01 mai 2013

Depuis le temps...


Pour les Impromptus littéraires de la semaine. Il fallait utiliser l'expression "implacable douceur"... J'ai:

Nous nous connaissions depuis un siècle ou deux. Et nous étions encore étonnés d’être toujours ensemble. Nous avions raison. C’était si improbable. Pas tant notre relation que sa durée. Nous n’aurions pas parié un centime sur elle, au début et puis, le temps nous avait rattrapé. En vrai, nous nous sommes laissé faire. Nous avons très vite cessé de nous poser  des questions, nous n’avions besoin d’aucune réponse. Nous étions sereins, sans doute parce que nous étions persuadé que ça n’allait pas durer. Elle avait sa vie, j’avais la mienne et nous nous arrangions pour faire avec. Avec la notre, je veux dire. Tant que nous ne nous faisions pas de mal. Tant que nous ne faisions de mal à personne.
Nous étions bien ensemble. On peut être bien avec quelqu’un sans rien lui promettre, on n’est pas obligé de parier sur l’avenir pour vivre bien le présent que nous abordions comme un cadeau, comme un don du Ciel, comme une brise légère. Même si, au fond, nous n’y croyions pas. Notre ensemble était léger. Sans doute parce que nous savions notre avenir joué d’avance. Ecrit. Condamné. A court terme. Et puis, ça durait.
Nous n’habitions pas sous le même toit. Et pour cause.
Nous ne laissions chez l’un ou l’autre que très peu de traces de nos passages, voire aucune. Je n’allais jamais chez elle, je sentais que je n’y avais pas ma place, les deux ou trois rares fois où j’y étais allé, au tout début du commencement, j’avais été si mal à l’aise que je n’avais pas recommencé. C’est elle qui venait chez moi, mais elle n’y laissait rien d’autre que son odeur pendant quelques heures et parfois un ou deux objets oubliés sur la table de nuit. Et ce n’était jamais plus d’un soir par semaine. Pour qui regardait bien, il y avait bien ici ou là, si discrets un ours en copeaux de bois, une jolie phrase en métal tourné, un livre ou deux. Des petits cadeaux que n’importe qui d’autre aurait pu m’offrir ou bien que j’aurais pu m’offrir à moi même, mais rien d’autre marquant son existence dans ma vie. Nous ne sortions qu’ensemble, tous les deux, jamais avec d’autres. Nous n’avions pas d’amis communs même si certains des miens savaient son existence. Pour les siens j’étais un inconnu. Même pas inscrit au registre. Cloisonné. Tout l’était. Je n’appelais jamais, elle rarement. Et nous nous demandions avant de nous voir si nous étions disponibles. Ou pas.
Tout n’allait pas si mal. Quand on s’amusait à considérer un peu les histoires des autres. Quand on regardait autour de nous comment les autres s’en sortaient, nous n’étions pas les plus à plaindre puisque nous étions en accord pour que cela fonctionne ainsi entre nous et qu’aucun des deux, apparemment n’en souffrait.
Et puis il y eu ce jour où après un mois sans nous voir, je l’ai trouvée si différente, si triste qu’après une heure ou deux,  je lui ai demandé : Que t’arrive-t-il ? C’est grave ? Submergée par une émotion venue d’on ne sait où, elle a fondu en larmes. En pleurs, elle m’a répondu :
Je n’y arrive plus… Je ne peux plus. Je m’abandonne de toi…
Voilà exactement  ce qu’elle m’a dit ce jour là.
Quatre mots terribles mais envoyés dans l’air avec une implacable douceur…

Depuis le temps que je les redoutais...



20 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est une histoire originale et jolie. J'aime l'expression "je m'abandonne de toi"
Bonne semaine en rêvant à Lilie et Sam
Papi

Tilia a dit…

Encore une histoire qui file dans le courant de la vie. Se faire plaquer avec une implacable douceur, c'est mieux qu'en claquant les portes, non.

Bon mois de Mai, Chri
que la Sorgue est jolie !

Chri a dit…

@ Papi Vous ici? Un plaisir. Merci!

@Tilia Est-ce vraiment mieux? Oui, elle est généreuse en ce moment!!!

