23 septembre 2014

L'arme à l'oeil.

Pour les impromptus littéraires. La consigne: Qu'elle soit d'eau, de vin, de rosée, de miel..., une goutte tombe et vous éloigne de la photo que vous contemplez depuis une semaine. Racontez-nous qui elle est, d'où elle vient et où elle va.


Au tout début, une boulette se forme. Comme un noyau d’avocat. Un truc dur, qu’on sent à l’intérieur de soi. Qui grossit. Dedans. Qui monte. Du bas. Et qui s’étend, étreint, oppresse et envahit.  Qui prend toute la place dévaste et dérange ce qui était là avant, paisible au calme. D’emblée, quand la boule nait, l’humeur change. Vous pouviez être en train de lire, de recoller les morceaux d’une porcelaine, d’éplucher des carottes pour les râper, de jouer, de sourire, de peindre une aquarelle, d’éclater de rire, tout bascule d’un coup, d’un seul. En une demi-seconde, c’en est fini, vous êtes pris, attrapé, dans les phares, serré au col, étouffant, submergé. Vous manquez d’air, vos poumons en cherchent, ils rétrécissent et finiraient par pouvoir tenir dans une main. Il n’y a plus une molécule d’oxygène dans la pièce où vous êtes, vous en essayez une autre. Vous êtes mal. Vous avez mal à la poitrine et ça ne fait que commencer. Ça c’est le début, parce qu’il y a un après.
Il suffit de trois notes. D’elles, de ces trois accords de piano, naissent trois sanglots contenus. Ils vous font cet effet là à chaque fois, où que vous soyez, quoique vous fassiez. Alors vous regardez autour de vous pour voir si on vous a remarqué, si on peut vous voir ou bien si vous allez être tranquille et si vous allez pouvoir vous abandonner.
On ne peut vous voir. Vous êtes dans le noir, dans un angle mort, dans un endroit surpeuplé, bref vous êtes seul. Vous pouvez y aller. Le derrière des yeux vous pique, votre regard s'embrume et puis, elle arrive. Elle vient d’abord et toujours de l’œil droit. De son coin. Elle y prospère au bord avant de s’écouler. Elle est salée au delà du raisonnable. Du reste, elle même n'est pas raisonnable. Et d’un coup, elle glisse le long de la narine. C’est toujours pareil, toujours le même effet à chaque fois qu’il attaque : Si tu aimes les soirs de pluie, Mon enfant mon enfant, Les ruelles de l’Italie… Ça te fait la même chose. S’emparent de toi, une tristesse infinie mêlée à une petite honte aussi… Depuis le temps… Il poursuit : Et les pas des passants, L’éternelle litanie des feuilles mortes dans le vent… 
Alors, la première goutte s’écoule, c’est fait, c’est mort, tu es ridicule, mon pauvre vieux, cherche un mouchoir, un bout de tissu, quelque chose pour m'essuyer ça, empêcher la prochaine, je n'y peux rien, cette chanson, à chaque fois, elle me fait le coup, aussi sec, dès le tout début, ça monte, ça coule...
Ça y est, je pleure.

14 commentaires:

odile b. a dit…

Elle chantait :
"Il pleut sur le jardin sur le rivage
Et si j'ai de l'eau dans les yeux
C'est qu'il me pleut sur le visage"
...

Chri a dit…

@ Odile Oui oui, c'était Anne vanderlove :-)

M a dit…

Pfff ! La mienne dépend de tellement de choses qu'il y en a quelques unes ! La première qui me vient c'est Bashung (comme un lego) ; sinon Jamait (Même sans toi), Kent pour sa voix... Une note de violoncelle bien sûr, on a souvent une bonne raison quelle qu'elle soit, même purement contemplative.
Belle journée... grise !

Chri a dit…

@ M J'en ai un paquet, aussi qui me font l'coup à chaque fois! Sensiblerie quand tu nous tiens :-)

Brigitte a dit…

Parfois c'est bon aussi de pleurer, ça lave ...il suffit de peu pour que ça monte et déborde bien vite !!!

Chri a dit…

@ Brigitte Oui, il suffit de rien, parfois :-)

véronique a dit…

je vous réponds en l'écoutant .. je pleure pas mais c'est pas loin !
elle est belle cette chanson Christian

moi, c'est le sourire attendri et le regard si doux de mes petits enfants qui me font pleurer !
alors je pense à eux quand je serai plus là, comme ils me manqueront... elle est bizarre cette phrase ! j'espère que vous la comprendrez.
ouais, c'est triste çà !

Chri a dit…

@ Véronique C'est pour ça qu'il faut s'en repaître et s'en gaver!!!
Oui, je la trouve très belle cette chanson de Biolay mais j'aurais pu en prendre cent autres qui me font le même effet larmoyant :-)

Chri a dit…

@ Véronique Et celle-là?

https://www.youtube.com/watch?v=kSbZq9U2pUs

Anonyme a dit…

Pour la couronner d'un sourire... ému !
http://www.deezer.com/track/3104972

Anonyme a dit…

Et Zut, signé : l'âne M

Chri a dit…

@ M de Nîmes oui oui et celle-ci? Elle le fait celle-ci?

https://www.youtube.com/watch?v=O-wLM-u56m8&list=RDO-wLM-u56m8#t=5

Anonyme a dit…

C'est malin ! J'avais pourtant bien commencé la journée !!! Vais laisser passer le frisson le long du trajet ! Yenaqui... upercutent bien comme il faut.

Chri a dit…

@ M Les uppercuts ça va toujours par deux!!!

https://www.youtube.com/watch?v=qAfmdtS7QHo

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