéir, les enfants lui firent promettre qu’il serait là après la récréation pour raconter la fin. Il promit. Tous sortirent sauf un. La maîtresse s’en aperçut. 
__ Pierre, tu sors, aussi.  
Non m’dame, je veux entendre la fin.
__ Pierre, c’est non, tu sors avec les autres.  
À cet instant, un grand venu de l’extérieur tira la manche de la maîtresse en lui disant : __ M’dame, le Directeur vous demande,  y a urgence, il dit que vous devez venir de suite... Quand on débute dans le métier, c’est une injonction à laquelle on ne résiste pas. Elle se tourna vers Serge et l’enfant et leur dit :
__ Ne bougez pas de là, je reviens. 
Elle sortit et descendit les escaliers quatre à quatre laissant Pierre, son envie de savoir et Serge. Dans le bureau du directeur, deux hommes en gris et l’ensemble du personnel attendaient :
Ces Messieurs sont de la police, ils recherchent cet homme, en tendant une photo :
__ Il a été élève ici et ils pensent qu’il pourrait y revenir... Il serait dangereux...  
__ Pierre !...Cet homme est là dans ma classe avec Pierre... cria l’institutrice effarée. Les flics se levant d’un bond :
__Bon Dieu où ça ? Conduisez nous !  Le groupe affolé, sortit de bureau et se dirigea vers la classe en courant. Elle dit :
__ C’est là, derrière cette porte.
 Les flics firent reculer tout le monde et crièrent : 
Proko ? Police ! Fais pas le con, relâche le gosse ! 
__ Comme ils n’eurent aucune réponse, ils attaquèrent la porte à grands coups d’épaules. Elle finit par céder, ils la poussèrent doucement. Derrière le corps de Serge Proko s’affaissa. La maîtresse se jeta sur Pierre et l’enlaça.
__ Oh Pierre, tu n’as rien ?   
__ Non m’dame, qu’est ce qu’il a le Monsieur ? On parlait, il est allé près de la fenêtre et il s’est assis contre la porte, il est malade ?  
Un flic, l’air dégoûté avait repoussé un pan du manteau de Proko. 

Dessous, sur le blanc de la chemise, une tâche rouge comme un soleil couchant s’agrandissait...
__ Non Pierre, c'est terminé. 
L'enfant dépité:
__ C’est dommage, il racontait bien... Il avait pourtant promis de raconter la fin.  

05 novembre 2018

Le début de la fin

Le type en parka glauque, un bonnet de laine sale sur la tête, barbu, comme la plupart de tous les autres bonshommes de la ville désormais, se tenait à genoux, les bras en croix au beau milieu de la rue piétonne. Il baissait la tête et semblait regarder le sol qui luisait sous la pluie. Autour de lui, les gens passaient comme le courant d’un fleuve autour des piles d’un pont. Sans un regard, certains même manquaient de lui marcher dessus et l’évitaient de justesse. Puis, d’un coup, le gars a basculé vers l’avant et s’est affalé au ralenti. Sa tête, sans qu’il la tourne, heurta en dernier le marbre avec violence et un bruit sourd. C’est à cet instant, sans doute que le couteau au manche court qu’on lui avait planté dans le buste s’est enfoncé vraiment entre ses côtes. Il a fallu de longues minutes pour qu’une tâche de sang grandisse et s’écoule lentement dans la rigole grillagée du milieu de la rue sans que quelqu’un s’inquiète.
Une adolescente en stan smith a mis un pied en plein dans la flaque s’est mise à hurler quand elle a vu tout ce rouge sur le cuir blanc : Merde mes baskets neuves, beurk, C’est dégueulasse ! Non, non ce n’est pas dégueulasse, jeune fille. C’est du sang.  Du sang d’homme, poulette.
Depuis le début du mois, dans cette ville d’ordinaire tranquille, certains disaient éteinte, c’était le troisième sans abri qu’on retrouvait en pleine rue baignant dans son sang. Assassiné. Et qu'ils soient, les trois, d'origine étrangère ajoutait à l'horreur. Les huiles, avec effroi, commençaient à penser qu’une bande de débiles s'était laissé engrainer par l'ambiance générale de toute l'europe et avait décidé, purement et simplement de faire un ménage macabre, du moins dans cette ville et, passez moi l’expression, ils n'y étaient pas allé de main morte… 
À force d'entendre partout les grandes gueules hurler que le pays était gangréné, qu'on était envahi, que des hordes d'étrangers déferlaient sur nos villes pour nous éliminer, prendre notre place, certains esprits fragiles et tordus s'étaient mis en tête de résister et de se défendre contre ces soit disant agresseurs. Il n'y a pas pire barbare qui prétend lutter contre la barbarie.
Le premier, voilà un mois, c'est un équipage d'éboueurs qui l'avait ramassé au petit matin dans le quartier Saint Roch. Au début, les gars ont pensé à une overdose d'alcool comme c'était chose courante dans les parages  et puis ils avaient vu le câble électrique encore enroulé autour de son vieux cou et les traces de brûlures sur ses avants bras. 
Longtemps avant les professionnels de l'autopsie, les techniciens de surface avaient rendu leurs déductions. C'est, tout de suite après, le lendemain même qu'on a trouvé le deuxième. Il était





