24 juillet 2016

Martichong.

Les hasards de l'existence qui sont toujours surprenants, veulent qu'au moment même où j'entendais dans une chanson cette phrase époustouflante de Christophe Maé, le chanteur qui convertirait à la langue des signes, je vous préviens, ça pique les yeux:

C'est con le bonheur, ouais, car c'est souvent après qu'on sait qu'il était là.

Après ? Après quoi, on peut se le demander, mais bon, admettons... Alors, oui, la première fois qu'on l'entend, celle-là, on en reste scotché, baba, sidéré, sans voix, ébaubi et... vaguement moqueur... Cependant, il en a vendu plus de deux cent mille... Comme quoi le mauvais goût est amplement partagé... Quand je pense qu'Allain Leprest était méconnu...
Au même instant, donc où j'entendais cette fulgurante fulgurance, j'étais mis en présence du texte de sa prochaine, n'ayons pas peur des mots: Eclair de génie? Création? Oeuvre?
Et inutile de vous dire combien j'ai été ébloui... Aveuglé serait plus juste. 
Comme je suis partageur, je vous en fais profiter. Le titre ne serait pas encore définitif mais pour l'instant ça s'appelle: À quoi que.
Ne me remerciez pas, c'est cadeau.

À quoi que ça te serve de partire un jour
Puisqu'il faut, toujours déjà reviendre
A quoi que ça te sert d’aimer souffrir
Puisque l’amour, c'est hard à atteindre

J’ai au fond du coeur une colère de rage
Que j’ai pas ressentie depuis les pires orages
J’ai envie de crier de tout démollire
Je colères mes nuits blanches à te maudire.

Refrain:
Pourquoi que tu m’as fait devenir seul
Pourquoi ma vie c’est maint'nant sans toi
Pourquoi que je reste là tout seul ?
Pourquoi que toi tu dis: pourquoi pas ?

Ouais, je suis triste quand je pleure
Comme un nuage noir  oh oh qui coule
Waouh avant l’heure c’est pas l’heure
Tu me laisses comme un chien, pas cool.


Vivement qu'un jour, on ne reconnaisse plus le Martichon au bruit qu'il fait en chantant, mais à celui qu'il fera en se taisant...

20 juillet 2016

OFF.

Il n'y a, sans doute, que cette manifestation capable d'un tel éclectisme, d'une telle diversité, de tels propositions! 
Dans la même journée vous donner à voir, parmi les 1400, trois spectacles aussi différents les uns des autres dans un rayon de quelques centaines de mètres:

Hier,  donc, j'ai vu trois spectacles dans le cadre du Off à Avignon.
Le premier à 12h55, une pièce de théâtre classique de Jean Giraudoux: "Ondine" dans la Cour du Barouf au 7 bis rue Pasteur par une compagnie de la région parisienne. Une douzaine de très bons comédiens sur scène en extérieur, dont le couple principal, une pièce sur la fidélité à soi-même ou le renoncement, la réconciliation impossible des contraires, l'amour et l'engagement. Un théâtre de facture très classique où l'émotion vous attrape. Pour moi, Ondine était, jusque là, un texte de Pierre Desproges: "Ondine, on dîne, à table. Si vous voulez, le bar est fermé aux congres du fait même que le palais des congres est ouvert au bar..."
Désormais, elle sera également cette pièce de Jean Giraudoux.

Le second, un solo de Hip hop  à 18h aux Hivernales  18 rue Guillaume Puy. 
What did you say.
Un homme seul,  Brahim Bouchelagem danse, il a travaillé avec Carolyn Carlson qui lui a offert  huit poèmes qu'elle a calligraphiés et enregistrés, c'est donc sa voix à elle qui accompagne le danseur.
Une mise en scène superbe et onirique.

Le troisième, un groupe de musiciens, Les Fouteurs de joie qui portent drôlement bien leur nom. 
À 20h à Présence Pasteur au 13 Rue du Pont Trouca. Ils sont drôles énergiques, bons chanteurs, bons instrumentistes et d'humeur contagieuse. 
Leur spectacle s'appelle: Des étoiles et des idiots...






17 juillet 2016

Baie des anges.

"Que faire Nicolas?

Il faut enterrer les morts et réparer les vivants."


Anton Tchékov. Platonov.







Encore combien de morts à enterrer? Combien de blessures à réparer? D'absents à pleurer? De vies interrompues bestialement? Encore combien? Où seront assassinés les prochains? Comment le seront-ils? Combien seront-ils?


