09 mars 2013

La sniper aux poireaux.


Un dimanche comme un lendemain de samedi. C’est un jour de marché dans une ville du Sud somme toute très touristique traversée par des sorgues nerveuses. Un petit groupe d’italiens photographes en balade, leur langue évadante tombe à l’orée d’une ruelle, en arrêt sur une des vieilles maisons de la ville. Une ancienne au crépis rose en partie couverte de lierre sauvage. Belle union des deux couleurs. Ils commencent à la mitrailler sous tous les angles possible et imaginables. Et même certaines poses peu raisonnables à moins d’avoir dans ses carnets l’adresse d’un ostéopathe de génie. Ils fusillent et commentent et posent et recliquent. Ils la trouvent vraiment photogénique cette façade.
Arrive de la place une mamie d’ici. Une vraie indigène avec son accent, grave. Une en blouse noire à fleurs blanches courbée comme un traître, elle s'avance à petits pas, à petits yeux, à petits sourires. Elle les voit sans les regarder, elle les renifle sans le laisser penser, elle les juge sans rien leur accorder. Elle a au bout d’un bras un panier plein débordant de poireaux. Avec son accent de l’autre monde, d’un autre siècle, d’une autre sorgue, elle leur envoie tout fort pour bien qu’ils entendent et tout lentement pour bien qu’ils comprennent :

Photographier un mur qui tombe si c’est pas malheureux! 
C’est bien une idée d’estrangers tiens!
Heureusement qu’il y a du lierre sur ce mur parce que sinon ce serait la pire des façades de la ville.
On devrait même l'interdire aux regards ce mur et les touristes devraient pas avoir le droit de sortir de chez eux!

Quatre phrases en rafale, bien nettes, visant juste. Pas de blessés, pas de prisonniers. Quatre petites phrases pour anéantir l'intérêt des milliers de kilomètres parcourus pour aller à l'autre bout des pays photographier des murs que les gens du coin ignorent, quand ils ne les souhaitent pas ravalés... Le remarquable serait ici sous nos yeux et nous ne saurions pas le voir? 
Une fois qu’elle a déposé sa diatribe au milieu de la ruelle, elle poursuit sa route sans même se retourner pour constater l’effet produit mais au fond d’elle même et tout autour d’elle on sent le plaisir qui sourd. On le voit jaillir. Elle en a le cœur qui sourit. Ils en ont lâché leurs appareils.

La sniper aux poireaux  avait frappé. Fort.


11 commentaires:

M a dit…

Ils sont comme pris entre deux feux !

Chri a dit…

@ M Et c'est ELLE qui les a dégommés!!!

Laurence a dit…

Ah ! l'accueil et la bonne humeur légendaire des français. Tout est dit Chri !!

Nathalie Beaumes a dit…

Ah ça les a fait craquer, les photographes? Ca m'étonne. J'aurais plutot pensé qu'ils auraient rigolé et continué en se disant que décidément les locaux n'avaient aucune idée de rien. En tout cas si c'est bien ceux que tu as photographiés, ils étaient en mission : y'avait du matos, et du lourd !

Slevtar a dit…

Rien que titre, on se dit là, va falloir que ça déménage !
Et en effet.
Dis, ça s'invente, ça ?

Chri a dit…

@ Nathalie: Disons qu'ils n'ont rien compris à ce qu'elle a raconté!
@ Slev La saillie seulement...

véronique a dit…

vous auriez du le photographier aussi ... ce mur, pour qu'on puisse en profiter !
égoiste :o)

en lisant votre petite histoire Christian, j'avais l'impression d'être là !

*Terre indienne* a dit…

Je vois la scène ;-)
Je ne savais pas que ça pouvait encore exister, ces mamis qui décoiffent. J'aime bien!

Tilia a dit…

En prenant de l'âge, on se permet enfin de dire tout haut ce qu'on pensait avant in petto et ça soulage !

Chri a dit…

@ Tilia: Oui, A voir le "sketch" inracontable du grand Didier Bénureau à ce propos!!!

Chri a dit…

@ Tilia Le sketch s'appelle: Allo Patricia...

Publications les plus consultées