03 novembre 2018

Îles


D’abord, il y a l’eau. 
Puis un pont par dessus l’eau ou un bateau enfin, un lien entre la terre et elle.

Au-dessus, il y a ces lumières comme personnages, habitées de cent mille bleus, persuadées de dix mille blancs.

Il y a ces nuances, ultimes et définitifs traits du temps, horizontales mémoires, intimement comme nous, passagères.

En remparts, Il y a les plages d'or blanc bousculées par les vagues voyageuses de longs cours... Les landes des jaunes, des ajoncs des immortelles et des oyats, que le vent d’ailleurs décoiffe ou exaspère.

Au bleu, il y a les ventres des oiseaux immobiles épinglés dans le clair, leurs vols en grappes de désordres et leurs cris en paroles échangées ou les lances des migrateurs de passage.

Sur la vase, il y a les bedaines baillantes éventrées des barques échouées.Repues de départs… 
Flottant dans l'air, les souvenirs humides des marins perdus, désormais amarrés aux corps morts de ports sans eau.
Dans l’air vigoureux d’iode, il y a le vent et les conversations qu’il grimace sur ses épaules solides. Il y a son souffle et ses plaintes contre le temps qui abrase, efface ou polit. Lui, sifflant, gravant aux dunes des évangiles éphémères.
Il y a l’air d’ailleurs, qui n’est pas encore d’ici, celui qui fait silence, qui ne me donne jamais de tes nouvelles…
Parfois, il peut y avoir, le soir couchant dans un coin de ciel, une virgule de lune. Comme une trace d’infini.
Une fois le sombre dressé, il y a, dans l'air, les concerts impérieux et apaisants des grenouilles du soir qui habitent le noir. Et les ombres bercées des grands arbres époussetés par la nuit.

Et, autour, passé le cordon de dunes, les mille miroirs des marais où s’égarent et s’évaporent
 d’ombrageux et susceptibles nuages.

Il y a, surtout autour, l’Océan, comme une colère rentrée qui balbutie, 
tes grèves infinies découvertes aux basses marées ruisselantes de lumières, ravinées comme des visages de femmes vieilles…

Et puis, ces odeurs d’outre-Atlantique, apportées par l’écume 
qui déferle sur les pontons noirs comme des promesses non tenues …
Et vos ports comme des nids, vos quais comme des lits.

Vois-tu, il y a, enfin ces îles, toutes ces îles de liens tissés où j'aimerais qu’elle soit...






