31 juillet 2015

Au fond.

Au fond du fond, j’ai un très vilain fond.
Je suis une teigne, un méchant profond,
En vrai de vrai, je suis plutôt mauvais bougre
Si retors qu'il n’y a pas de rime en ougre.

Je hais les douceurs, les bises et les câlins,
Tous ces mamours je ne saisis pas bien.
Je fuis la mièvrerie, les gentillesses,
J’aime quand ça mord le gras des fesses.

J’en ai plus que soupé de l’Amour Universel
Je suis à l'affut des plaies à remplir de sel,
Il faut que ça pleure, que ça crie, que ça s’affole
Qu’il y ait du manque de chance, du pas de bol.

J’en ai ma claque de ces torrents de miel
De tout ce sucre qui dégouline en sirupant
Ce que j’aime c’est l'amer, la bile, le fiel,
Le mal, avec des bouts de rage dedans.

Plein le dos de la bonté, de la tempérance
Charité bien ordonnée ? Ne rien donner !
Marre des gentils, de la bienveillance
C’est aux poings que tout doit se régler.

De la baston, qu’il pleuve des beignes
Des bourres pifs, des bleus partout
Des mandales, des jets de lances,
Que tout se règle au jus de châtaigne.

J’ai beau dire, penser ou faire
C’est gravé dans mes trois hémisphères
Je suis un vrai méchant homme,
Qui n'aime que les pépins des pommes.

Là où j’habite, la chance, je suis servi
Puisque c’est sur terre que je vis.
Ici, on peut pas dire, savent s’y prendre
Pour le malheur ils font pas attendre.

Le sang y coule un peu partout,
Y pleuvent les gnons et puis les coups
À se demander comment nous faisons
Pour nous reproduire, grands couillons.



29 juillet 2015

Brune, comme un bel accident.


