20 mai 2016

C'est bien la dernière fois.

Pour Les impromptus littéraires de la semaine. Le texte devait débuter par: C'est bien la dernière fois.

C'est bien la dernière fois que...

Je te tranche la gorge dit l’assassin à sa victime effondrée..

Je me jette du haut de ces vingt cinq étages dit le désespéré, en pleurs.

Que je vous débranche dit l’infirmière au malade en phase terminale…

Que je vous coupe ce bras là, dit le chirurgien orthopédique résigné.

Que je te prête mille euros dit l’homme à l’escroc notoire.

Que je bois un verre d’alcool dit l’homme atteint au point d’en boire un… de parfum.

Que j’éteins un feu dit le pompier pyromane.

Que je mise sur toi dit la femme à son looser magnifique.

Que je donne des leçons de morale dit le fieffé coquin.

Que je vote pour vous dit l’électeur au politique menteur.

Que je me couvre de ridicule en disant, aujourd’hui, le contraire de ce que j’ai dit la veille dit le politique au cynisme effrayant.

Que j’obéis à une consigne littéraire me demandant de débuter un texte par c’est bien la dernière fois.


Et donc, c’est bien la dernière fois que j'y mets un point final après ces deux  petits suspendus..    .



11 mai 2016

L'odeur et les goûts.

Pour Les impromptus littéraires de la semaine. Il fallait débuter le texte par l'incipit:
Un étrange parfum flottait dans les couloirs ...

___ C’est pas mal comme début, c’est bien, même, mon chéri, on est plongé dans une ambiance, on a la curiosité piquée, mais quel est donc ce parfum se dit-on. On a envie d’en savoir davantage, c’est bien, tu as avancé…Bravo, je te félicite ! Du reste, si tu me permets, puisque tu me demandes, je trouve qu’on a une indication un poil trop précise si tu emploies parfum, tu nous guides vers un point plutôt désigné, ne vaudrait-il pas mieux, pour commencer, parler d’odeur, ça reste plus diffus, plus vaste. Un parfum déclenche toute une série d’images, on est dans le plaisir, la finesse, le subtil alors qu’une odeur nous laisserait dans le mystère, Non ? Qu’en  penses-tu, toi ?
___ Heu, je ne sais pas.
Et puis, cet « étrange », là qui vient. Ce qui est étrange c’est ce qu’on ne connaît pas donc « inconnu » me paraîtrait bien, aussi. Pourquoi étrange ?
Et, dis, excuse moi deux secondes, mon amour, c’est bien « flottait » que tu as écrit ? Un parfum, une vapeur qui « flotte » je ne sais pas pourquoi mais moi, ça freine, ça me fait sortir du truc, toi, ça ne te dérange pas plus que ça ? C’est peut-être moi. Qu’une odeur soit posée au-dessus de quelque chose et qu’elle ne s’y enfonce pas, ça ne te semble pas bizarre ?
Le contraire de couler en somme ? Un parfum ne coule pas, il flotte ?
___ Tu en es là ? C’est une façon de parler, je veux dire qu’il se répand comme une trace d’huile sur une surface.
___ Je me demande s’il ne vaudrait pas mieux qu’elle plane, ton  odeur… Elle serait dans l’air, diffuse, presqu’imperceptible, elle volerait autour des choses et des gens comme une nappe de brouillard, sans réelles limites, sans début ni fin, elle serait là autour mais sans contours… À toi de voir, c’est toi l’écrivain… Pendant que j’y suis, tu comprendras que je ne dise trop rien des couloirs mais là encore ça nous entraîne vers quelque chose d’assez précis, si tu parlais de pièce, de maison ou mieux de bâtisse tu resterais davantage dans le vague, le suggéré, le mystérieux…
Aussi, écoute, ta première phrase deviendrait :
Une odeur inconnue planait dans la bâtisse…
___ Qu’en dis tu ?
___ J’en dis que c’est dans un couloir que ça se passe, que ta phrase ne ressemble à rien, qu’elle est moche, qu’elle ne sonne à rien. Pire qu’elle chante faux.
Avant de lui asséner le mot de grâce, il l’a regardée droit dans les yeux et lui a envoyé :

___ Dis, Amour, tu joues à quel jeu?  
Tu vas me disséquer tout le bouquin de cette manière ou bien je t’aurais étranglée avant ?


09 mai 2016

Mais, tous les lilas de Mai...