15 octobre 2018

Un soir de début d'automne


                              Alors que le premier feu de la saison ronronne, en passant près de la fenêtre, je vois au dehors, un fin croissant de lune montante, claire dans un coin du ciel gelé de ce début de nuit limpide. Là-bas, au village, une demie d’heure qui sonne.
Une étoile s’allume tout près du croissant. Au loin, vers l’Ouest, l’horizon rougit encore de ses tous derniers rouges. Un ciel rouge qui danse et cette intensité étonne. 
Le noir, comme une escouade de chats de gouttières s’empare des tuiles des toits. Il s’installe comme une pâte liquide au fond d’un plat, qui s’insinue sur le métal et s’emprisonne. Puis il règne. En maître. Autour de la virgule lumineuse, un concert d’étoiles est désormais visible à notre œil nu. Elles toutes scintillent dans le froid qui frappe à la vitre. Le vent, lui marmonne. 
Une pie s’envole et se pose près d’une fumée fumante de ce début d’automne.
C’est que dans les maisons, on a allumé les feux alors que dehors le froid s’impose, les rafales marmonnent.
La voix hésitante, qui parfois détonne, chargée d’émotion d’une chanteuse envahit la pièce. C’est un concert enregistré en public à Montreux en mille neuf cent soixante seize. Il y a une vie. Un condensé de tristesse pure qui s’abandonne. Une solitude qui s’époumone. Cette nuit là, une femme tempête, intime, pleure et ordonne, un piano entre les doigts comme une piéta, une Madonne.
Là-bas, blanche, en volutes, déterminée, comme le vent d'un coup cale, la fumée monte au ciel droite comme une colonne. Un signe adressé à plus haut?
La fatigue, maintenant, nous pèse sur les épaules. Un soir en pays neutre, une raison vacille et déraisonne. Nous frissonnons toujours, mais c’est, désormais davantage que le froid. Notre joie profonde,  si déplacée.  
Qu’avec le temps, elle pardonne.
Je regarde au dehors, au-dessus de la maison, du jardin, du quartier, de la ville, des hommes.
Dans le noir de la nuit, parmi les milliards de scintillements je me dis que j’aimerais savoir qu’une étoile Nina, s’y nomme. 





13 octobre 2018

Un p'tit bilan des deux tiers.