 C’est un peu après  la sortie du virage que je n’ai plus rien maîtrisé. Ma vie est partie en vrille pile à cet endroit là.
Jusque là tout s’était plutôt bien passé. C’était une belle journée de Juillet installée dans une tiédeur raisonnable, sous un ciel bleu limpide d’un seul tenant, le vent d’hier l’avait nettoyé, sur  une autoroute pas trop fréquentée, lors d’un trajet  bien connu du conducteur.  L’engin que je pilotais, une bagnole neuve de bas de gamme, même s’il avait un volant, un moteur et quatre pneumatiques en commun avec les Facel Vega ou autre Aston Martin n’en était que très éloigné du confort légendaire mais si on mettait à fond le volume sonore du lecteur de CD, la musique pouvait étouffer tous ses bruits parasites si agaçants à l’oreille, bref il suffisait de n’être pas trop exigeant sur le confort et les kilomètres s’entassaient gentiment sous le plancher. Chacun accumulé me rapprochait sans trop d'encombre de la fin du voyage. Je ne pensais pas si bien dire. On commençait à apercevoir les premiers signes d’une arrivée prochaine, les champs se rétrécissaient comme des peaux de chagrin, les pylônes électriques se dressaient comme une armée prête à en découdre, les bandes de bitumes s’élargissaient, les panneaux publicitaires étaient de plus en plus présents en menaçants, les avions de ligne au dessus passaient de plus en plus bas et le trafic s’intensifiait légèrement. Encore quelques kilomètres et ce serait la barrière du péage. Il s’agissait maintenant de ne pas manquer l’aiguillage vers la bonne autoroute finale.
J’allais attaquer un grand virage à gauche qui me remettrait sur la route de l’Est quand je me suis aperçu que je roulais un peu trop vite. À force d’avancer à une certaine allure, on ne fait pas gaffe, on ne se donne plus la peine de ralentir, on garde la même pour doubler, on ne décélère pas quand les courbes se pointent, on s'endort un peu. C’est exactement ce qui m’est arrivé. J’ai laissé le pied droit sur la pédale. Au fond. En début de virage, tout s’est bien passé mais c’est à la fin que ça s’est gâté. En vrai, je ne sais toujours pas, des années après, ce qui s’est réellement passé. Je suis encore aujourd’hui absolument incapable de décrire avec précision ce qui m’est arrivé Je me souviens juste d’une sorte de longue glissade et d’un désordre incroyable dans l’habitacle de la voiture. Tout ce qui n’était pas fixé s’est mis à voler autour de moi. Tout ce qui était posé sur le siège passager l’a quitté : Cartes, sac, portefeuille, portable, appareil photo, cigarettes du paquet, lunettes, cd et ça tournait, ça tournait, ça n’en finissait pas de tourner. Et puis, le gris de la barrière de sécurité s’est jeté sur l’avant de ma bagnole. Il n’a pas aimé, l'avant. Il s'est comprimé comme un poumon malade. Après le choc que j’avais un peu amorti en serrant fort les bras, j’avais aussi la ceinture, quand le silence est revenu une jolie fumée blanche est montée droit dans l’azur. Le radiateur, explosé, venait de rendre l’âme ainsi sans doute qu’une grande partie du moteur. J’ai dégrafé ma ceinture, je suis sorti de la voiture, la porte a couiné, bien heureux de n’avoir pas de miroir, je devais avoir une de ces têtes d’abruti apeuré, hébété, perdu.
Je me suis assis sur le gris gondolé. Au passage, j’ai attrapé une clope qui trainait sur le tapis de sol et je me la suis allumée.
C’est là que ma vie a basculé. Elle est arrivée d’en face, elle avait tout vu de l’accident, elle s’était garée en quatrième sur la bande d’arrêt d’urgence et elle avait cette folle traversé les deux fois quatre voies en cavalant. Elle avait franchi ça comme qui rigole, sa jolie silhouette dansante si légère au-dessus des obstacles... Je l’ai juste vue se pointer lumière dans la lumière, j’en avais rarement vu d’aussi jolie. Une trentaine, brune presque noire, aux cheveux très très courts, un sourire éclatant, une robe de soie collée à elle à cause de la chaleur, aussi courte que ses cheveux, bronzée comme une baguette sortant du four, des yeux d’un vert à le peindre, profond, dense, une sorte de miracle sur jambes fines…  Une Marie Madeleine tenant une bouteille d’eau minérale à la main et me l'offrant :
___ Ça va ? Vous n’avez rien ? J'ai tout vu, dites, vous avez eu chaud, c'est votre jour de chance, aujourd'hui... Votre voiture par contre… Elle va rouler beaucoup moins bien maintenant…
___ Je me doute, j’ai dit bêtement.
Elle s’est assise sur le gris pendant que j’appelais l’assurance. Je voyais bien qu’elle me regardait, qu’elle me jaugeait. Je me sentais scruté. Quand j’ai raccroché, après qu’ils m’aient promis une dépanneuse dans le quart d'heure qui vient, elle m’a fixé et, le plus sérieusement du monde, elle a posé entre nous :
___ Ça tombe bien votre accident, finalement, je vais passer huit jours à Ré dans une maison que des amis me prêtent, j’y vais seule mais je déteste ça. Vous ne viendriez pas la passer avec moi, cette semaine ? Pour vous remettre ? Je vous emmène et je vous ramène… Pendant qu'ils réparent votre voiture? La maison est grande, en bord de plage, il y a plusieurs chambres et même une piscine...
J’ai laissé un temps de silence, je ne voulais pas qu’elle pense que je suis un garçon facile et puis, vaincu, j’ai menti sans vergogne :

___ Heu... Je n’ai rien à faire les jours qui viennent et en plus, je ne suis jamais allé sur  l’île… 
Mon jour de chance, elle avait dit.



26 juillet 2015

Des cheveux d'ange.


