08 septembre 2011

Bien sur...

                       Bien sûr, il y a la stupeur des paysages,  le chant lancinant des cigales et la chaleur plombante de juillet. Bien sûr, il y a les bouffées enivrantes des odeurs d'herbes de, les ruelles ombrées des  villages de pierres, les portes cochères prometteuses de jardins secrets. Bien sûr, il y a les restaurants parfois italiens sur les places de mairie, de ces endroits qui donnent l’impression d’avoir roulé deux jours pour y arriver tant on n'est plus ici. Bien sûr, il y a ces soirées d’ailleurs, de sud des suds, ornées du bruit rafraîchissant des fontaines publiques, des vols fébriles des hirondelles, des pipistrelles joyeuses  protégés par un ciel de coton fragile. Il y a des sourires accueillants, des galéjades gentilles et dans l’assiette des plats à avoir l’idée d’arrêter de vivre, on ne goûtera pas meilleur, de sa vie toute entière. Bien sûr, il y a les marchés animés d’une lenteur tranquille, les sourires et les invectives et l’accent qui chante derrière les étals, les profusions de légumes  de pleins champs où les fruits ressemblent à l'idée qu'on a d'un fruit, celle d'avant la fin du paradis. Bien sûr, il y a les douceurs des soirées où le temps se suspend, un peu comme s’il prenait la mesure de ce qui nous reste à vivre, comme s’il voulait retarder l’heure du coucher définitif et nous bercer d’illusion. Bien sûr, il y a ces aubes sereines où l’on profite du frais avant l’offensive de la chaleur à venir. Bien sûr, il y a les bains dans les sorgues transparentes, claires et nerveuses où le corps revit sous l’effet du frais. Bien sûr, il y a ces lieux merveilleux où l’on vient se recueillir au plein milieu des champs de lavandes, dans le silence et la majesté d'une combe oubliée. Bien sûr, il y a les garrigues sèches où le soleil s’étale comme une pâte molle et  tremblotte tout le jour. Bien sûr, il y a les toutes jeunes et très jolies mamans dans leurs robes de vent légères aux souffles soyeux, offrant plus quelles ne cachent, au sortir des écoles... Oui, ici, les femmes s'élégantent souvent, quelle que soit l'occasion, je le sais, j'habite à deux pas d'une primaire... et je les vois aussi les mamies toutes menues  aux cheveux bleuis de frais, dans leurs blouses neuves, un sourire de paix dessiné au visage... Bien sûr, il y a les longues approches des villes sous les tunnels protecteurs des ombres des platanes patriarches, les mazets de pierre comme des maisons de poupée perdues dans les alignements parfaits  des vignes arides, îlets de sauvetage... Bien sûr, il y a la Méditerranée pas loin mais comme une mère morte, sans états d'âme, sans allées venues, sans marées, comme confinée  dans un  bassin trop étroit pour elle. Bien sûr, il y a La roque sur Pernes, Oppède le Vieux, les hauts de Lacoste, de Saignon, les campagnes de Ménèrbes, de Bonnieux, du Castellet... Bien sûr il y a le toujours Ventoux triomphant posé comme un sein de femme sur une poitrine de plaine.
Mais, mon cœur, cet escroc fidèle, penche, encore, je le sens, le le sais, je le devine, je ne lui en veux pas, pour les tempérances océanes, les plages infinies de l’ouest du bout, leurs semelles de sable et le recommencé des dunes, les douceurs de septembre dans une Ré désertée, les avril de renaissance aux jaunes de genêts, les horizontales aveuglantes des miroirs des marais, les odeurs d’oyats, d’immortelles et d’ajoncs, les ports comme des points d’un départ possible, les solitudes tranquilles de Houat, Hoëdic, Ouessant, les couchants somptueux et leurs poudroiements de rouge, les ciels de traîne et leurs ballots de coton blanc, les maisons basses et blanches et leurs jardins enclos, les vanités rigides des roses trémières le long des murs d'enceinte, les pout pout poutan des bateaux de pêches revenant de galères, les humeurs changeantes des ciels soumis au mauvais défouloir des vents, les ciels de traîne, les queues de dépressions, les avis de tempête et les tombées des vents...
Un jour, mon coeur, peut-être... Plus tard dans mes saisons...
Avant que notre soleil s'éteigne, dans un petit peu moins de quatre milliards d'années... bien sûr.