Au moment des grands virages, des épingles à cheveux, celui des changements de cap, des arrivées au refuge, des pauses pipis, on peut prendre le temps d’un vague examen du parcours avant d’entamer la suite. Celui de regarder dans le rétro, voir le chemin parcouru, comme une sorte de bilan provisoire, un ptit bilan des deux tiers dira-ton. 
Avec un peu de chance, désormais il n’en reste plus qu’un à vivre: 
Je suis divorcé, officiellement, administrativement, judiciairement depuis vingt six ans en vrai depuis trente, je vis seul. J'ai des acouphènes. J’ai deux enfants merveilleux, deux petits enfants pareils, un troisième qui s’annonce. Aucune chimiothérapie subie pour l’instant,  aucune trace suspecte sur aucun des deux poumons, ni ailleurs.
Je n’ai toujours pas de prothèse ni à aucune des deux hanches, ni à aucun des genoux. J’ai, encore, toute ma prostate. J’aime boire un verre de temps en temps mais je ne suis pas alcoolique.  J’aime l’eau minérale gazéifiée type Vals, Badoit mais pas trop  Perrier dont je trouve les bulles agressives. J'ai des acouphènes. Je n’ai plus de cheveux sur le dessus du caillou, une grandissante clairière les remplace, moi qui les ai si longtemps portés longs. J’aimais beaucoup cette sensation du vent et de la main, pas seulement une des miennes, qu’on passe dedans. Quand ils ont commencé à foutre le camp, j’ai tout coupé, court à la Jean Marc Barr dans le Grand bleu. À dire vrai, j'ai un peu espéré mais je n'ai eu que la même coupe,  rien du reste. Le pire avec un défaut c’est d’essayer de le cacher, ainsi, je n'ai jamais porté de talonnettes. J’ai un bon gros paquet de kilos en trop. J’ai arrêté de fumer depuis plus de dix ans maintenant. Il arrive qu’à certains moments, j’en ai encore envie. Si j’ai du mal à perdre, c’est que suis gourmand. Salé davantage que sucré mais je ne suis pas trop regardant, dès l’instant où c’est bon. Je ne porte jamais de montre ni de bijoux. Je n’ai ni tatouage, ni percing. Les acouphènes me pourrissent parfois la journée. Je n’ai jamais mangé dans un restaurant gastronomique renommé. Je me suis promis d’aller un jour passer un week end ou deux jours chez Bras à Laguiole. Je ne suis allé ni à Papeete, ni à Berlin, ni à Novossibirsk… Il vaudrait mieux que je dresse la liste des endroits où je suis allé, elle serait moins longue. J’aurais aimé être comédien. Je l’ai été, un peu, à ma façon pendant quarante ans à tenter de vendre des trucs à pas mal de gens qui n’en voulaient pas. J’aime le cinéma, le théâtre, les spectacles vivants. Je commence à recevoir dans ma boite mail des pubs pour des montes escaliers électriques ou des obsèques réussies.
Si je suis tombé amoureux assez souvent, j’ai aimé quatre fois et autant que je puisse être juge, j’écrirais que j’ai été aimé deux peut-être trois. Sur les deux ou trois, l’ai-je été pour moi-même ou pour d’autres obscures et inconscientes raisons, qui peut dire ? Qui peut avec une certitude définitive répondre à ça ? Je suis allé voir quelqu’un pendant des années. On me doit quelques voyages,  un agrandissement de maison ou une piscine, au choix.
Je suis sensible. Assez ? Trop ?
J’aime qu’on m’aime même si je trouve ça étonnant. Ça m’émeut. Je suis contre les acouphènes.
J’aime arriver, j’aime pas partir. J’aime quand les gens arrivent, je n’aime pas quand ils partent. Je n’aime pas jeter, ni passer les éponges.
J’ai perdu plein d’amis, un divorce ça crée du débarras, je m’en suis fait d’autres qui ne savent rien de ma jeunesse. J’en ai gardé certains, peu. De toutes façons les vrais amis ne se comptent que sur les phalanges d’un seul doigt d’une seule main. J'ai pu, je peux, je pourrai me comporter comme un abruti. Je le sais, il me faut faire avec.
Les quatre femmes que j’ai aimées étaient belles comme des avions, si on a un penchant pour l’aviation, comme des locomotives si c’est le train qui intéresse. Elles étaient vraiment jolies. Elles le sont sans doute encore mais je parle du moment où je les ai aimées. Je n’ai eu des enfants qu’avec une. 
Je suis saisi par un beau paysage, une belle vue, un horizon lointain mais également par le cloître d’une abbaye avec un penchant pour les cisterciennes ou une nef vaste comme un océan. Groggy devant un couchant somptueux ou un ciel de traîne, un orage tempétueux, une forêt d’automne et d’autres trucs qui font se sentir vivant. Il faut que je me débarrasse de ces acouphènes.
Je n’aime pas trop les gens quand ils sont nombreux, en groupes, en foules, en assistances, en publics, en queues, en hordes, en bouchons, en files, en audience, en salles… Je les préfère en tête à tête, en silences, en intimité. Je n’ai ni la fibre du commerce, ni celle de l’argent mais j’aimerais être riche à ne pas compter. Je suis nul en conflits et pas très fort en compétition. La peur de perdre? Je n'aime pas perdre.
Je suis curieux. Pas tant des autres que de ce qu’ils vivent. J’oublie les dates, les prénoms mais pas les visages, ni les histoires. J’aime rire, sourire, je suis mauvais à l’oral. J'ai un côté Miss France. Je pleure au cinéma. Comme douze millions deux cent vingt sept mille personnes dans ce pays, j’ai écrit. Deux livres. Un qui ne sera jamais publié, un autre qui sortira bientôt. Faire des enfants écrire un livre, une vie réussie, non ? Et pourtant, j’ai encore quelques trucs à faire. J'en ai marre de ces putains d'acouphènes.
J’avais un boulot que j’ai gardé quarante ans. Je suis désormais sur la voie de garage et ça ne se fait pas dans la douceur et l’accompagnement. J’ai été rayé des cadres. Aussi, je trouve que cette mise à l’écart que j’ai, pourtant attendue, voulue, désirée, demandée est somme toute d’une  violence brutale. Et ce temps qui est passé si vite. Ces deux tiers qui ont filé à si folle allure… 

Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie, 
et l'aimer même si le temps est assassin 
et emporte avec lui les rires des enfants 
et les mistrals gagnants et les mistrals gagnants


28 septembre 2018

Comme une petite quarantaine.