J’avais remarqué son étal l’automne dernier. Et pas seulement parce que je la trouvais jolie mais surtout parce qu'elle l'était.
Elle vendait des objets de décoration pour la maison, des trucs un peu anglais comme on en trouve pas mal par ici pour ces gens qui ont de jolies maisons très brittaniquement babiolées. Dans l'esprit de Béatrix et pas d'Harry: Des petits lapins blancs folâtrant dans les  pluvieux cottages et verdoyants, mais sans la sauce provençale, c'est à dire bleu lavande, cigales olives et tapenade, et pas comme le commerce de certains autres où tout venait de Chine...
Ce qu'elle proposait, elle, était plutôt dans le registre élégant et raffiné. Pas mal de tissus, aussi, de la même veine. Nappes et dessus de lits.
Le dimanche matin, dans le coin, c’est LE marché. Comme dans pas mal d’endroits. Ici, c’est celui de l’Isle, le plus couru de la région surtout par tout ce qui ne parle pas français… Un peu à cause de l'endroit, pas mal à cause des antiquaires. Il faut bien les meubler, les jolis mas retapés. J’y vais chaque dimanche, faire mon tour. Soit à pieds quand il fait beau et que je n’ai pas la flemme, soit en moto, en cas de grand soleil et de paresse, soit en bagnole s’il vente ou s'il pleut. Enfin, quelle que soit la météo, j’y vais. Un genre de messe. Je ne communie pas toujours mais j’y suis. Je ne prie pas à chaque fois mais on m’y voit. Une fois là, je me débrouillais pour passer plusieurs fois devant son stand pas seulement pour ce qu’elle vendait. Aussi et surtout parce qu’elle était drôlement jolie.  C’est ainsi qu’on avait passé l’automne ensemble, elle et moi. A ne se voir qu’une fois par semaine, à ne pas nous parler mais comme ça on ne risquait pas l’excès de fréquentation, comme ça on avait peu de chance de se mésentendre. Je crois même que je ne lui ai jamais rien acheté. Heureusement qu’elle ne comptait pas sur moi pour vivre. Et puis, vers Novembre, je ne l’ai plus vue. Je l’ai cherchée deux ou trois marchés mais sans la trouver. Je me suis dit qu’elle avait changé d’endroit, de métier, peut-être qu’elle s’était mise à la colle avec un gentil client et que le dimanche elle restait, maintenant, sagement (hum...) au chaud du lit avec son nouvel amoureux ?
Et puis, vers le début Décembre elle a réapparu. Elle portait sur la tête des turbans de toutes couleurs, très joliment arrangés au-dessus de ses manteaux d’hiver à l’élégance raffinée. Des turbans ou des chapeaux, ou des casquettes ou des bérets, cela dépendait des dimanches. Elle n’avait jamais la tête nue… Un matin de la mi janvier, je me suis approché plus près des son étalage. J’ai vu que ses sourcils aussi avaient foutu le camp. Et je me suis dit que rien n’aurait pu cacher ses cernes, les deux noirs, qu’elle avait sous ses yeux magnifiques et verts, qui creusaient son visage comme deux rigoles tristes. Elle avait l’air défait et las. Et même ce qu’elle vendait semblait plus terne. Après, pendant de longues semaines, je ne l’ai plus revue. Au moins tout l’été. Je l’ai cherchée dans toutes les ruelles, il arrive que les forains n’aient pas toujours le même emplacement. J’ai cherché son étal, si je voyais ses objets, si je la voyais, elle. Mais non, rien pendant des mois. Je n’ai pas voulu penser au pire mais en écrivant cela, c’est bien le signe que j’y ai songé…
À chaque dimanche, je faisais deux ou trois tours de ville pour tenter de mettre les yeux sur ses anges de pierre, ses bouquets de lavande, ses nappes mais envolés les anges, fanées les lavandes, pliées les nappes… Je savais désormais pourquoi j’allais faire un tour de marché le dimanche: Revoir la si jolie vendeuse d’anges, celle aux deux beaux yeux verts et aux turbans de couleurs qui cachent une vilaine calvitie de chimio.
Hier, donc, je tournais dans les ruelles. Ce que j’ai aperçu en premier c’était ses angelots. Mon cœur a accéléré d’un coup. Elle me tournait le dos, elle avait le buste penché dans des cartons. Je me suis approché de son étal. Elle s’est relevée et s’est tournée, elle avait la tête nue. D’extraordinaires et merveilleux cheveux bruns très courts, presque ras encadraient son visage lumineux et agrandissaient davantage les deux perles vertes au milieu. Au-dessus d'elles, des sourcils superbes pour les surligner...
Je me suis arrêté net, un trait de larmes a manqué jaillir des petits miens. Je ne crois pas que, de ma vie, un début de chevelure de femme ne m’ait procuré autant de bonheur. J’étais bouleversé.
Nous nous serions connus, j'aurais couru vers elle les bras tendus. Je l'aurais embrassée et serrée et nous aurions tourné longtemps en nous regardant les yeux dans les yeux, tout à nous, pleinement vivants, dans la douce tiédeur de ce dimanche matin d'automne ensoleillé.
Elle, elle aurait ri, mais ri… jusqu'aux éclats. D'un rire d'ange... 
D'ange heureux.



21 juillet 2015

Avec le temps.