04 juillet 2016

Heureux, l'enfant...

Pour les Impromptus littéraires de la semaine. Le texte devait commencer par: Il a dévalé la colline Ses pieds faisaient rouler des pierres.


Il  a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres.
Il riait comme tout un enfant,  heureux de vivre, d’imaginer le monde, à son idée,  lui appartenant et voulant croire qu'un avenir doré l’attend. Il riait dans l’été étincelant, dans la poussière blanche et chaude de l’après-midi, dans la lumière brûlante d’un soleil radieux.
___ Il est gentil cet enfant, dit sa mère énamourée à une voisine de banc.
Bien sûr, il est un peu différent des autres mais si gentil. L’ennui, c’est qu’ il me fait tout à l’envers, peuchère. Heureusement, que sa douceur et sa naïveté  le sauvent.
 ___ Sisyphe viens ! Viens vite ici mon chéri que je t’essuie le front, tu es trempé de sueur, tu vas m’attraper la mort ! Tu te rappelles, poussin, de ce qu’a dit tonton Albert ? Le jeu n’est pas seulement de faire descendre les pierres mais surtout de les remonter et si possible la plus grosse. Une fois là-haut  tu peux la laisser rouler  en bas puis, tu la REMONTES  ainsi de suite... Tu te souviens, mon coeur ?


C’est ça qui devrait te rendre heureux, mon amour. Normalement,vois-tu, c’est ça.



01 juillet 2016

L'art de faire une valise.

Pour les impromptus littéraires de la semaine. En cette période de gigotages, le thème était: L'art de faire une valise.


___ Si tu t’en vas, Lise, tu n’en as pas besoin d’une, lui dit simplement  Anna.
Anna, Lise, les deux meilleures amies du monde.
___ Ton départ si soudain, n’est pas une cata, Lise ajouta Anna. J’espérais simplement que tu attendes la fin du bal, Lise. 
___ Tu sais que m'épuises tendre Anna, avec tes jeux de mots si lourds, ajouta Lise. Donne moi plutôt un bon conseil pour éviter que ce départ me coûte, belle Anna.
___ Un conseil banal, Lise, pour tout voyage, tu n’as besoin que d’une chose à emporter avec toi, une seule chose qui ne tient dans aucun sac, dans aucune malle, ni dans aucune valise. Cette chose si précieuse est ton... désir, Lise… 
Si tu le peux, voyage léger et n’emmène que lui. Il ne prend aucune place puisqu’il la prendra toute. Pars d’ici avec des yeux neufs, curieuse, bienveillante, prête à tout recevoir, les bras grands ouverts, alors, je te le promets, les autres et le monde  s’offriront à toi. L'art de faire une valise est, au fond et surtout, celui de ne pas en emporter.
___ Oui, je vois, dans le même genre que si tu veux aller loin, reste immobile... 
Se moqua malicieusement Lise.



23 juin 2016

Ma partie de tennis avec Paul T.