Ainsi donc s’achèvent, là, sous mes yeux ébahis, ma bouche ouverte et ma mine vaguement contrite quarante années. 
Je suis obligé de me répéter ces deux mots: Quarante ans. Depuis le 14 Septembre mille neuf cent soixante dix huit où je suis monté à l’annexe du Clos de Bouges, sur le plateau qui était encore une friche, les derniers bidonvilles venaient à peine d’être démantelés. C’était un pailleron d’un seul étage dans le haut de la campagne banlieusarde de Champigny sur Marne. Val de marne. 9.4.
Quarante ans. Quarante 30 Juin où l’on souffle mais aussi quarante quinze Août à partir duquel on se met à moins bien dormir à cause de la venue prochaine de septembre…
Dans ces quarante ans, vingt cinq au même endroit et le reste en vadrouille.
Les treize dernières en balades régulières à cause d’un statut de remplaçant. De ci de là, ici ET là pour une semaine, pour six mois, pour un an mais presque toujours dans la même partie du zoo, la plus agitée, la moins paisible, donc celle que la plupart veut quitter.
Les chefs y sont inégaux, il y en a de bons et de très bons, il y en a de mauvais et de très mauvais. Ils sont eux aussi pressés au sens du citron. Leur vie ne doit pas être drôle tous les jours. Pour la plupart,  leur goût du pouvoir et leur fatigue d’en saigner les a poussés. Ils seront aussi logés et mieux payés. Les plus mauvais se terrent dans leurs bureaux inaccessibles, ils ont peur de tout et confondent souvent autorité et autoritarisme, rigueur et entêtement, franchise et brutalité entre autres. Les autres font avec ce qu’ils sont. J’en ai connu de magnifiques, prêts à tout.
Les compagnons croisés furent des gens comme on en trouve dans toutes les compagnies. Là, des bouses humaines et ici de belles personnes. Pas plus ni moins que chez les tireurs à l'arbalète. Mais assez souvent en bisbilles entre eux. Incapables de composer, de concessionner, voire même seulement de parler entre eux en adultes responsables et posés ce qu'ils étaient sensés transmettre. 
Pourtant, un des avantages avec ce genre de boulot à cet endroit c'est qu'on n'a que très peu de compte à rendre à part à soi-même, on ne voit que très rarement les patrons. Le dernier que j'ai vu c'était en l'an... deux mille. Il y a donc dix huit ans. On peut se sentir comme une vieille maîtresse, délaissée. 
Quarante ans et pas le moindre petit blâme pour une gifle ou un petit coup de pied aux fesses, rien, pas un geste déplacé, pas un acte de contrition ou une seule excuse publique demandée, pas un seul tribunal convoqué. Une prouesse?
Quarante, cela semble tellement irréel. Pffuuuiiittt, le temps d’un souffle, c’est fini, ces quarante années sont passées, elles sont derrière moi. Plus à vivre, à jamais, vécues…
Voilà quarante ans, nous vivions alors  dans un autre monde. Je n'avais pas encore d'enfant, Giscard était président, j’avais des cheveux à m’en faire une queue, je courrais les vingt bornes en une heure et demie, j’allais bosser en deux pattes, je descendais dans le sud en train couchettes. Dans les cinémas on voyait Les moissons du ciel de Terence Mallick, Jacques Brel n’avait plus que  quelques jours à vivre, on ne téléphonait que d’une cabine ou de chez soi, on longeait la Loire pour aller à Oléron, Nike venait de naître, Renaud chantait pour la première fois à Bourges, chemin des Âmes du purgatoire sur les hauteurs d’Antibes, il n’y avait pas d'immeubles, que de longues serres en châssis de bois pleines de fleurs,  j'avais mes quatre grands parents et des kilos en moins… Un autre monde.
À partir de lundi, j'emménage dans une nouvelle case. Après avoir été célibataire puis marié, puis divorcé, actif, je vais m'installer dans "inactif". Mais, petit gars, inactif n'empêche pas d'être remuant... Celle d'après, j'ai bien regardé c'est... décédé mais il n'y a pas encore de date prévue. Enfin je ne pense pas. C'est plutôt délicat. De l'administration qui administre pas un mot, rien. Ni au-revoir, ni merci. Comme je n'attendais rien, j'ai été comblé.
Alors, même s’il a pu m’arriver de souhaiter cette date ardemment, de parfois certains jours de mi-décembre,  l’envisager comme une lueur dans la nuit, un  abri dans la tempête, une gourde à Gobi, c’est au pied du Ventoux qu’on voit le cycliste,  aujourd’hui, avec ce couperet, il n’y quand même pas de quoi être trop enjoué parce qu’en la considérant lucidement, si tout va bien, l’étape suivante sera de signer mon admission dans un EHPAD quelconque et si tout devait malheureusement mal tourner, c’est arrivé à certains de mes amis, de ce côté là, on est jamais à l’abri de rien, ce sera, un sinistre jour d'hiver cérémonie au funérarium.