Il avait tout laissé en plan et il n'était venu là que pour elle.
Un peu pour lui, aussi. 
Il l'avait rejointe dans une petite ville des montagnes du sud. C'était l'été. Normalement, il n'aurait jamais du être là, et pourtant il avait fini par y débarquer. Alors, eux deux réunis, pendant quelques jours, ils avaient tenté crânement l'impossible: Oublier le reste du monde. Ils se pensaient rocs, ils se rêvaient granit, ils se voulaient indestructibles mais  en vrai, ils n’étaient que plume.
Au plein midi du troisième jour, ils avaient été rattrapés par tout ce qu’ils avaient essayé de fuir. Le monde leur était revenu bien en face, droit dans ses bottes, fracassant, puissant, violent. Alors, perdu pour perdu, il avait filé, à l'anglaise, honteusement. Il  s'était installé au volant de la voiture, juste, tu parles, pour rouler un peu. Elle s'était arrêtée auprès de la rivière Ubaye, tout près d'un pont de bois qui la franchissait et qu’il connaissait bien pour y être déjà venu autrefois. Il était sorti, il avait marché sur le pont, jeté un oeil dans le fond, sur les bouillons du torrent serré comme une gorge par des mots qui ne pouvaient plus venir. Le chemin, en face montait de traviole vers un lac, plus haut. Huit cent mètres de dénivelé... 
Il avait laissé le serpent de terre derrière lui, puis tiré droit parmi les ronces et les framboisiers sauvages se griffant les coudes et les genoux aux épines des ronces, suant et soufflant comme un animal blessé il s'est mis à marmonner: avec le temps arf arf blessé et fou, arf arf arf, écrasant le rouge des fraises des bois et le mauve des digitales, avec le temps va, tout s'en va arf, s'agrippant aux racines des sapins, arf arf, rageant contre les pierres qui freinaient la montée, arf, rugissant au passage des fossés, arf arf, se fracassant les épaules et le crâne aux branches les plus basses, les mots des pauvres gens arf, se raclant les coudes aux souches mortes des mélèzes morts, arf arf, se zébrant les joues aux branches sèches, arf… Comme pour  s'encourager, il avait commencé doucement et pour finir il hurlait à tue-tête et en vrac ... tout seul, peut-être, mais peinard... floué par les  années perdues... Alors, alors vraiment Le souffle lui manquait, ses poumons le brûlaient, son crâne explosait, ses muscles durcissaient. Il se tordait les chevilles et les genoux mais avançait, avançait. Les sauterelles, les abeilles et les autres qu’il dérangeait le regardaient passer, affolés. Il avait grimpé là-haut d'une traite comme un diable malfaisant à qui on aurait foutu tous les feux de l'enfer aux fesses...
Avec le temps, on n'aime plus...
Une heure après, c'est épuisé, meurtri, trempé de sueur, les vêtements déchirés, la tête en sang,  mais vidé de sa toute rage qu’il a débouché, hagard, vaincu, sur le pré du haut, celui qui bordait le petit lac large comme deux paumes de mains. Il s’est  laissé tomber sur le vert pâle de l'herbe douce des rives du lac bleu. Il  n'était plus qu'une plaie effondrée, étendue sur de la mousse tendre. Il a laissé son regard s'alanguir sur la vallée qui se préparait à accueillir le noir pointant de l'Est. C'est la fraîcheur du soir venant qui l'a sorti de là. Il est revenu à lui et malheureusement, il est également revenu au monde... Le noir gagnait déjà et, dans le fond, la retenue du barrage de Serre-Ponçon ouvrait ses mains comme pour s'apprêter à recevoir ses premières étoiles filantes. Il est redescendu par le chemin forestier. En bas, vidé, exsangue, il est remonté dans sa bagnole et a rejoint la ville. Juste après, avoir  nettoyé les plaies ouvertes de ses avant-bras à  la fontaine, il a marché titubant dans la rue principale. C'est là qu'il l'a revue. Elle y était, plantée dans le plein milieu, comme un phare, parmi la foule, rayonnante et soulagée de l'y revoir. Au visage, un sourire de Sainte Thérèse large comme l'avenue. Quand il s’est approché d'elle, en lui prenant le cou de ses deux mains tremblantes, elle lui a glissé dans l'oreille, d'un ton impérieux et doux, avant de l'embrasser: "Tu ne me refais plus jamais ça..."
Il n’a pu prononcer aucun mot mais qu’il s’est senti heureux… Et si profondément triste… Et si vivant. C'est qu'il était si tant profondément amoureux. Il a mêlé quelques larmes au doux de ses mains.
Il savait, lui, à cet instant, qu'elle n'avait encore rien vu.


17 juillet 2015

Au Partage.

