06 juin 2014

Omaha Bed.

J’avais éteint le poste, lassé terrifié des images si violentes de toute une jeunesse tassée au fond de barges, qu'on allait débarquer pour être massacrée sur une plage de France, de sable, sous le feu, la mitraille et l'acier.
Je m’étais couché vers minuit. 
Dans leur chambre c’était redevenu calme après la tempête à laquelle ils ne nous avaient pas conviés. Au moment d'éteindre les lumières, ils  avaient dû engueuler comme d’habitude à propos de rien et cette altercation n'avait pas permis à leurs parents d’être ni juste, ni cohérents, ni persuasifs. Alors, à court d’argument, ils avaient fait mine de sévir avec la grosse voix qui va bien:
___ Si ça continue, vous prenez chacun une fessée carabinée. 
C'est ce que j'avais nettement entendu. Et puis, ça c’était apaisé. J'avais salué le Miracle comme il se méritait. 
Je m’étais endormi assez vite en me disant que le lendemain matin, au moins, je serai un peu tranquille, il récupéreraient. Tu parles.  J’avais eu droit à un réveil en sueur à cause d’un vilain cauchemar. Une saleté de mélange des images de tous ces pays en guerre et de notre vie à nous si en paix... 
Dans la nuit, je m’étais levé vers trois heures pour aller pisser. Oui, j’avais enfin et malgré moi atteint cet âge où les nuits ne se font plus d’une traite à moins d’employer les gros moyens : Ne plus boire après midi ou mettre des couches. J’avais pu voir que dehors, le temps était épouvantable. Pluie et vent. Encore un juin de merde qui s’annonçait. C’était malheureusement le lot depuis quelques années et ça continuait parfois jusqu'en Aout. Où étaient-ils les juins à hannetons ? Je me suis souvenu encore de ce juillet entier passé à bricoler une barrière de bois à la lueur d’un néon malade, tout enfermé dans un garage… Les saisons foutaient le camp et ça n'inquiétait encore pas grand monde. 
La pluie battait les vitres que, bien entendu, profitant d’une accalmie, j’avais nettoyées la veille.
Je somnolais gentiment, une oreille inondée par les pitoyables nouvelles du jour à venir, ainsi que celles  du jour passé. Le monde n’était pas dans une  forme éblouissante. Le climat se dégradait, tout le monde s’en foutait, on mourrait par grappes entières à nos frontières, le monde s’en contrefoutait, en plusieurs endroits, on s’y assassinait à bombes que veux-tu et personne ne s’en préoccupait vraiment… Du moment que la bourse restait ouverte...
C’est à cette instant que ça a basculé. Il ne faisait pas encore tout à fait jour quand, en ce matin du six, les deux, ensemble, ont sans doute poussé la porte de la chambre et se sont apparemment jetés sur leur lit en hurlant.

Leur D Day à eux venaient de leur tomber dessus, et ça faisait à peu près trois ans, maintenant, que chaque matin il se recommençait... Leur chambre était pile poil au-dessus de la mienne et à chaque fois, je maudissais ces salopards d'architectes, ceux qui n'habitaient pas dans ce qu'ils construisaient. 
Aujourd'hui, j'aurais encore ma sinistre tête de dommage collatéral...


6 commentaires:

Tilia a dit…

Un histoire qui me rappelle celles de LaPatate, mon petit-rejeton chéri :-))

Nathalie Beaumes a dit…

Ah ouiche, les voisins du dessus. Les cabanes à lapins ne font pas le bonheur des gens aux grandes oreilles. Il vaut mieux être sourd.

PS - rien encore sur les capriers de BDV

chri a dit…

@ Tilia Je me suis souvenu!!!

@ Nathalie D'ac merci Nathalie!

Brigitte a dit…

J'ai d'la chance pas de voisins ni au-dessus ni au- dessous !!!
Bonne semaine

chri a dit…

@ Brigitte Profitez! Bonne semaine à vouzaussi.

Anonyme a dit…

Une tête de dommage collatéral, J'adopte l'expression.
Marie

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