08 juillet 2015

Sortie de route.

Pour les impromptus littéraires de la semaine. Le thème était: En sortant de l'école.

En sortant de l’école, les premiers jours de sa retraite, après y avoir travaillé trente huit années, le vieux concierge solitaire qui faisait un peu, comme on dit, partie des meubles, puisqu’il saluait maintenant les petits enfants des enfants de ses débuts, n’a pas du tout supporté de n’avoir plus à dire ni bonjour, ni au revoir à aucun enfant. Il a trouvé sa vie si vide sans leurs regards, leurs éclats de rire, leurs chahuts, leurs énergies vitales et leurs présences de feu. Il y a des tristesses qui ne se  guérissent pas.
Il n’a pas survécu à cet éloignement plus d’un mois entier.

Quelques jours après, aux alentours du quinze, il avait arrêté le soir du premier, on a bien essayé pendant deux bonnes heures, de le réanimer à deux pas de là, allongé à m’aime le trottoir, où il venait de s’écrouler, vers les onze heures trente, l’heure de la sortie de midi, les deux mains serrant à l’arracher, sa poitrine, s'écrasant les côtes, dans la région du cœur…
Malgré tous leurs efforts, les médecins du Samu déboulés en urgence de l’hôpital le plus proche,  n’y sont pas arrivés. 
Ils ont dit: Il a dû courir, il n'a pas supporté. En vrai, il y a des chagrins dont on ne revient pas.
Le vieil homme qui, pourtant, n’avait jamais eu aucune classe à s'occuper, mais tant d’enfant à embrasser, est donc mort pratiquement de sortir de l’école, après y avoir passé une vie.
Au fond, il y a des peines inconsolables.
Le nouveau venu, le petit jeune, celui qui l’a remplacé, n’a même pas eu vent de la nouvelle. Pas plus que les ribambelles d’enfants qui n’ont pas non plus appris la terrible  sortie de Georges.
En fin de compte, son immense peine n’aura frappé que lui.


Déjà qu'on est quand même bien peu de chose ici bas, alors si, en plus, on s'imagine sans importance…




6 commentaires:

M a dit…

Dis, je ne voudrais pas faire celle qui... mais c'est la copie d'un élève qui a besoin que sa sortie de classe ne soit pas la dernière ? Ou c'est l'émotion d'une grande perte ? Ou le mistral entre les zoreilles ? Ou... va savoir !
" Quelques jours après, aux alentours du quinze, il avait arrêté le soir du premier, on a bien essayé pendant deux bonnes heures, de le réanimer à deux pas de là, allongé à m’aime le trottoir, où il venait de s’écrouler, vers les onze heures trente, l’heure de la sortie de midi, les deux mains serrant à l’arracher, sa poitrine, s'écrasant les côtes, dans la région du cœur… "
Celle que j'aime par dessus tout : "à m'aime le trottoir" !
SINON, ce n'est pas parce que tu as signé pour deux mois qu'il faut baisser les bras mmm ! Quoique commettre ce genre de sortie (de route) demande un certain effort !

chri a dit…

@ M Une humeur qui passe, sans doute alimentée par la nouvelle d'un jeune voisin, vingt ans ds un coma provoqué à La Timone à cause d'une chute en scooter sans casque... Vingt ans c'est tôt pour sortir...

Brigitte a dit…

il aurait été mieux à m'aime la plage non ? ou encore l'herbe tendre ? On est bien peu de chose ...
Bon week-end ensoleillé

chri a dit…

@ Brigitte Merci à vous. Bonne fin de semaine aussi, à vous..

Loïc Tizef a dit…

Il est difficile de réussir à ne pas faire de sa profession sa seule raison de trouver un sens à sa vie : La chute n'en est que plus brutale ...
LOIC

chri a dit…

@ Loïc Bienvenue à vous ici! Vous avez raison!

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