12 juin 2016

Trente huit.

Pour la trente huitième fois, trente plus huit, il a mis des dossiers dans une caisse de plastique bleu, cette année elle était bleue, il l'a foutue, la caisse, dans le coffre de sa voiture, il a rendu ses clés, redonné le badge ouvrant la grille du grand portail, il a salué le gardien et il est rentré chez lui. Il a posé le tout dans le garage et il savait qu'il n’irait s'en occuper que vers la fin du mois d’Aout.
Une de plus, une de moins. Trente huit pour sa part.
Oh bien sûr ce n’est pas encore tout à fait fini, il lui restait quelques demi-journées à y retourner, mais dans l’ensemble, l’essentiel du boulot est fait, sa tâche, du moins pour cette année,  était accomplie.
Celle-ci, cette fin là,  il ne l’a pas attendue avec une si grande impatience que d’autres et il n’a pas non plus ressenti un si grand soulagement. Il y était et puis c’est tout. Ce jour était arrivé. À cette heure, il est déjà derrière lui.
Pour d’autres années, ce fut bien différent, il se souvenait d’une dans un environnement parfaitement hostile qu'il n'a pas finie, il avait été incapable, le dernier jour d’y aller, il avait prétexté une panne de voiture pour ne pas s’y rendre, pour s’éviter ça, il avait  atteint le bout du rouleau la veille et plus question de faire un pas vers là-bas. Plus question de revoir personne de là-bas. Comme tout le monde se foutait royalement de lui, ça n’en a gêné aucun. Dans l’année, ils avaient tellement fait peu de cas de sa présence qu'il n'a pas été surpris plus que ça. La bande de salopards !
Le jeudi midi ils se retrouvaient ensemble pour manger un morceau hé bien pas une fois, pas une seule fois ils ne lui ont proposé de partager leur repas avec eux. Evidemment, on le faisait venir cinq fois par semaine comme il habitait à soixante dix bornes, il passait pas mal de temps en voiture et pour couronner le tout, ils avaient refilé au type de passage qu'il était tout ce qu’il y avait de plus coriace. Un ensemble parfait. Humainement? Des poubelles  garnies. Il avait encore leurs détritus en travers de la gorge. Enfin, pas tous, il y en avait une qui avait été un peu prévenante et agréable. Elle était détestée des autres. Ceci expliquait cela. Heureusement, toutes les années, surtout au bout de la trente huitième ne se ressemblaient pas. Certaines avaient duré des siècles, d'autres avaient fusé comme des courants d'air, certaines avaient laissé des cicatrices, d'autres n'avaient rien pesé.
Il se dit aujourd’hui qu'il ne les a presque pas vu passer. 
Il se  souvient très bien que lorsque qu'il  était adolescent il était intimement convaincu qu'il ne ne connaitrait pas le changement de millénaire Avoir quarante sept ans lui semblait inatteignable et puis, cette fête est, désormais, assez loin derrière lui. Elle l’a à peine décoiffé.
Alors, trente huit…

Dans le fond, trente huit ans, ce n’est pas si vieux…


7 commentaires:

brigitte celerier a dit…

non c'est très jeune !
c'est juste un peu moins que la moitié de mon âge

véronique a dit…

mais pourquoi 38 Christian ? l'âge que vous aimeriez retrouver ? l'âge idéal ? encore jeune, pas encore vieux ?
40 c'est l'âge auquel j'aimerais revenir quant à moi !

chri a dit…

@ Véronique An non, lui il vient de boucler sa trente huitième année de travail... Si j'avais le choix? 20, je veux bien reprendre à 20 mais garder deux acquis plus tard. C'est possible sans que ça dérange?

M a dit…

L'heure des comptes !

chri a dit…

@ M avant les bilans qui seront faciles à faire.

Brigitte a dit…

38 mais c'est tout jeune ça et 47 pareil !!!
Bonne journée

chri a dit…

@ Brigitte Ah oui n'est-ce-pas!

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