Je venais de faire le plein de gas-oil. 
J'avais de cette sale odeur plein les doigts, rien que pour ça on devrait rouler à l'électrique ou mieux, au jus de rose, et j’avais garé la voiture devant la boutique où l’on devait se rendre pour payer son dû. On était un dimanche, la route avait été sans encombre, j’aimais bien rouler le dimanche, la plupart des camions restaient à l'arrêt forcé sur les aires d’autoroute et je me sentais plus en sécurité quand ces énormes masses roulantes ne circulaient pas sur le trajet que j'empruntais. J’étais environ à la moitié de mon chemin, j’avais encore trois bonnes heures de conduite, le dos en compote et l'envie de boire un café. Je me suis étiré longuement puis extrait de la fournaise, ma carte bleue à la main,  la chemise trempée, je ne mettais plus la clim à cause de ce que j’avais lu sur ses méfaits mais je maudissais les conséquences de cette décision. On en était tous un peu là. À maudire la plupart du temps ce qu'on faisait mais à le faire quand même.
J’ai refermé la porte de la voiture et je me suis avancé vers la caisse.
C’est là que je l’ai vue. Debout, près de la porte, une cigarette dans des doigts, longue, fine, habillée élégamment d’une robe qui semblait si légère, un énorme bouquet de lilas mauves et blancs en bras, qu'elle avait dû couper chez une grand-mère, les lilas sont bien des fleurs de jardins de grands mères, en partie protégé par un vulgaire sac plastique  et un minuscule sac de voyage à ses pieds chaussés de talons assez hauts. Je lui ai juste dit bonjour en passant à sa hauteur, elle m’a renvoyé un bonjour vaguement souriant. Je suis entré et j’ai payé mon carburant, j’en ai profité pour prendre un double expresso malgré la machine récalcitrante qui m’a avalé trois fois le prix. Comme je me suis, évidemment brûlé les lèvres et les doigts avec le gobelet en plastique, j’ai reposé le tout et je suis allé aux toilettes. Un type les occupait déjà. Il venait de se rebraguetter après une longue pose satisfaisante devant un urinoir, quelques gouttes avaient même noirci son pantalon. Je l’ai dévisagé pendant qu’il s’aspergeait la nuque de flotte. Il était mal rasé, bedonnant, débraillé et faisait des bruits épouvantables avec sa bouche. Un vilain. J’en ai profité pour me rhabiller, me passer de l’eau fraîche sur le visage ce qui m’a fait un bien fou. C’est un homme quasi neuf qui est sorti, avant de récupérer mon gobelet encore fumant, j’ai regardé vers l’entrée. Elle était toujours là. Cette fois je la voyais de dos, elle m’a semblé encore plus élégante et remarquable. Toute une ribambelle de gens entraient et sortaient mais on ne voyait qu’elle, enfin, je ne voyais qu’elle. J’ai avalé mon café et je suis sorti.
Le type des toilettes me suivait de près. Il l’a attrapée par la taille et l’a embrassée dans le cou comme un tigre affamé se jette sur un morceau de viande. J’étais dégoûté, effondré.  Qu'une telle merveille puisse s'acoquiner avec un gars pareil m'a déprimé d'une force! Sous les assauts du goujat, elle souriait bêtement. À propos du bouquet, j'ai entendu le type lui dire : Tu veux pas les laisser là ? Ça pue tes trucs, c’est pas supportable.
Quand ils ont levé le camp, j’ai récupéré les lilas dans la poubelle et je les ai posés délicatement sur mon siège arrière.

Eux deux, si mal assortis, je ne les reverrais jamais mais ses lilas, tous ses lilas de Mai allaient embaumer le reste de ma route.






07 mai 2016

Son gri gri...

Pour les impromptus littéraires de la semaine, il fallait écrire à propos d'un gri gri... J'ai pensé au sien: http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/

