04 février 2014

TU

Pour les impromptus littéraires. Ecrire une autobiographie en se servant du pronom tu en place de je.

Tu arrives vers ton village, on est en fin de journée, tu as autre chose à faire qu’à t’énerver après elles, tu commences à chercher les clés de chez toi tout en roulant. Elles, elles ont plongé au fin  profond du sac. Tu as intérêt à les trouver parce qu’une fois arrivé, si tu ne les as pas en main, personne ne t’ouvrira.
Tu aimerais bien, souvent, que quelqu’une soit déjà là, à l’intérieur qui en entendant ta voiture se ranger dans la cour, sortirait son sourire de la maison et viendrait avec lui à ton devant en t’adressant des mots d’accueil gentils, prévenants et somme toute, agréables à entendre.
Au moins, personne ne te fait de reproches ou de remarque puisque personne ne te dit rien. Bien sûr, le chat qui a passé la journée dehors le fait, lui, mais à sa manière et tu sais bien, toi, ce qu’il attend vraiment : Une main qui plonge dans un sachet de croquettes. Tu ne lui en veux pas, ce n’est qu’un chat, finalement… Il ne sait pas ce qui t’anime. Il ne peut pas savoir ce qui accélère les battements de ton coeur, ce qui t'émeut et te touche. Il se moque de toi, un autre que toi ferait l'affaire. Pour lui, tu n'es rien qu'un donneur de croquettes. 
Une fois dans le silence de l’intérieur, vite tu pousses le bouton d’une radio pour l’habiter d’une présence. Une présence virtuelle ou factice dont tu n’es pas dupe, tu sais bien qu’elle ne vit pas là, mais une présence quand même. Elle s’installe parce que tu en as un à chaque étage des appareils à créer de la présence et que tu les allumes tous. En même temps. Tu remplis ainsi la maison de voix qui sont devenues amies même si elles ne te connaissent pas. Toi, tu les connais bien, aux intonations,  tu peux reconnaître leurs humeurs, leurs états de forme, leurs états d’âme et les plaindre ou les encourager, les soutenir ou penser qu’elles devraient prendre de la distance ou du repos.
Encore ce soir là, tu ne cuisineras pas. A quoi bon? Pour qui? Comme pour l'autre miauleur, tu ouvriras un sachet.
Souvent tu te demandes qui te rendra quoi? Mais tu sais combien cette question est vaine. Et puis, surtout, surtout, tu évites ainsi de croiser l’absence. Tu te préserves de celle qui emplis ta maison et s’empare de chaque pièce, de chaque mètre carré. Tu dois te battre contre celle qui te ronge, te glace, te mine et, au final, te durcit. Tu dois faire avec ou plutôt sans.
Et puis, tu repenses à ceux qui n'ont même pas de clés, à ceux qui sont sans toit et tu te dis que, au moins, tu en as un, toi...
Ce que tu n’as pas, toi, c'est de tu à te mettre sous la langue et, certains soirs, cette absence te tue... 


15 commentaires:

Brigitte a dit…

Dure l'absence... savoir que quelqu'un nous attends à la maison change tout ,évidemment !!!
J'aime parfois ma maison vide et silencieuse mais quand il rentre de sa semaine plus rien n'est pareil ...

odile b. a dit…

Synopsis : "Là où il est dit que le TU TUE"...
Vous me répéterez cent fois : "TOTOR T'AS TORT, TU T'USES ET TU TE TUES"
(Sous-titre : "JAMAIS CONTENT")

Ah ! le choix des priorités (ou... des alternatives...) ! C'est bien vu et bien dit : la clé sous une main ou l'autre sur le sac de croquettes... Tout y est. La boucle infernale est bouclée...

On comprend la présence de tous ces chats errants qui lézardent au soleil des Cyclades et qui, finalement, ne s'en portent pas plus mal : ils sont nourris à l'œil et se font tirer le portrait par Hans Silvester... et ils ne font pas pitié à voir, les matous, siestant et se vautrant dans le stupre...

Quand le TU TUE mieux vaut appeler un chat un chat... – à condition, quand même, de ne pas se leurrer soi-même, en confondant le JE et le TU... C'est tout un art d'utiliser un pronom pour un autre et les lecteurs sont bien embêtés, parfois, de compatir avec quelqu'un qui brouille habilement les pistes pour éviter l'autobiographie.
Les deux billets se suivent... Pour des "Impromptus", c'est plutôt pas mal vu... Le premier était destiné à Marie... On la laisse s'en débrouiller, Marie, mais on peut imaginer que le silence devait être moins pénible à tuer dans la cabane à pièce unique de Santorin... Au moins, c'était la-bohème-on-était-jeunes-on-était-fous... Alors qu'ici, avec tous ces postes qui gueulent à tue-tête à tous les étages, ces machines à présence inventée pour meubler... ça doit être une cacophonie d'enfer. C'est les voisins qui doivent pas être à la noce tous les jours, avec tout ça !...