Brigitte a dit…

Ces mots sont finalement incroyablement violent même si dit avec douceur ...
Bonne semaine

M a dit…

Le risque avec ce que l'on croit est de s'y retrouver crucifié...:(

véronique a dit…

une implacable douleur !

Nathalie Beaumes a dit…

Je m'abandonne de toi? Je n'aurais pas su ce que ça veut dire. Pour moi c'est une phrase qui peut signifier le basculement aussi bien vers le davantage de toi que vers le moins de toi. Implacable incompréhension vraiment.

Peut-être que je ne sais pas parler le langage de ces femmes-là, moi qui aime scruter les sentiments dans leur finesse et leur vérité. De toutes façons, une femme qui ne vous accueille pas chez elle dans son intimité, que peut-on attendre d'elle ? Rien qui m'intéresse.

Bon désolée, c'était mon billet d'humeur. Ton histoire, jolie, valait mieux que mes râleries.

Anonyme a dit…

J'allais écrire les mêmes mots que Véronique...
Je crois bien que je préférerais les portes qui claquent. L'empreinte du fracas serait moins assourdissant dans le temps que cette douceur là.
ps : trop de pluie, trop de monde, pas de Murs, je ne l'oublie pas.
pps : avez vous, une fois, une seule, écrit un texte ou une fois, une seule, l'amour s'éternise dans l'amour ?
(pas une critique, j'ai du mal aussi, une lucidité collante, hormis l'histoire de ma grand mère :)
Portez vous bien
Lou

Anonyme a dit…

(j'ai oublié, savez vous que j'ai fait la même photo que vous ? si. Même pas peur !:)

Chri a dit…

@ M Y croire malgré tout?

@ Véronique: Implacable: Qu'on ne peut plaquer...

@ Nathalie Et si chez elle était déjà occupé, est-ce que ce ne serait pas une bonne raison pour n'y recevoir personne...

@Lou A part votre grand mère, connaissez vous une seule histoire d'amour qui s'éternise un peu longtemps...PS Je connais la votre, il y a des guirlandes lumineuses dessus...

Anonyme a dit…

des guirlandes lumineuses sur mon histoire d'amour ??
bon, il doit être tard pour ma compréhension...:)
'night, Signore.

Chri a dit…

@ Lou Non, pas votre histoire d'amour, Lou votre image de la Sorgue! C'est elle qui a une guirlande lumineuse sur la droite!

M a dit…

Autant qu'une hirondelle au printemps ! Il n'est pas toujours à la hauteur mais elle reviendra malgré tout !
De toute façon, a-t-on le choix ? Lorsqu'on ne passe pas à travers les mailles du filet amoureux, on est bel et bien épinglé...

Chri a dit…

@ M Du moment que c'est dans une botte de foin...

Anonyme a dit…

....un petit moment de honte est vite passé...ahem. Mais bien sûr, vous parliez de mon image !!! sur l'echelle de la Sorgue, é v i d e m e n t...
avec mes excuses :)
Lou

Chri a dit…

@ Lou Mais pourquoi de honte? J'ai bien souri en tous les cas! Qu'aurais-je pu savoir de votre histoire d'amour?

Anonyme a dit…

bon ca ne va pas du tout, c'est la troisième fois que votre truc me mange ma réponse...

Je disais donc, qu'en général, j'évite de passer pour une gourdiche mais ce genre d'incompréhension m'arrive quand même de plus en plus souvent, faudra que je consulte...quand j'aurai le temps :)
Admettez quand même, que tard dans la nuit, en lisant votre phrase... heing ?
Et non, je ne sais pas s'il y a encore des histoires qui durent dans l'amour, longtemps longtemps,
et non, je ne sais pas ce que vous auriez pu savoir des miennes (surtout enguilandées :))
je me contente de lire vos récits, souvent avec le sourire, si vous avez sourit aussi, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes....
Lou

Chri a dit…

@ Lou Oui, oui, j'admets que dans la nuit ma phrase portait en elle un raccourci empruntable!

Murs, c'est pour cette fois?

Laurence a dit…

Pfiuu, qu'elle est triste, triste, triste cette histoire ... Vraiment ...

Chri a dit…

@ Laurence Ah oui, je suis bien d'accord! C'est à pleurer!

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