J’aime ce jeu. 
Si tu fais un match, c’est un contre un, face à face, forces à forces, malice à malice, résistance à résistance, roublardise à roublardise, peur à peur, goût du risque à goût du risque, volonté contre volonté, teignerie versus teignerie et à la fin, rage de t'être fait dégommer ou fierté d’avoir tapé l’autre. Dans les deux cas on boit un verre.  Mais tu peux aussi passer une heure ou deux à, gentiment, s’envoyer les balles, sans jamais te mettre en peine, en essayant d’être techniquement le plus propre possible, comme deux bons amis qui discuteraient ensemble, accoudés au bar sans jamais rien se dire d’important, de pesant, de lourd, de personnel. Un échange sur la météo, le temps qui passe et le constat partagé qu’il vaut bien mieux n’avoir mal nulle part qu’une vilaine arthrose des cervicales parce que ça ne va pas s’arranger, mais en faisant gaffe à la synthaxe.
C’est un jeu avec des règles simples : ou tu la touches, la balle, ou pas, ou tu la mets dans le terrain de l’autre ou pas. La façon de compter les points est un peu plus sophistiquée ce qui est une concession faite aux anglais qui seraient, en partie, à l’origine du jeu, comme souvent, dès qu'on parle sport. Eux, en plus, ont un peu de mal à compter simplement.
C’est un jeu où tu peux jouer partout, sur tous les types de surface, du gazon de l’ambassade du Royaume uni en France, du ciment, du béton, du parquet, du bitume, une cour d’école, une halle de marché, la terre battue du Monte Carlo Country club, du quick rouge vif du terrain privé du cousin de mon beau-frère dans la banlieue de Pont à Mousson, j’en passe et des plus jolis comme celui du Racing Club de France de la rue Eblé en plein Paris. Partout ou presque celui qui veut jouer le peut. Chaque petit village a au moins un court quelque part, il suffit d’aller chercher la clé à la Maison de la Presse et Mr Robert vous la donnera. Vous payez une heure, mais si personne ne vient derrière vous restez tant que vous voulez. Vous n’allez pas non plus y poser une caravane et y passer quinze jours? Pensez à me la ramener, si je suis fermé, mettez la dans la boîte à lettre.
Je venais d’arriver dans ce petit village de Bretagne profonde, en bord de mer, mais profonde quand même. Une anse jolie comme une caresse de sable sur le granit rose des rochers, au débouché de la rivière Aven, oui, celle qui va vers le Pont. On avait loué une petite baraque toute en pierre comme une longère un peu en retrait de la route. On l’avait louée, elle, ici sans doute à cause du petit club de tennis entre aperçu sur google earth, juste en bord de mer ils en disaient : ce qui le caractérise c’est la joie de vivre et la sympathie, on y trouve toujours ce qu’on y cherche joueur chevronné ou débutant, match acharné ou échanges polis. Comme de nous deux j’étais le seul à jouer, j’avais programmé d’y aller faire un saut le matin et d’y passer une heure, ensuite le bain dans l’eau froide (on était en Bretagne) puis retour à la location avec une paire de croissants en mains et la journée devant nous, voilà une semaine qui va nous faire le plus grand bien.
Toi, tu en profiteras pour rattraper ton sommeil en retard et nous aurons le reste de la journée pour nous. Qu’en dis-tu ?
J’en dis que ton affaire a l’air d’être soigneusement préparée et que tu emportes le morceau avec les croissants.
Et c’est vrai que dans un club qui est un peu fréquenté on trouve toujours quelqu’un. S’il est plus fort que toi, il ne jouera avec toi qu’une fois, s’il est moins fort tu peux t’en faire un ami. Mais tu as un partenaire pour l’heure qui suit.
À condition d’arriver à chopper la balle (une façon de parler) tu peux déjà t’amuser. On avait posé les bagages et j’avais filé au club avec un des deux vélos du garage, si j’avais su j’aurais pris l’autre.
J’avais avec moi mes deux raquettes et une boite de balles neuves comme une sorte d’offrande d’arrivée, la bimbeloterie des débarquants ?
Je m’étais présenté et j’avais dit, au responsable qui était là, il se tenait derrière le bar, que je cherchais quelqu’un pour jouer.
Pas de problème, j’ai quelqu’un, vous êtes de quel niveau ? Parfait, je vais appeler ce Monsieur qui est aussi en vacances pour quelques jours, il est venu hier et lui aussi voulait un joueur, ça tombe très bien tout ça m'a-t-il envoyé, un large sourire au visage.
En m’offrant un verre de bienvenue, il m’a annoncé que mon partenaire arrivait dans les cinq minutes, qu’on pourrait prendre le court deux, le plus bas, celui qui a vue sur la mer.
Un type en vélo a déboulé peu de temps après, j’avais à peine commencé ma Badoit. Cette silhouette ? Nom d’une pipe, quelle coïncidence ! Je connais ce type. Il s’est approché, souriant une raquette à la main. C’était bien lui, là, devant moi, celui avec qui j’allais jouer au tennis.
Moi, j’allais échanger des balles avec Paul T. Impayable.Il était agréable partenaire, fidèle à son image, avec une vague tendance à tricher un peu sur les balles en fond de court mais rien de plus que tous les tennismen amateurs du monde. 
Dis sais-tu que je pourrais dire, j'ai joué avec Paul T. Ça alors!, je n'étais pas près d'en revenir.
J’adorais ce jeu.



21 juin 2016

Ma plongée sous marine avec Vanessa P.