On le sait : le TU TUE !

[ – N'empêche... Moi j'vous l'dis, Mame Lecagneux : c'est du beau gâchis, oui un vrai GÂ-CHIS" !!! Y'en a tellement qu'aimeraient tant "voir Syracuse"... ou qui fredonnent "Roses Blanches de Corfou" après une jolie Nana, tandis que d'autres se lamentent avec des "Capri, c'est fini", chacun tirant sur la corde sensible et se plaignant de faire "Rien que des bêtises", pour se venger d'avoir été largué... ]
Quant à moi – Hug ! –, je trouve que la pluie ça commence à bien faire et je serais portée à envier la vie en bleu et blanc... ou en Bleu, bleu, bleu..., avec ou sans toit ni toi... C'est moins pathétique, soite, mais, comme dit l'autre mal-aimé dans la chanson :
"À défaut d'avoir c'que l'on aime, faut aimer c'que l'on a".

Chri a dit…

@ Brigitte C'est le paradoxe!

@ Odile Une fois encore vos commentaires me ravissent!!!
Je tiens toutefois à préciser que si la note précédente était pour Marie c'est parce qu'elle me demandait si une fois j'allais écrire un truc gai. Je l'ai fait... Nous n'avons pas eu d'autre histoire qu'amicale!!!

Chri a dit…

PS Tant que j'y suis, dire que je ne suis jamais allé à Donussa mais que je suis prêt à.

Tilia a dit…

Et pourtant... "tu" fait partie de solitude, tout comme dans "solitaire" il y a une aire pour faire son lit sur le sol.
Des paroles sans valeur pour qui n'a pas la fibre érémitique, je sais ;-)

Chri a dit…

@Tilia Merci pour le cadeau du terme érémitique... Un mot de plus, un!

M a dit…

Je ne connaissais pas ton jardin d'hiver, enfin celui de Jacky, il est très beau !
La solitude peut se vivre accompagnée, elle est assez moche aussi ! Ces braves chats !

Chri a dit…

@ M L'accompagnée me semble deux fois pire!

odile b. a dit…

Sans ambiguïté aucune, j'avais bien lu et saisi le souhait formulé par Marie : celui de vous voir écrire, "... pour une fois, une histoire drôle ! "... :D
En retour, les deux billets à suivre, ont été soignés, à la façon "j'en rajoute une couche"...
:((... /... :D...

J'apprends comme vous, par Tilia, le terme "érémétique", mais on peut s'accorder à dire qu'un ermite n'est pas, pour autant, forcément ni foncièrement, "HERMÉTIQUE" à tout.
Une chansonnette dit :

"Dans sa cabane
Vivait un ermite
Qui se nourrissait de noix et de pain bis
Jamais poulet n'entrait dans sa marmite
Ni poulette dans son logis
Un beau soir, il en vint une
Le chat la guetta si bien qu'il l'attrapa
'Ah ! dit-il ma brune
La belle fortune
Jamais renard ne te croquera
La lalala lalala lala
la-la-laaaaaa......."

Et Gainsbourg donne une recette :

Écoute-moi, toi qui t'crois seul au monde
Tout seul abandonné
Faut trois fois rien pour entrer dans la ronde
De tous les mal-aimés

- R - Suspends un violon un jambon à ta porte
Et tu verras rappliquer les copains
Tes soucis que le diable les emporte
Jusqu'à demain

Ta petite amie t'a largué en route
Les filles c'est pas sérieux
L'amour est aveugle, à ça aucun doute
Et oui ça crève les yeux - R -

Qu'importe si c'est chaque fois
la même chose
t'en fais donc pas pour ça
Mon vieux quand on n'a pas ce que l'on aime
Faut aimer c'que l'on a - R -

Chri a dit…

@ Odile Je connaissais la phrase mais pas la chanson de Gainsbourg! Elle est si vraie!

Chri a dit…

@ Odile Si vous aviez le titre que je l'entende... Merci, merci.

odile b. a dit…

Le titre ?
Tout simplement : "Un Violon, un Jambon".
En cliquant vous allez trouver.
Suis pas très douée pour recopier les liens :-/
Si vous en trouvez une bonne version, suis preneuse.

Chri a dit…

@ Odile J'ai trouvé ça:
http://www.deezer.com/album/7370397

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS a dit…

Bel exercice littéraire dont je serais bien incapable !

Et pour la météo, que le ciel soit clément avec toi pendant ce week-end.
Amitiés.

Roger

Chri a dit…

@ Merci Roger. Vous en avez subi une belle encore, vous!

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