Aussi, je vais regarder les quelques jours qui arrivent un poil de travers, je vais me mettre un peu à l'écart comme pour une petite quarantaine.
Au moins le temps que je m'y fasse. 

Quarante ans ce n'est pas rien.


24 septembre 2018

Le monde s'effondre et nous prenons le temps de laver nos voitures.

Je savais comment lui couper l’envie d’une manière quasi définitive, je ne m’en suis pas privé. Je l’ai regardée dans le blanc de son magnifique regard bleu et après un long silence calculé, j’ai dit :
Tu sais, je vis seul depuis si longtemps que je suis prêt à me mettre, oui, j’ai bien dit me mettre, avec n’importe qui…
Et comme pour l’achever, pour lui porter l'estocade léthale, j’ai ajouté :
Le ou la première venue fera l’affaire, je ne serai pas très regardant, tu sais, fais moi confiance pour n’être pas très exigeant. Je l’ai été toutes ces années pour quel résultat ?
Evidemment, j’avais touché dans le rouge du milieu. Je l’ai sentie au-delà de vexée comme une armée de poux, mais elle  était d’une telle fierté qu’elle n’a absolument rien montré. Pire que vexée, je l’avais blessée. Restait à savoir jusqu’à quelle profondeur la lame s’était enfoncée. Allais-je devoir désormais être obligé de me priver d’elle complètement où me conserverait-elle un semblant d’amitié au moins le temps de fomenter à mon égard une vengeance que je jugeai déjà amplement méritée. Tout a un prix, surtout les méchancetés gratuites.
Les semaines suivantes nous le préciseraient. Dire que j’avais hâte de savoir serait exagéré.
Pour tenter de ne pas perdre complètement la face, pour essayer de rester un temps encore dans l’aire de jeu, pour ne rien laisser présager de ce qu’elle ferait, le moment venu, elle a juste éclaté de rire. Un rire dont nous savions parfaitement tous les deux qu’il sonnait faux comme une Rolleix de Vintimille. Mais c’était le jeu, nous avons fait comme si nous étions deux gentils plaisantins en train de  vider nos comptes en espiègleries, en niches, en taquineries infantiles et donc innocentes. 
Alors que, sans en avoir trop l’air, c’était nos vies pour plusieurs années qui se jouaient. 
Elle devait commencer à regretter salement tous les signes positifs qu’elle m’avait adressés ces derniers mois. Quant à moi, je m’en voulais de n’avoir pas mis le holà dès le départ, d’avoir laissé la porte entre ouverte, de n’avoir pas su sauter sur les freins avant que la machine prenne de la vitesse et s’emballe.
Tout ce qui n’est pas fait avant peut encore l’être après mais c’est alors plus délicat. Au lieu de piloter une petite berline, un engin à deux places, on se retrouve à la barre d’un pétrolier géant et pour viser le bon quai dans le bon port, l’affaire n’est plus la même.
Nous en étions là, sans nous en apercevoir, nous nous étions dangereusement approchés de la falaise. Nous n’allions pas tarder à avoir un pied dans le vide.

Alors, sans se concerter, ils ont fait comme le mistral qui avait soufflé tout le jour en balançant des gifles à tous les coins de rue. Ils ont calé, d’un coup. Ils se sont tus et tout s’est apaisé. Le silence a repris ses aises et tout s’est détendu. Même l’air s’est ramolli. Leurs gardes ont fichu le camp. Ils ont pu se  regarder avec toute la tendresse dont ils étaient capables. Ils ont juste voulu en rester là comme s’ils étaient arrivés à un point précis. Jusqu’à une fois prochaine, pas un des deux n’a eu envie de faire le moindre pas.
Toutefois, quand il s’est levé du canapé en ouvrant la bouche, il a bien vu l’inquiétude se pointer illico dans son regard. Alors pour la rassurer il a simplement proposé :
Avant de partir, veux que je te prépare un thé ? Pour la route ?



15 septembre 2018

Les boulettes à chri.

Boulettes de veau à la sauge.