           Elle, c'est de plus haut qu'elle vient. 
Elle déboule de la Fontaine de Vaucluse, droit du coeur profond de la terre. Celui qui est en prise directe sur le ciel. Si directe que deux jours après une pluie, elle se gonfle comme un génois sous la rafale. Là-bas, à quelques kilomètres, jamais, ô grand jamais tu n'auras vu de ta vie toute entière une eau si belle, aux fonds si clairs, balayés d'herbes vertes et longues comme des cheveux longs de princesse oblongue et devient torrent... 
Ensuite, elle cavale sous le dessous de Saumane, tu sais, ce village où la route est creusée dans le roc pour y accéder, où il n'y a qu'un restaurant "Le bistrot de Saumane" le bien nommé. 
Après, elle s'approche de L'Isle, là où on l'a  divisée en deux, pour mieux serrer la ville dans ses deux bras. Parce qu'elle embrasse cette rivière-là. Avant de se dédoubler, elle aura mouillé les berges en amont, de ses fraîcheurs de jouvencelle. Voilà, cette rivière est une jouvencelle qui s'alanguit au Partage. 
Là, elle bute contre un muret de pierres, ombré de deux ou trois platanes comme on les aime ici, généreux, protecteurs, patriarches puis elle  se sépare en avants bras.
Il y a longtemps, du temps où l'on savait faire, on y a construit deux digues comme pour  garder l'eau un peu pour soi, la retenir, en profiter encore... Un tiers à droite, deux tiers à gauche. Bien vu. Méfie-toi, si tu les empruntes pour passer de l'autre bord, elles sont glissantes comme des savonnettes, on n'est pas si loin de Marseille... Et, c'est ici comme un Lac couru d'un courant musclé qui s'offre à toi. Une eau courante et elle court vite crois-moi. Une eau galopante devrait-on dire. Des deux côtés des digues, dans le lit du milieu, des profondeurs baignables pour qui n'a pas peur d'avoir le corps saisi par le frais de l'eau. Il y a, dans le milieu des ondes, des îles changeantes en fonction des courants, des îles volages, des îles qui se déplacent, des îles flottantes, presque. Aujourd'hui là, demain un peu plus loin et le blanc clair et chauffé des gravières où les poissons vont frayer puis naître, où l'on s'allonge parce qu'on ne peut pas faire autrement. Si bien, on y est si bien... Imagine-toi, posé sur des îles de rêves, des mains de sable doux... Auprès du muret, les soirs d'été, en tendant l'oreille, tu entendras les flonflons dansants de l'accordéon musette, pour qui n'en a pas apporté, on peut en effet, y manger sous les lueurs colorées d'une guinguette mais rassure-toi, la musique qu'on y entend est surtout celle de l'eau qui chute des digues. À quelques mètres le piano à bretelles est réduit au silence...
Ce Partage là est à goûter quelle que soit la saison et l'été n'est pas la pire, quand dehors le chaud a donné tout le jour, si tu t'y trempes à l'heure du coucher du soleil tu sentiras comme un mieux-être qui te vient d'ailleurs, un frais qui régénère, qui ravive, il prépare à une soirée plus douce encore. Du reste, garde-toi de rester trop longtemps dans la presque glace, va plutôt boire un verre, à cette heure, c'est permis puisqu'elle vient d'ouvrir ses volets. Mais rien d'autre ne te pousse au bain que ton envie, tu peux aussi et seulement y boire un verre, y lire un livre, y tenir une conversation avec une personne de choix, évidemment  de choix ou bien t'asseoir sur les berges dans l'herbe tendre et laisser s'écouler le temps, rien ne sera perdu. Ici, c'est un des miracles du lieu, tu n'es obligé de rien. Pas même de faire quelque chose. Tu peux simplement y être... et t'amuser à tourner sept fois ou plus cette phrase dans ta ciboulette en faisant  des mines de sommelier fou: "Regretter moins, espérer moins, ainsi vivre davantage..."  Et même si n'être vraiment que là où on est ne semble  pas si facile qu'il y parait, ton plaisir, lui, te dira sans se tromper, la marche à suivre. Lui obéir plus souvent? Tu auras passé une heure ou deux au partage des Eaux dans la banlieue proche de L'Isle sur la Sorgue. Goûte ta chance, goûte-la bien. 
Remarque, rien n'est perdu, une fois parti, il t'en restera le souvenir. L'avantage c'est que tu peux même, celui-là, le partager.

Chanceux définitif...




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