16 commentaires:

nathalie (Avignon) a dit…

Ben oui hein, c'est la même histoire qu'hier, racontée à l'envers. Je comprends.

Tilia a dit…

Entre Bretagne et Provence
mon ♥ balance

Chri a dit…

@Tilia Avec un choix possible, ce serait un peu plus bas que la Bretagne...

véronique a dit…

comme je comprends ... et quel plaisir de vous lire aujourd'hui ! comment choisir entre une tarte au citron et un éclair au chocolat !
ce qu'il faudrait Chriscot, c'est un peu des deux !
mais cette nouvelle est une de vos meilleures ! oui, je sais, çà fait au moins 50 fois que j'écris çà mais là encore, comment voulez vous que je choisisse moi !

Tilia a dit…

Pas encore été en Ré. La presqu'île de Crozon, par contre, m'a laissé un souvenir inoubliable ! Pendant la canicule de 2003, c'était un des seuls endroits vivables et heureusement je m'y trouvais.

Chri a dit…

@ Véronique Et j'aurais pu en écrire autant sur Paris! En vrai il en faudrait trois! Merci des gentillesses qui sont comme un baume au coeur!
@Tilia Ré en Septembre... Grandiose! Ou Yeu ou Belle Ile...

Chri a dit…

Pas trois, quatre! Alors L'été à Paris, le printemps en Vaucluse, l'automne à Ré et l'hiver aux Antilles....

véronique a dit…

déclinez, Chriscot déclinez.
mais moi j'aimerais juste quelques mots sur Paris en Automne .. s'il vous plait !

│¯∩¯│¯∩¯│¯∩¯AVIGNON¯∩¯│¯∩¯│¯∩¯│ a dit…

Comme souvent, en venant ici, c'est la musique qui m'attrape !
Aujourd'hui la Samba da bençaõ...

Chri a dit…

@Michel: C'est au moins ça!!!

Lautreje a dit…

bien sûr il y a ici alors que là-bas ce serait tellement...
alors pour voyager vers là-bas, visiter le blog de Maïté... j'hésite moi aussi, un jour, qui sait ?
http://www.eclats-de-mots.fr/

Chri a dit…

@Lautreje Merci pour le lien... Là-bas, la douceur de l'air, les senteurs d'outre océan, le vent du large, les horizontales infinies, la puissance des vagues, la sérénité du bassin... etc etc

nathalie (Avignon) a dit…

Chri d'accord pour le choix des quatre mais pas d'accord pour le printemps en Vaucluse, c'est une saison trop pluvieuse. Pas d'accord non plus pour l'été à Paris, il ne fait pas assez beau en juillet !
Suis-je trop râleuse ? Je crois qu'il faudrait envisager une rotation plus variée...

Chri a dit…

@Nathalie Bon quand on en est là, on peut faire des allers retours... Il pleut à Paris, on file à Cap Breton... Il fait moche à Andernos, on fonce dans le Lot... Des chutes de neige fabuleuses à Serre Chevalier? On sort les skis... Comme ça ça va?

Chri a dit…

Pourtant l'été à Paris c'est une merveille! Il n'y a que des gens ravis d'être là, les touristes, les parisiens ont levé le camp... On peut se garer n'importe où...

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS a dit…

Sur ces griffure de sable qui cicatricent la plage, tout en longueur, j'aurai, probablement installé quelques poignées de pierre pour laisser un autre langage traduire mes pensées. Tu as choisi d'emporter ton regard dans cette photo puis tu est rentrée coucher tes mots d'émotion. Et c'est encore plus beau comme ça.

Roger

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