10 janvier 2016

Tu bassines.

Me bassine pas avec tes états d’âme, veux-tu ? Sois mignon. 
Le monde, ce si merveilleux monde dont tu chantes les louanges à longueur de jours est à feux et à sangs, à tripes à l’air et à souffrances et toi, la seule chose qui te vienne à l’esprit, le seul acte que tu poses, la seul parole qui t’arrive est de venir me pleurnichailler dans les ourlets à propos de ta récente rupture…
S’il te plait, reprends-toi, ressaisis-toi, essaye de récupérer une once de décence, un soupçon de vergogne, fais-t-en une jolie écharpe, couvre-t-en les deux épaules comme s'il s'agissait d'un châle de dignité retrouvée. Ouvre les yeux, regarde-la, entends-la, la douleur du monde si tu n’es pas capable de la percevoir. Il y en a plein les journaux, chaque jour que Dieu fait, les radios en sont farcies et je ne parle même pas des télévisions qui font leur graisse dessus. Ah, elles ne sont décidément pas faciles à esquiver les douleurs de la planète et celui qui ne les voit pas c’est qu’il ne veut, simplement, pas les voir. Avoue qu’il faudrait être un sacré foutu ermite éloigné pour ne pas en avoir connaissance. Et ce constat fait, la seule chose dont tu veuilles m’entretenir, le seul sujet de conversation qui te déboule du cœur, ton unique préoccupation est ta misérable petite rupture…
___ Huit ans quand même…
___ Huit ans, huit ans et alors ? 
___ Salaud! Huit années c’est un bail, une vraie durée, quelque chose de bien installé, qu’on pouvait s’imaginer être un peu solide…
___ Et alors ? Ce que tu pleures c’est que ça ait duré si longtemps ou bien que ne continue pas davantage ?
___ Ce que je pleure, ce qui m’attriste, c’est que je ne vais plus ni la voir, ni l’embrasser, ni penser à elle en souriant quand nous ne serons pas ensemble, ni l’attendre une pointe d’impatience au ventre quand elle ne sera pas là, ni faire en fonction d’elle, ni partager avec elle… Je sais bien ce qui va m’arriver dans les mois qui viennent et ça me fait peur. Je vais m’éteindre comme une vieille ampoule, je vais avoir froid aux osses et moi, je n’aime pas le froid…
___ Et alors ? Passé ce moment délicat, tu vas rencontrer quelqu’une d’autre pour qui tu éprouveras les mêmes sentiments, les mêmes attentes, les mêmes craintes et tu le sais bien, ce n’est pas ta première rupture quand même.
À t’entendre on dirait que tu sors de l’œuf, que tu as dégringolé avec les gouttes de la dernière averse, que tu es un perdreau de l’année qui a, pauvre petit chéri, manqué l’ouverture de la chasse… Alors que tu as, quand même, des milliers de kilomètres au compteur, quelques trimestres de carlingue, mon joli capitaine, je suis désolé de te le rappeler aussi brutalement mais tu n’es plus si jeune, tu serais même plus âgé que jeune si tu veux mon avis… Une rupture? Estime-toi heureux! À ton âge, les seules ruptures inquiétantes que tu risques, elles sont plutôt d'anévrisme! Alors, une de perdue.. une de perdue. Point.

L’autre, en faisant demi-tour pour quitter la pièce, après avoir jeté un dernier coup d'oeil dans le miroir de l'entrée et essuyé une larme en train de naître au coin d’un œil, a laissé traîner dans son sillage :

 ___ Toi, vraiment, je te retiens, c'est la dernière fois que je me confie à toi. Comme  psy, y a pas à dire, t'es sans doute un cador, mais comme ami, tu n'es qu’une bassine à merde... 
Et je le sais,  en disant cela, je ne suis pas très gentil avec la merde.


2 commentaires:

brigitte celerier a dit…

ma foi je n'aurais pas eu ces mots, mais l'a pas tort, le malheur du monde n'empêche pas la douleur personnelle, et la penser dérisoire ne peut que la rendre plus navrante, et l'entendre dire dérisoire ne peut que révolter

véronique a dit…

c'est l'histoire du cul de jatte que se plaint et son copain de lui répondre : c'est bien beau tout ça, mais ça ne m'enlève pas mon corps au pied !
chacun ses petites misères Christian ... oui, je sais c'est pas bien mais quand même parfois, c'est bon de se plaindre un peu ! moi, j'aime bien .......... parfois !

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