14 juillet 2012

Et colégram...

Pour Les impromptus littéraires. Le thème était: "Le piquant".


Ils étaient deux, côte à côte, enfoncés, effondrés, répandus, même, au plus profond du creux profond des sièges, leurs converses délabrées, délacées, délavées, alanguies, avachies, sur la banquette qui faisait face. Ils étaient deux. Leurs quatre interminables jambes vêtues dans des jeans bien  trop grands mais bien trop courts, cigarettes en étuis. Leurs maigres bustes couverts  de chemises trop petites mais bien trop boutonnées. Ils étaient deux, côte à côte, avec chacun un casque à musique sur les oreilles, leurs yeux invisibles derrière des lunettes de soleil, mâchant et remâchant des gommes à la vieille chlorophylle, leurs cheveux en batailles dérangées, comme coiffés avec des pinces anglaises, leurs juvéniles barbes naissantes et éparpillées. Ils lisaient, les deux, insupportables pour une vieillesse dans leurs jeunesses nonchalantes et débraillées. Chacun un livre. Enfin, ils en avaient chacun un ouvert devant le noir de leurs lunettes. Ils étaient deux et je m’amusais à les examiner. De leurs sacs éventrés, jetés là, à même le sol tremblant, dépassaient des convocations pour l’épreuve du baccalauréat de philosophie du matin. Celle qui les attendait sans doute au Lycée de la ville où ils se rendaient.
J'étais presque certain qu'ils lisaient puisque, de temps à autre, ils tournaient les pages de leurs bouquins. Ce geste insensé, ils l'accompagnaient d’un souffle, comme un de ceux de la  blanche baleine qui, ainsi, accélérait le geste, le poussant, l’expulsant. C’était un souffle d’encouragement à un effort exigeant visiblement une énergie folle. Et puis, le silence revenait jusqu’à la page suivante. Un moment, suspendant sa lecture, l’un a dit :
___ C’est râpé pour moi, je renonce, cette fois, je sais que... je ne sais rien!
___ C’t’un bon début, ça, pour la philo à dit l’autre… Un début, Senèque? 
Puis dans un souffle épuisé en désignant son livre : J’en ai marre de çui là.
Comme son acolyte ne réagissait pas, il a répété en détachant chaque syllabe :
___ Me fait chi er ce li vre…
Alors, l’autre lui tendant le sien :
___ Tiens donne ton Spinoza, je te passe l’Epicure…
___ Ah non ! Pas ça, steuplait ! J’en ai trop peur, des piqures...

Alors, les deux dans le wagon se sont regardés et se sont mis à rire, mais ils ont ri…


Qui a dit: Ils ont ri... Bergson?

5 commentaires:

ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ a dit…

C'est dans quel film ???

:)))

ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ a dit…

J'ai choisi la forme "Magazine"...

Chri a dit…

@ Michel Oui, pas mal le modèle magazine, Mais là je n'ai plus la musique... Et pourquoi donc?

PS: Gnafron national c'est pour le jeu de mot!

M a dit…

D'un capillotractage à l'autre : Worms, l'égaré trouva qu'il ferait beau voir qu'on poussa des cris d'orfraie à le découvrir !
Z'êtes sûr, je reste ?
Ce que vous ferez sera

Chri a dit…

@ M
Oui, oui, restez.

Publications les plus consultées