On venait de quitter notre dernier mouillage à l’un des deux îlets Pigeon. Deux cailloux comme des poings fermés au large de Malendure sur la commune de Bouillante en Basse Terre. On avait appareillé pour le prochain qui serait à Grande Anse dans l’archipel des Saintes. On ne dira jamais assez la force évocatrice de tous ces noms propres. Ah de suite, on était loin de Bobigny, de Pantin et de Courbevoie… Même si pour cette dernière on voyait bien le virage… On en avait pour une bonne journée de navigation tranquille, à vue de la côte, au large de Vieux Habitants, Baillif, Basse Terre, tranquille mais piégeuse question vent parce qu’il lui arrivait de se planquer et de rester dans les forêts, auprès des cases. Ce jour là ça ne semblait pas être dans ses projets et il nous poussait gentiment. C’était si peinard que venant de la terre, on entendait parfois les kokoyoko des coqs et les aboiements des chiens nous arriver sur le bateau. On voulait y être pour le soir parce que le lendemain, on avait réservé dans un club des Saintes une plongée, à l’aube, à l’heure où blanchit le sable. Ils devaient nous emmener vers Point à Vache là où on était presque certain de nager en accompagnant le vol majestueux de raies de belles tailles.
À l’aplomb de Pigeon, une réserve naturelle où la pêche, la chasse, et la plongée en bouteilles avait été interdites depuis plusieurs années, on s’en était donné à cœur joie. On avait juste fait le tour du caillou avant que la nuit ne tombe et c’était comme une plongée dans un aquarium. Une merveille absolue.  On avait même eu l’intense bonheur d’être parcourus par un immense banc de carangues dorées qui nous avait laissés sans voix. Des poissons de la taille d’un avant bras qui avançaient en rangs serrés en te passant entre les bras, les jambes sans te manifester le moindre intérêt. Après ça, on était remonté sur le bateau et la soirée avait été belle.
Avant d’atteindre Grande Anse, on avait juste été un peu secoués dans la traversée du canal qui est souvent agitée à cause des courants. Mais l’arrivée au soir couchant sur Grande Anse dans l’archipel des Saintes, je le recommande à mon meilleur ennemi. S’il est encore fâché après ça c’est que c’est sérieux.
Je n’avais jamais vu un tel spectacle. Bien sûr il vaut mieux avoir quelques notions de maniement de bateau parce que pour faire tenir le tien de bateau dans le nombre ça n’est pas si facile qu’il y paraît. C'est simple, la rade était clarifie de mâts.
Après un repas vite avalé, on avait descendu l’annexe et on était allé faire un tour « en ville « d’où une musique dansante et joyeuse nous arrivait.
Au programme, rhum et zouk, zouk et rhum, ça convenait à tout le monde dans le coin. On était rentré pas trop tard à cause de cette plongée du lendemain, tout l'Est commençait à blanchir, dans une heure il ferait grand chaud. On avait repris l’annexe après un bain et un bol de café noir.
Quand on était arrivé au club de plongée le type qui nous a reçus nous a dit qu’il nous faudrait attendre un couple qui avait réservé la veille. Ils se sont pointés peu après. Ils avaient l’air sympas, détendus et amoureux. On s’est serré la main. Nom de Dieu, c’était elle ! Je l’ai regardée tout le long du trajet en zodiac  vers Point à vache, désolé mais je n’ai pas pu faire autrement. Je me foutais  pas mal d’être bousculé comme à cheval sur un bison sauvage. Je me serais foutu de tomber à l'eau. Je la regardais, elle qui souriait dans l'argent des embruns. Une fois sur place, il nous a donné les dernières consignes, j’ai rien écouté, on s’est équipé et on a basculé dans la flotte. Je me suis arrangé pour rester derrière elle et je guettais son regard. J’espérais bien qu’elle me jette un œil en joignant son pouce et son index. J’espérais voir le vert de ses yeux grossis par le masque. On n’a parlé de rien. À cause du tuba, forcément... On est un peu descendu puis on a volé, facile, au-dessus du blanc du sable pendant dix bonnes minutes, alors les raies sont arrivées. Le type avait un grand sac plein de pinces de crabes accroché à sa taille. Il  les nourrissait à la main, tu parles qu’elles venaient le voir. On me l'a raconté, je ne me souviens pas en avoir vu une.

Je crois me souvenir que, ce jour là, à dix mètres de fond, je n’ai pas vu grand chose ni des coraux, ni des raies, ni de rien. 
Pendant une heure ou deux, je n'étais pas loin des portes du paradis...


À suivre: Ma partie de tennis avec...

18 juin 2016

Mon voyage en train avec Romain D.