Imagine le bol que j'ai eu! Non mais imagine! Heureusement que j'avais mon gri gri avec moi, heureusement... a marmonnè dans le blanc de ses bandages ce qu'on pouvait encore apercevoir de l'allongé, sur un lit d'hôpital.
Mon ami, du moins ce qu'il en restait, avait salement morflé. L'entour de ses deux yeux commençait à virer gentiment du bleu marine au jaune foncé et sa bouche, celle qui essayait de parler était gonflée comme une mangue trop mûre. Une de ses deux jambes était plâtrée jusqu'à  mi-cuisse et un de ses deux bras était immobilisé dans une sorte de corset barbare. Pour couronner le tout il semblait bien qu'il y ait aussi quelaues traces de brûlures sur une bonne moitié de son thorax... Je dois dire que vu son état, ce ne sont pas exactement ces mots qui me seraient venus spontanément. Il a repris en bredouillant et en bavant: Normalement, je devrais être mort, je ne comprends pas...
J'ai pensè: Tu pourrais aussi être chez toi, tranquille, entier, va savoir. J'ai demandé: Mais comment c'est arrivé? Qu'est ce qui s'est passé pour que tu sois dans cet état?
Il a essayé de raconter: Une connerie, c'est une sacrée connerie. Ça a commencé ce matin, je n'ai pas entendu le réveil sonner et j'ai ouvert les yeux très en retard. Dès que j'ai vu l'heure, j'ai bondi hors du lit et en posant mon pied sur le petit tapis, il a glissé sur le parquet, j'étais pas debout que je tombais déjà, en voulant me rattraper, j'ai filé de plus belle vers l'escalier que j'ai commencé à dévaler n'importe comment, la tête la première, je crois bien... Mettre le lit si près de la porte de la chambre, je savais que ce n'était pas Feng shui, je l'ai toujours dit ça se vérifiait, ma tête a tapé sur quelques marches, un bras est resté coincé sur la cinquième et c'est sur le petit palier que j'ai dû me briser le fémur, quoiqu'il en soit, je suis arrivé en bas le bras droit bien tordu, mon épaule n'a pas résisté, après un moment de calme et de douleurs, j'ai voulu me relever, mal m'en a pris, j'étais comme une pile de linge après un programme essorage, j'ai un peu attendu qu'un miracle se produise, tu parles, rien ni personne, comme toujours dès quon demandait un truc qui sortait un peu des demandes habituelles, décidément,  il ne fallait dans cette vie compter que sur soi-même, j'ai dû me lever pour attraper le fixe dans la cuisine et appeler les secours, en m'appuyant à je ne sais quoi, je suis arrivé jusqu'à mi-chemin seulement c'est là qu'en prenant appui sur la crédence, la prise s'est dérobée, je suis retombé et dans ma chute, j'ai détruit, les pompiers me l'ont confirmé plus tard, trois des quatre boutons du gaz de la cuisinière, qui a commencé, le gaz, à se répandre gentiment dans la pièce. Je n'ai rien senti, autant te le dire de suite mais c'est bien ce qui a provoqué cette explosion qui est venue plus tard, et qui a détruit la maison et celle des voisins,  je te passe les détails... Voilà pourquoi, je dis que j'ai eu beaucoup de chance et que je devrais être mort... Heureusement que j'avais mon grigri avec moi, heureusement, la chance que j'ai eu...

Ah tu peux le dire, j'ai fait... En vrai, j'avais du mal à imaginer ce qui aurait pu lui arriver sans...


01 mai 2016

L'ami(e).

L’ami, le vrai, n’attend rien de toi, rien,
pas même des reproches. Il prend ce que tu donnes,
et donne ce que tu peux prendre.
Il est là, quelque part, il vit très bien sans toi
parce qu’il lui suffit de savoir que tu existes,
Tu vis bien sans lui parce que tu le sais, qui vit.
Avec l'ami entame une conversation,
Puis restez-en là. Vous la reprendrez plus tard,
Trois semaines, six mois, deux ans,
Avec l'ami, c’est ainsi, le temps n’a pas de prise.
L’amitié c’est une affaire de siècles.
Un vrai pense à toi quand tu penses à lui.
Ça se vérifie à chaque fois, chaque jour. 
Quand tu entendras : Je pensais à toi, justement…
Tu sais que celui-là en pourrait en être un.
L'ami sait tout de toi, tout de tes forces,
Mais il sait aussi la plupart de tes failles.
Heureusement qu’on en n’a pas cargos.
Pour remplir une vie, un ou deux suffisent.
L’ami ne donne son avis que si tu lui demandes,
Mais il te dit sa vérité. Soit prêt à l’entendre,
Tu devras sans doute la craindre.
Si tu n’as besoin ni de rien, ni de personne,
Si tu n’as rien à dire, ni à lui, ni au monde,
Appelle-le, passez un moment ensemble,
Parmi tes connaissances, c’est LA personne
Avec qui le silence  n’est jamais pesant.


Un(e) ami(e) c'est quelqu’un avec qui bien se taire.


Merci Jordan!

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