Amis végétariens tendus, vegans à cran, végétariens tégristes, ne fracassez pas de suite cet écran, lâchez simplement votre souris, regardez ailleurs, allez faire un tour, laissez le temps à vos amis de lire cette recette simple et bonne comme une fleur de courgette... farcie.

Pour la faire, la recette, il vous faudra un grand bol ou un petit saladier, une poêle, une fourchette, de la viande hachée de veau, (pour les proportions soyez raisonnables, de quoi faire trois quatre cinq boulettes par personne, selon leur appétit),  des feuilles de sauge du jardin, donc, un jardin, un ou deux jaunes d’œuf, du persil, de la farine, des jeunes pousses d’épinards fraiches, du tabasco, de l’huile de tournesol, une noix de beurre, du sel, du poivre.

Dans le suprabol, mettez la viande hachée, les feuilles de sauge coupées fin fin, le ou les jaunes d’œufs, du sel, du poivre, les pousses d’épinards vaguement coupées, le persil, haché menu, quelques gouttes de tabasco. Vous salez, poivrez, vous mélangez le tout avec application et une fourchette et vous en faites des boulettes grosses comme des œufs à l’aide d’une cuillère à soupe.
Vous les passez dans très peu de farine. Juste pour les blanchir un peu, qu'elles se tiennent mieux à la cuisson, qu'elles ne s'éclafouillent pas.
Pendant ce temps, vous avez mis une poêle sur le feu avec dedans un peu d’huile et une noix de beurre.

Quand l’huile est chaude, vous posez délicatement dans la poêle les boulettes et vous les retournez régulièrement jusqu’à leur cuisson complète. 

Faites cuire comme vous aimez mais cela ne peut pas être saignant.

Vous pouvez les servir avec des pâtes fraîches au basilic par exemple, il en reste encore de jolies têtes dans les pots de l'été finissant et vous l'accompagnez d'un verre de ce que vous voulez (excepté tout soda qui est   formellement interdit par la convention de Miramas). 

Un rouge du Domaine de Fondrèche de Mazan, Persia, rendra belle l’affaire.



Je sais parfaitement bien qu'on doit écrire les boulettes DE chri mais ici, j'écris ce que je veux.

05 septembre 2018

Le hamburger sans.*

Une recette simple, bonne, facile,  vite faite pour deux personnes :
Une deuxième personne,
Deux poêles, deux feux,
Deux tranches de thon rouge d’une épaisseur d’un cm de la taille d’un hamburger.
Quatre tranches de jambon cru, un peu épaisses (un mm) genre Bayonne, du diamètre du thon.
Quatre tranches de tomates d’un demi cm d’épaisseur,
Des graines de Sésame,
Deux feuilles de salade,
Du persil frisé,
Du sel, du poivre,
Deux quarts de citron vert.

Dans la poêle où tu vas mettre le thon et les graines de Sésame, tu mets de l’huile d’olive à chauffer, dans celle des tomates et du jambon tu mets une noix de beurre.
Quand l’huile est chaude et le beurre a fondu tu poses le thon et les graines de Sésame dans une poêle et les tomates dans l’autre. 
Ne mets pas de suite le jambon, il cuira si vite.
Retourne les tomates et saupoudre-z-y dessus du persil frisé haché fin, retourne les tranches de thon. Fais les cuire façon Tataki (Rien à voir avec ta tante).
Mets le jambon, retourne le assez rapidement,
Attrape une assiette, tu peux l’avoir chauffée un peu avant (Fais come tu le sens, avec ou sans paroles).
Quand tu juges que tout est cuit. (C’est toi seul le juge sinon c’est le bazar).
Mets dans l’assiette, et monte les uns sur les autres façon hamburger :
D'abord une tranche de jambon cru devenu cuit, puis, dessus, une tranche de tomate, le thon, une demi feuille de salade coupée en petits bouts, une tranche de tomate, une de jambon. Un filet de citron vert sur le tout et sert vite, ça refroidit à  grande vitesse.
Tu peux servir avec un bolounet de riz cuit au curry, (dans l'eau de cuisson, tu ajoutes une ou deux pincées de curry), une noisette de beurre dedans chaque avec le reste du persil dessus pour faire joli.

Un Croze-Hermitage là-dessus parce que tu aimes ça.
Régalez-vous.


*(Hamburger sans, parce que sans pain, sans viande hachée, sans ketchup, sans cornichon, sans, quoi).


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