Deux heures quarante. Deux heures quarante pour passer des bouches du Rhône aux pieds du zouave, pour aller du pastis en terrasse au ballon de côte sur le zinc, pour plonger des monts bleutés balayés de mistral au ciel gris plomb humide de bruine. Même pas un voyage, tout juste un déplacement. Le pays traversé en un éclair. Tu es dans le suppositoire d’Avignon TGV, tu montes dans la rame, le temps d’un souffle, tu descends en face du Train Bleu. Tu petitdéjeunes place de l’Horloge, tu apéritises à l’Européen. Cette ligne aussi rapide qu’un jet de lance, je l’emprunte assez souvent depuis que je vis en bas. Elle me monte à Paris. Elle est bien plus rapide, moins fatigante et plus sûre que l’auto. Le temps de lire un journal, de boire un café, de s’assoupir dans l’ennuyeuse traversée du Morvan, d’apercevoir la butte de Thil et son donjon et la machine ralentit déjà dans la Beauce. Voilà deux siècles, il fallait dix jours et six chevaux pour que quatre personnes s’exténuent sur un tel trajet.
Cette fois je faisais une visite éclair de trois jours pour voir mes petits, juste les voir.
La veille, j’étais allé à Venelles dans la banlieue d’Aix en Provence, assister à un concert de Romain D. Quelqu’un qu’on entend nulle part ailleurs que dans les salles où il se produit. Et encore, il n'est pas si souvent demandé dans le sud. On peut se demander pourquoi. Les Christophe M. on les entend partout, toujours et tout le temps et le Romain D. presque nulle part. Une ou deux îles un peu perdues... C’est très injuste mais c’est ainsi et, du reste, je ne suis pas certain  qu’associer les deux noms soit flatteur pour Romain. Je suis même persuadé du contraire. C’était son nouveau spectacle Dans ce piano noir. Virtuose et sensible, brillant et poignant, joyeux et mélancolique. Heureusement les salles dans lesquelles on l'applaudit sont pleines et enthousiastes. J’avais, donc, comme d’habitude avec lui, passé une soirée formidable. Une de ces soirées qui vous grandit, où l’on n’a pas honte d’être ému, touché, enthousiaste… Une jolie soirée et puis j’étais rentré, j’avais un train à prendre.
Neuf heures trente deux le train arrive voie quatre, il vient de Marseille et d’Aix en Provence. Voiture trois, place cinquante six en première. Il arrivait que les places en premières soient moins chères qu’en seconde allez comprendre. Nous n’étions pas dans une période de grands déplacements, il n’y a pas grand monde dans la place. Une fois la porte ouverte, j’entre dans le wagon et cherche ma place. Je suis normalement dans un carré à droite. C’est bien là. Un homme est assis en face de moi. Au moment où je m’installe, il lève la tête, me salue et je le reconnais. J’ai passé la soirée avec lui la veille mais lui ne le sait pas, bien entendu. Il a des écouteurs dans les oreilles reliés à un portable à pomme allumé posé devant lui. Il m’adresse un sourire sincère et il replonge dans son écran. J’allais lui dire : Merci pour hier soir mais la phrase m’est restée dans la bouche. J’ai essayé tout le trajet d’entendre ce qu’il avait dans les oreilles, je me disais une nouvelle chanson, un nouveau spectacle, des arrangements pour d'autres, une cantate, mais je n’ai rien réussi à saisir. Seul, un bourdonnement lancinant sans trop de variations, un peu comme un moteur d’avion... De tout le voyage, il n’a pas décollé de son écran excepté pour être charmant avec le contrôleur.
À l'arrivée en Gare de Lyon, en rangeant son portable dans sa housse, en enlevant ses écouteurs des oreilles, en enfilant sa veste, il m’a seulement dit : Vous connaissez Flying simulator? J'adore ça,  je viens de me faire un vol Marignane-Orly en temps réel, avec un Robin DR-300, tout s’est bien passé, quelques turbulences au-dessus du Morvan, un peu de traffic sur Paris, mais sinon, l’atterrissage était parfait, je suis content. Je vous souhaite une bonne journée.
___ Bonne journée à vous, j’ai répondu poliment.

J’ai ajouté : Merci pour hier soir! 
Mais c’était surtout pour moi... Profiter d'un trajet en TGV pour simuler un vol en avion, quelle belle idée...




À suivre: Ma plongée sous marine avec Vanessa P.



Publications les plus consultées