06 septembre 2011

Parce que... je suis...

très sensible à ce poème là sans trop bien savoir pourquoi mais qu'on s'en fiche un peu quand même...
Un art

Dans l'art de perdre il n'est pas dur de passer maître:
tant de choses semblent si pleines d'envie
d'être perdues que leur perte n'est pas un désastre.

Perds chaque jour quelque chose. L'affolement de perdre
tes clés, accepte-le, et l'heure gâchée qui suit.
Dans l'art de perdre il n'est pas dur de passer maître.

Puis entraîne toi, va plus vite, il faut étendre
Tes pertes : aux endroits, aux noms, aux lieux où tu fis
Le projet d'aller. Rien là qui soit un désastre.

J'ai perdu la montre de ma mère. La dernière
ou l'avant-dernière de trois maisons aimées : partie !
Dans l'art de perdre il n'est pas dur de passer maître.

J'ai perdu deux villes, de jolies villes. Et, plus vastes,
des royaumes que j'avais, deux rivières, tout un pays.
Ils me manquent, mais il n'y eut pas là de désastre.

Même en te perdant (la voix qui plaisante, un geste
que j'aime) je n'aurai pas menti. A l'évidence, oui,
dans l'art de perdre il n'est pas trop dur d'être maître
Même si il y a là comme (écris-le !) comme un désastre…

Elizabeth Bishop. (1911-1979).



One art

The art of losing isn't hard to master;
so many things seem filled with the intent
to be lost that their loss is no disaster,

Lose something every day. Accept the fluster
of lost door keys, the hour badly spent.
The art of losing isn't hard to master.

Then practice losing farther, losing faster:
places, and names, and where it was you meant
to travel. None of these will bring disaster.

I lost my mother's watch. And look! my last, or
next-to-last, of three beloved houses went.
The art of losing isn't hard to master.

I lost two cities, lovely ones. And, vaster,
some realms I owned, two rivers, a continent.
I miss them, but it wasn't a disaster.

Even losing you (the joking voice, a gesture
I love) I shan't have lied. It's evident
the art of losing's not too hard to master
though it may look like (Write it!) a disaster.


Elizabeth Bishop. (1911-1979).


3 commentaires:

clo a dit…

Quand nous aurons tout perdu et que nous serons nus la fin sera t'elle moins cruelle..?
Un joli poème Mr Chri troublant , très troublant..
Je vous souhaite une belle fin de semaine..

Nathalie a dit…

Magnifique... et qui mérite plusieurs niveaux de lecture, plusieurs approches tant on sent qu'il touche à des choses profondes. On pourrait être au coeur de l'esprit bouddhiste du non-attachement pour éviter la souffrance, mais ce serait simpliste.
Oui, magnifique.

Chri a dit…

@Clo; Nathalie: Je suis d'accord.

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